Mon pire crime pour lequel je n’ai jamais été puni

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Chronique du prisonnier

Les racines de la criminalité

Je suis réveillé au milieu de la nuit à cause d’un horrible cauchemar. Ébranlé et tendu, je me mets à écrire ce mauvais rêve en souhaitant qu’au matin je pourrai y mettre un peu d’ordre. J’ai la certitude que je trouverai une explication qui m’éclaircirait.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

chaton chats félins félidésLa veille, en écoutant un documentaire, je découvre l’évolution de certaines espèces marines qui se transforment en espèces terrestres. Des scientifiques, grâce à l’étude de la morphologie, peuvent expliquer comment la nature a changé un poisson en un animal.

Un des rares exemples encore vivant de cette évolution est le coelacanthe. Un poisson à l’allure préhistorique. Là où ses nageoires apparaissent on peut distinguer en arrière-plan des futures pattes, essentielles pour l’adaptation à la vie terrestre. C’est alors qu’une réflexion me traverse l’esprit. Où et quand aurais-je bifurqué du droit chemin? Comment me suis-je transformé en criminel? J’étends ma fameuse question sur une couverture de papier «LES SOURCES DU CRIME». Puis, je tente de m’enfiler une nuit de repos, qui s’avèrera un véritable cauchemar.

Dans mon rêve, je me retrouve au «super-max» (prison à très haute sécurité) entouré de 3 autres criminels à l’intérieur d’une petite cour. Histoire de tuer toute envie aux plus téméraires de prendre la poudre d’escampette, cette cour est entourée d’immenses murs de béton recouverts d’une couronne de barbelés tranchants. Nous étions considérés comme les criminels les plus dangereux.

Alors que je marche en solitaire, les gémissements d’une chatte captent mon attention. J’aperçois un de mes codétenus maintenir d’une main une petite chatte et de l’autre, lui enfoncer des carottes dans l’arrière-train. Celle-ci hurle de douleur suppliant de ses yeux terrorisés qu’on lui porte secours.

Personne n’ose intervenir. L’indifférence totale. Pour ceux qui désirent survivre dans cet environnement barbare, c’est une carte essentielle à maîtriser. Un simple commentaire pour mettre fin à cette torture pourrait faire renverser la rage du tortionnaire sur le fautif. Qui voudrait risquer sa vie pour sauver celle d’une chatte? Dans cet enfer, toutes les formes de gentillesse, de sollicitude sont plutôt considérées comme de la faiblesse qu’on tente d’éliminer à la première occasion. Elle nous rappelle peut-être notre propre sensibilité que nous tentons d’étouffer quotidiennement avec toutes les drogues disponibles.

Je m’approche discrètement. Je découvre que la chatte donne naissance à une portée de minous adorables. Évidemment, tous dans une condition de santé précaire. Mon incapacité à les sauver et les protéger me gruge de l’intérieur en me rendant complètement fou. Je ne fais rien. L’instinct de survie domine mon cœur. Je me sens déchiré de toutes parts et impuissant. C’est à ce moment que je me réveille tout en sueur.

Révélation

prisonnier prison crime criminalité tole bagne pénitencier tolard bagnard systeme carceralJ’avais lu qu’on pouvait trouver une réponse à une question difficile en écrivant sur un papier la question avant de s’endormir pour qu’au matin la réponse vienne spontanément. Sans même l’avoir planifié, j’avais mis en place une technique pour trouver une solution. Un problème vieux d’une trentaine d’années où se cachait un souvenir enfoui dans les abîmes d’un passé si douloureux que je l’avais littéralement effacé de ma mémoire.

Grâce à cet horrible cauchemar, je revisite une période significative de mon enfance avec suffisamment de distance pour y voir enfin clair. Ces images provenaient, en bonne partie, d’une époque bouleversante de ma vie où mes parents divorçaient. Ma mère eut l’ingénieuse idée de faire appel à nos professeurs pour nous héberger temporairement. Mes sœurs et mon frère furent tous recueillis par leur professeur respectif. Je ne sais pas comment ma mère a réussi l’exploit. Je lui lève mon chapeau.

