Évaluation d’un prisonnier

Stress et attente dans un centre de transition

Colin McGregor, Centre fédéral de formation, 

Dossier: Chroniques d’un prisonnier  Illustration par Siyu

En 2016, Colin McGregor a changé de pénitencier; détenu depuis 25 ans à Cowansville, il fut déplacé à Laval. Avant d’intégrer ses nouveaux locaux, il transita par le Centre régional de réception, lieux de passage obligé de tout détenu. Situé à St-Anne-des-Plaines, sa fonction est d’évaluer les détenus pour connaître leurs besoins et leur niveau de dangerosité.

Bien que transitoire, la durée de passage en ces lieux est aléatoire et inconnue du détenu. Pouvant aller jusqu’à plusieurs semaines, cette période est une source importante de stress pour ces personnes qui sont en attente de la prochaine étape de leur détention. Dans un milieu où le temps est tout ce qui leur reste, Colin nous parle de son attente au Centre régional de réception.

Il n’y a pas de lieu plus triste dans le monde que le Centre régional de réception du Service correctionnel fédéral. C’est là que se retrouvent ceux qui ont été condamnés à des peines de deux ans et plus de prison pour y être «évalués». C’est là que l’on trie leur destinée qui les coupera du monde extérieur pour de longues années. C’est de là qu’on les enverra vers les prisons où commenceront leurs séjours, peu importe la province dans laquelle ils se trouvent.

Personne ne reste bien longtemps en ces lieux sinistres et nus – 30 jours, peut-être 45. Entre deux réunions avec des membres du personnel, ils attendent. Recueillant leurs repas dans des plateaux verts de cafeteria, ils font la queue en se déplaçant lentement, comme le font ceux dont les jours traînent en longueur. Les visages sont pâles et dénués d’espoir. Sur les aires de loisirs, les tables d’acier vissées au plancher de béton, sont toutes occupées par des hommes tranquilles. Des écrans de télévision fixés aux murs, débordent d’images de villes et de plages qu’ils ne pourront plus voir avant que leurs cheveux grisonnent et que leurs visages se couvrent de rides. Et peut-être même plus jamais au cours de cette vie.

Je suis là sans y être – de passage, entre une prison à sécurité moyenne et une autre à sécurité minimale, plus proche que jamais de la rue et du Café Graffiti. La lumière se lève sur mon avenir. Chez la majorité des hommes plus jeunes qui m’entourent, les regards absents révèlent un avenir où l’espoir est encore loin.

Dans son essai Le mythe de Sisyphe, Albert Camus, l’auteur français né en Algérie, affirme que l’absence d’espoir peut vous rendre vraiment heureux. Vous vivez dans le présent et l’avenir ne peut plus vous décevoir. La vie, nous dit-il, ne répond jamais à l’idée que nous nous en faisons. Elle ne répond jamais à nos attentes ou à ce qu’on voudrait qu’elle soit. Ou comme l’art, le rap, la musique et l’éducation nous disent qu’elle devrait être. Le monde est absurde. Accepte-le, et tu pourras commencer à vivre. Refuse-le et tu ne vivras jamais vraiment.

Dans l’Inde ancienne, la plus petite unité de mesure de temps était le kshanta, correspondant à un moment de l’esprit. Un claquement de doigts équivalant à 64 kshantas. Chaque moment est distinct. Mais nous imaginons qu’ils se relient l’un à l’autre pour former le passé, le présent et le futur. Alors qu’en réalité, il n’y a qu’un seul maintenant. C’est ce que croient les bouddhistes, raison pour laquelle ils semblent beaucoup moins stressés que nous.

C’est bien de vivre au présent. Mais si vous êtes un détenu de 24 ans dynamique et débordant d’énergie, et que vous contemplez le mur en sachant qu’il n’y aura pas grand-chose d’autre au cours des nombreuses années à venir à cause d’un acte horrible… Alors, peut-être que ces heureux spectateurs d’une partie de hockey, qui passent à la télé vissée au mur, ont quelque chose à vous dire.

Vous pouvez vous imaginer à leur place dans une quinzaine d’années, mordant dans un hot-dog et rotant devant des joueurs qui en ce moment commencent à peine à marcher.

C’est la nuit. Je me lève pour aller marcher dehors. Il y a une cour entourée de barbelés. Et derrière, une longue terre agricole bien nivelée, aux cultures vertes et beiges mouillées par la pluie de l’après-midi. Plus loin, des avions décollent. À intervalles réguliers, on entend un grondement. Après un faible tremblement de terre lointain, un triangle de lumières, des couleurs d’arbre de Noël, qui s’élèvent lentement dans le ciel. Un lent virage à gauche, entre le croissant de lune et Vénus, et un chargement de passagers se dirige vers l’Europe. Ils se réveilleront à Heathrow ou Charles-de-Gaulle et ce sera le matin, avec ses soucis de bagages, d’hôtels et de taxis.

