Témoignage de jeunes décrocheurs

Décrochage et scolarité

Trois parcours, trois avenirs

Extravertis, renfermés, décidés ou hésitants… Maryrose, Alexandre et Rock ont un point commun: avoir décroché de l’école avant la fin du secondaire. Ces jeunes de 16 et 17 ans entrent dans la vie active et cherchent leur voie dans cette société de diplômés.

Delphine Caubet            Dossier Jeunes, Décrochage

«Maryrose, c’est une rose avec des épines.» Telle est la façon dont Yannick Gratton, intervenant à Diapason Jeunesse, décrit la jeune fille de 16 ans. En septembre 2012, elle a décroché, et comme chez d’autres jeunes, les causes sont multiples. Aujourd’hui, elle est en recherche d’emploi et est décidée à reprendre sa vie en main.

«Le décrochage peut venir de partout»

Jeune fille vivante, se déclarant elle-même différente, Maryrose a été intimidée à l’école. «Je suis plus gamer (personne passionnée par les jeux vidéos). Enfin, pas comme les autres filles.» «Et puis, comment peux-tu travailler, quand des gens se font écœurer à côté de toi? Ou bien quand ça tombe sur toi?» L’intimidation n’a pas été l’unique facteur de son décrochage. Car, avec la réforme, l’école a continué à la faire avancer dans son cursus. «Pourtant, je ne pouvais plus suivre depuis le secondaire 1.» Alors, elle a arrêté, sans terminer son secondaire 3.

Le parcours de Rock est différent. Le jeune homme de 17 ans, très lucide sur son propre vécu, l’annonce lui-même: «J’ai fait une dépression pendant au moins un an, suite au décès d’un proche. Mais il y a eu d’autres facteurs. Je voulais peut-être énerver mon père aussi.»

Il est difficile de donner une explication au décrochage. Les jeunes, eux-mêmes, parlent de la multiplicité de facteurs. Et à partir de 16 ans, les écoles ne sont plus obligées de les scolariser. Rock, en difficulté scolaire, l’a vécu: «La directrice m’a convoqué dans son bureau et… je me suis plus ou moins fait mettre dehors.»

La réalité de la vie active

Alexandre est un jeune homme plutôt manuel. À 17 ans, démotivé, il décide d’arrêter l’école pour travailler.

Si Maryrose pouvait compter sur ses parents, pour Alexandre, la situation est plus délicate. «Mon père est en prison et ma mère n’a pas son mot à dire.» Alors, il fait différents petits boulots: deux mois à Michelin, quelques semaines dans un entrepôt, puis dans agence. «Mais ils ont commencé à ne plus m’appeler.»

La réalité de la vie active commença à s’imposer. Les intervenants le constatent souvent: un jeune qui décroche rêve de la grande vie. Il veut travailler, avoir une auto… Pourtant, la réalité est autre.

Rock a pu le constater par lui-même. Le jeune homme dépose une vingtaine de CV et ne reçoit que deux appels. L’un d’eux lui donne espoir pendant 3 semaines, pour finalement ne pas aboutir.

Yannick Gratton, intervenant à Diapason Jeunesse, constate: la plupart des emplois, sans un diplôme du secondaire, sont dans des entrepôts ou bien font des ménages. Bien qu’il reconnaisse l’intelligence des jeunes, il ajoute: «On vit dans une société de diplômés, et il faut ce papier pour travailler.»

Au travers du sport et de la musique, Diapason Jeunesse enseigne aux jeunes les aptitudes à l’employabilité. Comme le travail en équipe, la gestion des conflits ou encore le sentiment d’appartenance. Car, sur un lieu de travail, pas question d’être en retard ou de taper dans un mur. Et il faut arrêter de tout leur passer à cause de leurs blessures, précise Yannick Gratton.

Alors pendant la formation, les jeunes démystifient la vie active. À l’ordre du jour: ouverture d’un compte avec un banquier et atelier gestion de budget. Mais également, apprentissage de la cuisine et du ménage. Le tout pour acquérir des réflexes de base sur le marché de l’emploi.

Résolution des problèmes

À Diapason Jeunesse, d’autres intervenants apprennent aux jeunes à gérer leurs émotions, et à prendre confiance en eux.