Je me suis retrouvé dans une magnifique maison à Delson. Dès mon premier jour, je me souviens très bien de m’être fait épouiller (retiré les poux!). Un peu gêné, je me laissais faire. Jacqueline, la mère de cette famille, semblait bien au-dessus de ses vermines parasitaires. Rapidement, je me suis senti comme un membre à part entière de cette famille.

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-pen-tole-bagnard-crime-criminaliteRien ne manquait: piano au salon, deux voitures, bibliothèque de rêve avec une collection de bandes dessinées que même l’école ne possédait pas. J’explorais ce nouvel univers magique. J’aidais le paternel à faire la vaisselle tandis que Marie-Claude, l’unique fille de Jacqueline, pratiquait son violon. Un environnement idéal à tous points de vue pour le développement d’un enfant.

Prenant conscience de ma chance d’être là, je faisais tout pour plaire, pour me faire aimer. Je croyais innocemment que l’amour devait se mériter comme le salaire d’un ouvrier sur une chaîne de montage. L’amour inconditionnel m’était inconnu et ne m’est jamais apparu comme quelque chose de réaliste, même aujourd’hui. Malgré tout, mon futur semblait prendre une tout autre tournure… C’est là qu’une partie de ma vie allait se jouer. Me sentant totalement en sécurité, j’exposais toute ma candeur d’enfant tel un trésor inépuisable, inébranlable. Jusqu’au jour où la réalité vînt fracasser cette naïveté avec une violence restée insurpassée jusqu’à ce jour.

Racines de la criminalité
chat pont chaton félin félidé

La véritable maîtresse de la maison était une belle chatte angora qu’on couvrait de caresses et de bisous. Elle est enceinte, ce qui explique toute cette attention à son endroit. Par un beau matin, la petite princesse donne naissance à une magnifique portée de chatons. Marie-Claude et moi étions aux anges. Existe-il quelque chose de plus mignon que ces jeunes chatons?
La lune de miel prit fin quelques jours plus tard. Ces petites merveilles furent déposées dans un horrible sac brun en jute, puis transportées par les enfants à l’arrière de la voiture vers une destination inconnue. Marie et moi, nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour tenter d’apaiser les minous qui ne cessaient de gémir, appelant leur mère. Malgré notre bonne volonté, nous n’y sommes pas parvenus.

Près d’un pont (mon père se suicidera plus tard en sautant d’un pont), la voiture ralentit en glissant légèrement sur l’accotement. Jacqueline se retourne puis m’or-donne sur un ton que je ne lui connaissais pas, de remettre les chats à l’intérieur du sac et de le refermer. Surpris par sa froideur, je m’exécute sans comprendre le but de la manœuvre. Dès que j’ai terminé, elle m’ordonne de prendre le sac et de le balancer avec sa précieuse cargaison en bas du pont. Dans ma tête, les fils se déconnectent, la lumière s’éteint pour les trente années qui suivirent. Le cours de ma vie venait de changer à tout jamais. À mon tour, je me transforme.

J’avais à peine neuf ans. Le crime grave que j’ai commis et pour lequel je n’ai jamais été condamné. Ce geste a profondément transformé ce que j’allais devenir. Et non pas pour le mieux.
Cette révélation a été tout un choc. Le voile avec lequel je percevais les décisions que j’avais prises durant ma carrière de mauvais garçon prit feu. Cette armure que j’avais construite se défaisait d’elle-même. Mon cœur d’enfant revoyait la lumière du jour avec une confiance renouvelée. Cet examen de conscience s’est avéré très fructueux pour mon épanouissement personnel. Je ne me sentais plus aussi coupable et responsable des choix et des gestes que j’avais commis au cours de ma vie.

J’avais pour la première fois une vision suffisamment juste de mon parcours et surtout de ma direction pour apporter les correctifs nécessaires à une transformation, à une évolution. Mes blessures noyées pendant autant d’années pouvaient maintenant sortir de l’eau pour marcher sur terre et se cicatriser.

C’est dommage qu’il m’ait fallu 25 ans d’incarcération pour comprendre cette partie de mon développement. Souhaitons que ma compréhension permette à d’autres d’éviter les mêmes erreurs. Mes plus plates excuses aux victimes.