Mon père possédait une agence de voyages. J’ai grandi avec une vue sur l’aéroport de Dorval. Ce doit être bien d’être bouddhiste, de ne pas se soucier de l’avenir ou de ne pas rêver du passé. Mais je me retrouve dans cet avion, comme c’était le cas jadis, en direction d’un travail en Champagne chez Mumm à Reims. J’ai à nouveau 18 ans, je suis rempli d’espoir, de peur et d’énergie. Un avenir composé d’instants passés, d’anciennes victoires revisitées. De retour à la case départ.

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Dépistage de drogues dans les prisons

Des erreurs traumatisantes

Jean-Pierre Bellemare, ex-tôlard. Dossier Prison

Dans tous les pénitenciers de ma connaissance, des tests de dépistage de drogues sont effectués auprès des visiteurs.

medicine-296966Mais ce système de contrôle n’est qu’un écran de fumée qui intoxique les membres de familles qui ne trempent dans aucun trafic. Les habitués savent comment déjouer le système et le rentabiliser grâce à des complices à l’interne.

En arrivant à la salle de contrôle, on demande aux visiteurs de présenter leurs mains qu’on frotte d’un tissu qui sera analysé. Convaincu de n’avoir absolument rien à vous reprocher, vous vous soumettez à l’examen. Cinq minutes, dix minutes et parfois une heure plus tard, le gardien revient avec un air qui vous condamne avant même que vous ayez ouvert la bouche. On vous met de côté en vous expliquant vos droits comme si vous veniez d’être pris en flagrant délit.

Déboussolé, renversé, désorienté, abasourdi voilà à peu près à quoi ressemble les montagnes russes qu’ils vous feront emprunter. Vous avez beau expliquer que vous ne touchez à aucune drogue, rien n’y fait, on vous demande de vous déshabiller pour une fouille approfondie. Vous vous soumettez à cet exercice dégradant et même si rien n’est trouvé, il demande de vous soumettre à un rayon x pour confirmer l’absence de drogue dans vos cavités corporelles. Si vous refusez, ils vont faire venir la police avec un mandat pour procéder. Sinon, vous vous engagez à ne plus revenir et on glisse une note dans votre dossier fédéral.

Vous voulez les poursuivre parce qu’ils n’ont rien trouvé et que vous avez subi un préjudice, cela ne sert à rien. D’autres ont essayé avant vous et sans succès, pourtant n’importe qui de bonne foi qui travaille dans le milieu vous dira que cette machine a beaucoup de ratés. Qu’elle nécessite un entretien minutieux et rigoureux pour bien fonctionner, et même encore elle reste défectueuse.

Le contact avec l’argent de papier est l’une des importantes raisons pour laquelle des visiteurs sont testés positifs. Les billets sont souvent utilisés pour sniffer de la coke. Puis quand le drogué va au dépanner s’acheter un 6/49, il laisse les billets en question pour repartir avec son change. Ironie, le citoyen qui rentre au même dépanneur pour s’acheter du nettoyant repart avec le billet imbibé de coke juste avant de visiter un prisonnier.

Les drogués utilisent aussi leur carte de crédit pour couper et raffiner leur coke. Par la suite, ils vont au guichet et insèrent leur carte imbibée de cocaïne, il s’en échappe des particules, qui plus tard seront récupérées par une autre personne utilisant le même guichet.

Le pire dans ce que je viens de vous décrire, ce sont les traumatismes que subissent ces gens que je considère comme la fleur de la société. Non, pas les riches, ni joueurs de hockey. Mais, les bénévoles qui sont traités trop souvent durement par les gardiens. Ces gens qui veulent apporter leur aide par leur présence ou leurs conseils à travers des réunions d’Alcooliques anonymes ou Narcotiques anonymes. Eux qui n’ont aucune rémunération, ni syndicat, sinon que leur bonne volonté de tenter d’aider leur prochain.

Ils sont essentiels pour le rétablissement spirituel ou moral. Ceux pour lesquelles j’ai une affection particulière ce sont les retraités qui au nom d’une croyance religieuse viennent nous offrir la bonne parole. Parmi ces bénévoles plusieurs ont dû passer des tests de drogues et ont testé positifs. Pas besoin d’entrer dans les détails, une dame de 78 ans à qui on détecte de la coke… en fait une dépression.

Ce genre d’histoire incroyable n’est pas unique. Les conséquences sont terribles, la personne ne revient plus au pénitencier, mais surtout elle se sent honteuse, coupable et humiliée. Les plus hautes instances sont au courant de ce genre d’incidents et les gardiens savent très bien que le fonctionnement de leur machine occasionne ce genre de dérapage. Alors, pourquoi cela continue-t-il?

