Au moment d’écrire ces lignes, on vient d’apprendre le décès de Michel Louvain. Dans sa notice nécrologique, on peut lire qu’il laisse dans le deuil son conjoint des 25 dernières années, Mario Théberge. Même si c’était un secret de polichinelle, le chanteur n’aura jamais, de son vivant, révélé son homosexualité en public. Il aura attendu la mort pour faire son coming out. Il y a quelque chose de beau et de triste dans cette histoire. Certains diront qu’il n’a jamais ressenti le besoin d’évoquer sa vie amoureuse sauf au moment où ça a été vraiment nécessaire, pour honorer l’amour de son conjoint endeuillé. Mais on ne fait pas que taire sa vie sexuelle ou affective quand on reste ainsi dans le placard. On cache une partie de qui l’on est. 

Un texte de Judith Lussier publié sur Reflet de Société | Dossier Famille et Homosexualité

On pourrait aussi dire que le coming out posthume de Michel Louvain marque la fin d’une époque. Celle où cacher son homosexualité, sa différence, était parfois une question de survie. On aime penser que l’homophobie est derrière nous. Qu’elle appartient au passé. Ça nous permet de croire qu’on a bien évolué et qu’on vit maintenant dans un monde où les manifestations d’homophobie sont des cas isolés. 

Il reste pourtant du… fine tuning à faire. Comme quand mon médecin parle de « mon amie » au lieu de dire « ma conjointe ». Ça paraît anodin, mais c’est une façon de réduire l’importance de cette relation qui dure pourtant depuis dix ans. C’est ce qu’on appelle une microagression : un petit agacement qu’on ne se donne pas la peine de dénoncer, parce que cela nous demanderait parfois plus d’énergie que de l’endurer. Et à côté de ces microagressions, qui relèvent souvent de la maladresse, il y a toutes ces réelles agressions qui perdurent. 

On pense que ça n’existe plus, des lesbiennes qui se font attaquer en pleine rue parce qu’elles sont lesbiennes. Mais c’est arrivé en janvier dernier à Montréal. On pense que ça n’arrive plus, des parents qui jettent leur ado à la rue à cause de son orientation sexuelle. Mais il y a quelques années, en Montérégie, ma belle-sœur et ses collègues enseignants organisaient une collecte pour venir en aide à un jeune. Il venait d’annoncer à ses parents qu’il était homosexuel. Ça ne s’était pas bien passé. On pense que ça n’arrive plus, que des personnes trans soient appelées par les mauvais prénoms, mais ça arrive tout le temps. Sans compter toutes les fois où l’on remet tout simplement en question la validité de leur existence.

On aime dire que la diversité est tellement devenue banale que c’est presque une mode, pour les jeunes, de ne pas s’identifier comme hétérosexuels ou cisgenres. Toutefois, on oublie toutes les souffrances que vivent encore les minorités sexuelles et de genre. Récemment, un ado non binaire mettait fin à ses jours, s’inscrivant ainsi dans les sombres statistiques du pays. Selon une enquête canadienne menée en 2015 par l’Université de Colombie-Britannique, 65% des jeunes trans avaient eu des idées suicidaires dans la dernière année. Un sur trois avait fait une tentative de suicide

On pourrait croire que les jeunes gais, lesbiennes et bisexuel(le)s s’en sortent mieux, mais ils commettent tout de même trois fois plus de tentatives de suicide que les jeunes de la population générale. Dans tous les cas, le facteur de prévention le plus déterminant est le soutien familial. Aimer son enfant. Tout simplement. 

Il nous reste encore du chemin à faire, collectivement, mais pour toi qui lis ces lignes et qui ne vois pas la lumière au bout du tunnel, je te promets que les choses vont s’améliorer. Les choses finissent toujours par s’améliorer. En attendant, entoure-toi des gens qui te font du bien, avec qui tu n’as pas peur d’être toi-même, et n’aies pas peur de célébrer qui tu es dans toute ton unicité! 

Si ça ne va pas, parle à quelqu’un! : 1-800-APPELLE

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