Guerre du pétrole et l’environnement

Souvenir du ministère des Ressources naturelles

Colin McGregor – prison de Cowansville. Dossier Chronique d’un prisonnier

Pétrole Colin McGregor journalisteDes lampadaires géants, hauts de 30 mètres, transforment la nuit profonde de ce coin des Cantons de l’Est en un jour orangé perpétuel. Les parents du coin utilisent cet éclairage vif pour détourner leurs enfants du crime: «Qui voudrait vivre là?», disent-ils à leurs enfants apeurés en pointant du doigt la lueur à l’horizon, la lueur qui ne s’éteint jamais.

Ça doit demander beaucoup d’énergie pour éclairer une prison fédérale. Au Québec, le coût de l’énergie augmente, mais il demeure encore bas comparé à d’autres endroits où l’électricité accapare une bonne portion du budget des familles et des entreprises.

Je me dis qu’il n’y a pas de réponse facile. Entre protection de l’environnement, énergies nucléaire, solaire, gaz de schiste… Les voitures électriques semblent idéales, mais il faut produire de l’électricité pour les nourrir et dans la plupart des cas, elle doit être produite en brûlant du pétrole et du charbon. Quand les lumières me gardent éveillé, la nuit, et que je me souviens du temps où le Canada est allé en guerre pour onze barils de pétrole.

Nous sommes en 1990, et mon travail de journaliste pigiste ne suffit pas à payer les factures. Le Montreal Daily News ne m’appelle pas assez souvent. Je vais alors travailler à Ottawa au ministère des Ressources naturelles. J’ai beaucoup écrit à propos du pétrole et du gaz. On m’engage comme chargé de communications dans le dossier du pétrole et du gaz et je vais travailler pour le gouvernement du Canada. Je m’attends à joindre une grande équipe, peut-être même un étage complet de rédacteurs.

Mais je me retrouve dans un cubicule sans fenêtre, dans un édifice à bureaux surplombant le lac Dow à Ottawa. Et il n’y a que moi, je suis le seul et unique responsable des communications pétrole et gaz du gouvernement.

Et il n’y a même pas assez de travail pour occuper mes journées. Les prix du pétrole sont bas. Personne ne s’intéresse aux Albertains. J’écoute la radio et potine avec mes voisins de cubicule, qui écrivent à propos des mines et de l’énergie atomique. L’été s’étire lentement.

Un matin d’août, à la radio, on annonce que l’Iraq vient d’attaquer le Koweït. Saddam Hussein a lancé ses troupes à travers le désert pour envahir son voisin riche en pétrole. Comme ça, à l’improviste. Je suis le seul à écouter la radio dans l’édifice. On ne nous permet pas de regarder la télévision. Et Internet n’existe pas encore.

Je vais voir mon patron: «L’Iraq vient d’envahir le Koweït. C’est à la radio!»

Impossible, me dit-il, Saddam est notre meilleur allié au Moyen-Orient. Mais juste au cas, va raconter tes chimères au directeur de la politique pétrolière. Laisse-moi et va le déranger.

Je vais le déranger. Impossible, me répond-il. Après quelques autres bureaux, j’abandonne.

Deux heures plus tard, mon téléphone sonne. Maintenant, j’ai deux tâches:
1. Faire circuler une lettre du ministre adjoint que tous les chefs de service doivent signer, déclarant croire que l’Iraq a envahi le Koweït;
2. Découvrir combien de pétrole nous vient de ces deux pays.

La lettre circule. Chaque visage est rouge. Je vais voir la dame brusque et sarcastique qui dirige le bureau des statistiques. Son bureau est situé juste à côté de la salle des cartes où je prends mon repas et mes pauses. Nos magnifiques cartes en quatre couleurs du Moyen-Orient datent des années 1950. Les pays portent leurs noms coloniaux. Le Yémen se nomme «le Protectorat d’Aden».

La dame et moi fouillons parmi des tas de documents provenant de sociétés pétrolières nous informant de l’origine de leurs importations. C’est un système basé sur la «confiance». La plupart des sociétés mentent. Heureusement, celles qui prennent leur pétrole en Iraq et au Koweït sont parmi les rares à ne pas mentir.

Nous nous penchons sur des colonnes de chiffres. En 1989, le Canada a importé 10 barils de pétrole de l’Iraq. Personne ne sait au juste pourquoi. Du Koweït, nous avons importé un seul baril, d’un type rare de pétrole qu’on ne trouve que dans ce pays et qui sert à lubrifier les lentilles de télescopes hautement performants.

Je retourne chez moi par autobus, ce soir-là, en sueur, fatigué et en retard pour le souper.

Quelques jours plus tard, nous allons en guerre pour défendre les réserves mondiales d’énergie. Nous rejoignons une coalition pour chasser Saddam hors du Koweït. Pour la liberté et la démocratie. Et pour onze barils de pétrole.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

love-in-3dLove in 3D.

Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

social-eyes-web Magazine The Social Eyes

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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