La langue française est connue et reconnue pour posséder un grand nombre de règles concernant l’orthographe, la grammaire, et même la prononciation. Mais il y aussi de nombreux cas pour lesquels il n’existe aucune règle. Ce que l’on dit et ce que l’on ne dit pas est alors le résultat d’une entente tacite entre les locuteurs. Un consensus se crée alors autour de la façon de prononcer un mot, mais en l’absence de règles claires, diverses ententes se côtoient et donnent lieu à des prononciations différentes.

Un texte de Aude Charrin publié sur Reflet de Société | Dossier Éducation      

La prononciation des consonnes finales est le parfait exemple de ces cas ambigus… surtout lorsque cette consonne est la lettre « t ». Le t est un véritable phénomène en français puisqu’il remporte la palme de la consonne finale la moins prononcée, loin devant les quatorze autres consonnes qui peuvent être muettes lorsqu’elles se situent à la fin d’un mot, comme le d de brouillard ou de plafond, le s de héros ou de gars, ou encore le x de noix ou de époux. Puisque tous les locuteurs francophones, peu importe leur origine, s’entendent pour ne pas prononcer les consonnes finales de ces mots, on peut dire qu’il y a consensus autour de l’absence de leur prononciation. Mais avec le t, c’est une autre affaire. Il reste muet dans bien des cas : pour les adverbes en –ment, comme lentement, précieusement, et les noms formés à partir de verbes, comme un logement ou un engagement; pour les adjectifs en –ant, comme malvoyant, scintillant, fatigant et bien d’autres, et pour les terminaisons verbales : les –ait, –ent, –ont, et autres –aient. Les noms dont la finale s’écrit en –at, comme chat, sénat ou contrat, font là aussi l’objet d’une prononciation commune sans le t. Par contre, les mots qui se finissent en –oit, en –ut et en –ait sont encore soumis
à des prononciations variables, donc à différents consensus selon les zones géographiques.

Au Québec, si le t de but et scorbut n’est pas prononcé, il l’est en France, où les locuteurs disent buT, scorbuT, mais rebut et début alors que ces deux mots prennent eux aussi un t final. Le mot fait est aussi un joli cas de t muet ou prononcé : alors que la majorité des ouvrages propose les deux versions, avec et sans t, la prononciation du t final n’a rien d’obligatoire. Toutes les expressions avec fait peuvent se prononcer des deux façons : en fait ou en faiT, au fait ou au faiT, ou encore pris sur le fait ou sur le faiT. Mais puisqu’il faut bien une exception à la règle même quand il n’y a pas de règle, l’expression tout à fait, est toujours prononcée sans le t. Même chose lorsque le mot fait est au pluriel, tous les francophones disent dans les faits plutôt que dans les faiTs. L’expression c’est faiT, très commune au Québec, est considérée par certains linguistes comme familière, alors qu’en fait appartiendrait au registre soutenu. La tendance à prononcer le t final s’accentue de plus en plus, ce qui montre que la prononciation évolue : le t final ne devrait plus être taxé de « familier ».

D’ailleurs, la prononciation de ce t peut varier à l’intérieur d’un même pays francophone, c’est le cas du t de vingt qui est prononcé seulement par les locuteurs du Nord-Est de la France ou du t de soit que les Belges prononcent dans presque tous les cas de figure, alors que la plupart des francophones le gardent muet dans certaines occasions… En résumé, la prononciation ou l’absence de prononciation du t en français, et de bien d’autres consonnes finales, n’enfreint aucune règle : soiT vous le dites, soit vous ne le dites pas, personne ne pourra vous reprocher quoi que ce soit!

27 capsules sur les difficultés de la langue française sont présentées par l’humoriste Fred Dubé.

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