On le sait, les anglicismes, au Québec, c’est pas très bien vu, du moins en contexte formel. L’Office québécois de la langue française a proposé de nombreux termes – entrés ou non dans l’usage – pour remplacer ces mots anglais qui font leur entrée dans notre langue. On peut penser à mot-clic qui a été proposé en 2011 pour remplacer le mot hashtag, divulgâcher proposé en 2014 pour remplacer spoiler ou encore à clavardage qui est implanté depuis bien longtemps et dont la proposition remonte à 1997.

Un texte de Mylène Roy publié sur Reflet de Société | Dossier Éducation

Comme les technologies arrivent rapidement, il y a de nouveaux mots qui entrent dans l’usage constamment pour désigner les réalités nouvelles, logique me direz-vous ! Tout aussi logique que l’OQLF veuille proposer des mots francisés puisque c’est dans son mandat. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas que l’OQLF ou les institutions de langue française qui cherchent à franciser les nouveaux termes empruntés à l’anglais. Certains mots aujourd’hui très présents dans l’usage ont été proposés par des gens qui ont eu une idée, comme quoi tout le monde peut ajouter son grain de sel au vocabulaire ! Le mot patinoire, qui est bien ancré dans notre vocabulaire, est un bon exemple de francisation d’un anglicisme par un citoyen. C’est Alphonse Lusignan qui a proposé le mot patinoir qui a fait son entrée dans le dictionnaire d’Oscar Dunn en 1880, c’est bien la preuve que la chasse aux anglicismes existe depuis bien longtemps au Québec !

L’anglicisme qui était utilisé alors en France était skating-rink. Il a donc repris le verbe patiner et a remplacé le suffixe -er du verbe par le suffixe -oir déjà utilisé en français pour indiquer l’endroit où l’on fait l’action du verbe, comme dans lavoir qui est l’endroit où on lave, fumoir, l’endroit où on fait fumer des aliments et dortoir, l’endroit où l’on dort. Le patinoir désignait donc l’endroit où l’on patine. Assez ingénieux ! Ce sont les Français, quand ils ont repris ce mot au début du 20e siècle, qui l’ont mis au féminin.

Le cas de courriel est aussi intéressant et pas mal plus récent, vous en conviendrez ! C’est intrigant parce qu’on sait que ce n’est pas l’OQLF qui a inventé le mot, mais plusieurs personnes en revendiquent la création. Jean-Claude Guédon, professeur de littérature comparée à l’Université de Montréal, André Clas, professeur de linguistique également à l’Université de Montréal et Jean-Claude Boulanger, professeur de linguistique à l’Université Laval à l’époque ont tous dis en avoir été le créateur, le dernier en collaboration avec l’un de ses groupes. Le mystère reste donc irrésolu. Par contre, on sait assurément que courriel est un mot valise, c’est-à-dire qu’il est formé de la contraction de deux mots. Courriel vient de courrier électronique. On a supprimé la fin du mot courrier et gardé uniquement les deux premières lettres du mot électronique et bam! courriel a vu le jour.

Dernièrement on a pu voir le mot selfie prendre d’assaut le vocabulaire des jeunes et les réseaux sociaux. On se rappelle que la chanson qui a lancé la carrière de The Chainsmokers en 2014 s’intitulait #Selfie. Le selfie, on le sait, c’est prendre soi-même un portrait de soi. C’est en se basant sur ces éléments que Fabien Deglise, journaliste au Devoir, a créé l’équivalent français égoportrait qu’on peut orthographier avec ou sans accent sur le e, si jamais vous vous posiez la question. Donc, autoportrait est devenu égoportrait, égo faisant référence à soi et portrait au format de la photo. Ça paraît tellement simple et tellement logique tout ça !

Donc, pour créer des mots, pas besoin d’être linguiste, suffit d’avoir un peu d’imagination et assez de contacts pour que les gens utilisent le mot. L’OQLF prend les suggestions aussi si jamais vous voulez lui écrire un courriel !

27 capsules sur les difficultés de la langue française sont présentées par l’humoriste Fred Dubé.

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