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Bistro le Ste-Cath

Un restaurant, une chaleureuse terrasse. Pour une rencontre entre amis ou en famille, le Bistro le Ste-Cath sauront vous offrir une cuisine réinventée et originale à un prix abordable.

Situé en plein coeur d’Hochelaga-Maisonneuve, au sud du Stade Olympique, à l’est de PIE-IX. 4264 Ste-Catherine est.

Bistro le Ste-Cath est opéré par l’organisme communautaire le Journal de la Rue. Tous les profits servent à financer notre intervention auprès des jeunes.

Le Ste-Cath présente plus de 250 spectacles gratuits par année.

 

Aimer à travers la crise conjugale

Hommes violents

Prévenir les coups

J’ai tellement eu peur d’être comme mon père, que je suis devenu comme ma mère, une personne battue.

Jean-Pierre Bellemare dossiers Égalité Homme-FemmeChroniques d’un prisonnier

violence-conjugale---YemaMon père qui était alcoolique et violent avec ma mère fut le pire exemple d’homme pour le tout petit que j’étais. En vieillissant, j’ai toujours eu cette angoisse de lui ressembler. Devenir un père colérique qui sous l’emprise de l’alcool martyriserait son épouse.

C’est pourquoi, à titre préventif, je me suis investi très tôt dans les Alcooliques Anonymes et les Narcotiques Anonymes. Durant quelques décennies et même encore aujourd’hui, je fréquente ces groupes qui m’ont permis de me reconnaître à travers eux et de comprendre mes problèmes.

Nous avons tous des moments où le désir de sombrer est plus fort que celui de nager. Se laisser aller à la dérive nous apparaît alors comme la seule sortie possible, qu’on utilise l’alcool ou la drogue en désespoir de cause.

Pour ma part, je me lève le matin avec un miroir et je me couche avec. C’est un exercice parfois humiliant et souvent blessant, mais ainsi je vois mes difficultés plus rapidement. Cela me permet d’essayer de les corriger le plus vite possible avant qu’elles ne deviennent trop importantes pour mon égo. Ma grande peur de ressembler à mon père est ce qui a contribué inconsciemment à me faire devenir comme ma mère, une personne soumise et victime de tous.

Je suis devenu comme elle, en me regardant constamment et en me reprochant ce que j’avais bien pu faire pour que cela aille mal. Si les choses ne marchaient pas bien c’était uniquement par ma faute, mon manque de jugement et de perspicacité.

Curieusement, mon attitude fut condescendante et méprisante vis-à-vis d’un policier qui se faisait battre par sa conjointe. Et cet autre homme, un joueur de hockey, dont ses amis avaient porté plainte à sa place pour violence conjugale. Des cas médiatisés.

Puis ce fut mon tour, pris dans le même engrenage. Je ne savais absolument pas quoi faire. Moi, que les psychologues et criminologues décrivaient comme violent.

Cette femme que j’aimais se transformait en lionne et ses griffes n’avaient de pareil que ses mots encore plus déchirants.

Force est d’admettre que si un tueur voulait me faire la peau, je pouvais négocier avec lui. Dans le pire des cas, avec une batte de baseball. Mais lorsqu’il est question d’une femme qui nous attaque, celle qu’on aime de surcroit, à cause d’un problème de contrôle, on est dépassé. J’étais en train de me transformer en ces hommes qui ont repoussé leurs limites au maximum, au lieu de faire appel aux policiers.

Dans une société comme la notre, avec notre historique de violence conjugale, tu y penses à deux fois avant de porter plainte contre ta conjointe. Qui plus est, je ne crois pas à l’efficacité de l’appareil judiciaire, je le connais trop bien.

C’est pourquoi je dois nécessairement me séparer d’elle. Non point que je ne l’aime plus, mais ce n’est qu’une question de temps avant que je n’aie envie de me défendre. Et vu l’objectivité des forces de police et des tribunaux, et surtout avec un dossier criminel, mettons que mon chien est mort. Tout ce qui me reste à faire est de prier pour qu’elle puisse un jour trouver la paix.

Pour tous ces hommes qui minimisent, ridiculisent ou ignorent ces violences, n’attendez pas. Les drames passionnels n’arrivent pas qu’aux autres. Il faut reconnaître la gravité du problème le plus vite possible. Autrement, ce qui vous guette sera une arrestation, une perte de réputation, de dignité ou de liberté pour avoir voulu vous défendre à un moment de saturation.

Lorsqu’une femme frappe, c’est une gifle. Quand un homme frappe, c’est un coup criminellement punissable par la loi. Les avocats sauront vous saigner en vous faisant découvrir les entrailles de l’appareil judiciaire, chose que je vous déconseille fortement.

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    Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

    guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

    Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

    Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

    Autres livres pouvant vous intéresser:

    Rêve d’un détenu en prison

    Prison à sécurité minimale

    Un pas de plus vers la liberté

    L’humidité s’élève en vagues de la rivière des Prairies. Comme les insectes, je le constate, qui mordillent lentement ma jambe, présences grises et furtives dans la lumière basse en fin d’après-midi. 

