Consommation de drogues: conséquences et séquelles

Toxicomanie

M’en sortir pour mes fils

Il est difficile pour un ancien héroïnomane de faire la paix avec ses vieux démons. Pierre a dû passer par le remords et le rejet avant de se sentir renaître. Ce sont ses deux garçons qui l’aident à se battre pour continuer à vivre malgré son passé qu’il traîne comme un boulet.

Dominic Desmarais Dossiers Drogue

toxicomanie héroinomane héroine droguePierre dit être sobre depuis près de 20 ans. Il n’en est pas certain. L’usage prononcé de drogues dures a nui à sa mémoire. «C’est difficile de me situer parce que j’ai eu de petites rechutes de deux ou trois jours, au début des années 1990. Je n’ai plus la même capacité de me rappeler, j’oublie vite. C’est plus à cause du LSD et de la colle parce que ç’a brûlé mes cellules.»

Séquelles à la consommation

Pierre prend le temps de fouiller dans sa mémoire. Il parle lentement avec, à l’occasion, des absences qui lui font perdre ses idées. Il a des éclairs de lucidité suivis de doutes. Il a beau être sorti de l’enfer de la dépendance, la drogue continue de l’affecter. «Ça m’a pris au moins 10 ans pour me remonter. D’abord physiquement, j’en souffre encore. Je n’étais pas une beauté, mais je paraissais bien. Aujourd’hui, on voit les résultats.» Pierre a la peau jaunâtre et flasque. Ses dents, pour ce qu’il en reste, sont gâtées. Âgé de 49 ans, il en paraît 15 de plus. Mais son apparence est le moindre de ses soucis. Il a des problèmes de foie, de la difficulté à dormir et à marcher.

«J’ai encore des séquelles. Je suis affecté mentalement. Quand je vis une crise, je suis maintenant capable de faire avec sans me doper. Avant, quand je n’étais pas bien dans ma peau, que je rêvais de gens qui se piquent, je ne dormais plus la nuit. Des fois, je ressens un malaise profond quand j’ai un flashback de cette période. Ça peut être quelque chose qui me ramène au passé. Et quand ça m’arrive, j’ai peur. J’ai peur de rechuter. Pourtant, ça fait des années que je n’ai rien consommé. C’est impossible d’oublier ça. Je vais toujours être de même. Je suis cicatrisé à vie.»

Junkie à l’héroïne

À force de côtoyer la mort et les endroits malsains, la fragilité de Pierre est sortie de l’ombre. Il doit affronter ce qu’il a fait semblant de ne pas voir quand il était sous l’effet de l’héroïne. «Quand je réalise ce que j’ai fait à certaines personnes, je me sens mal. Ça prend un salaud pour donner une aiguille à une femme enceinte. Je me déculpabilisais en me disant que c’est elle qui l’avait demandé. Je n’étais pas moi-même, à lui procurer de l’héroïne. Un junkie, pour moi, c’était comme un numéro quand je vendais de la drogue.»

En discutant, Pierre revit un malaise qui le secoue. Le passé revient le hanter. Pour passer au travers, il pense à ses garçons. «Ce qui me ramène immédiatement, ce sont mes fils. Je ne me mettrais jamais une aiguille dans un de mes bras avec mes enfants. Je ne leur ferais jamais vivre ça. C’est impensable. Plutôt me tirer une balle.»

L’amour d’un père

seringue drogue injectable injection dependance consommation udi Pierre a commencé à se droguer pour fuir son père. Il veut être un autre modèle pour ses fils de 17 et 16 ans, qu’il n’a pu voir tout au long de leur enfance en raison d’une mésentente avec la mère. «Elle a été abusée sexuellement par son père. J’ai essayé de l’aider, mais je lui nuisais. La rupture était inévitable. Elle était centrée sur le matériel et l’argent. Mais je n’ai pas de rancune, c’est elle qui m’a donné mes deux enfants. J’ai vu, plus tard, qu’elle avait bien fait de me quitter.»

Sa conjointe part avec leurs garçons alors qu’ils sont en bas âge. Pierre se bat pour les voir puisqu’il partage la garde. «Mais elle me faisait trop de troubles. Elle a appelé la police plus d’une fois de sorte que si je me présentais chez elle, la police allait rappliquer. Ça m’a démoralisé. J’ai été voir des avocats, ce que je ne voulais pas au début parce que je n’avais pas d’argent. Je me sens mieux et je suis capable d’accepter ce qu’elle m’a fait. Elle avait des problèmes à régler. Tout comme moi.»

La DPJ

De loin, Pierre essaie de garder le contact avec ses fils. Il leur envoie des cadeaux et des cartes pour Noël et aux anniversaires. Elle lui retourne tout ce qu’il offre. «Ils ne les ont jamais vus! Elle avait peur qu’ils aient une relation avec moi. Elle ne voulait pas que je les voie. Elle leur a dit que j’étais un pourri, un dopé. Ils me l’ont avoué il n’y a pas longtemps.»

L’ancien junkie se résigne. Il s’attend à revoir ses enfants à leur 18e anniversaire. Jusqu’à ce que la DPJ entre en contact avec lui au sujet de Brian, son plus jeune fils. «Il avait 15 ans. Il créait des problèmes parce qu’il me cherchait. Il en voulait à sa mère.