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Quand un homme accouche

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Comportements d’un prisonnier

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Système carcéral et pénitenciers

Au dessus de tout soupçon

Que cache la carapace criminelle? Par un excès d’orgueil ou de fierté, j’ai dû attendre de traverser mes quarante ans avant de déterrer et d’exposer à la lumière ce qui m’avait détourné de ma véritable voie.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

prison-prisonnier-penitencier-tole-bagnardDépassé et maintes fois ébranlé par mes propres comportements, je ne pouvais continuer sans trouver une explication claire. Comment m’étais-je transformé en cet être si méchant, un voyou? Pour comprendre, je décide de dévorer toute la documentation qui me passe entre les mains: psychologie, criminologie… Puis, je m’attarde sur des documentaires qui peuvent me diriger afin de reprendre mon chemin à reculons. À quel endroit ma route a-t-elle bifurqué. Et surtout, pourquoi?

La haine de l’autorité

Une première lumière attire mon attention. C’est l’incompréhension que j’ai de ma haine viscérale envers toute autorité. Un problème qui me rend la vie infernale. La police, les juges, les gardiens de prison: tout ce qui porte un uniforme et détient de l’autorité me rend fou et ce, sans raison apparente.

Mes lectures et mes discussions afin de comprendre cette haine m’orientent dans le même sens. Cette violente colère doit provenir de mon père. Violent et suicidaire, il cadrait bien avec cette hypothèse. Pourtant, dans mon for intérieur, je ne peux le croire. Mon père, malgré ses sérieux défauts, je l’ai aimé de tout mon cœur. Il m’a offert le mieux de ce qu’il avait, selon ses capacités. Quand je revisite mon conflit avec les uniformes, je ne pense pas à lui.

Introspection douloureuse

Je veux comprendre. Armé de ma pelle, je me suis mis à creuser en moi avec acharnement. Durant cette introspection, je rencontre bien des obstacles: des roches de préjugés et d’impressions très difficiles à déloger. Plus je creuse, plus les roches deviennent dures et grosses. Puis, j’atteints une muraille qui me semble infranchissable. Je ne sais pas comment, mais je dois faire exploser ce mur. Peut-être cela m’a-t-il coûté une dépression ou un burn out, pour fissurer le ciment qui maintient la muraille. Tout ce que je sais, c’est qu’il m’a fallu vivre un évènement de taille pour déboulonner mes anciennes certitudes. J’imagine que cet évènement était incontournable pour que je puisse faire sauter ce mur. Qui sait, peut-être était-il imaginaire!

Passé cet obstacle, j’atteins mon but. Ce lieu où les évènements prennent tout leurs sens. On m’a toujours enseigné de faire confiance à mon ressenti, parfois même en faisant abstraction du rationnel. Je réalise que les deux se marient très bien et durent beaucoup plus longtemps en couple que seul. Finalement, je rassemble toutes les composantes de ma vie pour en faire un tableau harmonieux. Cela nécessite des sacrifices qui en valent cent fois la peine. Je reprends le développement de mes propres idées pour ensuite entreprendre le rétablissement d’une véritable identité.

Retour à l’enfance

J’ai commencé à bifurquer de mon chemin dès mon très jeune âge. Incapable de m’imaginer une personne en autorité indiquant la mauvaise direction à prendre, je me suis laissé guider dans un cul-de-sac. Je n’étais pas assez mature et développé pour distinguer les bons des mauvais comportements.

Malléable et influençable comme un enfant peut l’être, j’ai cru en toute innocence que j’étais seul responsable de ce qui m’était arrivé. Que ceux qui m’avaient fait des attouchements ne répondaient qu’aux réactions mécaniques de mon corps d’enfant de 12 ans. Ils avaient réussi à me convaincre. Pendant plus de 30 ans, je me suis empoisonné la vie avec ces préjugés d’universitaires.

J’écoute à la télé des émissions qui donnent la parole à d’ex-victimes. J’y entends des pédophiles justifier leurs gestes par le fait d’avoir été eux-mêmes agressés dans leur enfance, qu’ils ne font que répéter ce qu’ils ont subi. Quelle magnifique façon d’effrayer les victimes à s’ouvrir!