    Colin McGregor   Dossier Chroniques d’un prisonnier

    freedom-1125539Là où je suis assis, à la limite du terrain de football, je ne peux pas voir la rivière, ses bateaux de plaisance et ses habitations aux allures de chalets longeant la rive opposée.

    Je l’ai vue une fois, cette semaine, de la fenêtre d’un des édifices de la prison. Par-delà la rive, au loin: la tour du stade olympique. La Tour penchée du maire Drapeau. Et sur la droite, en tendant le cou, les monticules jumeaux de roche volcanique où j’ai grandi, surmontés de la tour de transmission, maintenant désuète, de Radio-Canada.

    Je voyage constamment, en pensée, vers ces collines surbaissées. Je communique avec ses habitants. Mais je n’y ai pas mis les pieds depuis bien longtemps. Lors de mes promenades quotidiennes entre la cellule où j’habite et l’école de la prison où je travaille, ma vue de la rivière, du stade et du mont Royal est obstruée par un haut mur de pierre.

    Je dois me rappeler que je suis en sécurité minimale – et que j’ai fait un pas de plus vers la liberté. Certains de mes voisins quittent la prison chaque jour pour aller travailler dans la communauté. Ils servent la soupe à des étrangers malchanceux; ils font le lavage en quantités industrielles; ils tondent des pelouses.

    Certains obtiennent des permissions de 72 heures pour aller vivre dans leur famille, dans des quartiers de Montréal que je connaissais bien. Ici, contrairement à d’autres prisons, le monde extérieur n’est plus un mythe que vous ne pouvez voir qu’à la télé. Ici, vous pouvez en sentir les parfums, en entendre les histoires. Vous en êtes tout près.

    C’est un rite de passage auquel tous les prisonniers doivent se soumettre. Certains sont amers, ici. Ils ont passé quelque temps à l’extérieur. Ils parlent de conditions trop contraignantes et d’arrestations arbitraires. Leurs yeux, larges comme des soucoupes, démentent le rêve de vies redevenues normales, réformées par des histoires de police frappant à la porte au milieu de la nuit. Mensonge? Vérité? Exagération? Euphémisme? La transpiration qui perle sur la nuque parle d’épreuves passées, sans pouvoir dire de quel genre il s’agit.

    En aidant les professeurs à l’école de la prison, vous découvrez que l’éducation souffre autant du manque de moyens que n’importe quelle autre école du Québec. Les étudiants en prison peuvent obtenir un diplôme d’études secondaires aussi valide que celui que j’ai eu à l’école secondaire de Westmount en 1978, où j’étais «Valedictorian» (étudiant le mieux noté prononçant le discours d’adieu lors de la cérémonie de remise des diplômes). Une autre preuve que la performance académique ne garantit pas forcément un succès futur.

    Certains étudiants ont des problèmes, des traumatismes qui dépassent votre expérience, et ils n’atteindront jamais la ligne d’arrivée. Pour eux, c’est dans le voyage qu’ils doivent puiser leur joie. Chaque progrès doit être célébré.

    À la cérémonie annuelle de graduation, un étudiant se lève pour recevoir son diplôme – un des quatre certificats d’études secondaires remis. Couvert de tatouages, les muscles gonflés forçant le t-shirt trop serré, il met ses lunettes noires enveloppantes pour cacher les larmes qui lui montent aux yeux. Il insiste pour dire quelques mots.

    «Même si je suis en prison, c’est un des plus beaux jours de ma vie», dit-il en hésitant.

    Au début fusent des moqueries et des remarques sarcastiques; puis, après quelques secondes, un silence respectueux s’installe. Il sort un papier froissé et lit les noms des personnes qu’il souhaite remercier.

    Ensuite, je croise un homme de 70 ans aux yeux rouges. Il tient dans ses mains le diplôme d’études primaires qu’il vient de recevoir. Il le porte comme s’il était fait d’or. «Je n’ai jamais rien eu comme ça, jusqu’à maintenant, dit-il ému. Je n’ai jamais su lire. Je mélangeais toutes les lettres. Mais ce gars-là a réussi…»

    De la tête, il pointe un détenu à ses côtés; mince, timide, les cheveux gris. «C’est mon professeur. Il a travaillé avec moi pendant des mois. Ça lui appartient ce diplôme.» Le détenu (assistant-professeur en question) ne peut que sourire et soulever les épaules, en évitant mon regard et celui de son élève en larmes. L’émotion n’est pas toujours facile à digérer dans un espace froid et restreint.

    Aucun de nous n’est vraiment là où il souhaiterait être dans son évolution. Cela fait partie de la condition humaine. S’efforcer d’obtenir plus ou de maintenir ce que vous avez, c’est ce qui donne sa valeur à la vie.