Et quand la DPJ entre dans la vie d’un jeune, les deux parents doivent être rencontrés. Si j’ai une belle relation avec mes enfants, c’est grâce à lui parce qu’il a forcé les choses pour me voir. Il manquait la présence de son père. Un enfant a besoin de ses deux parents.»

Un rapprochement difficile

Même s’il a cessé de consommer, Pierre a de la difficulté à se rapprocher de sa famille. Son père reste aussi dur à toucher. «J’aurais aimé qu’il puisse s’ouvrir et me dire qu’il m’aime. Avec le temps, j’ai vu que c’était impossible. Pour lui, un homme n’affiche pas ses émotions et sentiments. C’est sa mentalité.

Un homme ne pleure pas, il n’a pas le droit. C’est comme ça que j’ai grandi. On va avoir une relation froide jusqu’à sa mort. J’ai fait mon deuil. Je ne peux pas devenir ami avec lui, ou même avoir une relation père-fils. J’ai arrêté d’essayer.»

Avec sa mère, c’est la même chose. «C’est pire encore. Elle a toujours eu l’esprit d’une femme au foyer. Faire le ménage, le souper sur la table quand son époux arrive pour le voir content. Il n’y avait pas de vie familiale.

Si on faisait une activité, un voyage, on ne partageait pas ce qu’on voyait, ce qu’on vivait. On le gardait chacun pour soi. J’aurais aimé ça qu’on s’ouvre. Ma mère non plus ne m’a pas pris dans ses bras pour me dire qu’elle m’aimait.»

Impossible pour Pierre de tisser des liens qui n’ont jamais existé avec ses parents. L’amour et l’écoute qu’il aurait aimé recevoir, il l’offre à ses fils. «Avec mes enfants, c’est complètement différent. On a une relation amicale. J’accepte les erreurs que je fais avec eux. Je leur dis quand j’en fais. Et je leur demande de me le dire quand je leur fais vivre quelque chose. Ça m’encourage.

Si je suis encore debout et positif, c’est à cause d’eux. J’ai été un junkie, plusieurs personnes sont mortes indirectement parce que je leur ai vendu de la drogue. Mais mes deux enfants me font dire que je n’ai pas tout raté. Je donnerais ma vie pour eux. Ils viennent avant moi.»

Autres textes sur Toxicomanie

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Le suicide sur Internet et ses prédateurs

Suicide et Internet

Intervenir auprès des personnes suicidaires sur Internet

La Presse a publié une série d’articles sur le suicide sur Internet. On y présente les prédateurs qui poussent les gens à se suicider, la difficulté des personnes dépressives et suicidaires à trouver de l’aide…

Raymond Viger        Dossiers Suicide 

Une série d’articles qui me met en état de choc. Je suis probablement trop visionnaire, trop fonceur, pas assez à l’argent ou je ne sais trop.

En 1995, quand j’ai questionné la DPJ sur certaines problématiques et certains agissements, je suis devenu non grata et disgracié. Dix ans plus tard, Paul Arcand avec son documentaire Les voleurs d’enfance ramène les faits et on l’écoute. Si on était intervenu dix ans plus tôt au lieu de réagir et de vouloir se protéger, peut-être qu’on aurait sauvé beaucoup de souffrances à des jeunes et que Paul Arcand n’aurait pas eu à alerter l’opinion publique avec son documentaire.

Le suicide sur Internet

Le suicide sur Internet est un sujet tabou, sensible et qui montre bien le laxisme de la société québécoise.

J’interviens auprès de personnes suicidaires depuis maintenant 20 ans. Cinq ans auprès des Inuits dans le Grand Nord et maintenant cinq ans sur Internet.

Suicide Action Montréal ne veut pas toucher au suicide sur Internet

Quand j’ai débuté sur Internet, j’ai appelé Suicide Action Montréal pour leur offrir ce type d’intervention. Je trouvais que c’était bien plus leur mandat que le mien en tant que bénévole. Le directeur de l’époque n’était pas intéressé à toucher à Internet. “C’est pas notre spécialité, on ne sait pas trop comment faire…”

La demande était pourtant là. Des gens faisaient des pactes de suicide, se rencontraient sur Internet pour passer à l’acte… Personne d’autres n’était prêt à intervenir.

Du travail de rue dans la blogosphère

C’est à ce moment que j’ai décidé de m’impliquer auprès des personnes suicidaires sur Internet. Parce que si on attends d’avoir le financement pour le faire. Si on attends d’avoir la structure. Si on attends d’avoir 23 études qui coûtent la peau des fesses… On ne fera jamais rien. Et pendant ce temps-là, des gens souffrent, d’autres meurent.

Ce que La Presse fait ressortir dans ses reportages c’est, qu’en plus de l’absence de ressources, il y a des prédateurs sur Internet. Des gens qui jouissent à en voir d’autres se suicider. Internet est devenu un lieu de rencontres entre des gens sensibles et des abuseurs.

On y apprend aussi qu’au Québec, la police ne fait rien. C’est pourtant pas trop compliqué d’attraper ces prédateurs. Juste un peu de volonté. C’est pas trop compliqué de se donner des lois pour pouvoir intervenir. Juste un peu de colonne vertébrale de nos gouvernements.