«Étonnamment, ça m’a beaucoup aidé», ajoute Rock avec humour, «j’ai appris à ne plus avoir peur de l’avenir». Pour Maryrose, l’objectif était différent. Elle a appris à s’ouvrir et à faire confiance aux autres. «Au début, j’étais renfermée et je ne parlais pas vraiment.»

Aujourd’hui, lorsqu’elle cherche du travail, les effets sont significatifs: «Je n’ai plus peur de m’adresser au gérant. Plutôt que déposer mes papiers, je demande à parler à quelqu’un, au besoin je repasse à un autre moment.»

À 17 ans, Rock a une bonne connaissance de la résolution des problèmes personnels: «Les problèmes sont comme des petits monstres. Moins tu y prêtes attention, plus ils vont se nourrir de toi… Alors, il faut lever le voile, et regarder la réalité en face. C’est au moins 50% du travail, voire 75%.»

Rock a consulté le psychologue de l’école, «très gentil, mais pas très utile». Alors, avec l’aide de sa petite amie, il a travaillé pour surmonter sa dépression. «Faut se raccrocher à tout, tant que ce n’est pas une corde et un crochet.»

Si tous n’ont pas développé leur propre philosophie, les jeunes doivent affronter leurs problèmes pour avoir un meilleur avenir.

Trouver sa voie

Alexandre a décroché, car il voulait travailler. Son grand-père ayant une ferme, il avait déjà expérimenté le travail de la terre. Alors, avec l’aide d’intervenants de Perspective Jeunesse, il décide de profiter de cette expérience. Il se présente aux Pousses urbaines pour y faire un stage d’horticulture et est accepté. Une première victoire pour le jeune homme.

Quant à Maryrose, ses parents l’ont soutenue lorsqu’elle décida d’arrêter l’école. «Ils voyaient que je n’arrivais pas à suivre, et que je n’allais plus à mes cours.» Alors, après une période difficile, elle décide de se reprendre en main. «Diapason Jeunesse m’a littéralement sauvé la vie.» Maintenant, elle sait qu’elle va reprendre ses études, «un DEP en esthétique peut-être», même si son cursus n’est pas encore défini.

Rapport à l’école

Leur point commun est d’avoir un problème avec le système éducatif. Alexandre le reconnaît, «l’école, c’est important». Lui a essayé d’aller aux adultes, mais cela n’a pas fonctionné, car l’encadrement n’était pas suffisant. Si le jeune homme n’a pas encore de trajectoire définie, avec l’agriculture il a trouvé un secteur d’activité qui lui plait.

Rock a des projets pour l’avenir, il veut devenir infographiste: «faire des cartes de visite et tout ça». Il veut également emménager en appartement dans les mois à venir. «J’attends déjà de terminer mes 3 mois d’approbation à Métro.» Dans un même temps, le jeune homme compte terminer son secondaire par correspondance, tout en travaillant. «Après, on verra.»

Quant à Maryrose, elle doit davantage prévoir l’avenir. Elle vit en centre et, à ses 18 ans, elle ne pourra pas retourner chez ses parents. «Mon argent est compté.» En recherche d’emploi, elle calcule son budget en fonction de l’avenir.

Elle envisage de terminer ses études aux adultes, car pour les jeunes comme elle, «qui ont été intimidés», c’est ce qu’il y a de mieux. «T’as pas d’idiots à côté de toi, et tu peux avancer à ton rythme.» «Par contre, si c’est du monde populaire qui ont juste de la difficulté, je leur conseille d’aller plutôt dans des aides aux devoirs. Ou de voir les ressources de l’école.» «En tout cas, c’est normal de vouloir une pause. Il faut avoir de bonnes bases et après tu repars.» «J’ai encore le temps de me reprendre», rit-elle.

Rock a une vision légèrement différente: «Ceux qui se font intimider, je leur conseille de persévérer, car le temps passe et l’école va se terminer. Le gars qui t’a écoeuré, il va finir par lâcher et il ira au McDo. Toi, tu vas passer ton DEP et tu auras ta petite maison… Puis, je ne sais pas pourquoi je rajoute ça, mais des classes de 35, sérieusement!? Déjà à 25, on avait de la misère à suivre.»

Chacun de ces jeunes a un parcours et un vécu très différent. Qu’ils aient décroché par envie de gagner leur vie, ou pour d’autres raisons plus personnelles, chacun d’eux a le potentiel d’un bel avenir.

