Enfants soldats et leurs victimes à la même école

Enfants-soldats Sierra Leone

Bourreaux et victimes à l’école

Kabala, Sierra Leone - Sunkarie a 16 ans. À la fin de la guerre, elle avait 12 ans. Lorsque les rebelles ont attaqué son village, ils l’ont pris avec sa mère. «Ma mère était enceinte. Ils lui ont ouvert le ventre brutalement pour connaître le sexe de l’enfant. J’ai vu ma mère mourir.» Elle a sept ou huit ans à l’époque. Elle vit encore sous le choc aujourd’hui. «Je vais toujours me souvenir de la mort de ma mère. La plupart du temps, quand je me rappelle comment je l’ai perdue, je pleure. Quand j’ai besoin d’aide, que je vis des moments tristes, je me sens seule. Je n’ai pas de famille», raconte-t-elle avant de rajouter que son frère a été tué pendant la guerre, que son père est mort et que sa belle-mère a perdu son bras à la suite à des bombardements.

Dominic Desmarais, Enfants-soldats, International

Sunkarie est devenue une enfant-esclave. Elle accomplissait les tâches que les rebelles lui assignaient, explique-t-elle laconiquement, avare d’explications. Difficile de savoir sienfants-soldats-enfants-de-la-rue-enfant-guerre elle a oublié cet épisode de sa vie ou si elle évite le sujet. Un regard sur son oreille gauche suffit pour comprendre qu’elle a vécu l’enfer. L’ouverture est bouchée par son lobe, recousu au centre de l’oreille. Elle a été poignardée. Sur les jambes, également, comme en témoignent ses vilaines cicatrices. Ses réponses sont brèves.

Trois ans passent avant qu’elle ne s’évade des rebelles. Malchanceuse, elle tombe entre les mains des soldats du gouvernement. Le cauchemar de Sunkarie se prolongera une autre année. «Les rebelles et les soldats du gouvernement, c’est du pareil au même», dit-elle à la dérobée. L’adolescente s’adresse à l’un de ses professeurs en créole, qui joue à l’interprète et au journaliste. Peu troublé par l’histoire de son élève, mille fois entendue, il la pousse à s’ouvrir. Sunkarie s’est portée volontaire, parmi la trentaine de jeunes filles de sa classe, pour témoigner de son vécu. Ses rares sourires sont provoqués par la gêne. Elle détourne rarement le regard de son interprète. Parfois, elle répond en anglais. Mais toujours cet air honteux.

L’école de la réintégration

Depuis octobre, la jeune fille est prise en charge par un centre de réintégration pour jeunes victimes de la guerre. Opéré par la Croix-Rouge, qui a quatre autres projets similaires à travers le pays, le centre de Kabala aide 150 jeunes de 10 à 18 ans. Comme Sunkarie, ils ont un passé douloureux. Mères-enfants que personne ne supporte, jeunes dont les parents ont tout perdu pendant la guerre et n’ont pas les moyens de les envoyer à l’école, victimes de la guerre (traumatismes), abusés sexuellement, enfants-soldats, enfants abandonnés pendant la guerre…

Le centre mélange enfants-soldats et autres victimes, filles et garçons. La Croix-Rouge évite toute stigmatisation. «À travers ces centres, on veut leur redonner une structure, un mode de vie normal. Beaucoup de ces enfants n’ont pas connu d’encadrement, une autorité plus ou moins présente», explique Philippe Stoll, agent de communication de l’organisme international. Philippe a délaissé le journalisme pour l’aide humanitaire. Il vit l’aventure d’une autre manière.

Les enfants sont divisés en fonction de leur âge. Les plus jeunes, les 10-13 ans, s’adaptent à leur nouvelle vie d’étudiant. Une première pour la grande majorité. «On leur donne une structure scolaire, dans le but qu’ils puissent, après un an, réintégrer le système régulier», raconte Philippe, convivial. Ils ont tout à apprendre, la guerre les ayant fait fuir des bancs d’école.

Les plus âgés, les 14-18 ans, reçoivent une éducation de base et apprennent un métier. Couture, cuisine, charpenterie, construction, agriculture, coiffure. Leur pratique profite au centre. La récolte du groupe en agriculture est utilisée par le groupe en cuisine pour faire le repas du midi. Les tables et les chaises sont fabriquées et réparées par les charpentiers. De nouveaux bâtiments servant de classes ont été construits par le groupe en construction. Sunkarie, elle, a choisi la couture. En sortant du centre, elle souhaite ouvrir un petit commerce. De quoi lui permettre, pense-t-elle, de gagner sa vie dans son village.

«L’idée, c’est que les gens qui ont appris un métier travaillent dans leur communauté. Qu’ils apprennent ensuite leur métier à des apprentis. De renégats, ils deviennent utiles et aident leur communauté», dit Philippe Stoll.