Est-ce que les gens ont peur d’intervenir et de sortir de leur zone de confort? Ne peut-on pas faire du mieux que l’on peut, avec ce qu’on a, d’agir en bon père de famille?

Intervention passive ou pro-active?

Les centres de crise commencent à regarder comment offrir une présence Internet et offrir un service d’aide pour les personnes suicidaires qui cherchent des moyens pour s’en sortir. Cela devient une extension du téléphone. Cela peut être efficace pour la personne suicidaire qui cherche un moyen pour s’en sortir. C’est une intervention passive. J’atttends qu’une personne suicidaire décide de s’en sortir et vienne me contacter!

Mais que fait-on pour les personnes suicidaires qui cherchent des moyens pour se suicider. Il faut que nous soyons pro-actif. C’est dans ces recherches que nous devons nous retrouver pour rejoindre ceux qui veulent se suicider et qui ne veulent pas d’aide. Une intervention pointue qui nous oblige à sortir de nos zones de confort et dans les méthodes conventionnelles d’intervention.

La personne qui veut se suicider va taper dans les moteurs de recherche: moyens pour se suicider, comment se suicider sans souffrir… Il nous faut être présent dans les résultats de recherche et être capable d’intervenir avec des gens qui ne veulent pas d’aide.

C’est correct d’avoir une intervention passive et d’attendre que les personnes suicidaires veulent avoir de l’aide. Mais il faut premièrement être sur le terrain, être là où les personnes suicidaires se retrouvent pour les motiver à bien vouloir demander de l’aide.

Suicide sans frontière

Et le prochain mur que tous ces biens pensants auront à frapper: Internet est internationale, sans aucune frontière. Quand tu offres un service sur Internet, c’est tout le monde de la Francophonie qui peut y répondre. Cela veut dire que les corps policiers à travers le monde auront à se parler et collaborer ensemble. Cela veut aussi dire que les intervenants auront à s’adapter à intervenir avec des personnes en crise dans des pays où les services sociaux n’existent peut-être même pas. Cela veut aussi dire que le ministère de la Santé du Québec devra accepter de financer des équipes d’intervenants qui ne travailleront pas exclusivement avec des Québécois.

Et pendant ce temps, des chercheurs déposent des demandes de financement pour faire des belles pages Internet pour attendre les personnes suicidaires. Peut-être seront-elles en ligne dans 1 an ou 2. Cela représente combien de personnes qui vont continuer à se suicider avec Internet pendant ce temps?

Est-ce qu’on a peur de se mouiller? Est-ce qu’on a peur d’être là où l’action se trouve? Continuons de faire des tables de concertation sur le suicide sur Internet. Continuons d’organiser des colloques et des recherches qui viendront garnir les archives déjà bien remplies. Pendant ce temps, j’essaye de tenir le fort et d’aider des gens qui ont besoin de ressources et d’aide.

prevention suicide ressources personnes suicidaires moyens pour se suiciderRessources:

Autres textes sur le Suicide :

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html

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Maintenant disponible en anglais: Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser:

 

Maison de transition et Centre jeunesse

Un prisonnier VS un jeune d’un Centre jeunesse

Un jeune a-t-il le droit au même soutien qu’un prisonnier?

Un prisonnier termine sa sentence. Il aura droit à une maison de transition avant d’entreprendre sa nouvelle vie. Qu’en est-il du jeune qui quitte à 18 ans un Centre jeunesse?

Raymond Viger Dossier Communautaire

centre-jeunesse-prison-dpj-systeme-carceral-prisonnier-penitencierOn dit souvent que le jeune qui atteint ses 18 ans se faire sortir du Centre jeunesse et qu’il est livré à lui-même. Tu es un adulte, et bien débrouille-toi maintenant.

J’accompagne un prisonnier qui termine sa sentence. Pour les 14 premiers mois de sa nouvelle vie, il est nourri et logé dans une maison de transition. Il reçoit 40$ par semaine pour ses petites dépenses. Il est suivi par un intervenant. Ce prisonnier n’a pas à stresser sur la recherche d’un emploi et de trouver l’argent nécessaire pour payer le loyer et sa bouffe. On le soutient dans la réappropriation d’une nouvelle vie. On lui donne la chance de pouvoir prendre le temps de se placer.

Qu’en est-il du jeune qui sort d’un Centre jeunesse? Pourquoi se sent-il abandonné par le système quand il atteint ses 18 ans? Est-ce qu’on demande à un jeune de 18 ans d’être un adulte accompli et prêt à affronter toutes ses responsabilités?

Un Centre jeunesse est la famille sociale d’un jeune. En tant que parent social, si notre jeune n’est pas prêt à être autonome à 100% dans sa nouvelle vie, doit-on le laisser seul ou avons-nous encore une responsabilité envers lui? Est-ce que toutes les familles mettent à la porte leurs jeunes pour qu’ils se débrouillent seul quand ils arrivent à 18 ans?

Autres textes sur Communautaire

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Le rap du Lac-St-Jean

Rap et Hip hop en région

Dali, un rapper du Lac-St-Jean

Dali est un jeune rappeur originaire du Lac Saint-Jean qui tente de percer dans le hip-hop québécois. Son parcours vers la reconnaissance est semé d’embûches.