Le décrochage en quelques chiffres

  • Entre 1999 et 2009, le taux de décrochage au niveau provincial a sensiblement diminué : de 23,5% en 1999, il a diminué à 20,5% en 2009.
  • Dans la région de Montréal, il reste supérieur à la moyenne provinciale, même s’il a diminué: de 28,6% en 1999 à 24,6% en 2009.
  • L’inégalité entre les sexes est réelle. En 2009, 25,5% des garçons ont décroché sans leur diplôme du secondaire, contre 15,5% des filles.
  • Plus alarmants à la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, 35% des jeunes du secondaire décrochent.
  • À la Commission scolaire Lester-B.-Pearson, le taux est le moins élevé de la province, avec une moyenne de moins de 15%.
  • À Montréal, le ministère de l’Éducation note une concordance entre le décrochage scolaire et la vulnérabilité socioéconomique. Néanmoins, il existe des exceptions, notamment dans les CLSC de NDG-Montréal-Ouest, René-Cassin ou Pointe-aux-Trembles-Montréal-Est.

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Le décrochage… 20 ans après

Le parcours d’un décrocheur

Comme d’autres jeunes, Sébastien s’est vu accoler l’étiquette « décrocheur » en son temps. À 35 ans, ce jeune père de famille travaille au Café Graffiti. Mais avant, il a entrepris de nombreuses choses…

Delphine CAUBET       Dossier Décrochage

D’un naturel pragmatique, Sébastien arrête l’école à 16 ans pour entrer dans la vie active. Il se découvre une passion pour le mixage, qu’il pratique pendant 15 ans.

Durant la vingtaine, il vivra au rythme de la nuit et sillonne la région pour se produire en tant que DJ. Car, si le terme décrocheur a souvent une connotation négative, lui travaillera de ses mains pour gagner sa vie. En tant que DJ (pseudonyme : Stress), mais également boulanger, puis dans une pizzeria et chez Purolator, ou encore chez GDG environnement… il apprend en pratiquant.

Pendant 10 ans, Sébastien vivra de sa passion. Mais l’adolescent devient un homme, il a des enfants. Le rythme des clubs devient incompatible avec la vie de famille et il décide de se retirer progressivement de la scène, qu’il quittera en 2012.

En 2007, il devient son propre patron, et ouvre une entreprise de duplication. Pendant 6 ans, il vivra et fera vivre son entreprise, avant qu’iTunes ne vienne le concurrencer, pour lui faire fermer boutique.

À l’heure actuelle, Sébastien n’a pas de regrets. Il a expérimenté de nombreuses professions. Surtout, il a été réaliste par rapport au marché de l’emploi, et n’a jamais ménagé sa peine. Exterminateur chez GDG environnement, il pouvait travailler jusqu’à 60 heures par semaine !

Aujourd’hui, Sébastien travaille au Café Graffiti, et espère un jour redevenir son propre patron.

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Les Français sont-ils plus doués que les Québécois?

Décrochage et échec scolaire

Les différences entre la France et le Québec

Le décrochage scolaire est un des nombreux fléaux de la jeunesse actuelle, ce terme trouve d’ailleurs naissance au Québec avant d’être expatrié en France. Plutôt que d’en trouver les causes -ce que des sociologues, psychologues et autres spécialistes de toute sorte ont fait bien mieux que moi-, on va se centrer sur les analyses faites par ces auteurs pour comprendre pourquoi l’échec scolaire est plus ancré au Québec qu’en France.

Robin Drevet, stagiaire Français.  Dossiers Décrochage, Éducation

En premier lieu, je propose de partir sur des chiffres pour mieux comprendre l’ampleur du phénomène dans les deux pays :

  • Nous avons en France 14.000.000 d’élèves inscrits dans un cycle d’étude dont 12.700.000 dans un cursus pré universitaire. On a 150.000 personnes qui sortent du système sans aucune qualification soit 1.2% du total.
  • Au Québec il y a 40% des garçons et 28.4% des filles qui quittent l’école sans diplôme, et plus de 1/3 des élèves n’ont pas terminé leur secondaire dans 50% des écoles de Montréal. Numériquement, la population d’étudiants représente 1.813.859 individus, et on estime les étudiants pré universitaire à 1.559.918. Il y a 533.492 personnes qui sortent du système sans diplôme soit 34.2%.