Le défi du recrutement

En ces temps difficiles, on se bouscule aux portes du centre de la Croix-Rouge. L’école est un mirage pour des milliers de jeunes de la province. Les enfants affectés par la guerre sont la norme. «Récemment, 715 personnes ont demandé une place. Plus de 80% étaient vulnérables. Mais le programme peut seulement supporter 150 enfants à la fois», raconte Amadu, le responsable du centre de réintégration de Kabala. Pour lui, est vulnérable tout enfant dont le passé correspond aux critères de sélection du centre. Ces filles déjà mères, ces anciens enfants-soldats, ces jeunes estropiés de la guerre, ces esclaves, ces filles-épouses de militaires…

Amadu et son équipe rencontrent un à un les enfants qui s’inscrivent. Ils passent des journées entières à écouter des histoires d’horreur. Comment choisir 150 enfants sur 715? «C’est tout un défi. Une décision difficile pour nous tous», affirme Amadu, à la fois sincère et lucide. «Pendant l’entrevue, on laisse le jeune parler de lui. Ce qu’il a vécu pendant la guerre. Certaines histoires sont si pathétiques qu’on a pas le choix de les prendre.» Comme l’histoire de Sunkarie, par exemple.

La fin des enfants soldats

Diplômé en agriculture, jadis enseignant au secondaire, Amadu ramène son stress à la maison. Son travail de responsable l’occupe à la semaine longue. Il a en mémoire les histoires de ses bénéficiaires, comme il appelle les jeunes du centre. Aujourd’hui, il a un poids de plus. La deuxième année du centre n’est pas encore achevée qu’il se demande comment éviter la fin du programme.

La quarantaine, l’homme cache mal sa lassitude. Sa fatigue l’emporte sur son enthousiasme. Les regards horrifiés par cette violence qui a volé la vie à des dizaines de milliers d’enfants se sont déplacés au gré des autres tragédies. La guerre est terminée depuis 2002. Quatre longues années suffisantes aux yeux des donateurs pour rétablir un pays et réhabiliter cinq millions de personnes. «On ne peut plus parler d’enfants-soldats aujourd’hui. La guerre est terminée depuis quatre ans, résume le superviseur, cynique. On veut cibler les jeunes. Ils n’ont rien à faire. Les enfants de la rue, la prochaine guerre, c’est eux qui la feront.»

Amadu craint l’abandon du programme par la Croix-Rouge d’ici un ou deux ans. «Je vais probablement regarder ailleurs pour trouver des fonds. Nous sommes chanceux d’avoir les bâtiments scolaires.» L’avenir du centre le hante. Les investisseurs ne courent pas les rues, dans son coin de pays.

Discrimination pour les femmes

Sur les 150 bénéficiaires de 2006, 112 sont des filles. «Traditionnellement, la femme ici est dépouillée de ses droits. Elle ne va pas à l’école. Ou sinon elle abandonne à mi-parcours. Elle tombe enceinte. Pas de mari. Pas de travail. Elle est seule. À la fin de la guerre, le programme de réintégration ne concernait que les hommes soldats. Ils ont oublié qu’il y avait des femmes soldats. Plusieurs garçons ont reçu tous les fonds. Alors, il y a plus de femmes vulnérables. Elles n’ont jamais participé au programme de réintégration. Maintenant c’est leur tour», explique Amadu.

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Enfants soldats: les anges de la guerre

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Produit grâce à la contribution de l’Agence canadienne de développement international (ACDI)

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Complexité de la traite des humains

Complexité de la traite des humains

Dominic Desmarais                      Dossier Prostitution et sexualité.

Je commence à peine à découvrir la problématique du trafic des êtres humains. C’est beaucoup plus complexe que je ne m’y attendais. Et ce n’est pas parce que je pensais que c’était simple… C’est tout dire.

Les gens trafiqués n’ont pas de nom. On ne connaît pas leur existence la plupart duprostitution-asiatique-prostitution-internationale-trafic-traite-femmes-1 temps. Ceux qui ont été trafiqués à des fins sexuelles ne veulent pas rentrer chez eux une fois sortis du réseau. Ils sont ostracisés par leur communauté, qui les rejette. Ceux exploités économiquement à l’extérieur de leur pays n’ont pas les moyens de revenir à la maison. Ils sont maintenus dans des endroits isolés, de sorte que personne ne sache qu’ils existent. Ils n’ont aucun droit. D’autres, des enfants, remplissent les rangs de ces jeunes qui mendient dans les endroits touristiques. On leur enseigne comment soutirer le plus d’argent. Ils apprennent à pleurer, s’habillent en loques… Pour remettre leurs gains à un patron qui n’a rien d’un mendiant.

Petit espoir, les pays de la région commencent à s’impliquer, à travailler ensemble. Mais ils commencent… Beaucoup de retard sur les trafiquants.

Dossier Prostitution et Sexualité.

Avons-nous l’argent nécessaire pour légaliser la prostitution?
Doit-on légaliser la prostitution?
Les effets pervers de la légalisation de la prostitution.
Les clients de la prostitution.
Les filles dans les gangs de rue et la prostitution.
Prostitution de luxe d’une escorte.
Pour ou contre la légalisation de la prostitution?

Définition et historique de la prostitution

Jean-François Lisée de L’actualité et la légalisation de la prostitution.

