Deux ans après le début du « grand confinement », les interrogations sur ce qui aurait pu être mieux fait vont bon train. Mais l’une de ces interrogations commence à récolter des données : que serait-il arrivé si on avait réagi plus tôt ?

Un texte de l’Agence Science-Presse | Dossier COVID-19 et Santé

Par exemple, qu’aurait-il pu se passer si la Chine avait été plus prompte à prévenir le monde? On se rappellera en effet que c’est le 30 décembre 2019 que la première alerte était lancée, sur le forum spécialisé ProMED: 27 cas d’une « pneumonie » d’origine inconnue à Wuhan. Le 8 janvier, des chercheurs chinois annonçaient avoir identifié « un nouveau virus ».

Or, c’est le 17 novembre que le premier cas aujourd’hui officiellement attribué au coronavirus avait été identifié. S’il était impossible à ce moment de savoir qu’il s’agissait d’un nouveau virus, à quel moment, entre le 17 novembre et le 30 décembre, l’alerte aurait-elle pu être lancée si la Chine avait été moins opaque?

L’auteure Zeynep Tufekci, qui se livre à cet exercice dans le New York Times, n’a pas de réponse claire à sa propre question: quand bien même les autres pays auraient-ils été prévenus dès la mi-décembre, il n’est pas sûr qu’ils auraient réagi tout de suite. Après tout, même après avoir été prévenus par l’OMS à la fin-janvier qu’il s’agissait du plus haut niveau d’alerte possible, la plupart ont attendu le mois de mars pour réagir.

Mais on peut au moins constater que certains pays ont réagi au quart de tour.  Dès le 31 décembre, Taïwan commençait à dépister systématiquement tous les passagers des avions arrivant de Wuhan, à la recherche de symptômes comme la fièvre —on ignorait alors tout de ce que deviendraient les symptômes de cette épidémie, mais on pouvait présumer qu’une température élevée serait un signal d’alarme facile à observer. Les masques furent immédiatement rationnés et les militaires furent immédiatement mis à l’ouvrage pour en augmenter la production.

Dès janvier, la Corée du Sud commençait à expérimenter le dépistage à grande échelle —la formule des dépistages-à-l’auto, par exemple— qui deviendrait un dépistage de masse en mars, après un événement super-propagateur dans une église.

Au final, il y a eu 853 morts à Taïwan. En proportion de la population, cela équivaudrait, aux États-Unis, à seulement 12 000 morts… alors que ce pays approche actuellement le million.

Il y a eu d’autres signaux d’alarme hâtifs. Le plus analysé fut le navire de croisière Diamond Princess. Mis en quarantaine dans le port de Yokohama, au Japon, le 3 février 2020, après la détection de 10 cas positifs, il compterait une semaine plus tard 712 cas, soit une personne à bord sur cinq, en plus de neuf travailleurs de la santé japonais. Ce fut la toute première confirmation de l’extrême contagiosité du nouveau virus —et le moment où les experts ont commencé à prendre au sérieux l’idée « d’aérosols », soit des petites particules capables de se propager plus loin et de rester en l’air plus longtemps, spécialement dans un lieu fermé.

Et pourtant, il faudrait encore des mois avant que certains pays acceptent la théorie des aérosols et ajustent leurs mesures sanitaires en conséquence —comme l’obligation du port du masque à l’intérieur, peu importe la distance à laquelle on se trouve du plus proche voisin. Le Japon mit l’accent sur les masques et la ventilation des espaces fermés dès février 2020. Alors que pendant des semaines, ironise Zeynep Tufekci, l’Amérique du nord allait continuer à « désinfecter son épicerie ». Au final, le Japon a connu 25 000 morts de la COVID, ce qui, aux États-Unis, serait l’équivalent de 66 000.

Officiellement, le nombre de morts de la COVID à travers le monde est à présent de 6 millions. Officieusement toutefois, une évaluation de la revue médicale The Lancet parue la semaine dernière parle plutôt de 18 millions de morts, en tenant compte de tous les pays qui n’avaient pas les capacités de comptabiliser leurs décès ou d’en analyser les causes. Plus tôt cette année, se livrant à un exercice similaire, le magazine The Economist arrivait à une estimation oscillant entre 12 et 23 millions de morts. On ne saura probablement le chiffre exact, mais les résultats, dans les pays qui ont eu le bon réflexe, font réfléchir.

Lien vers l’article original : https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2022/03/14/covid-combien-deces-auraient-pu-etre-evites

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