Dominic Desmarais Dossiers Hip-HopRap

rap-lac-st-jean-rapper-region-hiphop-chanteurDali ne se destinait au rap. Né de parents voyageurs et hippies qui habitent La Prairie, en Montérégie, il suit sa mère au Lac Saint-Jean à la séparation du couple.

Dali a 5 ans. Sa mère, affectée par cette rupture, est hospitalisée. Dépressive et bipolaire, elle retourne au bercail vivre avec ses parents et son frère. «J’adorais ça, vivre chez eux! Ma grand-mère supportait ma mère dans son rôle, auprès de moi. On me parlait de ses problèmes. Je voyais ses hauts et ses bas. Mais elle était quand même présente pour moi», se rappelle le jeune homme qui, plus que l’état de santé de sa mère, était préoccupé par l’absence de son père.

Chez ses grands-parents, Dali est entouré d’amour. Il s’y sent chez lui. Puis, un an et demi plus tard, sa mère va mieux. Elle refait sa vie avec un autre homme. Un autre déménagement pour le jeune Dali qui quitte le Lac Saint-Jean pour le Saguenay.

raper-dali-lac-st-jean-rap-region-hip-hop-rappeurDe cette union, qui dure trois ans, Dali reçoit en cadeau un demi-frère. Il affectionne son beau-père. Mais l’idylle tourne au vinaigre. Sa mère apprend que son amoureux la trompe. Dali prend parti. «J’étais fâché contre lui. Je sentais la frustration de ma mère.» Autre rupture, autre hospitalisation pour sa mère. La sensibilité à fleur de peau, elle rechute. Dali et son demi-frère l’accompagnent à Alma, dans le giron familial. Dali a 10 ans. Il doit à nouveau quitter pour une autre école.

Rencontre avec le Hip hop et Dubmatique

Dali n’a pas coupé les ponts avec son père. Il lui rend visite de temps à autre, les fins de semaine ou lors des vacances scolaires. Son père qui habite Montréal, l’accueille à bras ouverts.

dali-rap-lac-st-jean-hiphop-region-rapper-chanteur-hip-hopC’est en visite dans la métropole que Dali tombe en amour avec le hip-hop, qu’il ne connaît pas. «C’est avec la sortie de La force de comprendre du groupe Dubmatique, un album fort du hip-hop québécois qui a permis au rap de sortir de l’underground que je me suis intéressé à la culture.» Dali a 10 ans. Avec son père, il va voir des spectacles et des événements hip-hop. Il achète toutes les revues qui parlent de cet art et des vêtements associés.

Lors de ses escapades chez son père, Dali s’accroche les pieds au Café-Graffiti. «Je ne savais pas dans quelle branche du hip-hop me diriger. J’ai suivi quelques cours de breakdance. Mais j’ai finalement opté pour le rap. Ça me libérait de ce que je vivais. J’avais besoin de prendre la parole pour dire que j’existe. J’aimais faire de la musique mais je n’avais pas d’argent. Pour le rap, tu n’en as pas besoin. Ça prend seulement du papier et un crayon. Et avec de la pratique et de la volonté, chacun peut développer son talent.»

Les premiers pas d’un rapper

Dali fait figure d’extraterrestre à Alma. La culture hip-hop n’a toujours pas pénétré la contrée des bleuets. Avec son accoutrement de rappeur, il fait rire. «C’était dur. Au Lac Saint-Jean, il n’y en avait pas de hip-hop. Je me faisais écoeurer à cause de mon style marginal.»

Ses amis lui enregistrent des musiques instrumentales sur CD pour qu’il y rajoute ses propres textes. «Mes amis ne connaissaient pas ça, ce sont des rockers», dit-il en esquissant un sourire amusé. Dali faisait ses premiers pas comme rappeur en tâtonnant. «J’ai commencé à écrire. Mais ça ressemblait plus à de la poésie parce que je ne savais pas comment on faisait du rap. J’écrivais des textes introspectifs ou sur mon amour du hip-hop.»

Les années passent et la passion de Dali, devenu adolescent, grandit à vue d’œil. Le hip-hop n’était pas un amour de passage, une mode. Il perfectionne son style, continue à s’informer de tout nouveau développement au sein de la communauté hip-hop québécoise. Principalement lors de ses virées montréalaises.

Sans-Pression, Muzion, Yvon Krevé…

Puis arrive dans son univers une éclosion de talents qui l’interpellent. Alors que le précurseur Dubmatique utilisait un français international, les Sans-Pression, Muzion et Yvon Krevé montrent qu’il est possible de rapper en québécois. «À ce moment, le rap joual commençait. Ça m’a inspiré. Je pouvais rapper dans ma langue. Et j’ai voulu qu’il y ait du rap chez nous, au Lac Saint-Jean. Ça m’a motivé à écrire encore plus et à faire des spectacles.»

En 2003, à 15 ans, Dali s’apprête à faire le grand saut. Pour la première fois de sa vie, il monte sur les planches lors du Secondaire en spectacle, un show amateur où les élèves de son école expriment leur talent. «J’ai bien aimé ça. Ça m’a montré que j’étais capable! Et ça m’a donné envie d’en faire d’autres. Même si j’ai eu un blanc de mémoire majeur. J’ai oublié ma chanson! Il a fallu que je fasse reprendre l’instrumental 2 fois!» Une prestation imparfaite qui brise la glace et lui donne confiance. Il en reçoit une mention honorable parce qu’il est le seul à avoir composé les paroles de sa chanson, qui aborde ses difficultés familiales et sa vision de la société.