J’ai la certitude que plusieurs victimes ont pris la ferme décision d’enterrer encore plus profondément cette blessure. Il serait préférable de mourir avec ce secret odieux que de laisser planer un doute sur sa capacité à devenir à son tour un agresseur. Je n’en reviens d’ailleurs toujours pas. Des agresseurs sexuels qui diminuent la portée de leurs gestes en se proclamant victimes eux aussi!

Tabou carcéral

Pour un criminel, admettre que des blessures du passé alimentent la soif de violence ou l’aversion envers l’autorité est tabou. C’est inadmissible. Ces souvenirs sont parfois si bien enterrés qu’ils semblent ne jamais avoir existés. J’ai dû moi-même attendre plus de 30 ans avant de comprendre. Je traverse cette muraille qui bloque l’accès à cette partie fragile de moi. Je sais très bien ce qu’ils peuvent vivre et comme le chemin est long. Combien d’hommes hyper violents qui maudissent toute forme d’autorité ont perdu de vue l’origine de ce mal qui les ronge de l’intérieur, silencieusement, tel un cancer? Ils deviennent leurs pires ennemis.

Dans le domaine du droit, on perd de vue une partie des conséquences qu’engendrent l’abus sexuel. Une fraction des dommages collatéraux passe inaperçue. Au pénitencier, il est exceptionnel pour un homme étiqueté «gangster», «motard» ou «braqueur», d’être soupçonné d’être le produit d’un agresseur.

Fierté criminelle

Le titre de criminel intimide, éloigne et repousse les questions. Ce titre se porte avec ravissement et fierté dans le milieu carcéral. Avouer qu’une carrière dans le crime a pris naissance dans la réaction d’un drame vécu à l’enfance serait impensable. Le prestige que retirent certains criminels de leur saga judiciaire disparaîtrait automatiquement si la vérité se savait. C’est l’une des raisons pour lesquelles plusieurs victimes préfèrent disparaître sans révéler leur secret.

L’agression sexuelle à l’endroit d’un enfant par un être en autorité déclenche une rébellion, une violence vis-à-vis tout ce qui porte un uniforme et qui prétend agir pour le bien. C’est ainsi que je me suis fait piéger. Ce qui m’a donné bien du mal à accéder au bonheur.

Vaincre ses démons

Ma souffrance me transformait en un animal sauvage et blessé. Ma vérité était trop douloureuse pour être domestiquée. Voilà en bonne partie la décortication de ma criminalité. C’est pourquoi il m’apparaît essentiel de rappeler aux juges de ne pas oublier le nom de ceux qui se suicideront, ceux qui deviendront des junkies, ceux qui saboteront leur vie familiale de ceux qui deviendront des criminels violents. Pour que leurs jugements correspondent vraiment à la gravité des actes commis.

Je ne peux pas revenir en arrière. Mais j’aimerais bien fermer cette piste boueuse et la transformer en un magnifique jardin d’enfants. Si j’ai vaincu mes démons, je sais aussi que les mauvaises habitudes ont la vie dure. Il faudra que je demeure vigilant jusqu’à la fin de mes jours.

Si à vaincre sans effort, on triomphe sans gloire, je rajouterais qu’à se laisser berner trop facilement par les autres, on finit par se berner soi-même.

Autres textes sur Prison

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Les aveux obtenus lors d’un interrogatoire sont-ils recevables?

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Procédures judiciaires et policières

Des façons de faire questionnables

Lors d’un interrogatoire, le prévenu est-il en état de répondre aux policiers? Les aveux obtenus avec l’aide de fausses promesses et de mensonges devraient-ils être recevables devant un juge?

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville.   Dossier Prison, Criminalité, Justice

juge-prison-systeme-carceral-penal-penitencier-bagne-pen Il serait inapproprié, voire déplacé, de demander à quelqu’un qui vient d’apprendre qu’il est atteint d’un cancer généralisé de prendre une décision éclairée sur le champ. On penserait la même chose suite à un grave accident d’automobile. Cela va de soi. Notre capacité de raisonnement en pareille circonstance est temporairement amoindrie.

Il devrait en être de même avec la justice. Je crois fermement qu’un juge, en toute connaissance de cause, ne devrait jamais accepter de confessions écrites d’un prévenu lorsqu’elles sont obtenues durant un interrogatoire policier, contrairement à ce qui est accepté par le législateur.