Ces chiffres quelque peu fastidieux nous permet de nous rendre compte que la différence est assez importante pour être soulignée.

Les Français plus doués que les Québécois?

En France, nous sommes en ce moment dans un but social d’atteindre 80% de notre génération avec le diplôme du Baccalauréat (diplôme d’entrée à l’université correspondant à la fin du CEGEP) que nous sommes en passe d’atteindre. La question que l’on pourrait poser serait est-ce que les élèves français sont plus doués que les jeunes québécois? Ce à quoi je répondrai rapidement : bien sûr que non!!!!!

La cause est bien plus complexe et profonde, regardons donc plutôt du côté du système lui-même et de la pédagogie. L’éducation en France a toujours été un secteur privilégié dans les politiques publiques et l’encadrement y est donc très prononcé avec un accompagnement et une diversité importante de l’enseignement. Les réorientations se font dès l’âge de 14 ans et donc les jeunes voulant travailler vite peuvent y trouver leur voie.

Mais avec l’objectif du 80% d’une génération bachelière, ne brade t’on pas le diplôme? En effet, le système a finalement peu changé par rapport aux années 70, on a toujours le même nombre d’années, le même cursus d’enseignement alors pourquoi serait-on plus diplômé que nos parents? Finalement n’a-t-on pas sacrifié en France la qualité du diplôme à la quantité d’élèves diplômés?

Les chercheurs québécois meilleurs que les Français!

Cette explication pourrait être la conséquence du fait que les chercheurs québécois sont meilleurs que nos chercheurs français… pour évaluer un parcours, il faudrait regarder aussi ce qui se passe après avoir eu le Baccalauréat, quel est le parcours de ces jeunes bacheliers, s’intègrent-ils dans la société et parviennent-ils à faire ce qu’ils veulent faire? Et là les résultats sont inquiétants.

En effet, de nombreuses personnes se retrouvent perdues après l’obtention de leur diplôme, car il faut savoir qu’aujourd’hui avoir le Baccalauréat ne signifie plus rien sur le marché du travail. On a donc de nombreuses personnes qui se retrouvent à l’université par dépit, ne connaissant pas les autres possibilités ou simplement ne sachant pas quoi faire, de plus les frais d’inscription de notre enseignement supérieur sont très bas (en France les étudiants financent seulement à hauteur de 3% leur cursus), seulement on remarque que plus de 2/3 de ses étudiants ne finissent pas le premier cycle et se retrouve dans des positions très inconfortables face à la volonté de trouver un emploi convenable.

Peut-on alors dire que le phénomène du décrochage scolaire est moins important en France qu’au Québec ou est-ce de la poudre aux yeux que nous jettent les statisticiens et les différents ministres qui se sont succédés? Je pencherai plus pour cette dernière affirmation et plutôt que de toujours vouloir faire des comparaisons, on pourrait espérer que nos gouvernements s’entraideraient pour arriver à éradiquer ce fléau qui pourrit nos jeunes, et les fait s’enfoncer dans des abîmes souvent bien plus profondes.

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Difficultés d’apprentissage

Éducation, suicide et décrochage

Décrocher… un doctorat

Dernièrement, mon cousin s’est enlevé la vie. Plusieurs questions demeureront sans réponses. Lorsqu’on perd une personne chère, on se remémore notre histoire personnelle et familiale. On pense généralement aux beaux moments.

Christian Bergeron, Québec  Dossier Éducation, Suicide

decrocher-doctorat-diplome-ecole-finissant Plusieurs jeunes provenant des régions souffrent d’un mal de vivre. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Mais le suicide demeure tabou à bien des égards en région. Mon cousin avait des difficultés d’apprentissage. Il se préparait à un retour aux études à 32 ans. Nous sommes tous les deux natifs de la Côte-Nord. Son suicide me rappelle mon histoire de vie.

Expulser de l’école

Vers la fin de mon 5e secondaire, le directeur de la polyvalente m’avait expulsé pour diverses raisons, dont mes nombreuses absences non motivées. J’ai vécu cela comme un ultime rejet. Cela me ramenait aux nombreux échecs qui ont marqué mon enfance et mon adolescence. Je n’excellais pas dans le sport ni dans la musique et encore moins dans toutes les autres matières! Bref, j’ai toujours détesté l’école. Lorsqu’on ne performe pas comme la moyenne des étudiants, on doit alors apprendre à vivre avec les jugements et remarques désobligeantes des amis, des professeurs et même des orienteurs scolaires.