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      Les livres de Colin McGregor

      Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

      Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

      love-in-3dLove in 3D.

      Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

      This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

      Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

      teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

      Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

      This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

      Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

      quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

      Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

      Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

      Magazine The Social Eyessocial-eyes-web

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      Introspection d’un ancien détenu

      Prêt à mourir

      Peut-on survivre à ses crimes?

      Jean-Pierre Bellemare  Dossier Chroniques d’un prisonnier

      Jean Pierre Bellemare Ayant eu une vie plutôt tumultueuse sinon mouvementée, il m’est souvent arrivé de me retrouver en péril. Que ce soit avec des policiers qui voulaient me tuer pour m’être attaqué à eux, ou encore des criminels auxquels j’avais manqué de respect. À ceux-là j’ajouterai les chauffards qui risquent de nous ôter la vie. C’est surtout dans ces moments intenses ou une réflexion existentielle me traverse l’esprit… Suis-je prêt à mourir?

      Il y a un certain temps, j’ai répondu oui à cette question. Par courage, témérité ou simplement désintérêt pour la vie? J’avoue que je ne saurais répondre en toute franchise, car ma vie est jalonnée de remise en question sur sa propre valeur. À chaque évènement où je pourrais la perdre, la question resurgit.

      Aujourd’hui je suis libre, mais j’ai acquis certains attachements qui me déplaisent un peu. Les possessions matérielles ou affectives me font sentir dépendant et vulnérable. Lorsque j’étais derrière les barreaux, j’aurais considéré cela comme un boulet. Je vais passer le cap des 50 ans et tous mes objectifs ont pratiquement été atteints. Des réalisations inattendues m’ont fait gagner en maturité. Vais-je cesser pour autant de m’émerveiller de ce que m’offre la vie?

      Je ne cherche plus la direction à ma route, c’est devenu limpide et clair. Me sentir heureux et retransmettre ce bien-être aux autres pour qu’à leur tour, ils aient envie de redonner.

      Je n’ai pas rendu beaucoup de gens heureux, mais quelques un, c’est sûr. Est-ce que j’en ai blessé d’autres volontairement? Oui. Est-ce que cela enlève ou diminue mon désir de refaire le bien? Non, ni de diminuer le malheur quand je peux. Cela me satisfait amplement. Il y a des gens qui ne se remettront jamais d’un acte criminel, d’un accident de la route, d’une fausse couche ou d’une séparation. Que peut-on y faire? Essayer de les rassurer, les sécuriser avec notre écoute, notre soutien. Mais au-delà de mon désir de me repentir, si une personne refuse de pardonner, elle se condamne elle-même au chagrin et à la haine.

      Dans la vie, on choisit ses batailles et celle-ci est au-dessus de mes capacités et du temps dont je dispose pour aimer mon prochain. Je suis prêt à mourir, car aujourd’hui comme hier, j’ai fait sans effort la transmission de mon bien-être à ceux qui ont croisé ma route.

      Fervente croyante, ma conjointe s’étouffe un peu dans ses préceptes, elle voudrait que tous connaissent l’histoire biblique. Tant mieux pour ceux que cela encourage et porte vers le meilleur. Je suis profondément croyant, mais pas aveugle, et quand je vois les sourires qui naissent lorsque je prends le temps de me soucier des autres, je me dis que ma formule est gagnante.

      Si je réussis à semer une parcelle de bonheur autour de moi, et bien… je suis prêt à mourir. Mais avant, à tous ceux qui répondent légitimement à la description de personne honorable, je dis merci.

      Sur ce, passez une belle année et sur chaque embûche que vous rencontrerez, sautez plus haut pour vous en faire des tremplins. Mes sentiments les meilleurs à ceux qui cultivent la terre avec humanité.

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        Publicité

        L’amour en 3 dimensions

        l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

        Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

        L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

        Pour commander par Internet:

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        ADN et peuple: quelle relation?

        L’ADN contre le racisme?

        L’homme de Kennewick

        En 1996, des spectateurs d’une course de bateaux dans l’État de Washington, au sud de Vancouver, eurent la surprise de trouver un crâne humain dans un réservoir.

        Colin McGregor Dossier  Chronique du prisonnierRacisme

        adnAu début, ils crurent qu’ils venaient de découvrir la scène d’un crime. On appela la police. Mais la datation au carbone établit l’âge de ce crâne à 8 500 ans.

        L’homme de Kennewick, nommé ainsi du nom d’une ville proche, fut l’objet d’une grande controverse. La forme du crâne amena les anthropologues à conclure qu’il avait appartenu à un homme d’origine caucasienne, et non à un autochtone. Les Autochtones affirmèrent qu’il s’agissait d’une fraude. « C’est impossible, nous sommes arrivés les premiers », dirent-ils. « Il n’y avait pas d’hommes blancs, ici. Nous étions seuls jusqu’à ce que Christophe Colomb vienne tout déranger en 1492.» Une longue bataille juridique s’ensuivit entre les hommes de science et les peuples autochtones.

