On aurait tendance à ne pas tellement croire aux chances de percer le marché de l’emploi pour quelqu’un dans la quarantaine ou la cinquantaine qui a passé plus d’une décennie en prison. À cause des préjugés à l’égard des ex-détenus, du foisonnement de nouvelles technologies que les prisonniers de longue date ne connaissent pas, on se convaincrait d’emblée que ces gens sont « inemployables » durant une pandémie. Pourtant, on se tromperait.

Un texte de Colin McGregor publié sur Reflet de Société | Dossier Chronique d’un prisonnier et Emploi

Il existe, en effet, des agences de placement, partout dans la province, qui se spécialisent dans la réintégration de ce type de clientèle au marché du travail. Jonathan Boyer est conseiller au Service d’aide à l’emploi de l’Est (SAEE), sur la rue Hochelaga, dans le secteur Tétreaultville, à l’est de l’île. Son travail consiste à outiller les personnes ayant un dossier criminel afin de favoriser leur réinsertion sociale.

La quasi-totalité des clients du SAEE sont des hommes provenant d’une des nombreuses maisons de transition de l’est de Montréal. Ces lieux accueillent des ex-détenus de partout au Québec et même d’ailleurs. Parmi les vingt ex-détenus fédéraux dont il s’occupe du dossier, Jonathan Boyer n’a que deux clients de moins de trente-cinq ans. « Chacun est différent », dit-il.

Plusieurs arrivent démoralisés, convaincus, relate-t-il, de ne jamais pouvoir trouver de travail. « Nous leur proposons d’établir un inventaire de leurs habiletés… Ils doivent noter tout ce qu’ils ont fait dans les quinze dernières années, à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, en ce qui a trait au travail, déclaré ou non, et au bénévolat. Ceux-ci se redécouvrent alors. Ils constatent soudainement la somme des compétences qu’ils possèdent. »

Pénurie de main-d’œuvre

Le SAEE offre des séminaires sur les entrevues d’embauche, sur l’utilisation d’internet pour dénicher des offres d’emplois, sur les secteurs d’emplois les plus demandés, sur les stratégies de démarchage les mieux adaptées à leur personnalité… et, bien sûr, sur la façon de présenter un CV, passage obligé pour tous.

« Ceux qui veulent trouver un emploi, qui sont véritablement motivés, détiennent de meilleures chances d’en trouver un et de le garder que quelqu’un qui se sent contraint de trouver du travail », souligne le conseiller en orientation.

Pour la main-d’œuvre non spécialisée, malgré la pandémie, c’est le plein emploi, dit Boyer. Les chantiers de construction, les manufactures et les entrepôts cherchent désespérément du personnel. « Cela s’explique par différents facteurs, dont le vieillissement de la population, le fait qu’il se fasse moins d’enfants, qu’il y ait moins d’immigration », soutient-il.

Par conséquent, ceux qui cherchent un travail dans ces domaines « n’ont pas à attendre plus d’un jour ou deux après qu’ils aient envoyé leur CV. L’employeur se présente, s’assure que vous ayez une tête sur les épaules et hop! vous êtes embauché. »

Ceux qui cherchent du travail semi-spécialisé en trouvent en 7 ou 8 semaines environ. C’est qu’il y a tant d’occasions que « si un travail s’avère décevant, les gens n’essaient pas trop fort de le garder. Ils s’en décrochent un autre ailleurs, tout simplement. »

Certifications

Dans les prisons fédérales, les détenus peuvent obtenir leurs « cartes », certificats de compétences exigés dans plusieurs corps de métiers comme la menuiserie, le maniement des chariots élévateurs et la signalisation routière. Il est aussi possible d’acquérir sa carte de CSST, la Commission de la santé et de la sécurité du travail, requise pour travailler sur les chantiers de construction du Québec. La SAEE offre aussi le cours de signalisation routière, qui comprend l’examen, tenu à leurs bureaux.

Il s’agit pour Jonathan Boyer d’un premier travail depuis qu’il a terminé son bac en Orientation à l’Université de Sherbrooke. Il aurait pu travailler en ressources humaines, mais préfère « aider directement les gens. Le simple fait de pouvoir aider quelqu’un à obtenir son premier chèque de paie est gratifiant », conclut-il.

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