À cette période, le décrochage scolaire n’était pas encore un fléau comme nous le connaissons maintenant. Cependant, je portais les étiquettes d’un malaise diffus face auquel personne ne savait vraiment quoi faire. Lorsque tout le monde perd espoir en tes capacités d’apprentissage, tu fais comme le conseiller en orientation te dit. Tu te trouves un travail manuel. Durant trois années, j’ai travaillé comme commis dans une pharmacie. Cependant, le désir de terminer mon 5e secondaire me hantait. J’ai entrepris le long parcours d’un retour aux études à l’Éducation aux adultes.

Terminer son secondaire malgré tout

diplome-doctorat-decrocher-education-ecole-finissant Ma ténacité à terminer mon secondaire m’a donné une énergie nouvelle à foncer malgré les obstacles. En 2001, presque dix ans après mon décrochage scolaire, je m’inscris à l’Université Laval comme candidat adulte. J’ai participé à l’exode des jeunes des régions. À cette époque, on commençait à s’inquiéter de ce mouvement vers les grands centres. Pour moi, changer de réseaux et de région a été salvateur.

Est-ce que le système scolaire est responsable de mes échecs? En partie. Je suis un enfant des nombreuses réformes où les parents, comme les professeurs, ont perdu les repères nécessaires à la réussite scolaire. J’ai mes responsabilités, mes parents également, mais il faut cesser d’imposer un modèle unique de parcours scolaire. En 2004-2005, quatre élèves sur 10 n’ont pas terminé dans les délais prévus leur 5e secondaire…

Voilà maintenant huit ans que je suis inscrit à l’université et je complète actuellement un doctorat. Malgré l’adversité et le jugement des autres, j’ai réussi à gravir les échelons afin de faire ce que j’aime dans la vie: la recherche, et transmettre aux autres mes connaissances.

D’après vous, quel diplôme d’études fut le plus difficile à compléter? Le baccalauréat? La maîtrise? Non, le diplôme d’études secondaires!

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guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

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Écoles pour décrocheurs

Décrochage scolaire

Entre la rue et l’école

Annie Mathieu   Dossiers Décrochage, Éducation

entre-la-rue-et-l-ecole-education-decrochage-scolaire Entre la rue et l’école n’a rien d’un établissement scolaire conventionnel. Situé à Anjou, la coquette maison blanche accueille, depuis une vingtaine d’années, des jeunes de 12 à 17 ans qui sont en raccrochage ou sur le bord de décrocher. L’organisme ne pourrait pas mieux porter son nom.