Des policiers qui mentent…

Les policiers, au nom de la loi, mentent, utilisent la peur ou font des promesses (pratiques courantes) pour obtenir des aveux. Pourtant, si vous avez fait l’expérience dans votre vie d’une arrestation la moindrement musclée, vous savez que votre raisonnement en pareilles circonstances est exempt de discernement. Comme lors d’un accident grave ou à l’annonce d’une importante nouvelle.

Votre état d’esprit, ainsi que vos réactions, ne vous ressemblent pas. L’anxiété, l’angoisse et le stress déforment votre perception de la réalité. Vous devenez vulnérable à des suggestions qui, en temps normal, vous feraient bien rire mais, dans le cas présent, c’est le mal, la peur et surtout le désir d’y mettre fin le plus rapidement possible qui guident vos décisions.

Des juges qui cautionnent les menaces?

Les aveux signés obtenus sous une menace quelconque devraient être rejetés par le juge qui, à la lumière des événements, reconnaîtrait l’opportunisme honteux d’une telle pratique et la rendrait inadmissible. Pourquoi, dans un contexte de stress intense et de choc qu’entraîne une arrestation suivie d’un interrogatoire, l’aveu obtenu par des policiers serait recevable devant un tribunal? Ce qui est triste, c’est que le plus gros de cette clientèle judiciaire est peu scolarisée et provient d’un milieu économique défavorisé.

Cette pratique jette un sérieux discrédit sur un appareil censé prévenir des abus et elle entraîne de lourdes conséquences dans un système ou ce qui est dit et écrit peut être utilisé contre l’individu.

Je voudrais tellement signer Simon Marshall (jeune autiste accusé à tort à deux reprises comme un violeur en série) et combien d’autre anonymes qui, par manque de moyens de se défendre, deviennent des erreurs judiciaires.

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Faire son entrée dans une prison

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La vie dans une prison

Le saccage d’une vie

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville.

Le sadisme des prisonniers envers les nouveaux arrivants dans les pénitenciers. Quand la violence engendre la violence.

Dossier Prison, Criminalité

prison-prisonniers-penitencier-bagnard-vie-carcerale Les jeunes prisonniers qui débaquent pour la première fois au pénitencier le font avec beaucoup d’appréhension et pour cause. Secoué par une lourde condamnation, ils doivent tenter de se reprendre en main le plus rapidement possible pour se préparer à un changement de vie radical. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les compagnons d’infortune exercent un sadisme qui dépasse l’entendement.

Les récidivistes, qui connaissent bien le tabac, identifient les plus faibles et s’amusent à les terroriser. Pour y arriver, ils utilisent tous les moyens possibles et imaginables. Ces jeunes, avec des craintes et une imagination déjà enflammées, représentent des proies faciles et vulnérables! Le stratagème le plus souvent employé est la description d’histoires scabreuses de viols collectifs et de meurtres sanglants avec détails. Il ne faut pas s’étonner que certains craquent et se suicident, lamentable réalité carcérale.

Faire son entrée en prison

Lorsque j’ai fait mon entrée au pénitencier, âgé d’à peine 19 ans, beau bonhomme, svelte et blagueur, j’avais beau me préparer psychologiquement à cet enfer, une odeur fétide provenant de mon arrière-train trahissait ma peur. Je me sentais semblable à un morceau de viande accroché, attendant la découpe d’un boucher maladroit équipé d’un couteau mal aiguisé. Des images d’horreur aveuglaient toute objectivité. Je ne voulais qu’une chose, me protéger. Pour y arriver, je pensais m’équiper d’un objet piquant ou tranchant à la première occasion. J’avais la ferme intention de défendre chèrement ma peau contre le premier qui essayerait de jouer au loup avec moi.

Mon second réflexe fut d’effacer mon sourire idiot (nervosité) pour des années à venir. Le remplacer par un masque d’allure patibulaire avec l’espoir que cela découragerait tout carnassier en mal de chaire humaine. Désirant mettre toutes les chances de mon côté, j’ai ignoré mon hygiène, espérant qu’un être dégoûtant en dégoûterait quelques-uns.

