La consommation, un poids sur les enfants

Ludivine (prénom fictif) tient à parler de drogues. Si elle en a consommé occasionnellement, elle a surtout été percutée de plein fouet par la consommation passée de son père. Aujourd’hui, Ludivine est adulte, mais sa famille et elle paient encore les conséquences de cette ancienne dépendance. «La drogue a des répercussions sur la vie des personnes longtemps après l’arrêt de la consommation», explique Ludivine. Elle a subi celle de son père.

Un texte de Delphine Caubet – Dossier Toxicomanie 

Alors qu’il n’avait que 25 ans et pas encore d’enfants, le père de Ludivine a été un consommateur d’héroïne pendant 3 ans. Tous les jours. À cette époque, il fréquentait déjà sa mère et celle-ci le laissait faire, sans pour autant y toucher. Avant la naissance de ses enfants, le père de Ludivine arrêta l’héroïne pour fonder sa famille. Mais après la naissance de son fils, il troqua une dépendance pour une autre, ce fut le début de la consommation d’alcool.

Dépendances en série

«Il disait à ma mère que la consommation d’héroïne lui faisait du bien. Mon père est un homme angoissé… Quand il a commencé à boire après la naissance de mon frère, je pense que c’était dû à la peur de perdre un tel bonheur», déclare la jeune femme.

Pendant plus d’une décennie, le père de Ludivine boira en cachette sans que ses enfants ne s’en aperçoivent. Alors qu’elle a 14 ans, il sort du placard et l’annonce à toute la famille: il est alcoolique et va aller en cure de désintoxication. Pour la petite Ludivine qui voyait encore son père comme un surhomme, c’est un choc terrible. Alors qu’elle a du mal à saisir et comprendre toute l’ampleur de la situation, son père lui demande expressément de n’en parler à personne. Elle a déjà de la difficulté à mettre des mots sur la situation, et voici que par honte, il cherche à lui mettre un bâillon.

Rechute

Pendant quelques années, le père de Ludivine sera sobre de toute dépendance, exception faite de la cigarette. Exception importante puisque celle-ci va engendrer un cancer de la gorge.

«Les conséquences de sa consommation d’héroïne ne sont venues que plus tard, raconte Ludivine. Il a troqué une dépendance pour une autre. Quand il a eu son cancer à la gorge, il a recommencé à boire.» Ludivine avait alors 17 ans.

Cette période a été destructrice pour ce père et pour ses enfants qui le voyaient dans un tel piteux état. Alors qu’il n’a quasiment plus de voix après son opération, il recommence à boire, prend ses médicaments, le tout le ventre vide. «Il devait d’abord être nourri par sonde, mais quand il a fallu qu’il remange, la rééducation a été difficile. La nourriture venait dans ses poumons et non son estomac. Il a frôlé la mort plusieurs fois à cause de cela. Son estomac a fini par se contracter. Il ne pouvait pas manger beaucoup, et souvent il remplaçait la nourriture par l’alcool.»

Depuis qu’elle est jeune, Ludivine ramasse parfois son père par terre, ivre, pour le coucher. «C’est très difficile d’en discuter le lendemain, car il ne se souvient de rien. Quand j’arrive à lui en parler, il se sent coupable et du coup il boit davantage. C’est un cercle vicieux», explique-t-elle.

Impacts

Cette dépendance, ce besoin d’alléger ses angoisses, a eu des impacts physiques sur le père de Ludivine. «Il est comme ces rockstars qui consomment… ils ont à peine 27 ans et en paraissent le double. Aujourd’hui, avec mon père, c’est pareil. Depuis 6 ou 7 ans, il semble touché d’une régression cérébrale. Il répète souvent les mêmes choses, il est devenu misanthrope. Il a l’air très vieux, même ma grand-mère de 85 ans est plus apte à interagir.»

Aujourd’hui Ludivine a la mi-vingtaine et son père continue de boire. Avec lucidité, elle parle de 5 longues années où elle ne l’a pas côtoyé sans qu’il soit ivre. Bien sûr, elle avait grandi et ne revenait que sporadiquement dans le noyau familial.

Ludivine a plusieurs frères et sœurs et tous ont vécu les évènements de façon différente. Grâce à sa mère, Ludivine a appris à exprimer ses émotions: «Même si ce n’est pas politiquement correct de dire que la dépendance de mon père me fait du mal, ma mère m’a aidée à le dire.» Le résultat se voit, Ludivine est une jeune femme équilibrée avec une grande lucidité sur ses comportements.

Avant de connaitre toute l’histoire de son père, elle avait essayé plusieurs drogues, mais en femme sportive, elle n’en supportait pas les impacts sur son corps. Les lendemains, un sentiment de culpabilité l’envahissait tandis qu’elle se sentait mal pendant plusieurs jours.