        L’identité ethnique joue un grand rôle dans notre société, qu’on en soit conscient ou non. Durant des siècles, parmi la population anglaise et irlandaise de Montréal, les préjugés des vieux pays dominaient les relations sociales.

        Les Irlandais, qui luttaient pour leur indépendance face à l’Angleterre, étaient considérés comme inférieurs à leurs voisins écossais et anglais soi-disant plus nobles. Les catholiques irlandais possédaient leurs propres écoles (telle que Loyola), leurs propres cabinets d’avocats, leurs propres entreprises et leurs propres quartiers – comme celui de Pointe-Saint-Charles, situé trop près du fleuve, soumis à ses vents en hiver et aux inondations printanières qui menaçaient leurs habitations.

        Les recherches modernes sur l’ADN ont contredit beaucoup de prétentions racistes. Finalement, l’homme de Kennewick s’est avéré être un des ancêtres des peuples autochtones actuels – grâce aux analyses d’ADN qui ont permis de clore le débat.

        L’évaluation de la forme d’un crâne n’est pas une science exacte. Les apparences peuvent être trompeuses. Et la science peut maintenant corriger la croyance séculaire des Britanniques sur l’infériorité génétique des Irlandais. Les Celtes anglais, irlandais et écossais descendent à 95 % d’un même groupe d’immigrants, arrivés dans les îles britanniques il y a 12 000 ans, en provenance du nord de l’Espagne. Nous sommes tous cousins. Espagnols, en fait. «Olé!»

        En ce qui concerne les anciennes conceptions anglophones, heureusement disparues, sur l’infériorité des Québécois francophones, rappelez-vous que 40 % de ceux-ci possèdent au moins un ancêtre irlandais dans leur arbre généalogique. En définitive, le Québec est dans une large mesure une province irlandaise. Les anglophones et les francophones sont aussi des cousins.

        Mes propres ancêtres McGregor arrivèrent à Montréal en 1847 à bord d’un bateau en provenance de Dublin, à la suite de la Grande Famine reliée à la culture de la pomme de terre. Pourtant, le nom McGregor est écossais, dans le recensement américain qui me donnera une origine écossaise et irlandaise, une classification ethnique dominante dans des lieux comme l’Arkansas. Les Écossais et Irlandais constituent le groupe de partisans le plus fiable du Parti républicain, si on considère ces groupes du point de vue ethnique. Ils ont créé la musique bluegrass.

        Une de mes grands-mères était une pure catholique irlandaise; un de mes grands-pères descendait d’un noble Français ayant trouvé refuge en Jamaïque, il y a des siècles. J’ai des cousins chinois. Mais réellement, quelle différence cela fait-il dans un monde Internet de plus en plus petit?

        Pour rendre le racisme encore plus ridicule, considérer le pauvre homme de Neandertal, ce barbare, cet homme des cavernes mal léché, tel qu’on nous le présente dans les films et à la télé. L’homme de Neandertal a occupé l’Europe et l’Asie, jusqu’à ce qu’il soit finalement éliminé par l’Homo sapiens plus évolué, son compétiteur et notre ancêtre, au cours de la dernière période glaciaire. C’est ce qu’on nous racontait autrefois. Mais en fait, presque chacun de nous possède un ancêtre néandertalien dans son arbre généalogique.

        À un certain point, lorsque ces deux groupes humains rivalisaient pour des ressources de plus en plus rares dans la neige, ils décidèrent de poser les armes et de faire l’amour, au lieu de la guerre. Certains de nous ont jusqu’à 5 % d’origine néandertalienne – incluant, sans grande surprise, Ozzie Osborne, une des personnes les plus lourdement néandertaliennes que les généticiens aient trouvées. Je n’invente rien.

        La génétique déboulonne constamment les mythes. Les Berbères marocains, qui habitent le désert, peuvent revendiquer une ascendance germanique; les nations belligérantes de l’ancienne Yougoslavie proviennent d’une même souche, pourtant elles se sautent à la gorge régulièrement. Vous voyez une personne mendier dans la rue et vous supposez qu’elle doit avoir fait quelque chose d’horrible pour ruiner ainsi sa vie. Mais grattez la surface et vous comprendrez que, parfois, la malchance frappe de bonnes personnes.

        Nous jugeons tous les autres selon leurs apparences, que cela nous plaise ou non. C’est un réflexe acquis au cours de notre évolution, autrefois utile pour évaluer au premier contact si nous avions affaire à une menace ou à un allié potentiel, qu’il s’agisse d’un animal, d’une personne ou même d’une plante.

        En ce qui concerne le racisme, il importe de comprendre que nous sautons tous aux conclusions. On peut juger de ce que nous sommes vraiment par la manière dont nous traitons les autres. Traitons chacun de manière égale, avec dignité et respect, et nous pourrons surmonter les réflexes de nos premières impressions.