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Prisons et vautours sexuels

Toutes ces années passées, je suis resté sur mes gardes. Aujourd’hui encore, à 43 ans je me sens parfois dévoré du regard par quelques-uns de ces vautours sexuels qui chassent tout ce qui bouge.

Ce qui me ramène très loin dans un recoin de ma tête où j’avais coupé volontairement l’éclairage, un souvenir trop sinistre. J’avais à peine douze ans lorsque mes parents, en instance de divorce, tentaient pour la énième fois de se réconcilier. Mon père, un alcoolique violent et désespéré, n’arrivait pas à s’imaginer refaire sa vie sans ses enfants. La séparation était bien au-dessus de ce qu’il était capable d’accepter. Il mit fin à ses jours.

Avant d’en arriver là, il a commis une grave erreur de jugement aux conséquences désastreuses. Réfugiée dans le joli petit village de Ste-Clothide, ma mère essayait de retrouver un peu de quiétude et de sécurité auprès de sa famille. De mon côté, j’en garde de très bons souvenirs, ce n’était qu’une autre aventure d’enfant. J’étais un premier de classe et sortais avec une belle fille. Je m’amusais souvent à taquiner mes deux adorables sœurs et mon grand frère. La vie normale d’un jeune pré-adolescent qui grandit.

DPJ, centre d’accueil et prison

Jusqu’au jour où, deux fonctionnaires de la protection de la jeunesse (aujourd’hui DPJ) débarquent chez moi. Je voyais ma mère discuter fortement avec eux. Ils m’invitent à monter à l’arrière de leur voiture. Je pleurais tel un veau arraché à sa mère mais rien ne semblait les arrêter. Ma mère, impuissante, me regarde partir. On venait de m’enlever de force, devant ma mère, moi qui n’avais rien fait. Des années plus tard, j’ai découvert que mon père, en guerre contre ma mère, avait inventé une histoire abracadabrante pour qu’elle perde la garde de ses enfants.

Inconsolable, je fus placé dans un centre d’accueil, conçu pour me protéger, m’éduquer et m’aider à compléter mon développement, qui était, selon eux, compromis. C’est là que je fus abusé et agressé sexuellement par ceux qui devaient me protéger et m’éduquer! Trente ans plus tard, ces souvenirs pèsent encore très lourd et compromettent mon épanouissement. Plus jamais personne ne violerait mon intimité sans en payer le prix.

Se préparer à la prison

C’est avec ce genre de bagages que je m’apprêtais à affronter l’enfer de la prison. Les principaux outils utilisés par les rapaces sexuels sont tristement les mêmes que ceux utilisés par les gens qui désirent véritablement nous aider. Les sourires, l’aide apportée, le support offert, toutes ces approches n’avaient qu’un but précis, voir, toucher, posséder ma fragilité d’homme.

La principale conséquence engendrée par cette manière de faire a été la confusion qu’elle fit naître chez moi. Comment reconnaître la bienveillance de la malveillance lorsque quelqu’un s’approche d’un peu trop près? C’est l’élément déclencheur d’une méfiance permanente. Ce qui endommage aussi la plupart des relations affectives que j’ai eues par la suite. Pour moi, tout contact avec des personnes en autorité se révèle souvent catastrophique.

Ce drame a contribué en bonne partie à me rebeller contre toute forme de pouvoir. Incapable de gérer ma propre colère, je la déversais sur les autres. Mon malheur a provoqué beaucoup de peines, de tristesses et de blessures. J’en suis profondément désolé. Mon seul vœu est de donner un sens constructif à ma vie à travers mes chroniques, mes pièces de théâtre et mes projets d’émission de télévision, dans l’espoir de susciter une réflexion. Je ne serai jamais un saint, car c’est aussi sous cette couverture que certains abuseurs se cachent. Je me contente d’aider mon prochain de mon mieux, en respectant mes propres limites.

Grâce au magazine Reflet de Société, je vous renvoie un reflet sans miroitement d’une réalité que beaucoup d’hommes renient. J’espère transmettre aux lecteurs une meilleure compréhension de l’agir criminel.

Puissent les saboteurs de vie prendre conscience un jour des graves conséquences de leurs gestes. Tuer l’âme d’une personne n’est pas moins grave que de tuer le corps humain.

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