Un texte publié sur Reflet de Société | Dossier Égalité hommes-femmes et Criminalité

« Pour réduire les taux d’homicides, de violences sexuelles et conjugales ainsi que la violence faite aux enfants, il faut d’abord s’attaquer à ce qu’on appelle la masculinité toxique », croit Irvin Waller, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa et ex-directeur-fondateur du Centre international pour la prévention de la criminalité de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Que ce soit au Canada, où les taux de criminalité sont relativement faibles, ou dans les régions du monde qui présentent des niveaux de violence très élevés, comme aux États-Unis ou en Amérique latine, Irvin Waller observe que les hommes sont responsables de la plupart des crimes violents.

Les violences de rue et les violences de genre, en particulier, sont en majeure partie imputables aux hommes. « Ce sont les hommes qui sont clairement les responsables : à cause de leurs attitudes, à cause de la manière dont ils sont éduqués », tranche le professeur Waller, qui se consacre, depuis 50 ans, à la prévention et la réduction de la violence aux quatre coins du globe.

Mieux que la répression 

Face à ce constat implacable, le criminologue appelle à un changement de culture chez les décideurs publics. « En gros, vous dites violence, eux, ils disent police », lance-t-il, en déplorant que les approches répressives soient basées sur la punition des jeunes hommes, souvent pauvres, autochtones, noirs ou immigrants.

Cette culture, dont relèvent des politiques en place depuis des décennies, est, selon lui, « renforcée par les intérêts des différents syndicats de police, d’avocats et d’employés de prison », ainsi que par les médias, qui se font parfois le relais du discours sur la réclusion en tant qu’outil de réhabilitation.

Grand défenseur des droits des victimes d’actes criminels, Irvin Waller soutient que les investissements dans l’appareil répressif (police, tribunaux, prisons) sont plutôt inefficaces pour réduire la violence et les crimes. Il plaide pour une approche préventive, dont l’efficacité est plus que démontrée, particulièrement en ce qui concerne les violences sexuelles et de genre.

Des mesures concrètes

Plusieurs initiatives, menées ici et ailleurs auprès des jeunes, ont fait leurs preuves. Le programme Fourth R, par exemple, lancé par l’Université Western de London, Ontario, a permis de réduire de 50 % les gestes à caractère sexuel non consensuels dans les écoles secondaires où il a été implanté.

« C’est le genre de programme qu’on devrait déployer dans toutes les écoles! », s’enthousiasme le professeur Waller. 

Il est difficile de changer les comportements des hommes violents à l’âge adulte, mais « si on change l’attitude des garçons, on peut avoir un impact important sur la diminution de la violence sexuelle », souligne-t-il.

Le professeur Waller vante aussi les mérites des programmes fondés sur des approches cognitivo-comportementales, comme Stop Now and Plan (SNAP), développé par le Child Development Institute de Toronto, qui s’adresse aux enfants de 6 à 11 ans, ou le programme Becoming A Man, mené par le Crime Lab de l’Université de Chicago auprès des jeunes à risque de décrochage scolaire ou de délinquance. « Ce sont des exemples de choses positives qui se conçoivent facilement, pour lesquelles on ne devrait pas rencontrer de résistance », indique Irvin Waller.

D’autres approches, comme l’intervention de témoins, ont également montré des résultats prometteurs. Ces programmes incitent les personnes à intervenir lorsqu’elles voient des comportements inappropriés ou des incidents à caractère sexuel.  Dans les collèges et les universités qui s’en sont dotés, ce type d’événements violents a diminué de moitié.

« 50 % de réduction, c’est extraordinaire! », souligne le criminologue, qui croit possible de réduire de 100 % la violence de genre avant le tournant de la décennie.

Le Canada souhaite d’ailleurs éliminer la violence fondée sur le genre d’ici 2030 dans la foulée de l’atteinte des objectifs de développement durable de l’ONU. Pour y arriver, il faudra passer de la parole aux actes et, surtout, trouver un meilleur équilibre entre la répression après et la prévention efficace avant, insiste le spécialiste, qui prône l’ajout de programmes destinés à déconstruire la masculinité toxique très tôt dans la vie des jeunes garçons.

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Pour une deuxième année consécutive, Transpoésies s’est associée à Fierté littéraire, au Bistro Le Ste-Cath et aux Éditions TNT pour publier un recueil des textes soumis lors de son concours annuel, tenu en août 2020.

Sous le thème « C’est l’amour, genre(s) », ce recueil se veut une célébration de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres par le biais de la poésie.

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