Dès 9 heures, les premiers décrocheurs –ou futurs décrocheurs– font leur entrée. Il n’y a pas foule, le problème de ces jeunes est bien souvent la motivation ou le manque de discipline qui rend le lever du corps pénible. On est loin du son de cloche strident des écoles publiques.Café brûlant à la cuisine, murs aux couleurs chaleureuses et bureaux aménagés dans un ancien salon, l’ambiance évoque des souvenirs d’enfance, d’une maison familiale où l’on se sent bien. Les jeunes sont omniprésents, l’un fume dehors, l’autre est assis sagement devant ses cahiers d’exercice.«On a une atmosphère familiale et chaleureuse», explique Dominique Poulin, directrice de l’organisme depuis plus de 3 ans. Lors du dernier déménagement, c’est elle, ainsi que d’autres membres du comité d’administration, qui ont insisté pour trouver un lieu personnalisé. «Le respect est aussi très important pour nous», ajoute-t-elle.entre-la-rue-et-l-ecole-decrochage-education-alternative Le matin, des bénévoles offrent de l’aide aux devoirs pour les adolescents qui veulent garder un pied dans le système scolaire et souhaitent raccrocher dans un avenir prochain. L’après-midi, différents types d’ateliers sont offerts. Par exemple, des conseils en matière de cv et d’entrevue à ceux qui souhaitent se lancer sur le marché du travail. Un moyen de les intéresser à ce qui se passe à l’extérieur tout en incorporant quelques notions techniques et d’apprentissage.«On leur donne des outils pour s’orienter professionnellement et les aider dans leur recherche d’emploi», explique Marc Griffiths, l’un des deux intervenants jeunesse de l’organisme. Ce dernier doit interrompre son explication, une urgence met fin à l’entretien. Un jeune, laissé à la porte de l’organisme par ses parents, s’est enfui avant d’en franchir le seuil. Du déjà vu pour les intervenants d’Entre la rue et l’école. L’organisme est reconnu par le ministère de l’Éducation comme un établissement scolaire. Un jeune est obligé de fréquenter ce type d’organisme s’il souhaite décrocher sans avoir l’âge requis de 16 ans pour le faire officiellement.La relation de proximité entre les jeunes et les intervenants, la clef du succès de l’organisme, permet le «cas par cas», selon Dominique Poulin. «L’idéal pour une intervention efficace», croit Kim De Baene, responsable des communications du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage scolaire (ROCQLD) dont Entre la rue et l’école est membre. Elle soutient qu’un ratio minimal –idéalement un intervenant, un élève– ainsi qu’un suivi psychosocial et un accompagnement personnalisé sont des éléments favorisant la réussite d’une intervention auprès d’un jeune à risque.«L’important est d’assurer le suivi d’un jeune par un adulte en qui il a confiance. Il doit sentir qu’on l’on se préoccupe de lui et de son cheminement», explique Égide Royer, professeur en éducation à l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES).Un objectif atteint par le personnel de l’organisme. Calculs, grammaire et cahiers scolaires font place à une franche camaraderie le temps de la pause dîner. Assis autour de la table de la cuisine, impossible de dissocier les jeunes des intervenants.

Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage scolaire (ROCQLD)

Né en 2003, le ROCQLD favorise les échanges entre les organismes qui travaillent sur la problématique du décrochage scolaire, assure leur représentation auprès des diverses instances publiques et communautaires et les soutient dans la consolidation et le développement de leurs activités.Le Regroupement compte 34 membres à travers le Québec. Dans la province, il existe, selon Kim De Baene, responsable des communications du Regroupement, environ 200 organismes communautaires qui luttent contre le décrochage scolaire.Une partie de ces organismes sont financés par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du gouvernement du Québec via son programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation (PACTE). D’autres sont financés par différents ministères, de la Famille et des Services sociaux entre autres, ainsi que des fondations et organismes tel que Centraide.Depuis ses 15 ans d’existence, la clientèle qui fréquente Entre la rue et l’école ne diminue pas. «Aux premiers mois du printemps, les élèves s’aperçoivent qu’ils sont en situation d’échec et qu’il ne vaut pas la peine de continuer», explique Mme Poulin.Près de 100 jeunes fréquentent annuellement l’organisme sur une période pouvant s’étirer de quelques semaines à une année. «Le trois quart des jeunes raccrochent» affirme humblement la directrice. Réaliste, elle admet toutefois que cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ne re-décrocheront pas.

Statistiques sur le décrochage

Les données pour 2007 du ministère de l’Éducation indiquent que le taux d’obtention d’un diplôme du secondaire, tant chez les jeunes que chez les adultes, est de 70,2% pour 2005-06. Le gouvernement comptabilise tous ceux qui obtiennent un diplôme d’études secondaires avant l’âge de 20 ans.Si on considère uniquement les jeunes qui obtiennent un diplôme avant l’âge de 17 ans –soit l’âge moyen pour terminer ses études secondaires– ce taux baisse à environ 60%, souligne Égide Royer, professeur en éducation à l’Université Laval et chercheur au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES).En 2005-2006, au Québec, 40% des jeunes n’ont pas obtenu leur diplôme d’études secondaires dans un délai ordinaire, soit avant l’âge de 17 ans. Et 29,8% d’entre eux ne l’ont pas obtenu avant l’âge de 20 ans.