Avec réflexion, elle parle de ses expériences: «Sur le moment tu te sens bien, ce qui est le but, mais c’est fake. J’ai déjà été à une soirée où après avoir consommé j’ai parlé à au moins 50 personnes. Le lendemain, j’ai retrouvé une feuille sur laquelle ils m’avaient tous écrit leurs contacts pour se revoir. Sauf que pendant cette soirée, ils n’avaient pas parlé avec la vraie moi… j’avais le sentiment d’avoir trahi ma personnalité.»

Prendre position

Depuis ses expériences d’adolescente, Ludivine ne consomme plus de drogue et elle avoue qu’il est difficile de se positionner sur le sujet. D’un côté, elle ne veut pas juger, mais d’un autre côté, Ludivine ne peut s’empêcher de penser que l’ouverture d’esprit de sa mère a peut-être nui à sa famille…

Mais surtout, si Ludivine a accepté de parler, c’est pour mettre les choses au clair: «L’alcoolisme est une maladie. C’est aussi incontrôlable qu’un cancer. Culpabiliser la personne ne fera qu’empirer la situation.» Elle ne l’a que trop vu avec des proches qui n’ont jamais compris l’état de son père.

Autres textes sur Toxicomanie

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Suggestion de lecture

Autres livres pouvant vous intéresser

Rester pour les sauver

«Dans le milieu, la plupart des gens se sauvent quand il y a une overdose, parce qu’ils ont des casiers judiciaires, des mandats d’arrestation, vendent de la drogue ou en ont sur eux», explique Julie (nom fictif), une ex-toxicomane dans la mi-trentaine. La loi sur les bons samaritains pourrait donc convaincre les toxicomanes de sauver leurs camarades.

Un texte de Mélina Soucy – Dossier Toxicomanie

Pendant les neuf années qu’elle a consommé, Julie ne s’est jamais enfuie lorsque les gens étaient en surdosage. Il y a cependant deux histoires qui l’ont marquée plus que les autres.

«La première histoire s’est déroulée au début de ma consommation de drogues. C’était la veille de Noël. Y’a un gars dans son char qui m’a abordée. Il cherchait du crack. On était une p’tite gang, on a embarqué avec lui et on est allés en chercher. Le gars me montrait les photos de ses deux p’tites filles, pendant qu’on était avec le vendeur».

Puis, ça a dérapé

«La crise est arrivée dans son char. Les autres toxicomanes ont eu peur. Ils ont poussé le gars en dehors de son char. Ils lui ont tout volé: sa voiture, ses clés, son portefeuille. J’suis restée avec le père de famille. C’était un toxicomane occasionnel, mais là ça faisait 2 jours qu’il était là-dessus».

Il y avait un homme en overdose sur le sol. Les gens l’ignoraient et faisaient comme si de rien n’était. Ç’a pas de sens de laisser quelqu’un dans cet état-là!

«J’ai appelé le 911 pour la première fois. Je me suis fait arrêter, car je n’étais pas allée comparaître pour un autre délit. Quand ils t’arrêtent, ils te fouillent. J’avais de la dope sur moi encore. Je leur ai dit avant qu’ils commencent à me fouiller. Ça sert à rien de mentir, ils vont la trouver». Cette fois-là, la police a emmené Julie au poste pour s’assurer qu’elle comparaisse. Elle est passée devant un juge et a reçu une libération sous caution.

«La deuxième fois date de la fin de ma consommation. À l’époque je consommais de l’héroïne, du fentanyl, du cannabis, bref, j’ai pas mal tout essayé. J’étais dans un crackhouse. Tout le monde était intoxiqué et n’était pas en mesure de réagir à une éventuelle crise. Il y avait un homme en overdose sur le sol. Les gens l’ignoraient et faisaient comme si de rien n’était. Ç’a pas de sens de laisser quelqu’un dans cet état-là! Il y avait une caserne de pompiers pas loin, donc j’ai couru jusque là-bas pour chercher de l’aide», raconte la trentenaire.

Après avoir placé le toxicomane en crise sur une civière, les policiers ont arrêté Julie. «J’avais encore de la dope sur moi, mais je pouvais pas le laisser de même», affirme-t-elle. Après avoir été amenée au poste, Julie a passé en cour. Le juge lui a donné une libération sous caution, encore une fois.

Aujourd’hui, Julie vit avec son chum et un autre coloc. Elle a arrêté les drogues dures depuis 1 an et demi et est retournée aux études. Après avoir réussi son équivalence de secondaire 5, elle veut étudier pour devenir travailleuse de rue pour aider ses pairs à s’en sortir.

Julie ne croit cependant pas que la loi qui protège les toxicomanes contre certains délits fera une différence pour l’instant, puisque personne ne sait qu’elle est en vigueur.

«Il va falloir que les organismes et les travailleurs de rue informent les toxicomanes pour prévenir les morts. La loi ne sera pas utile sinon», croit Julie.

