Ils se dévoilent sur le web et engrangent des centaines, voire quelques milliers de dollars tous les mois grâce au site de contenu érotique OnlyFans. Entre une vidéo tournée sous la douche et une discussion intime avec l’un de leurs abonnés, deux performeurs québécois racontent leur expérience… sans tabou.

Un texte de Maxime Beauregard publié sur Reflet de Société | Dossier Sexualité et Hypersexualité

C’est pour échapper à la routine et vivre sa passion pour le hip-hop que Kyle* a abandonné son travail de programmeur informatique. Ce sont ironiquement ses aptitudes de danseur qui l’ont reconduit derrière son écran d’ordinateur. Après avoir enflammé le podium du mythique cabaret Le 281, le jeune homme de 26 ans a commencé, il y a un an, à émoustiller un auditoire virtuel, en direct de sa salle de bain.

Bienvenue dans le monde d’OnlyFans, réseau social britannique fondé en 2016 dont les utilisateurs paient mensuellement entre 4,99 et 49,99 dollars américains pour avoir accès au fil d’actualité d’un profil. Si certains proposent un contenu non sexuel, la plupart des performeurs donnent accès à du visuel allant de l’érotique au pornographique.

« Je réfléchissais à une façon d’élargir mes horizons et mes sources de revenus, explique le Montréalais. En étant sur le net, je me suis dit que je pourrais rejoindre un marché auquel je n’aurais pas nécessairement accès en dansant au club. » Le jeune homme à la peau noire se désole d’avoir été moins souvent sollicité comme danseur, au 281, en raison de son origine ethnique. « Mais, en ligne, tu peux avoir accès à toutes sortes de clients, assure-t-il. Les filles qui sont très poilues ou qui sont obèses morbides font beaucoup plus d’argent que moi! »

Attiser le désir

Depuis la fermeture de la boîte de nuit, en mars 2020, Kyle consacre plusieurs heures par semaine à son profil. OnlyFans est son gagne-pain principal depuis l’interruption, en raison de la pandémie, des cours de danse qu’il donnait. Sous le pseudonyme de Kyle Smiles, sa page est alimentée presque quotidiennement de photos et de vidéos dévoilant, sous tous ses angles, un corps sculpté au couteau. La plupart du temps, ces publications sont accompagnées de commentaires judicieusement formulés pour nourrir davantage le fantasme de ses fans. « Qui veut goûter? » « Quelqu’un veut-il me donner un coup de main? » 

OnlyFans : Érotisme sur mesure

Mais Kyle se garde de proposer un contenu trop explicite sur son fil d’actualité. « Je ne fais pas dans le vulgaire, mais plus dans la nudité, précise-t-il. Je reçois certaines demandes de contenu plus osées de la part de mes abonnés. » Kyle accède à ces demandes en privé, moyennant quelques dollars additionnels. Le jeune homme cherche parfois à allumer ses abonnés en déposant des vidéos dans leur boîte de messagerie. « Je vais me filmer en train de prendre un bain, et soudainement, je glisse ma main entre mes deux jambes…dans l’espoir qu’ils achètent la suite. »

C’est, d’ailleurs, ce qui fait le succès d’OnlyFans; la possibilité pour les abonnés de converser avec les créateurs de contenu. La fréquentation du site a connu un essor fulgurant depuis le début de la pandémie. Son nombre d’usagers a plus que doublé pour franchir le cap des 50 millions d’abonnés. En mai 2020, de 7000 à 8000 nouveaux créateurs de contenus y étaient enregistrés chaque jour. 

De la mode à l’écran

Audrey*, créatrice de mode de 28 ans, s’est aussi laissé tenter par l’aventure Onlyfans. La rouquine au sourire espiègle révèle s’être découvert un certain côté exhibitionniste en posant pour sa propre ligne de lingerie. L’engouement suscité par certaines photographies plus suggestives publiées sur son compte Instagram l’a convaincue qu’elle pouvait monétiser son image. Pour cette mère de famille, il s’agissait également d’une façon de se réapproprier son corps.