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Photo Charles Mathieu Audet

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CAP libre: éducation alternative pour jeunes décrocheurs

CAP libre: Éducation alternative pour jeunes décrocheurs

Gabriel Alexandre Gosselin Dossier Décrochage et Éducation, Casino, École à la maison

 

Je prépare en ce moment un dossier sur l’école à la maison pour le numéro de septembre de Reflet de Société. Dans la foulée de mes entrevues, j’ai rencontré Colin Perreault et Miriam Heap-Lalonde, deux jeunes Québécois qui ont lancé en octobre 2008 le Centre d’apprentissage libre (CAP libre). Le centre est surtout fréquenté par des décrocheurs et quelques jeunes vivant l’école à la maison. Basé sur la philosophie d’une démarche d’apprentissage propre à chacun, l’organisme se façonne petit à petit.

CAP libre: tout nouveau, tout frais

Les premiers pas dans le local de CAP libre, coin Beaubien — Saint-Laurent à Montréal, semble nous faire pénétrer dans l’univers d’une maison de jeunes. Le coup d’œil à l’intérieur donne sur un plancher de béton où sofas, petit poste d’ordinateur, plantes vertes et tables de jeu meublent le décor. Nous somme en avril 2009 et CAP libre est encore à la recherche de son identité. «Il faut qu’on fasse une rencontre avec les jeunes cette semaine. Parfois, ils passent trop de temps à jouer et ça peut déranger ceux qui essaient d’apprendre.»

La démocratie est de mise à CAP libre. Une décision comme celle-là n’est pas prise uniquement par Colin et Miriam. En pleine entrevue, ils se consultent d’ailleurs sur la démarche à entreprendre concernant les heures de divertissement: «Il va falloir faire quelque chose, ça me dérange moi-même par moment», lance Miriam. «Je crois qu’il serait bon de les consulter tous ensemble pour arriver à une solution commune», de relayer Colin.

L’éducation libre: selon sa volonté et ses objectifs

Quand un jeune décrocheur ou un enfant qui reçoit l’éducation à domicile débarque au CAP libre, il n’est pas question de lui imposer quelque activité ou apprentissage que ce soit. C’est le jeune lui-même qui doit se fixer des objectifs: «Nous, on n’est pas là pour lui dire quoi faire pour son éducation, on est là pour l’aider à encadrer la méthode d’apprentissage qu’il choisira», explique Colin.

De cette façon, CAP libre s’inspire beaucoup de ce qu’on appelle au Québec l’«éducation alternative», connue au États-Unis comme le freeschooling. Pour Miriam et Colin, il n’est que question de compréhension de l’autre: «on associe facilement les décrocheurs à des problèmes sévères. Nous, on les voit plus comme des personnes qui vont bien progresser, mais autrement que dans le système.» À partir de cette idée, les parents qui donnent l’école à la maison se sont intéressés au projet. «Vu notre implication dans le monde militant, ça nous a permis d’établir des contacts avec cette communauté», explique Colin. CAP libre représente pour ces familles une des nombreuses façons de sociabiliser ailleurs qu’à la maison.

Les examens n’ont pas nécessairement préséance au CAP libre. C’est le jeune qui décide s’il veut se faire évaluer. «On fonctionne surtout par projet. On a des ateliers de menuiserie, d’arts plastiques et de tout ce qui peut concerner le projet d’un jeune», précise Colin.

CAP libre: respect des différences

À CAP libre se côtoient décrocheurs et enfants qui reçoivent l’école à la maison. «C’est un sujet de fascination pour les deux groupes. Les décrocheurs, qui ont souvent des problèmes à s’entendre avec leur école, n’en reviennent tout simplement pas de voir d’autres jeunes qui n’y sont jamais allés. De leur bord, les jeunes qui reçoivent l’école à la maison sont souvent des enfants. C’est l’âge et l’attitude de nos décrocheurs qui attirent leur attention», explique Colin.

Une situation qui fait le bonheur des deux initiateurs du projet: «c’est exactement ce qu’on vise, une cohabitation entre personnes de différents milieux, avec des backgrounds différents», soulignent-ils.

Un centre d’apprentissage… qui apprend

Si Colin et Miriam disent prôner l’éducation libre pour les utilisateurs de leur centre, eux aussi sont adeptes de la pratique. En pleine première année de roulement, ils reconnaissent se trouver parfois dans des situations inconnues. C’est dans ces moments qu’ils doivent appliquer leur politique, soit celle d’apprendre par soi-même: «On ne dit pas que c’est facile tout le temps. Jusqu’à maintenant, cette première année n’est pas de tout repos. Les jeunes décrocheurs qui débarquent ici ne reviennent pas toujours, on vit avec une certaine insécurité aussi.»