Loi sur les bons samaritains

Cette loi donne l’immunité aux personnes qui appellent le 911 pour aider quelqu’un en état de surdosage. Elle donne une protection juridique contre plusieurs délits, dont les possessions simples. Grâce à cette loi, si une personne a de la drogue sur elle et qu’elle appelle les secours, la police ne peut pas l’arrêter. Cette protection juridique s’applique aussi si vous êtes en libération conditionnelle ou en probation en lien avec la possession de drogue.

Autres textes sur Toxicomanie

Abonnez-vous au format numérique afin de consulter nos articles portant sur la santé mentale

Autres articles publiés dans ce magazine

Suggestion de lecture

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser

Milieu carcéral, des prisons ouvertes à la réhabilitation

Prisons sans barreaux, détenus sans menottes, gardes souriants se liant d’amitié. Les prisons ouvertes et «humanisées» pourraient quasiment passer pour des lieux de villégiature. Mais pourquoi avoir adopté ce modèle? Favorise-t-il la réhabilitation et un risque moindre de récidive chez les criminels? Plusieurs exemples semblent le prouver.

Un texte de Justine Aubry – Dossier Justice


Construite en 2010, la prison norvégienne de Halden, surnommée «la plus humaine du monde», fonctionne selon le principe d’une incarcération ouverte appuyée par une «humanisation des pratiques carcérales». Ce système est aujourd’hui utilisé dans d’autres centres de détention à travers la Scandinavie. En Finlande, ce type de prisons existe depuis le milieu des années 1930. Plusieurs principes ont semé le doute dans l’esprit des défenseurs d’un système rigide: absence de cellules et de barbelés, prisonniers sans menottes et gardes sans armes.

Dans la prison à sécurité minimale de Bastoy, située sur une île norvégienne de 2,6 km², les 115 criminels (du trafiquant au meurtrier) vivent dans de jolies petites maisonnettes en bois. Ils évoluent dans un environnement similaire à celui d’une vie normale en société, la surveillance étant uniquement électronique.

Les détenus sont libres de circuler à pied ou à vélo, s’ils le souhaitent. Ski de fond, baignade et randonnée sont également au menu à la fin d’une journée de travail dans les champs ou à la serre. Ils ont la belle vie, ces criminels, diront certains. Pourtant, depuis les années 1960, des chercheurs scandinaves étudient l’efficacité de la sanction punitive sur la propension à reproduire des actes criminels. Et selon eux, aucune réelle corrélation ne peut être établie. La réhabilitation constituerait une solution beaucoup plus favorable autant pour le détenu que pour la société.

Selon plusieurs spécialistes, il y aurait effectivement moins de récidives de la part de prisonniers ayant fréquenté une prison ouverte aux valeurs humanistes. Le docteur John Pratt, enseignant en criminologie à l’Université de Wellington en Nouvelle-Zélande, est aussi de cet avis. Les statistiques rapportées par le chercheur sont révélatrices: le taux de récidive avoisinerait les 20% pour les résidents de ce type de prisons alors qu’il frôlerait les 65% pour un prisonnier purgeant une peine aux États-Unis. Au Canada, les récidivistes représenteraient plus de 50%.

Mais si ce fonctionnement est réellement aussi efficace, à quand un modèle similaire pour les prisons canadiennes? Depuis plusieurs années, elles sont en constante surpopulation. Alors que le taux de criminalité diminue, les milieux carcéraux débordent toujours.

Pourquoi? Principalement parce que les libérations conditionnelles sont souvent limitées et que beaucoup de criminels récidivent. Les politiques punitives ont pourtant été de maintes fois démontrées comme non concluantes.

Selon le Service correctionnel du Canada (SCC), «des efforts pour mieux préparer les détenus à réintégrer la société dans le but ultime de réduire le recours à l’incarcération comme principale mesure correctionnelle» seraient déployés en plus de la mise en place d’un programme favorisant «les aptitudes et le comportement compatibles avec la réinsertion sociale». Mais la situation ne s’améliore pas. Le Protecteur du citoyen constate la détérioration des conditions de détention des établissements carcéraux québécois alors que le ministère de la Sécurité publique (MSP) du Québec ne sait plus où donner de la tête pour trouver des places supplémentaires.

La solution résiderait peut-être dans une réforme pénale qui cesserait progressivement de voir l’emprisonnement comme une fin en soi. Mais plutôt de considérer cette phase comme un passage obligé vers la réhabilitation et la réinsertion. L’amélioration de la transition vers les centres résidentiels communautaires (CRC) à la suite d’une libération pourrait également être la clé contre la récidive.

En complément à Reflet de Société +

Retrouvez ce reportage de France 24 sur les prisons ouvertes en Finlande.

Autres textes sur Justice

Abonnez-vous au format numérique afin de consulter nos articles portant sur la santé mentale

Autres articles publiés dans ce magazine

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser

Après 25 ans, ma première sortie

Il est 17h30 par un soir de semaine. Le soleil est encore haut dans le ciel — c’est le temps de l’année où les jours sont les plus longs. Quatre d’entre nous attendent au Carrefour, le point central de la prison, sous un puits de lumière aux vitres graisseuses.