L’engouement de Dali est à son paroxysme. Il veut se donner en spectacle. «Je voulais faire des shows à l’école, dans des festivals. La Maison de jeunes d’Alma m’a aidé à en organiser. Je ne voulais pas monopoliser la scène pendant 2 heures. C’est rare un spectacle hip-hop d’un seul artiste. Et je voulais créer des opportunités pour d’autres jeunes à prendre de l’expérience de la scène.» Si au Lac Saint-Jean le hip-hop tarde à prendre sa place, le Saguenay est déjà dans le train du rap. Dali invite des groupes de Chicoutimi à se produire dans les spectacles qu’il organise avec la Maison de jeunes d’Alma, au Belvédère.

Rejeté par sa mère

Le monde de Dali s’effondre en mars 2004, alors qu’il est âgé de 16 ans. En rentrant de l’école, il est attendu devant la maison par son beau-père des six dernières années. Il a un message pour lui. «T’habites plus ici à partir de maintenant. On se revoit dans une couple d’années.» L’homme lui remet une pièce de 2$ en lui disant, tout bonnement: «Arrange-toi.» Dali a trop peur pour aller chercher ses effets personnels. Il appelle son oncle qui accepte de l’héberger et, plus tard, d’aller récupérer ses vêtements pour lui.

Dali se sent rejeté par sa mère. Mais il ne se sent pas coupable. Il n’a jamais été un enfant à problèmes. «Je ne me suis jamais battu, je n’ai jamais volé quoi que ce soit. Moi, je voulais faire des spectacles, une carrière. Je ne voulais pas de problèmes qui m’empêcheraient de faire ce que je veux.»

Le conflit avec son beau-père couvait depuis des années. Au début de la relation, en 1998, Dali était bien heureux pour sa mère. D’un naturel ouvert et accueillant, héritage de la culture hippie de ses parents, Dali voyait d’un bon œil le nouveau mé-nage de sa bien-aimée mère. Mais, peu à peu, le nouveau venu montre ses tendances manipulatrices et possessives. «Il a commencé à avoir des problèmes avec la famille de ma mère. Je voyais qu’il ne voulait pas être dérangé dans leur relation. Dès que quelqu’un de la famille se mêlait de leurs affaires, il le barrait. Ç’a commencé avec mon oncle, celui qui m’a accueilli quand j’ai été mis à la porte. Puis, ce fut au tour de ma grand-mère, quand elle a voulu sa-voir pourquoi il avait coupé les ponts avec mon oncle. Elle a été barrée. Finalement, c’est toute la famille de ma mère qui a été coupée. Ça s’est fait un par un.»

Pour l’adolescent, la situation familiale était difficile à vivre. Sa mère ne voulait plus voir les membres de sa famille qui l’avaient aidée lors de ses épisodes de dépression. Dali, lui, ne s’empêchait pas de rencontrer ses grands-parents. «Mais mon beau-père m’en voulait de continuer à les voir. Pour lui, j’étais du bord de la famille, pas du sien et de ma mère. Mon demi-frère était parti vivre avec son père. Il a été barré lui aussi. Je n’ai pas eu de nouvelles de lui pendant longtemps.»

Peu avant la rupture définitive d’avec sa mère, Dali est témoin de l’agressivité de celui qu’il appelle le manipulateur. «Mon père est venu nous rendre visite. Le chum de ma mère lui a sauté dessus. Il lui a ouvert le visage. Mon père a eu 6 points de suture. Après, il est devenu agressif envers moi. C’est pour ça qu’il a fallu que je parte.»

La DPJ s’en mêle

Dali termine son année scolaire en habitant chez son oncle. Puis, à la fin des classes, son bon samaritain lui apprend qu’il ne peut le garder plus longtemps. Comme son père est à l’extérieur à travailler sur un navire marchand, il n’a personne pour le garder. La DPJ est saisie. «J’ai revu ma mère en mai. Elle a clarifié la situation avec la DPJ. Son chum et elle ont dit qu’ils avaient un conflit avec la famille et que je continuais de les fréquenter contre leur volonté. Et ils ont dit que le temps était venu pour moi d’aller vivre avec mon père. C’aurait été correct si ça s’était passé à la fin de l’année, mais ç’a été brusque. Ma mère ne voulait pas me reprendre. Il fallait me trouver une famille d’accueil d’ici à septembre, quand mon père serait de retour.»

C’était il y a sept longues années. Et depuis, Dali n’a plus jamais parlé à sa mère. «Je trouve ça difficile. Je l’aimais, avant. Mais là, c’est comme si elle était morte, pour moi. Ça me frustre. Mais je ne lui en veux pas. Elle est libre de ses choix. Mais tant qu’à la voir avec cet homme, renfermés comme ils sont, j’aime mieux ne pas y aller.»

Avec le recul, Dali est conscient que l’abandon de sa mère lui a fait mal. «Je me rends compte que j’ai de la difficulté à approcher les filles. C’est inconscient, mais j’ai peur d’être rejeté. Je suis moins confiant.»