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Mois de l’histoire des Noirs 4

Mois de l’histoire des Noirs 4

François Richard

Dossier   Mois des Noirs

image Afin de souligner le Mois de l’histoire des Noirs, Reflet de Société vous offre une série de quatre articles portant sur des personnages d’origine africaine marquants, souvent méconnus, de l’histoire nord-américaine. Quatrième et dernier personnage, Mary Ann Camberton Shadd, enseignante, journaliste, éditrice, recruteur militaire durant la Guerre de Sécession et militante pour les droits des Noirs.

Mary Ann Camberton Shadd, 1823-1893

Née dans la ville de Wilmington, au Delaware, Mary Ann Camberton Shadd est l’aînée d’une famille de treize enfants. Elle doit quitter avec sa famille sa ville natale afin d’avoir accès à l’école. Elle fréquente un établissement dirigé par des missionnaires Quakers, en Pennsylvanie.

De retour chez elle en 1839, Mary Ann Camberton Shadd fonde une école pour jeunes Noirs alors qu’elle n’est âgée que de seize ans. Elle enseigne aux jeunes Noirs américains durant les onze années suivantes, à Wilmington, puis dans différentes écoles des États de New York, du New Jersey et de la Pennsylvanie.

Militante des droits des Noirs

En plus de son travail d’enseignante, Mary Ann Camberton Shadd est, au cours de ces années, activement impliquée dans la lutte pour les droits des Noirs. Son message: les Noirs s’émanciperont par le travail et l’épargne, en bâtissant des communautés prospères et solidaires. Elle souhaite que les siens se prennent en main eux-mêmes plutôt que d’exiger de l’aide de la part des Blancs. Elle met ses idées sur papier dans un pamphlet de douze pages publié en 1849 et intitulé, Hints to the Colored People of the North (les Noirs du sud du pays sont à cet époque toujours soumis à l’esclavage).

Réfugiée au Canada

Comme un grand nombre de ses semblables Mary Ann Camberton Shadd quitte les États-Unis après l’adoption de la Fugitive Slave Act par le Congrès de ce pays, en 1850. Cette loi oblige les citoyens et les forces de l’ordre des États du Nord à arrêter toute personne soupçonnée d’être un esclave en fuite et de le remettre éventuellement à son propriétaire.

Mary Ann Camberton Shadd s’installe donc à Windsor, dans le sud-ouest de l’Ontario, et y trouve un emploi d’enseignante en 1851. Dans son livre A plea for emigration, publié en 1852, elle invite les Noirs de son pays à se réfugier au Canada et fait une critique virulente de l’idéologie de séparation des races, alors dominante parmi l’élite noire nord-américaine.

Un journal pour les Noirs

En 1853, elle fonde un journal, afin de donner une voix à la communauté noire canadienne. Bien que le statut social des femmes à l’époque l’empêche d’occuper officiellement le poste de rédactrice en chef du Provincial Freeman, elle dirige bel et bien le journal au jour le jour. La militante effectue à cette époque des tournées de conférences au Canada et aux États-Unis afin d’amasser des fonds pour la publication qu’elle a mise sur pied.

Le journal vivote tant bien que mal jusqu’en 1859. Des problèmes financiers obligeront alors l’équipe du Provincial Freeman à mettre fin à l’aventure. Mary Ann Camberton Shadd fait publier cette année là un livre sur la Guerre de Sécession, qui oppose à l’époque les États américains du Nord à ceux du Sud, notamment à propos de la question de l’esclavage.

Au service de l’armée américaine

La militante prend à cette époque fait et cause le camp du Nord, en faveur de l’abolition de l’esclavage. À un point tel qu’en 1863, elle retourne aux États-Unis afin de devenir recruteur pour l’armée nordiste. Il s’agissait d’une première aux États-Unis, voire d’une première mondiale.

Une enseignante américaine

Mary Ann Camberton Shadd demeure aux États-Unis une fois la guerre civile terminée. Elle obtient un certificat d’enseignement américain en 1868 et travaille à Détroit, puis à Washington, jusqu’à la fin de sa carrière. Elle obtient un diplôme en droit de la Howard University, à Washington, en 1883. Durant la dernière période de sa vie, Mary Ann Camberton Shadd milite aussi en faveur du droit de vote des femmes. Elle meurt d’un cancer en 1893.

Exposition de photos de Kinshasa

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, une exposition de photographies sur la vie à Kinshasa, métropole ouest-africaine de 8 millions d’habitants et capitale de la République démocratique du Congo, est présentée jusqu’au 1er mars à l’Église Saint-James, dans le centre-ville de Montréal. Les clichés, réalisés par Paul Henry Kiese, un travailleur de rue montréalais qui a habité la ville récemment, représentent divers aspect de la vie dans la ville immense et affectée par des vagues de migrations immenses, résultant en partie de la longue guerre qui ravage le Congo. L’exposition est ouverte au public samedi et dimanche entre 10h30 et 16h30. L’Église Saint-James est située au 463, Sainte-Catherine, Ouest, entre les rues Union et Saint-Alexandre.

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