        On doit inhumer l’homme de Kennewick en terre autochtone, dans une réserve de 566 550 hectares que se partagent 12 nations amérindiennes, près de la frontière canadienne. Cette réserve est pauvre comme la poussière. L’éducation y dépasse rarement la 9e année ; les Blancs des villes avoisinantes ne donneraient même pas l’heure aux Autochtones. Eux qui habitaient déjà le pays avant la construction des pyramides.

        Et de nos jours, les gens branchés envahissent les terres inondables du Sud-Ouest de Montréal. Elles ne sont plus réservées aux seuls Irlandais.

        autres textes de Chroniques d’un prisonnier

          Les livres de Colin McGregor

          Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

          Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

          love-in-3dLove in 3D.

          Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

          This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

          Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

          teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

          Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

          This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

          Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

          quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

          Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

          Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

          Magazine The Social Eyessocial-eyes-web

          Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
          4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

          Correspondance entre un détenu et un moine

          Une amitié canado-australienne

          Le détenu et le moine australien

          Au début des années 80, je faisais partie d’une équipe de débats oratoires. La McGill Debating Union qui était, et est encore, une des meilleures équipes de débat du monde anglophone.

          Colin McGregor, dossier Chronique du prisonnierReligion et spiritualité

          Catho-anti-capotePersonne n’en connaît vraiment la raison. Peut-être est-ce le climat politique tendu dans lequel McGill baigne. Une île anglophone dans une mer francophone effrénée, qui permet à ses étudiants de déjouer leurs homologues d’Harvard et d’Oxford sur n’importe quel thème. De la peine capitale au prix de la pizza.

          Personne n’a jamais compris pourquoi nous performions si bien, mais cela m’a permis de parcourir le monde. Je ne serai plus jamais aussi intellectuellement intimidant que je l’étais avant, lorsque je brillais en tant que débatteur de la célèbre université McGill.

          Rencontre

          Il y a plusieurs années de cela, je me suis retrouvé en Australie. Durant des débats à l’Université de Sydney, je suis devenu l’ami d’Anthony, un débatteur nerd. Un être tranquille et passionné de lecture comme moi, dont on se moquait beaucoup – comme c’était aussi mon cas. Et pour que les membres du club de débat se moquent de vous, vous devez être vraiment très nerd.

          Nous dînions et nous allions au cinéma, Anthony et moi; nous parlions de philosophie et de Dieu, des sujets peu à la mode, même à cette époque; et nous nous émerveillions du monde à haute voix. Blond, tranquille, au visage d’enfant, il avait grandi, comme moi, surtout en lisant des livres dans sa chambre. Il me montra son bureau, un sanctuaire dédié à l’étude, impeccablement rangé, dont la fenêtre donnait sur une baie lumineuse de l’océan Indien. Nos deux mères étaient mortes alors que nous étions encore jeunes; par conséquent, nous avions dû découvrir par nous-mêmes beaucoup de choses sur la vie.

          Chaque fois que nous passions la journée ensemble, Anthony s’habillait de façon formelle, en vêtements bien pressés, souvent avec une cravate et un veston; ce qui est, en Australie, une manière réellement bizarre de se vêtir.

          Lorsqu’il croisait des prostituées dans le quartier de Kings Cross au centre-ville, où elles faisaient le trottoir, Anthony exprimait sa frustration de ne pas pouvoir les en empêcher. Il se promit qu’un jour, il travaillerait en ce sens.

          Hé, hé, je suis moine…

          Des années plus tard, de retour à la maison, on m’a dit qu’il était devenu un moine dominicain. Je me demandais bien, dans ma prison, ce qu’il lui était arrivé.

          Un jour, en lisant un magazine, je suis tombé sur une critique d’un de ses livres: Catholic Bioethics for a New Millenium, «Bioéthique catholique pour un nouveau millénaire». Publié en 2012 par les Presses de l’Université de Cambridge, cet ouvrage présente le point de vue de l’Église catholique romaine en matière de santé. On y trouve aussi des propos très francs sur le sexe et les procédures médicales. On reconnaissait bien Anthony sur la photo, avec peut-être le double du poids de sa jeunesse, mais avec le même visage d’enfant bien déterminé.

          Ce que les vieux prêtres et les moines pensent à propos de sexe et de médecine peut sembler sans importance pour notre quotidien. Mais cela compte à l’échelle mondiale. En effet, personne sur Terre ne traite plus de patients et ne dirige autant d’hôpitaux que l’Église catholique romaine.

          Seulement aux États-Unis, 77 millions de patients par année fréquentent des établissements catholiques; et dans beaucoup de pays, la plupart des hôpitaux sont dirigés par l’Église du pape. Alors, si vous souhaitez subir une opération pour changer de sexe dans ces contrées, vous devez respecter les règles établies par de vieux prêtres et des moines.

