Bleu pour les garçons, rose pour les filles. Judo pour les garçons, ballet pour les filles. C’est ce qu’on appelle la socialisation différenciée. Les stéréotypes de genre ont la vie dure, et ont un effet à long terme sur le cerveau des enfants.

Un texte de Takwa Souissi publié sur Reflet de Société | Dossier Famille et Homosexualité (Diversité sexuelle)

Parce que tout part du cerveau, confirme Michel Dorais, sociologue de la sexualité et professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université Laval. « Ce qui intéresse les garçons ou les filles n’a rien à voir avec la biologie, et tout à voir avec le cerveau, qui se développe à travers nos expériences de vie », confirme l’expert. Très rapidement, les enfants intègrent les codes sociaux. Si les effets de ces stéréotypes sur les filles ont été largement documentés, leur impact sur les garçons semble sous-estimé. 

Les larmes des garçons

Rachel Giese est journaliste et autrice de Boys, what is means to become a man (Éditions HarperCollins). Ayant passé la majeure partie de sa carrière à écrire sur les enjeux touchant à l’égalité des sexes, elle croyait être très au fait de l’impact des stéréotypes de genre sur les enfants. C’était jusqu’à ce qu’elle et sa conjointe adoptent…un garçon. « J’ai réalisé que ma perspective était tournée vers les femmes. Je comprenais l’impact des messages sociaux sur les petites filles, mais je ne réalisais pas à quel point les jeunes garçons étaient également affectés par ces stéréotypes, omniprésents ». 

À travers son livre, elle explore les différents messages que les garçons reçoivent dès le plus jeune âge. « Les études ont établi qu’on ne va pas répondre à un bébé garçon qui pleure aussi vite qu’on répond à une fille. On va le laisser pleurer plus longtemps », illustre la journaliste. Le spectre des mots utilisés pour parler aux filles de leurs émotions est également plus large. Les comportements des garçons sont quant à eux plus souvent étiquetés comme étant de la « colère ». Da manière générale, les garçons sont encouragés à être forts et à dominer les autres.

Ces messages et stéréotypes auront un impact futur sur les femmes, la société en général, mais aussi sur la santé mentale et physique des hommes eux-mêmes. « Il a été démontré que ce type de masculinité mène les hommes à consulter moins fréquemment les médecins et à ne pas demander d’aide lorsqu’ils font face à des défis, par exemple », précise Rachel Giese.

Le malaise des pères

La première fois que Max a demandé à porter une robe à la garderie, sa mère a été prise de court. « Tu es sûr ? », avait répondu Stéphanie Dumais à son fils. Oui, il était certain de vouloir porter un bel habit, comme sa sœur jumelle. Ayant pleinement confiance en l’éducatrice de ses enfants, Stéphanie avait habillé ses deux enfants en robe et la journée s’était déroulée sans heurts. Son conjoint avait été quant à lui un peu plus mal à l’aise au départ. « C’était surtout une peur de l’intimidation, des moqueries », explique la maman. 

Une peur qui est fondée, confirme Michel Dorais. « Le genre, c’est du conditionnement. On apprend à jouer des rôles », illustre l’auteur de l’essai Nouvel éloge de la diversité sexuelle (VLB Éditeur). Pour ceux qui en dérogent, le prix est parfois cher à payer. « Même au Québec, qui est pourtant très progressiste, les garçons qui se font le plus intimider à l’école sont ceux qui sortent du moule sportif et dominant, qui ont un tempérament plus doux ».

En effet, si les filles sont encouragées à explorer des territoires traditionnellement masculins, la réciproque chez les garçons fait encore sourciller. Et cela n’a pas toujours un lien avec l’homophobie, contrairement à ce que l’on pourrait penser. « En vérité, la société est tout simplement sexiste. Le féminin est encore vu comme inférieur. Une fille qui fait une activité ‘de garçon’ monte les échelons, si on peut dire, mais un garçon qui a des intérêts dits féminins subit une rétrogradation… »

Outre la peur de l’intimidation, les hommes doivent aujourd’hui se remettre en question, malgré l’éducation reçue. « On s’attend à reproduire notre vécu, et ça inclut forcément les stéréotypes. Personne ne se réveille en se disant ‘je vais être sexiste’, mais c’est parfois plus fort que nous », dit Michel Dorais.

Briser les codes

« Je trouve dommage qu’il y ait encore des réticences à ce sujet. Pour mon fils, une robe, c’est pour danser, tout simplement. Il n’en est pas moins garçon! Quand il joue aux poupées, il utilise les poussettes pour faire des courses de voitures et la maison de poupée abrite des superhéros, illustre Stéphanie Dumais. Les enfants transgressent les codes sans se poser trop de questions. C’est les adultes qui compliquent tout. »

Et c’est par les adultes que le changement doit s’opérer, confirme Rachel Giese. « Voir des hommes en position d’aide participe à changer les mentalités. Des hommes profs, éducateurs en garderie, infirmiers, etc. », avance la journaliste. De manière générale, elle croit qu’il est primordial d’encourager les hommes à être des modèles positifs pour les enfants autour d’eux. « Des hommes qui n’hésitent pas à se montrer vulnérables, sensibles, qui entretiennent des relations d’amitié saines avec d’autres hommes ». Pour la journaliste, les nouvelles générations sont déjà sur la bonne voie. 

Michel Dorais est lui aussi optimiste. « Ça fait plusieurs dizaines d’années que je travaille dans ce domaine, et je vois un changement indéniable. Je salue d’ailleurs les pères d’aujourd’hui, plus investis que jamais ».

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Suggestion littéraire

C’est l’amour genre(s)

Pour une deuxième année consécutive, Transpoésies s’est associée à Fierté littéraire, au Bistro Le Ste-Cath et aux Éditions TNT pour publier un recueil des textes soumis lors de son concours annuel, tenu en août 2020.

Sous le thème « C’est l’amour, genre(s) », ce recueil se veut une célébration de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres par le biais de la poésie.

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