Les 3 reportages sur le rapper Dali:

Autres textes sur le Rap:

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CD Rap music Hip Hop de la scène de Montréal

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Tél: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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Schizophrénie, santé mentale et suicide

Schizophrénie et santé mentale

Où s’arrête la liberté d’une personne malade?

Il y a trois ans, ma meilleure amie me téléphone à 1 h du matin. Elle se sent menacée et poursuivie. Son discours est décousu. Sa sœur jumelle ayant développé la schizophrénie un peu avant elle, je comprends rapidement qu’elle est en état de psychose. Je l’invite à venir chez moi sans délai. Je tente de la raisonner, mais rien n’y fait. Je me sens dépourvu et impuissant.

Roberto Mayer   Dossier Santé mentale, Suicide

Le lendemain, elle part avec son fils de neuf ans vers un chalet dans les bois où elle croit qu’elle sera en sécurité. «De toutes façons, me dit-elle, si je crois qu’ils sont pour nous retrouver, ils vont me trouver pendue avec mon fils dans le garde-robe». Je lui demande si elle est consciente de ce qu’elle vient de me dire. Elle me répond que oui, mais que ce n’est que pour protéger son fils, car ce qu’ils lui feraient serait bien pire, et elle s’en va…
La seule façon que je trouve pour l’aider est d’appeler la Direction de la protection de la jeunesse (D.P.J.). J’ai l’impression de trahir une amitié et j’ai peur qu’elle m’en veuille. Je téléphone aux autorités. Ils agissent, placent l’enfant chez ses grands-parents et incitent la mère à se faire soigner.

Désinstitutionnalisation psychiatrique

Elle quitte ensuite l’hôpital sans aucun encadrement imposé. Avec la désinstitutionalisation, elle n’a qu’à formuler un refus de traitement pour qu’on la laisse partir en prétextant qu’elle n’avait rien dit qui prouvait qu’elle représentait un danger pour sa personne. À mon avis, son refus de se faire soigner prouvait plutôt le contraire.

Pour l’obliger à suivre un traitement, cinq membres de sa famille devraient intenter un recours judiciaire pour lui retirer ses droits. Si la famille et les gens autour n’ont pas l’idée ou la capacité de le faire, rien ne peut contraindre une personne atteinte de maladie mentale de se faire soigner.

Le suicide d’une schizophrène

Quatre mois plus tard, je reçois un appel de sa mère. Mon amie s’est pendue. Elle est entre la vie et la mort. Après deux semaines dans le coma, elle garde des séquelles dues au manque d’oxygénation au cerveau. Elle n’a aucun souvenir de moi mis à part mon nom. Elle ignore pourquoi elle est à l’hôpital. Elle ne se souvient pas de son geste… Moi, je m’en souviens.

À mon avis, il est inacceptable que notre société se soit à ce point déresponsabilisée à l’égard de ces personnes au nom de la liberté de la personne et de l’intégration sociale.

Il est plus que temps de regarder notre responsabilité vis-à-vis de ces personnes qui ont besoin d’aide et qui sont laissées à elles-mêmes.

NDLR: Je suis un intervenant de crise. L’histoire que décrit Roberto, je l’ai vécue à maintes reprises. Malgré la difficulté d’appeler les ressources pertinentes, Roberto a très bien agi en les faisant intervenir. Cette difficulté d’avoir un suivi après la psychiatrie ou l’hôpital est malheureusement réelle. J’ai vu des jeunes faire des tentatives de suicide. Dès que le «physique» du jeune le permettait, l’hôpital le laissait partir. Au mieux, avec un rendez-vous avec un psychiatre, dans six à neuf mois! Pas de suivi. Pas d’encadrement.

La question est bien posée par Roberto. Est-ce acceptable de laisser des gens qui ont besoin d’aide sans encadrement, sans suivi, sans ressources adaptées?

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Ressources Suicide:

se suicider moyens pour se tuer sans souffrance suicidaire suicide mourir Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056

La Belgique: Centre de prévention du suicide0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

Blogue sur la schizophrénie et la santé mentale.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html
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Maintenant disponible en anglais: Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser:

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Projet appartement études

Éducation

Débourser pour l’avenir

Taux de décrochage scolaire alarmant, jeunes qui ne savent pas parler et écrire en français, système d’éducation sans cesse montré du doigt et remis en question. Derrière ces chiffres et ces débats enflammés se cachent de belles histoires de détermination. Des jeunes qui s’accrochent à l’école. Reflet de Société a rencontré Sophie et Marie-Ève, deux jeunes femmes qui fondent beaucoup d’espoir dans leur éducation.

Dominic Desmarais   Dossiers Éducation, Famille

projet-appartement-etudes-mere-monoparental-education-enfant Sophie descend à la hâte de la voiture. Gênée et pressée, la jeune femme entraîne son garçon par la main. Sourire complice dirigé vers Aline, son ex-intervenante, Sophie ouvre sa demeure. Elle se précipite pour enlever le manteau de son gamin, sort ses jouets et l’installe devant un film pour enfants.