          Comme Anthony l’explique dans son livre, l’Église ne favorise pas l’avortement et les condoms, pas plus que l’euthanasie pour les patients en phase terminale ou pour les condamnés à la peine capitale. Par contre, elle accepte les transplantations d’organes et elle cherche généralement à prolonger la vie à tout prix. Et oubliez les opérations de changement de sexe. L’Église catholique croit que vous n’êtes pas né homme ou femme sans raison; et que vous ne pouvez pas décider de changer d’équipe en cours de route.

          Le magazine The Economist soutient que l’Église catholique a causé le plus grand génocide de l’histoire, par son opposition à la contraception et par la propagation du sida. Beaucoup plus de personnes sont mortes en n’utilisant pas le condom, qu’on en a tué dans les camps de concentration nazis, affirme The Economist.

          Péripéties

          Dans son livre, Anthony Fisher n’hésite pas à se servir d’un humour australien assez cru pour prouver son point. Il pèse, par exemple, le pour et le contre du sexe avec les poules. Et il en conclut que c’est mal. Car vous ne pouvez pas savoir si la volaille consent aux actes sexuels, écrit-il. Le «non, c’est non» est impossible à déterminer, si les poules ne peuvent que glousser.

          Il soutient aussi qu’il ne suffit pas d’écouter sa conscience. Les nazis étaient convaincus de leur bon droit, lorsqu’ils construisaient les chambres à gaz et qu’ils envahissaient des nations. On a commis des crimes horribles pour des raisons que leurs auteurs croyaient justes. L’Église catholique se contente de donner son opinion; c’est à prendre ou à laisser, écrit-il.

          Par delà les mers et les continents, je fais parvenir mes livres à Anthony et il m’envoie les siens. Il m’écrit, sur un admirable papier gaufré, qu’il prie pour «la paix de mon esprit».

          C’est un homme bien qui organise des groupes de jeunes dans les quartiers pauvres de Sydney… Quoiqu’être pauvre à Sydney signifie que votre famille n’a que deux voitures dans l’entrée, plutôt que les habituels trois voitures et un bateau.

          L’Australie est un pays vaste et riche où chacun vit loin de l’autre, sur de larges terrains remplis d’équipements sportifs qui le séparent de ses voisins. Vivants entourés de serpents et d’araignées venimeuses, les Australiens tendent à être indépendants, insouciants… et anti-intellectuels.

          Anthony progressait dans sa carrière. Vers la fin de 2014, il fut nommé archevêque de Sydney. Sa plus grande préoccupation, lors de sa prestation de serment, tournait autour d’un énorme scandale de pédophilie.

          Mais seulement deux jours après son élévation à ce poste, une prise d’otages eut lieu à deux rues de la cathédrale où il travaillait. Un sympathisant du groupe terroriste État islamique, Haron Monis, venait de prendre en otages 17 personnes innocentes au Lindt Chocolate Café, dans le quartier commercial de Sydney.
          À la fin d’un siège de 16 heures, les policiers ont foncé: 2 otages sont morts, en plus du tireur. On pouvait voir tout cela en direct à la télé. Je l’ai suivi de ma cellule en prison. Le monde est plus petit qu’avant.

          Blessures profondes

          Les Australiens étaient bouleversés. Quelques heures après la fin du siège, le 16 décembre, Anthony célébra une messe à sa cathédrale de Saint Mary.

          «Nous n’avons pas l’habitude d’entendre des mots comme “siège”, “terroriste” et “otages” associés à notre ville disait-il. Pourtant, le jour dernier, nous avons été soumis à des images et à des bruits provenant habituellement de pays étrangers… À l’aube, des coups de feu ont éclaté ; les policiers sont intervenus pour sauver des vies; il y a eu des évasions miséricordieuses, mais aussi des morts. L’enfer nous a touchés… La toile de fond de la lumière, qui se lèvera pour nous à Noël, est tissée de ténèbres… La vérité et la vie souvent viennent à ceux qui se sont égarés… dans ce qui est une culture de la mort plus qu’une culture de la vie.»

          Que vous soyez ou non religieux, cela touche un point. Car c’est souvent dans le noir que la lumière nous apparaît plus rayonnante.

          Une fresque de graffitis colorés illumine un quartier délabré. Une bonne action accomplie dans une prison, un hôpital ou un faubourg misérable a plus de valeur pour ceux qui en bénéficient que pour celui qui ne manque de rien.

          Et parfois, de grandes épreuves sont nécessaires pour amener des personnes à changer. Pour qu’elles réalisent à quel point elles ont de la chance. Pour apprécier ce qu’elles reçoivent. Si vous ne perdez jamais, vous ne pouvez comprendre ce que cela signifie de gagner.

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            Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

            Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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            This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

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            Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

            This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

            Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

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            Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

            Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

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