Une insécurité qu’ils avouent faire vivre aux jeunes premiers utilisateurs de leur service. Mais pour eux, le défi se trouve là: «on ne veut pas que le centre se définisse selon nous deux. On veut que les jeunes qui viennent nous aident à le définir, selon leurs besoins. Qu’on s’améliore selon eux, pas selon nous!»

Pour contacter CAP libre: (514)222-0549 ou sur le site Internet de CAP libre

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Les multiples facettes du décrochage

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Texte écrit pour Reflet de Société Dossier Décrochage , Éducation

Oui, il y a le décrochage scolaire, mais il y a aussi ceux qui ne peuvent décrocher de leur boulot, de leurs jugements et des stéréotypes de toutes sortes, de leurs habitudes, bonnes ou mauvaises. Il ne faut pas oublier ceux qui décrochent de toutes relations, incapables de s’y investir ou d’y être naturel.Il y a le décrochage volontaire tel une année sabbatique. Le décrochage que l’on subit ou lorsqu’il n’y a plus d’autres choix. Il y a ceux qui décrochent et qui deviennent rebelles, mais il y a aussi ceux qui demeurent invisibles dans le système, qui passent inaperçus.Nous pouvons assumer notre décrochage, faire un changement, prendre une nouvelle route ou encore devenir une victime, souvent avec un réseau trop faible pour nous aider et nous soutenir.

Pourquoi continuer?

On peut décrocher parce que l’objectif devant soi est trop gros, trop ardu, trop rigide ou encore le contraire, l’objectif est trop facile à atteindre, cela ne mérite pas que je m’y investisse. S’il n’y a rien à gagner en avançant, je risque de décrocher. Si je ne me sens pas aimé, reconnu, apprécié, récompensé… alors pourquoi continuer? On peut décrocher parce qu’on a le coeur trop plein et qu’il faut se faire de la place pour continuer notre route.

La violence du décrochage

Quand des groupes ne se sentent pas entendus, ils peuvent devenir des terroristes. Le terrorisme n’est-il pas une forme de décrochage? Des jeunes qui ne se sentent pas entendus risquent aussi de décrocher. Face au décrochage, les réactions peuvent être multiples, en passant par le terrorisme, la violence, le suicide, le sabotage, l’inertie totale ou partielle, la dépression… Quelle est notre responsabilité en tant que société face à ces groupes et à ces jeunes qui ont besoin d’être entendus et de prendre leur place?

Les plaisirs

Il y a toutes sortes de moyens que l’on peut se donner pour rester dans la course. Des jeux tels que le Scrabble peuvent nous aider à apprendre notre français tout en jouant. Correspondre par courrier avec nos enfants peut être une façon de les inciter à l’écriture et à la lecture tout en apprenant à communiquer différemment avec eux. On peut apprendre nos mathématiques avec une boussole lors d’une promenade en forêt tout en profitant de l’occasion pour parler d’environnement et d’écologie. Pourquoi ne pas prendre un peu de temps pour lire un journal avec les jeunes ou écouter les nouvelles télévisées avec eux? C’est peut-être une nouvelle façon de philosopher et de socialiser à partir de ce qui nous entoure, d’apprendre à découvrir ce qui touche notre entourage. On peut décrocher pour mieux se raccrocher tel que décrocher de la télévision pour commencer à faire du sport, de la lecture… Un parent qui travaille trop peut décrocher de son travail pour jouer avec ses enfants.

Quand je décroche de quelque chose, je retrouve autre chose de différent. Pourquoi ne pas évaluer ce que je perds et qu’est-ce que je gagne quand je décroche: Est-ce que je le fais par choix ou par manque de choix? Est-ce que par mon décrochage je veux me punir ou punir quelqu’un dans mon entourage? Est-ce que mon décrochage est une incapacité de m’engager et de me responsabiliser? Est-ce une façon de tenter de régler un problème? Ai-je identifié le problème qui me touche? Ai-je fait l’inventaire des solutions qui pourraient résoudre mon problème? Avec qui je peux en parler pour mieux me positionner?

Finalement, il y a plus de questions que de réponses quand j’aborde un thème tel que le décrochage. Si ce thème vous fait réagir ou vous allume quelques lumières, n’hésitez pas à nous les faire partager.

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