« Ça faisait quatre ans que je travaillais de la maison, que je sortais peu et que j’avais l’air de ça, blague-t-elle, en désignant son coton ouaté gris. Depuis que j’ai mon profil OnlyFans, j’ai recommencé à me maquiller tous les matins, à m’habiller pour les photos. Ça aide l’estime personnelle. Et quand je crée des vidéos, ça devient mon petit moment intime de la journée. »

La présence d’Audrey sur le site a même donné un nouvel élan à la relation qu’elle entretient depuis dix ans avec son conjoint. « Je n’avais jamais envoyé de photos coquines à mon chum, avant. Mais maintenant, comme j’en prends, je le fais. Je me sens aussi plus attirante lorsqu’il revient à la maison. »

L’aspect financier demeure malgré tout sa principale motivation. Après avoir cédé 20% des profits engrangés par ses activités à la plateforme Onlyfans, Audrey réussit à empocher entre 600$ et 1000$ par semaine. Kyle génère quant à lui 400$ par mois, en moyenne. Mais il affirme qu’il pourrait gagner davantage en multipliant ses messages promotionnels sur le réseau social Reddit.

« Mon chum m’a toujours soutenue financièrement, assure Audrey. Mais c’est certain que c’est l’fun de pouvoir rapporter autant d’argent que lui à la maison avec mes deux entreprises… si je peux appeler ça une entreprise! » Désormais, le profil de la rouquine ne lui sert plus à mettre de l’avant ses collections ; il est devenu un projet à part entière.

Contenu griffé

Audrey réfléchit beaucoup à la façon dont elle se met en scène. « Les gens payent pour te voir, pas pour le sexe, nuance-t-elle. Parce qu’on s’entend que du sexe, on peut en trouver gratuitement à profusion sur Internet. Chez moi, ce qui attire, ce sont mes cheveux. Les gens veulent parler à la petite rousse, c’est vraiment ça. »

Depuis la création de son profil, Audrey a rejoint des groupes formés d’autres créatrices de contenu sur OnlyFans, qui servent de vigies pour identifier les utilisateurs mal intentionnés. « On y partage le nom de certains clients qui sont soupçonnés de voler du contenu, ou celui de certains photographes avec qui des performeuses ont vécu de mauvaises expériences. »

OnlyFans : Érotisme sur mesure

Échanges érotiques

Parmi ses quelque 200 abonnés – qui proviennent surtout du Québec, des États-Unis ou d’Europe – seule une dizaine alimente une conversation avec elle. « Certains veulent que je raconte mes histoires sexuelles, d’autres achètent toutes mes vidéos érotiques », de la masturbation à un sex-tape produit avec la complicité de son conjoint. 

Au-delà d’incarner un fantasme, l’entrepreneuse répond, parfois, à un besoin de tendresse. « J’ai un client qui me parle de sa vie personnelle, me souhaite bonne nuit tous les soirs, et m’appelle son amie. On est tous un peu seuls en confinement alors je leur tiens compagnie. » Des échanges qui n’importunent pas le conjoint d’Audrey…sauf s’il est question du temps qu’elle accorde à son cellulaire.

Dans la description qui figure sous sa photo de profil, Kyle spécifie être hétérosexuel. Mais ses abonnés sont majoritairement des hommes gais. « L’un d’eux m’a confié avoir de la difficulté avec les interactions sociales dans la vraie vie. La plupart des personnes qu’il côtoie sont homosexuelles, alors ça lui donne l’occasion de discuter de sexualité avec quelqu’un de straight. Je lui parle ouvertement de mes préférences et de mes expériences. » Audrey et Kyle incluent ces discussions en privé dans l’abonnement mensuel. Mais ils pourraient tout autant s’attendre à ce que leur disponibilité soit récompensée par des pourboires.

Se voit-il faire longtemps carrière sur OnlyFans? Le jeune homme hésite. « Quand j’étais adolescent, j’étais fasciné par les documentaires sur le travail du sexe qui passaient à Canal D, se souvient-il. On dirait que c’était dans l’ordre des choses que j’évolue dans le domaine, afin de pouvoir en parler, vu de l’intérieur. Mais je sais que ce n’est pas quelque chose que je ferai toute ma vie, parce que j’ai trop de projets que j’ai envie de réaliser, que ce soit dans le domaine de la danse ou des médias. »

*Kyle et Audrey ont accepté de nous parler à condition d’être identifiés sous un nom fictif.

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