Un texte de Colin McGregor, Centre fédéral de formation – Dossier Chronique d’un prisonnier 

Notre chauffeur pour la soirée traverse le hall. Une sortie supervisée. «Êtes-vous prêts?» Oui, pourquoi pas? Je n’ai rien d’autre à faire. Sortir de la prison pour quelques heures et me rendre à une réunion dans une église du centre-ville. Voilà le programme.

Bouche bée, comme un labrador, j’observe le paysage par la fenêtre de la fourgonnette gouvernementale. Que de choses à voir! Cet édifice n’y était pas, à l’époque… celui-là y était… le Stade olympique est entouré de deux grues maintenant, plutôt qu’une seule, qui le surmontait lorsque je suis allé aux Olympiques en 1976… L’état des routes semble plus douteux que jamais… Et pourquoi tous les moins de 30 ans tiennent-ils un bout de plastique noir et brillant devant leur nez? Ah, c’est vrai… nous sommes en 2017.

Nous arrivons à l’église. Le clocher penche toujours autant qu’avant. L’édifice a été construit il y a près de 200 ans sur un marais. La famille responsable de sa construction le voulait près de leur demeure, au bas de la pente du mont Royal. Le clocher est toujours aussi de travers qu’il l’était dans mon enfance, alors que j’allais à l’église deux fois l’an (à Noël et à Pâques, pour des raisons sociales plutôt que religieuses).

Voilà le baptistère, une petite annexe ronde en pierre. Ma mère ne voulait pas que je sois baptisée. Mais en 1961, les femmes n’avaient pas beaucoup de droits. Cette année-là, le premier membre féminin de l’Assemblée nationale québécoise, Mme Claire Kirkland-Casgrain, venait d’être élu. Malgré cela, le mari de Mme Casgrain avait dû signer l’hypothèque de leur maison; elle n’aurait pas pu le faire elle-même.

C’est ainsi que mon père a fait endormir ma mère par un médecin. Puis il m’emmena à cette même église, juste assez longtemps pour y être baptisé par un prêtre, un confrère d’études à McGill. Ce religieux a fini par être renvoyé de l’Église pour indiscrétions conjugales. Ce qui était considéré comme beaucoup plus grave, en ce temps-là, que de droguer des mères pour baptiser en secret leurs enfants. Heureusement, la société a changé.

Nous nous joignons à la réunion. Les personnes présentes sont de tous les âges, silhouettes, sexes et ethnies. Beaucoup sont des prisonniers, ex-prisonniers ou quelque part entre les deux. D’autres sont des membres de la communauté qui souhaitent aider.

Les «civils» sont accueillants, chaleureux, mais à la manière réservée des Anglos. Nous sommes toujours dans le Montréal anglais, comme me le rappellent les fenêtres géantes qui occupent un côté de la pièce où nous sommes.

Les fenêtres donnent sur les murs de pierre rouge richement sculptés d’un édifice ancien. Il y a plus d’un siècle de cela, les navires rapportaient d’Europe cette pierre écossaise utilisée pour la construction des maisons des anglophones, pour leurs commerces, leurs bureaux et les casernes de pompiers. Un matériau fonctionnel, sobre, irradiant la stabilité et le pouvoir. Une pierre facile à sculpter, qui ne se dissout pas dans la neige — au contraire du Stade olympique.

«Tout le monde est là? Bien, nous pouvons commencer.»

Nous faisons un tour de table pour nous présenter. Beaucoup de sourires.

Quelqu’un récite un poème dans lequel on raconte comment c’est bien d’être en prison pour une nuit.

On donne une présentation sur le sujet des Palestiniens de Cisjordanie. Eux aussi habitent une sorte de prison. Ça leur prend des heures à passer des postes de contrôle pour aller travailler à des salaires de misère. Pour chaque litre d’eau utilisé par les Palestiniens, les colons israéliens en utilisent sept. Le taux de chômage est incroyablement élevé. Il existe une carte en damier de la région où tout est divisé, apparemment au hasard, entre les «in» et les «out». On se demande à quoi pourrait ressembler une carte de ce genre pour Montréal. Notre société cache un peu mieux ces frontières. Qui sait laquelle de ces cultures, la leur ou la nôtre, est la plus transparente?

Le présentateur fait partie d’un groupe qui tente d’aider les «out» dans leur malheur par un dialogue pacifique, le travail social et un peu de lobbying politique. En ce moment, il heurte des murs, mais n’a pas l’intention d’abandonner son approche. «La violence n’est jamais une bonne réponse», dit-il. Une bonne leçon.