Sophie est prête à partager son histoire, tout en lorgnant le salon où s’amuse son fils. Son bébé qu’elle aurait pu perdre il y a environ un an. La Direction pour la Protection de la Jeunesse (DPJ) lui a retiré son petit. «Il y avait un conflit entre ma mère et moi. Mon jeune vivait dans la violence. Je le laissais, j’étais négligente avec lui.» Sophie, sous ses airs timides, répond sans retenue. À la suite d’un accident, son gamin se fracture le crâne. C’est à ce moment qu’intervient la DPJ. Par souci pour l’enfant, on le retire à sa mère pour le placer en foyer d’accueil.

Sophie décide de suivre sa progéniture. Pendant 10 mois, elle vit dans un appartement avec 4 mères comme elle et une femme enceinte. L’expérience la chamboule. «C’était dégueulasse, laisse-t-elle échapper, encore dégoûtée. Il y avait trop de monde pour l’endroit, la cuisine était toujours bondée. Je voulais partir. Mais il y avait un problème avec mon enfant. Je n’avais jamais préparé un souper, je ne savais pas m’organiser ou encore m’occuper de mon enfant.»

Terminer son secondaire

mere-monoparentale-education-enfant-famille Au foyer, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 18 ans, se prend en main. Elle tremble en voyant les autres mères quitter le foyer, seules, sans leur enfant. Elle fait tout ce que les intervenants lui demandent. Pendant cette période, elle termine son secondaire. Elle passe son temps enfermée dans sa chambre, avec son garçon et ses livres.

Cette année, Sophie se mesure aux études collégiales. Son fils va bien, elle a appris à l’élever. Elle est libérée de la DPJ. Ou presque… «J’ai reçu une bourse de 2500$ pour payer l’école, les livres, la vaisselle, la barrière pour le lit de mon fils…» La jeune femme énumère sa liste d’achats. À 18 ans, à peine sortie d’un séjour de 10 mois en foyer de groupe au sein de la DPJ, avec un enfant en bas âge, Sophie entame une vie d’adulte.

Déjà, elle pense à l’après cégep. Elle se voit aux Hautes Études Commerciales. Avec, comme motivation, son garçon, et comme appui, la bourse de la DPJ qui lui sera remise jusqu’à la fin de ses études.

7 ans en famille d’accueil

Marie-Ève est un autre produit de la DPJ. Malade, sa mère décède avant qu’elle n’atteigne ses 10 ans. Née de père inconnu, sans famille, elle est confiée à l’État. Elle passe 7 ans dans une famille d’accueil avec laquelle elle ne s’entend pas. Des histoires d’abandon, de traitement injuste, de manque de soutien, Marie-Ève en a un sac plein.

Comme cette fois où, hospitalisée pendant deux mois et demi, personne de sa famille d’accueil n’est venu lui rendre visite. Ou sa relation avec sa travailleuse sociale distante. «Elle venait me voir une fois par an. Elle me faisait un plan d’action bon pour l’année, pour s’en débarrasser», raconte-t-elle sans rancœur. À côté d’elle, Aline, son intervenante, opine de la tête. «Marie-Ève a raison de se plaindre, dit-elle avec empathie. Normalement, tu fais un suivi une fois par mois. Tu demeures préoccupé pour ce que tes jeunes vivent.»

Bien malin qui pourrait lire le passé de Marie-Ève en la regardant. Enjouée, cette adolescente de 17 ans s’esclaffe sans arrêt. Les années difficiles semblent derrière elle. Depuis juillet, elle goûte à la liberté dans son nouvel appartement supervisé. Ses quartiers sont situés au deuxième étage, au-dessus des habitations d’une famille d’accueil qui s’assure de son intégration à une vie autonome.

Comme Sophie, elle aussi a reçu une bourse de la DPJ afin de l’aider dans ses études. Depuis le décès de sa mère, elle rêve de devenir infirmière. «Pour aider directement les malades», s’empresse-t-elle de préciser. Ses études l’accaparent à longueur de semaine. Mais Marie-Ève ne rechigne pas. Une nouvelle vie s’offre à elle.

Une trousse de départ

Le Projet appartement-études du Centre jeunesse de Montréal veut préparer des jeunes sans familles ni ressources à devenir autonomes, une fois sortis du Centre. Les bénéficiaires reçoivent un trousseau de départ pour leur premier appartement, une première épicerie et une bourse de 2500$ par année pour les étudiants au cégep ou de 1000$ par année pour terminer un secondaire 5. Il y a présentement 8 bénéficiaires. Élaboré par James Crowley, éducateur au Centre jeunesse, le projet est financé par de grandes entreprises Québécoises et des dons de particuliers.

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Jeune, drogue et DPJ

La toxicomanie a volé mon fils!

Je suis une mère qui a le cœur meurtri par les combats contre la toxicomanie de son fils.

Sophie L.  Dossier ToxicomanieAlcool et drogue

 Il y a environ quatre ans, je recevais un appel téléphonique pour m’abonner à la revue Reflet de Société. J’ai répondu: «Certainement, j’ai moi-même un fils pas mal rock’n’roll qui va dans les centres d’accueil. Souvent, je me sens impuissante et c’est certain, les jeunes ont besoin d’aide». Après avoir raccroché, j’ai ressenti cette peur froide qu’un jour mon fils devienne toxicomane et vive dans la rue.

