Suicide d’un ami

Suicide d’un ami

Raymond Viger    Dossier Suicide

Plusieurs personnes de mon entourage se sont suicidées. Certaines étaient très près de moi. Je leur parlais, je savais qu’elles souffraient à un haut niveau. J’ai tenté de les consoler, de les aider. Mais rien n’y faisait. Elles se sont suicidées.

J’ai commencé par étouffer la culpabilité qui me rongeait en essayant de me convaincre que j’acceptais le choix qu’elles avaient fait. Il est plus facile de dire que c’était leur choix que d’oser imaginer que j’avais peut-être ma part de responsabilité. Si j’avais pris plus de temps avec lui, peut-être qu’il ne se serait pas suicidé. Si j’avais pris plus de temps pour l’écouter, peut-être serait-il encore là à me parler… Un paquet de «si» me hantent et me dérangent. Oui, ça dérange quand quelqu’un se suicide autour de soi.

Je suis envahi par une série de «peut-être» et de «si» qui deviennent menaçants pour ma survie psychologique personnelle. Oui, je parle de survie. Parce que la vraie question, ce n’est pas qu’est-ce que j’aurais pu faire pour éviter le suicide de cet ami, mais plutôt qu’est-ce que moi je peux faire pour survivre à son départ prématuré?

J’ai essayé de me convaincre que nous avons le choix de décider du sort de notre vie. Je n’ai parlé à personne de cette culpabilité qui me rongeait. Je suis devenu une sorte de «zombie», incapable de toucher aux émotions qui remontaient en moi. Laisser remonter une émotion voulait dire aussi laisser remonter cette culpabilité, cette souffrance.

J’ai eu mon lot de difficultés. J’ai fini par faire une tentative de suicide. Ce n’était pas un choix. Je n’avais aucune conscience de ce qui se passait. J’ai fait une overdose de souffrance. Ça faisait trop mal pour que je comprenne ce qui se passait en moi.

Plus tard, en thérapie, j’ai réalisé que ce n’était pas une, mais deux tentatives de suicide que j’avais faites. J’ai été arrêté dans ma première et je ne m’étais même pas rendu compte de ce qui s’était passé. Quand tu dis que tu fais une tentative de suicideet que tu ne t’en souviens même pas! Faut-y que tu sois assez «gelé» par ta souffrance rien qu’un peu!!!

Parce qu’une overdose de souffrance, c’est la pire des drogues qui existe. Tu ne vois plus rien, tu n’as plus conscience de ce qui se passe, ni en toi, ni autour de toi.

Le suicide d’un ami, ça dérange, ça choque et c’est bouleversant. Non je n’accepte pas le choix de se suicider. Je ne l’accepterai jamais. On ne choisit pas de mourir. On se suicide quand on ne voit plus les choix qui s’offrent à soi. Pour moi, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et je ne peux pas dire que je serai mieux quand je serai l’autre bord. Je n’y ai jamais été et personne ne peut me garantir que c’est vrai que c’est plus beau l’autre côté.

Il y a trop de suicides au Québec. Il y a trop de suicides parmi les jeunes. Je ne peux l’accepter et je ne l’accepterai jamais. Non je n’accepte pas qu’un jeune se suicide.

Je n’ai qu’un seul souhait à formuler, un seul message à livrer. Si un de tes amis vient de se suicider, j’espère que tu ne me diras pas que tu acceptes son choix comme moi j’ai essayé de le faire. J’espère, au plus profond de mon coeur, que tu vas prendre le temps d’en parler autour de toi, de contacter une ressource qui peut t’aider et te soutenir dans cette période très difficile. Le suicide d’un proche ça dérange et c’est ensemble qu’on peut s’aider à passer à travers.

Je veux te laisser un petit cadeau. Peu importe l’épreuve que tu traverses, dis-toi qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part qui est prêt à t’aimer, à t’écouter et à faire un bout de chemin avec toi. Ne laisse pas tout tomber avant de l’avoir rencontré.

Ressources:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

Autres textes sur le Suicide:

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Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet. Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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165 Réponses

  1. Tout ça c’est bien joli, mais ce sont en fait des foutaises. Qui êtes-vous pour prédire qu’il y a toujours quelqu’un qui t’aime et qui t’attend sur ton chemin pour t’aider? Qu’est-ce que vous en savez? Et pourquoi cette obsession de survivre, quoi qu’il arrive, même au pire de ses souffrances, même au pire de son désespoir? Pourquoi déployer une telle énergie à « sauver » un inconnu qui veut en finir? Le sauver de quoi? De la mort? C’est si inacceptable que ça de mourir, surtout quand on l’a décidé?
    Qu’est ce que vous en savez qu’il y a toujours de l’espoir? Vous savez le nombre d’humains qui meurent vieux, seuls, malheureux, et ignorés de tous? Que les voisins découvrent au bout de quelques semaines, parce que son corps commence vraiment à sentir? Et il faudrait vivre, je devrais dire juste exister, comme ça jusqu’à sa vieillesse, ne pas trouver moyen d’améliorer les choses, vivre sur une éventualité, un hypothétique « espoir » que ça s’arrange?
    Et bien moi je dis que non, que la mort n’est pas « grave », qu’elle une chose naturelle et même salutaire, et que si,quelqu’un décide de se la donner, il faut l’accepter. Ne pas l’accepter est juste stupide, désolé de le dire ainsi.
    On a le droit de jeter l’éponge. Je comprends que cela fasse souffrir l’éventuel entourage, mais dire qu’on n’a pas le droit d’abandonner, pas le droit de se suicider, c’est faire montre d’une cruauté invraisemblable envers celui ou celle qui veut en finir: c’est comme si on lui disait « non seulement tu souffres au-delà de toute mesure, mais en plus t’es lâche parce que tu veux te suicider ».
    Je ne peux pas accepter ce discours insupportable.
    Ca fait plus de 20 ans que je veux mourir, depuis que je suis adolescent, et plus de 20 ans que j’essaye malgré tout de me tracer un chemin sur lequel je me sente bien, et plus de 20 ans que je n’y arrive pas. J’ai 40 ans, et je sais maintenant que je ne vais pas espérer et faire des efforts en vain toute ma vie jusqu’au bout du bout de ma vieillesse. Je mourrais avant, de ma propre main, parce que je l’ai décidé, et parce que je n’ai ni femme, ni enfants, ni engagement personnel envers qui que ce soit. C’est ma liberté, et mon choix de mettre fin à ma vie que je n’ai pas décidé d’avoir. Au départ. avant que je ne naisse, je ne manquais pas au monde, non? Après, ce sera pareil, je ne lui manquerais pas plus, il continuera de tourner.
    Désolé pour le pavé, et longue vie à vous si vous l’aimez.
    C.

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  2. Bonjour Tof.

    D’une part, si vous prenez le temps de bien lire le texte, c’est un partage sur ce que j’ai vécu et ressenti concernant le suicide de personnes qui m’étaient proches.

    D’autre part, je parle aussi de mes deux tentatives de suicide ainsi que des overdoses de souffrance que j’ai traversées.

    Finalement, je partage comment il a été important pour moi de parler de ce que j’ai vécu.

    Et vous qu’avez-vous vécu pour en arriver à envisager le suicide comme seule solution?

    Au plaisir de vous reparler.

    Raymond.

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