On remercie le présentateur. Avec envie, je surveille la table derrière lui, que l’on s’apprête à garnir de douceurs et de bouchées diverses. Je calcule le meilleur angle pour m’approcher, le plus nonchalamment possible, de ce banquet gratuit pour m’en mettre plein la bouche.
En chemin, des gens m’arrêtent pour me remercier de mon bavardage autour des tables pliantes. Je me fais prendre par les conversations, toujours reconnaissant d’être traité comme un être humain. Mais j’apprends à dialoguer, tout en m’emplissant les joues de biscuits et de fromage. Ça peut se faire. Avec quelques hochements de tête et un peu de mime.

Chacun fait ses adieux. Nous promettons de nous revoir, quand la loi le permettra. Tous semblent sincèrement heureux de notre présence.

Retour à la fourgonnette, en marchant sur un trottoir où je suis déjà passé des milliers de fois. Une ancienne librairie, un de mes lieux favoris sur Terre, repose maintenant sous une tour de verre; en m’étirant le cou, je peux voir l’immeuble où je travaillais autrefois; et quelque part sous nos pieds, dans le centre commercial souterrain où je ne peux me rendre, se tient ce qui reste de l’entreprise familiale depuis longtemps déchue. C’est peut-être le seul foyer qu’il me reste.

C’est un magnifique soir d’été. Les couples marchent main dans la main; les touristes prennent des photos; une jeune femme contrariée, habillée de noir, crie dans un petit bout de plastique noir. Comment un si petit objet de plastique peut-il agacer à ce point? Ah, c’est vrai, nous sommes en 2017.

Nous nous entassons dans la fourgonnette. Retour à Laval: une ville sur laquelle j’ai déjà refusé d’écrire, lorsque je travaillais comme pigiste au bureau montréalais du Financial Post, en disant au siège social qu’il n’arrive jamais rien d’intéressant à Laval.

Comme au Monopoly: Retourner en Prison. Ne pas passer sur Départ, ne pas recevoir 200$.

Autres textes sur Chronique d’un prisonnier

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-2.jpeg

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser

Stressant, être parent ?

Stress, dépression, burnout… Ce sont maintenant des mots que l’on retrouve souvent dans les articles qui traitent de parentalité. Ils suscitent aussi beaucoup de réactions de la part des parents sur les réseaux sociaux. De l’extérieur, on peut se demander si ça va mal à ce point sur la planète parents. Bien sûr que non, mais ça pourrait aller mieux.

Un texte de Julie Fortier, responsable éditoriale, Naître et grandir – Dossier Santé mentale

Course contre la montre…

Est-ce le manque de temps qui cause le plus de stress aux parents? Les facteurs de stress varient d’une personne à l’autre, mais ce serait l’impression de ne pas avoir le contrôle sur le temps – plutôt que le manque de temps en soi – qui serait stressante. Or, cette sensation de manquer de temps, plusieurs parents d’aujourd’hui la ressentent, comme le démontrent les statistiques.

Selon un récent rapport de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), 20 % des parents ont dit ressentir une « forte pression liée au manque de temps ». Avoir du temps pour soi a aussi été identifié comme une des trois situations les plus difficiles par 46 % de parents d’enfants de 0 à 2 ans, rapporte une étude menée auprès de 1 126 mères et 160 pères par le Réseau des Centres de ressources périnatales du Québec.

De plus, 62 % des parents considèrent la conciliation famille-travail comme une source de stress importante, révèle un récent sondage réalisé pour l’Observatoire des tout-petits. Selon d’autres chiffres de l’ISQ publiés en 2016, 37 % des parents ont aussi affirmé être épuisés quand arrive l’heure du souper et 55 % ont dit manquer de temps libre pour eux.

Trop de pression?

L’engagement des parents d’aujourd’hui dans leur vie de famille peut aussi faire augmenter le niveau de stress. Pas étonnant que le terme burnout parental ait fait son apparition il y a quelques années. Il ne s’agit pas d’un trouble officiellement reconnu, mais il a été étudié sérieusement par des chercheuses belges.

Plusieurs parallèles peuvent d’ailleurs être faits avec le burnout professionnel, selon le psychologue du travail Nicolas Chevrier. Comme il l’explique, les exigences que s’imposent les parents, les mères surtout, alors qu’ils n’ont pas les ressources nécessaires (temps, argent, humeur stable…), peuvent causer du stress. Et lorsque le stress devient chronique, il peut mener à l’épuisement.

À la recherche de solutions

Oui, il existe des solutions pour aider les parents, et elles sont connues. Plus de mesures de conciliation travail-famille (et des parents qui s’autorisent à les utiliser quand ils y ont droit), un meilleur partage des tâches ménagères, des soins aux enfants et de la charge mentale entre les parents, un meilleur accès aux professionnels de la santé et aux psychologues font, entre autres, partie des moyens souvent cités.

Diminuer les attentes que l’on s’impose comme parent, briser l’isolement, demander de l’aide aux proches, prendre du temps pour soi sont aussi des conseils souvent donnés pour faire diminuer le stress et prévenir la détresse parentale.