À 22 ans, je suis tombée enceinte accidentellement. J’ai gardé  l’enfant même si je savais que le père ne s’en occuperait pas. Il avait de gros problèmes de toxicomanie! Malgré déboires et malchances, j’ai élevé mon fils seule. Dès l’âge de 11 ans, comme il était souvent en retenue à l’école, j’ai demandé qu’il soit transféré dans une classe où il aurait pu recevoir des services pour ses troubles de comportement. Les professeurs et la direction ont refusé sous prétexte qu’il aurait influencé le reste de la classe et leur aurait fait perdre le contrôle. L’école a finalement décidé de le mettre dehors et de lui donner des cours à la maison. C’est là que tout a commencé à dégénérer. Mon fils avait gagné contre le système scolaire: il était hot et je n’avais désormais plus aucune autorité.

Centre d’accueil

Deux jours avant ses 13 ans, après plusieurs situations intolérables, j’ai suivi les conseils de la DPJ qui devait m’aider avec mon fils. À contrecœur, j’ai coopéré avec les policiers afin qu’ils l’emmènent de force dans une centre d’accueil. Il devait y rester environ un mois. Quelle déchirure pour le cœur d’une mère! Il y a tant à dire sur ces longs et nombreux séjours en centres d’accueil, ponctués de rencontres avec le juge, jusqu’à ses 18 ans… Mais le problème n’a pas disparu pour autant. Non, il a empiré.

À l’âge de 16 ans, mon fils a revu son père, qu’il n’avait pas vu depuis 10 ans. Ce dernier était toujours toxicomane. Même si mon fils a été très déçu par cette rencontre, il l’a fréquenté pendant un an et demi environ.

Opiacés et toxicomanie

alcool drogue toxicomanie alcoolisme toxicomane consommation Mon fils avait des talents artistiques comme j’en ai rarement vus. Il était très doué, intelligent et très beau aussi. Son état s’est dégradé et maintenant il est dépendant aux opiacés. Il a consommé toutes sortes de drogues. Plus ça allait, moins je le reconnaissais. La drogue l’a magané et beaucoup amaigri. Elle m’a pris mon fils. J’ai souvent essayé de le convaincre de recevoir des soins médicaux car avec toute la drogue qu’il consomme, il aura inévitablement des séquelles.

Avec l’aide de la DPJ, j’ai essayé tous les chemins, mais je me suis retrouvée toujours seule à me battre. J’ai le goût de crier, comme bien des mères j’en suis certaine, cette douleur lourde de voir quelqu’un qu’on a tant choyé et aimé être aspiré par la drogue.

J’ai tout essayé… Jusqu’à devoir le sortir de la maison. J’étais en train de couler avec lui. Je commençais à avoir des idées suicidaires. Seule, comme depuis sa naissance, j’ai dû agir avec fermeté, calme et détermination.

Après l’avoir mis à la porte à contrecœur, je lui ai dit: «quand tu voudras t’en sortir, que tu en auras assez, fais-moi signe et je vais t’aider». Cette période a été très éprouvante! Six mois plus tard, il est finalement venu me voir en disant qu’il n’en pouvait plus, que, quand il n’avait pas sa dose, il avait le goût de se suicider mais qu’il n’en avait pas la force. Il a besoin de sa drogue pour vivre comme de l’air qu’il respire. Et ces marques sur son bras…

Les démarches pour un centre de thérapie

J’ai passé deux jours avec lui à faire des démarches et j’ai beaucoup appris sur les opiacés. Je me suis renseignée, je l’ai écouté, je l’ai aidé, j’ai téléphoné partout. Je n’ai vu que des portes fermées: pas une seule place disponible, les médecins étaient en vacances, rien avant plusieurs mois. C’était complètement décourageant, épuisant. Il voulait de l’aide, là, maintenant, et je craignais que son envie de s’en sortir ne dure pas.

Quelle déception, une fois de plus, de voir mon fils repartir. De mon côté, abattue et pratiquement noyée dans cette mer de larmes, j’ai demandé de l’aide à un centre. Deux mois plus tard, j’attends toujours. Je m’efforce de rester le plus réaliste possible, de prendre soin de moi. Je ne sais pas ce qui va arriver et je me sens totalement impuissante.

Fin des programmes de méthadone

Mon fils m’a téléphoné il y a trois semaines. Il m’a dit qu’il se débrouillait, qu’il avait entendu aux nouvelles que le gouvernement supprimait les subventions des programmes de méthadone. Il m’a alors annoncé qu’il allait entreprendre la démarche cette année. Je lui ai répondu de ne pas se laisser décourager par cette nouvelle et que, même si nous nous heurtions à bien des portes fermées, il fallait persévérer. Tout ce que j’ai pu dire à mon fils est que je l’aimais et que s’il voulait entreprendre une démarche, je serais là pour l’aider. Tout part de lui. Il est le seul à avoir le pouvoir de changer sa vie.

Depuis, il ne m’a pas téléphonée. Quand je pense à toutes ces choses qu’il m’a dites, tout ce qu’il est prêt à faire pour avoir sa dose, même se prostituer, j’ai mal au cœur dans tous les sens du terme. Mon fils, que j’aime de tout mon cœur, va avoir 19 ans. À l’heure où j’écris ces mots, je ne sais pas ce qu’il fait, où il vit… Vit-il encore? Ma peine est tellement profonde…

Je terminerai en disant «Merci» aux gens qui continuent d’aider les jeunes.

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