Je viens d’une autre époque. J’ai passé cinq années dans l’aviation comme chef pilote et instructeur de vol. C’est une époque où un pilote francophone assisté d’un copilote francophone devaient s’adresser à un contrôleur aérien francophone en anglais, car c’était alors la seule langue reconnue dans l’aviation, même au Québec.

Un Éditorial de Raymond Viger – Dossier Éducation 

Pendant des décennies, les instances anglophones ont considéré qu’il y aurait menace à la sécurité aérienne si l’anglais n’était pas la seule et unique langue de communication à bord des avions. Pourtant, cette affirmation entrait en pleine contradiction avec le fait que 83 autres pays utilisaient plus d’une langue dans l’aviation.

Une note interne de l’Association des pilotes de ligne du Canada (CALPA) encourageait les pilotes à interrompre, pour des raisons de sécurité, si nécessaire, toute envolée au Québec. Plusieurs incidents allaient être intentionnellement provoqués pour démontrer les supposés dangers du bilinguisme.

En 1975, l’Association des gens de l’air est créée et obtient copie de cette note. Présentée aux médias, elle inspire ce titre au quotidien Le Devoir : « En guise de protestation contre le français, multipliez les incidents, dit la CALPA aux pilotes. » Une commission d’enquête est instituée et conclura que « l’efficacité d’exploitation ne sera pas affectée par le bilinguisme et que sa mise en œuvre n’entraînera aucun coût d’importance. »

En 1976, le député péquiste Claude Charron appuie la grande bataille de l’Association des gens de l’air. On considère que ce combat linguistique a été un des éléments déclencheurs qui a mené à l’élection du Parti québécois la même année. Graduellement, l’usage du français dans les communications aéronautiques au Québec sera ensuite autorisé.

Nous nous sommes battus pour le droit de voler en français, car nous considérions que protéger notre langue était essentiel et primordial pour conserver notre culture. Nous avons remporté cette bataille. Parler français n’était vraiment pas acquis. C’est pourquoi nous demeurons sensibles à la cause du français au Québec.

Le combat n’est pas gagné pour autant ! CNN rapporte qu’en 2019, Air Canada a été condamnée par la Cour fédérale à payer plus de 15 000$ US et à envoyer des excuses officielles à un couple francophone pour violations répétées de la parité linguistique en termes de signalisation.

Les jeunes et le français

Ce qui m’a attristé au plus haut point et a motivé cet éditorial réside dans le fait que je ne vois plus de passion chez les jeunes pour la protection de notre langue.

Un documentaire sur Canal D nous présente une école de pilotage de Saint-Hubert. Les protagonistes sont tous de jeunes francophones. Dans cette émission en français, ils nous parlent de leurs cours de pilotage et de certains termes employés, dont: walk around, engine fire, check list, fuel selector, mixture, carb heat… En moins de deux minutes de ce documentaire, je viens de réaliser que ces francophones, même s’ils ont aujourd’hui le droit de s’exprimer en français, choisissent encore de le faire en anglais.

J’ai fait partie de la première cohorte de l’école d’aéronautique. Une école où toute la terminologie que nous utilisions devait être en français.

J’étais convaincu que le français avait gagné son ciel. Que c’était un droit acquis et que tout un chacun continuerait à protéger la langue pour laquelle nous nous sommes battus avec tant d’acharnement.  

Publié sur le site internet de Reflet de Société le 24 août 2020

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