Aller chercher du soutien, surtout quand on n’a pas la chance d’être bien entouré, est une autre façon de faire baisser la pression. Malheureusement, 25 % des parents d’enfants de 0 à 5 ans ne connaissent pas les ressources offertes dans leur région, selon des données de l’ISQ.

Peut-être que les jeunes parents ont aussi le réflexe de se tourner davantage vers les réseaux sociaux pour trouver des solutions. Les groupes de parents sur Internet peuvent d’ailleurs être positifs, selon la spécialiste du stress Sonia Lupien. Quand les parents vivent des moments difficiles, les encouragements et conseils des autres peuvent donner « l’impression de reprendre du contrôle sur la situation », explique-t-elle.

Un sujet encore tabou?

Évidemment, quand on a l’impression de sombrer, que plus rien ne va, il est important d’aller chercher de l’aide professionnelle. Plusieurs cas de dépression postnatale ne seraient d’ailleurs pas diagnostiqués ou traités. Bien des femmes taisent leur détresse parce qu’elles ont peur de passer pour de mauvaises mères. Comme en témoignent les nombreuses réactions que suscite un texte comme Maman est en dépression, juste en parler semble faire énormément de bien. Souvent, les commentaires se résument à « merci de mettre des mots sur comment je me sens ».

Références

Autres textes sur Santé mentale

Abonnez-vous au format numérique afin de consulter nos articles portant sur la santé mentale

Autres articles publiés dans ce magazine

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-2.jpeg

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Autres livres pouvant vous intéresser

Êtes-vous en manque?

Depuis 2001, l’éducation à la sexualité n’est plus obligatoire dans les écoles. Les jeunes Québécois reçoivent de manière disparate de l’information à ce sujet. Certains assistent à des conférences, d’autres en parlent avec leurs parents ou naviguent sur internet pour répondre à leurs questionnements.

Un texte de Melina Soucy – Dossier Sexualité


«La sexualité est encore un sujet tabou chez les jeunes, croit Audrey, étudiante de secondaire 4 à la Polyvalente des Deux-Montagnes. Nous n’en entendons pas assez parler pour être à l’aise. Je crois que les cours de sexualité devraient être ramenés dans les écoles pour rassurer les jeunes et les éduquer».

Nous y sommes plus exposés que jamais. Mais on rêve toujours d’exclusivité et d’amour.

Les 28 élèves âgés de 16 ans de la classe de Sylvie Richer, enseignante d’histoire, se sont montrés ouverts à discuter de sexualité, mais demeurent néanmoins mal à l’aise avec le sujet. Il n’y avait qu’une dizaine d’élèves qui participaient activement à la discussion, les autres ne se sont confiés que par écrit.

«Le rapport à la sexualité chez les Québécois est très paradoxal, explique la sexologue Annie Caron. D’un côté il y a encore beaucoup de tabous et de gêne par rapport à des sujets comme les violences sexuelles ou la masturbation féminine. De l’autre côté, la sexualité est banalisée. Nous y sommes plus exposés que jamais. Mais on rêve toujours d’exclusivité et d’amour.»

Besoin d’éducation

Selon la sexologue, les jeunes n’ont pas d’espace de réflexion critique et les cours d’éducation sexuelle devraient revenir dans les écoles.

«Les jeunes sont obligés de faire leurs propres recherches pour répondre à leurs questions. Ils doivent faire le tri dans les informations sur le web par eux-mêmes. Il y a un manque.»

Ce besoin d’espace de réflexion se manifeste de manière flagrante dans les confessions écrites des étudiants. «Nous devrions recevoir des cours d’éducation sexuelle, car plusieurs jeunes sont en recherche de leur identité et se sentent obligés de passer à l’acte trop rapidement et de plus en plus jeunes», critique Camille.

Pour Alexie, il est nécessaire d’en parler à l’école, car «quand on commence à être en relation intime avec quelqu’un, on se rend compte qu’on ne connaît pas grand-chose sur la sexualité».

Sa camarade de classe, Justine, a pour sa part des demandes précises à faire au gouvernement : «Il devrait mettre en place un plan beaucoup plus gros sur la sexualité qu’un simple cours d’éducation qui nous explique les moyens de se protéger et ce qu’est une infection transmise sexuellement et par le sang (ITSS). La sexualité englobe beaucoup plus d’éléments, c’est plus qu’un condom et une maladie. Il y a la relation entre les deux partenaires, leur orientation, leur environnement, leur consentement et plus encore.»

Bien que la majorité des élèves désirent voir un retour des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles, certains émettent des réserves. «Je crois que ce serait mieux si l’éducation sexuelle était un atelier pour que les personnes qui ne sont pas prêtes à voir ce qu’il y a à voir ne soient pas marquées à vie», suggère Valsorim, qui se dit pourtant à l’aise avec le sujet. Son collègue, Mahau, pense pour sa part qu’ «il est important d’en parler, mais sans exagération». Selon lui, trop en parler deviendrait redondant pour un ado.

