Depuis plus de 40 ans, les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) interviennent auprès de victimes. Récemment, leur financement a été augmenté alors que les besoins sont encore criants et les ressources demeurent insuffisantes. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Stéphanie Tremblay, agente de liaison au RQCALACS (Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) a accepté de répondre aux questions de Reflet de Société.

Dossier Agressions sexuelles

Aujourd’hui, ce sont plus de quarante organismes de type CALACS qui sont présents au Québec. Quelles initiatives souhaitez-vous mettre en place grâce à la majoration de votre financement ?

Cet argent va nous permettre d’embaucher de nouvelles personnes pour les interventions, mais aussi d’offrir plus de services aux survivantes. Nous allons aussi mobiliser davantage nos communautés, faire plus de prévention, notamment dans les écoles et dans nos différents centres.

Pourquoi les ressources restent-elles insuffisantes ?

Ce sont plusieurs milliers de survivantes qui viennent nous rencontrer partout au Québec. Ce nouveau financement, malgré tout ne suffit pas à répondre à la demande. Nos services doivent être davantage adaptés pour accueillir certaines personnes plus vulnérables, comme les femmes migrantes allophones. Il faut être capable de rejoindre ces femmes-là avec de nouvelles stratégies de communication.

Dans quelles régions les ressources sont-elles déficientes ?

La région du nord du Québec n’a pas vraiment de ressources dévolues spécialement pour les agressions sexuelles. L’accompagnement des victimes est absent. C’est une situation très préoccupante. Aussi, les CALACS sont surchargés dans les villes comme Montréal, où la densité de la population est trop grande pour nos ressources.

Avez-vous participé au Comité d’expert sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, dont le rapport a été déposé en décembre 2020 ?

Non. Les liens sont parfois plus difficiles et moins évidents avec le ministère de la Justice. Nous sommes beaucoup plus en contact – à cause de notre financement – avec le ministère de la Santé et des Services sociaux ou le Secrétariat à la condition féminine. Aujourd’hui, nous avons néanmoins bon espoir d’intégrer le groupe de travail, annoncé en février dernier, par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, pour la mise en place d’un tribunal spécialisé dans les causes à caractère sexuel et de violence conjugale. Nous pouvons être d’une précieuse aide, étant donné que nous sommes le seul regroupement national ayant vraiment l’expertise spécifique en termes d’intervention et de mobilisation autour de la lutte contre les agressions à caractère sexuel.

Quelles failles du système actuel souhaitez-vous corriger ?

Selon les CALACS, il y a plusieurs problématiques dans le nouveau projet de loi 84, qui propose une réforme majeure du régime d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). Il y a une limite de trois ans pour l’aide financière de remplacement de revenu pour les victimes. Ça peut devenir une source d’anxiété nuisible au rétablissement de la personne si jamais elle dépasse le délai. Aussi, les victimes qui reçoivent de l’aide sociale voient leur prestation diminuer lorsqu’elles sont indemnisées par l’IVAC. Elles ne devraient pas être pénalisées.

Quelles mesures faudrait-il mettre en place en priorité ?

Pour accomplir une réelle avancée dans cette lutte contre les violences sexuelles, il faut commencer la prévention dès le plus jeune âge. Le système judiciaire doit aussi être mieux adapté pour les victimes d’agressions sexuelles. Il faut mettre un terme à l’impunité des agresseurs sexuels. Enfin, le financement des CALACS doit encore augmenter pour nous permettre de desservir le nord du Québec.

CALACS : http://www.rqcalacs.qc.ca/
Montréal: 514-529-5252
Extérieur de Montréal: 1-877-717-5252

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