Depuis mars 2020, de nombreuses incertitudes ont entouré les périodes, plus ou moins longues, où les cours ont été donnés à distance. Les élèves du primaire et du secondaire ont-ils été retardés ou pénalisés dans leurs apprentissages? Le Détecteur de rumeurs survole l’état des connaissances, deux ans plus tard.

Un texte de Catherine Crépeau | Agence Science-Presse

Faits à retenir

  • Sur l’enseignement virtuel pendant la pandémie, les données sont encore incomplètes: on manque de recul
  • Des recherches menées avant la pandémie concluent à un impact négatif du virtuel sur l’apprentissage des élèves
  • L’impact pourrait être encore plus marqué chez les élèves plus faibles

L’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) avait reconnu dès le début de la pandémie les conséquences potentiellement majeures d’une interruption de la scolarisation. Dans un document récent, l’organisme note, entre autres, une réduction du filet de sécurité sociale des enfants, une exacerbation des inégalités sociales et éducatives ainsi qu’un accès nettement insuffisant aux technologies.

Au Québec, des médecins qui travaillent auprès des enfants et des adolescents s’inquiétaient en janvier dernier des effets néfastes de la fermeture des écoles, même temporaire. Dans une lettre publiée dans Le Devoir, ils soulignaient que l’éducation est un « besoin essentiel » pour le développement et la santé des enfants. Ils évoquaient également les risques de décrochage scolaire et de retards d’apprentissage.

Les effets du premier confinement

Mais que sait-on réellement de ces impacts? Bien qu’il soit trop tôt pour trancher sur l’efficacité de l’enseignement à distance en temps de pandémie, on peut tout de même compter sur quelques études à propos des effets du premier confinement sur les résultats scolaires au primaire et au secondaire. L’Education Endowment Foundation (EEF) un organisme américain qui finance des projets de recherche en éducation, résume sur son site des recherches sur l’impact de ce premier confinement. Deux chercheurs québécois (accès réservé aux abonnés) s’étaient donné l’an dernier le même objectif en résumant les résultats de 19 de ces études menées en Angleterre, aux États-Unis, en Belgique, aux Pays-Bas, en France, en Australie et au Canada (12 de ces 19 études sont aussi traitées par l’EEF).

Ces recherches démontrent que le premier confinement a eu des effets généralement négatifs en lecture et en mathématiques, principalement pour les élèves du primaire. Ceux-ci manifestaient en moyenne des retards d’apprentissage de 0,5 à 2 mois en lecture et de 1 à 2 mois en mathématiques. Une des études évoque une perte équivalente à 20 % d’une année scolaire en lecture, mathématiques et orthographe pour les 3e à 6e année. Une autre évoque un retard de 30 % par rapport à la progression habituelle chez les élèves de 2e et de 3e année. Presque toutes les études notent que les retards sont plus accentués chez les élèves vulnérables et qu’ils tendent à s’accentuer avec le temps.

Au Canada, un chercheur de l’Université de l’Alberta a mesuré le rendement des élèves du primaire en lecture. Interrogé par le Edmonton Journal en novembre 2020, il affirmait qu’entre mars et septembre 2020, les élèves de la 4e à la 9e année s’étaient généralement améliorés en lecture, alors que ceux de 2e et de 3e année avaient montré une baisse de rendement représentant six à huit mois d’apprentissage.

Pour ce qui est du Québec, une enquête menée auprès de 175 enseignants du primaire en janvier 2021 note que 78 % d’entre eux estimaient que les élèves qu’ils avaient accueillis à la rentrée 2020 avaient des habiletés en lecture plus faibles que les élèves des années précédentes. En écriture, 71 % des enseignants affirmaient que leurs élèves étaient plus faibles que ceux des années passées. Les résultats proviennent d’un petit groupe d’enseignants et ils ne reposent pas sur une évaluation des élèves, mais ils vont dans le même sens que les études précédentes.

Cela étant dit, les études fournissent un portrait incomplet, à un moment précis de la pandémie, pour lequel on ne dispose pas encore de recul. Entre autres questions: ces résultats sont-ils attribuables au fait que les enseignants ont été pris au dépourvu lors du premier confinement et qu’ils ont eu peu de temps et de formation pour adapter leurs cours?

L’école à distance

On peut tenter de répondre à ces questions en regardant les recherches menées au cours des dernières années sur les effets de l’école virtuelle sur l’apprentissage. Plusieurs concluent que l’enseignement exclusivement à distance donne de moins bons résultats en lecture, en mathématiques et en sciences, chez les jeunes du primaire et du secondaire.

Par exemple, une étude publiée en 2017 a suivi 1,7 million d’élèves inscrits dans des écoles primaires et secondaires de l’État américain de l’Ohio, pour comparer le rendement de ceux qui suivaient des cours en virtuel à ceux qui les suivaient en présence. Les résultats, pour ce qui est des élèves du primaire et des deux premières années du secondaire, montrent des effets négatifs des écoles virtuelles sur l’apprentissage :

  • en mathématiques (- 0,41 écart-type pour les élèves faibles et – 0,30 écart-type pour les élèves forts)
  • et en lecture (- 0,26 écart-type pour les élèves faibles et – 0,10 écart-type pour les élèves forts).

Ces résultats sont comparables à ceux du Center for Research on Education Outcomes, qui a mené une évaluation nationale des effets qu’ont, sur le rendement des élèves, les écoles à charte américaines qui fournissent uniquement un enseignement en ligne. Publiée en 2015, elle conclut que ces élèves obtiennent des résultats nettement inférieurs (- 0,10 à – 0,39 écart-type) en mathématiques et en anglais à ceux qui fréquentent des écoles traditionnelles. Cet écart équivaudrait, selon les auteurs, à la perte de 72 à 150 jours d’apprentissage, sur la base d’une année scolaire de 180 jours.

Des suivis menés en 2019 en Pennsylvanie, en Idaho et en Ohio, ont également observé des effets négatifs sur le rendement des élèves qui fréquentent des écoles virtuelles.

Une étude menée auprès de 100 000 élèves de l’État américain de la Georgie entre 2007 et 2016, conclut que la fréquentation d’une école virtuelle à plein temps entraîne une réduction significative des résultats aux tests d’anglais, de mathématiques et de sciences, et une diminution moyenne de 10 % des probabilités d’obtenir un diplôme d’études secondaires. Toutefois, les élèves qui retournent dans une école traditionnelle peuvent rattraper leur retard et la baisse de leurs résultats aux tests.

Les effets négatifs de l’école virtuelle se feraient sentir dès la première année. En suivant des élèves de la 3à la 8e année issus des écoles publiques américaines, d’autres chercheurs ont constaté que leur rendement en mathématiques diminuait de – 0,41 écart-type au cours de la première année du transfert dans une école virtuelle. Les effets négatifs se maintenaient la seconde année (- 0,26 écart-type) et s’accentuaient la troisième année (- 0,33 écart-type). Le même phénomène était observé avec l’apprentissage de la lecture. Et ce, malgré que les élèves provenaient de milieux plutôt favorisés. Dans plusieurs des études mentionnées, les élèves forts semblent moins affectés par les retards que les plus faibles.

Verdict

L’efficacité de l’école virtuelle et de l’enseignement à distance pour tous et en tout temps n’a pas fait ses preuves, du moins au primaire et au secondaire. On craint des retards d’apprentissage chez les élèves, notamment chez les plus vulnérables.

Lien vers l’article original

https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/detecteur-rumeurs/2022/03/04/enseignement-distance-primaire-secondaire-peut-nuire

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