Depuis le début de leur scolarité, le groupe d’étudiants n’a reçu que quelques parcelles d’informations sur la sexualité. «Au primaire, on ne nous a parlé que de puberté», mentionne Tristan. «On a aussi appris une chanson qui disait : Mon corps, c’est mon corps ce n’est pas le tien, raconte Tilky. On ne comprenait pas vraiment ce que ça voulait dire. On avait même inventé la fin avec des amis: si tu veux le toucher, c’est 2,20$!»

Au secondaire, les jeunes ont principalement reçu des informations de la part de l’infirmière et des professeurs de sciences sur les méthodes de contraception, les ITSS et les organes génitaux. «On a aussi eu 3 conférences, renchérit Justine. Une sur les violences conjugales et deux sur le consentement.»

Après avoir entendu ces réflexions, l’on remarque que la sexualité n’est abordée que sous ses aspects problématiques.

À qui la responsabilité?

«On n’aborde pas la sexualité comme on aborde les mathématiques», rigole Annie Caron.

Selon la spécialiste, une partie de l’éducation pourrait être donnée par les enseignants, mais les sujets plus sensibles devraient être abordés avec des sexologues, comme les agressions, la globalité de la sexualité, c’est-à-dire les orgasmes, le plaisir, etc. «Au moins, laisser aux sexologues le soin d’aborder certaines thématiques plus sensibles.»

De son côté, Sébastien Morin, enseignant d’éducation physique à l’école primaire l’Oasis à Lachute, pense qu’une sexologue serait surtout nécessaire au secondaire. «Le sexe fait plus partie de la vie quotidienne à l’adolescence. À 14 ans les jeunes commencent à avoir des relations sexuelles. Je crois que ça un gros impact sur les liens d’amitié et les réputations des élèves, sur leur confiance en soi. Il faudrait une personne ressource pour se confier, car à cet âge-là on a de la difficulté à en parler avec ses parents. Au primaire, ce serait trop jeune».

D’autres professeurs, comme madame Richer, croient plutôt que la responsabilité de l’éducation sexuelle incombe aux parents et aux enseignants à parts égales.

«Mais, il y a des parents qui ne sont pas capables de la faire, donc l’école est là. L’école devrait également aller au-delà des sujets comme les préservatifs et les maladies, il faut aussi leur parler de plaisir et d’amour entre autres.»

Cependant, deux enseignants se disent mal à l’aise à donner de tels cours: «C’est difficile d’intervenir, surtout en tant qu’homme, déplore monsieur Morin. Il y a plusieurs de mes collègues qui ne sont pas à l’aise, car elles ne sont pas formées pour traiter de ce sujet. Une prof me disait récemment que si elle avait une formation, elle le ferait. Les professeurs ne savent pas quels sujets il faut aborder avec les jeunes, ni comment leur en parler.»

Cette peur de mal communiquer l’information pourrait freiner la réintégration des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles prévue pour l’automne prochain, car le gouvernement laissera aux écoles le choix d’adhérer au programme ou non. « Le temps d’enseignement et le budget consacré à ces cours sont aussi des problèmes auxquels le gouvernement n’a pas songé, précise Annie Caron. Il n’y a pas de plage horaire prévue pour l’éducation sexuelle. Les enseignants devront donc couper dans leurs propres cours pour y faire de la place».

En complément à Reflet de Société +

L’hypersexualisation des  jeunes filles est une phénomène dont on ne fait plus tabou. Pour mieux comprendre ce phénomène, Chantal Jouanno, sénatrice française, a été chargé d’enquêter sur le sujet. Un reportage de Public Sénat.

Autres textes sur Sexualité

Abonnez-vous au format numérique afin de consulter nos articles portant sur la culture du viol

Autres articles publiés dans ce magazine

        Biais9

Vanessa… Voyages dans les Caraïbes

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est couverture.jpg

Le ministère de l’Éducation a fait plusieurs coupures qui font mal. Les enseignants ont maintenant la responsabilité de parler de sexualité pendant les cours réguliers. Certains enseignants sont démunis devant l’objectif à atteindre et ont besoin de nouveaux outils pour les soutenir.

Est-ce que nous voulons que nos jeunes s’initient à la sexualité par la pornographie ou encore un chef de gang? Beaucoup de documents existent et traitent de sexualité. Mais combien sont des outils de discussion, de réflexion dans le respect sans être moralisateur? L’humour est une approche attrayant et aide à dédramatiser les situations

Le roman

Le roman permet d’entendre le témoignage autant de victimes que d’abuseurs, des jeunes en quête de leur identité sexuelle. Il aborde la sexualité sous différents angles tout en dédramatisant le sujet : relation d’amitié, relations amoureuses, sexualité, abus, harcèlement, homosexualité… Il permet aux adolescents dans leur quête sexuelle, aux personnes vivant des difficultés touchant la sexualité, aux enseignants et parents qui doivent parler de sexualité avec les jeunes de s’y retrouver tout en découvrant des moyens pour les aider et les soutenir dans leur cheminement.

Les jeunes ont des pratiques et des activités sexuelles sans équivoque. Nous n’en sommes plus à feutrer nos mots pour parler de sexualité, les jeunes peuvent en parler possiblement plus ouvertement que nous sommes capables de le faire.

Le roman reflète cette nouvelle réalité. Il est attrayant et descriptif pour les jeunes qui veulent découvrir leur sexualité et en parler.

Suite à de nombreux comité de lecture, le roman de 292 pages a été réécrit à plusieurs reprises. Un travail qui a duré plus de 15 ans.

Autres livres pouvant vous intéresser

Emblème national, connait-on le drapeau québécois?

Un texte de Anne Reitzer et Delphine Caubet – Dossier Politique

«Pour la majorité des Québécois, c’est un lys, alors que, botaniquement parlant, c’est un iris versicolore», explique Louise Gratton, consultante en écologie. Cet imbroglio historique et culturel autour de la fleur de lys dure depuis des siècles et Jacques Cartier n’a pas manqué de l’importer au Québec.

L’origine de cette erreur est incertaine. Le chroniqueur du Soleil, Larry Hodgson, remonte aux premiers Francs et à l’avènement de Clovis (en 482) qui l’adopta comme symbole au cours de conquêtes en Flandre. Poussant sur le bord de la rivière Lys, l’iris appelé la fleur de la Lys serait devenu fleur de lys. Louis VII, autre roi des Francs en 1137, est également suspecté. Le roi, arborant un iris sur son blason, passa de « Flor de Loys » à fleur de Lys. Enfin, Louise Gratton nous rapporte une dernière explication. Cette fleur poussant dans un milieu humide était appelée fleur de lisier, contracté avec le temps à fleur de lis. Les deux orthographes (lys et lis) étant acceptées.

Une chose est certaine: botaniquement, la fleur de lys (sur le drapeau québécois entre autres) est un iris. Louise Gratton explique que l’on voit la différence au nombre de pétales. Un iris en possède 3 contre 5 pour le lys.

Changement d’emblème

En 1948, lorsque sous Maurice Duplessis il est décidé que le drapeau sera cantonné de quatre fleurs de lys, les botanistes se sont manifestés pour dire que c’était une erreur; d’autant que la fleur n’est pas indigène. Et elle n’a jamais poussé au Québec, alors que l’iris versicolore est partout dans la province et s’éclot aux alentours de la Saint-Jean.

Il aura fallu attendre plus de 50 ans avant que le gouvernement du Québec décide de changer enfin l’emblème de notre province pour adopter l’iris versicolore. Si différentes actions ont été menées durant plusieurs années, toutes se sont soldées par un échec.

En 1999, Louise Gratton se trouve dans un petit restaurant montréalais lorsque lui vient une idée: «C’est bizarre de dire ça, mais j’ai eu comme un éclair de génie. J’ai repensé à la société de publicité PopMedia qui faisait des cartes postales, et je me suis dit qu’en fait jamais une campagne publique n’avait été menée et c’était peut-être pour ça que le gouvernement ne nous entendait pas.»

C’est pourquoi Louise décidera de se lancer dans cette grande aventure en faisant appel à la célèbre photographe et botaniste Gisèle Lamoureux, qui se chargera de prendre en photo l’iris versicolore et d’écrire un manifeste sur l’histoire de la fleur.

Louise Gratton demandera à PopMedia d’imprimer 60 000 cartes postales qui seront distribuées à la population, qui se chargera de les envoyer au ministère de l’Environnement.

Le ministère, recevant des cartes en grand nombre, a alors adopté la résolution de changer l’emblème floral initial en iris versicolore. Si le chemin a été long, Louise a bien compris que pour avancer vite il fallait mobiliser le plus de monde possible: «Tu vois, ce n’était pas en restant entre scientifiques qu’on aurait pu changer le nom de la fleur, mais bien en s’ouvrant au peuple, car après tout, c’est leur drapeau à eux aussi».

Instances officielles

Pour en apprendre davantage sur le quiproquo iris/fleur de lys, Reflet de Société a contacté le ministère de la Justice, responsable du drapeau et des symboles nationaux. Une conversation sans queue ni tête s’en est suivi où l’agent ne comprenait pas que nous parlions d’iris sur le drapeau québécois tandis que nous tombions des nues que la personne responsable des symboles ne connaisse pas l’histoire autour de la fleur de lys. Quant à Louise Gratton, elle s’est esclaffée en précisant que cette ignorance ne l’étonnait aucunement.

En complément à Reflet de Société +

Comment enseigner l’histoire du Québec ? Découvrez ce débat entre Éric Bédard, professeur à la TÉLUQ, et Marc-André Éthier, professeur en didactique de l’histoire à l’Université de Montréal. Une entrevue organisée par Les publications universitaires.

Autres textes sur Politique

Suggestion de lecture

Autres livres pouvant vous intéresser

%d blogueurs aiment cette page :