Légalisation de la Marijuana. Prenez position!

Prenez la parole et faites-vous entendre

Doit-on légaliser la marijuana?

Raymond Viger dossiers drogue

drogue cannabis marijuana légalisationMercredi, 24 août au Bistro le Ste-Cath (4264 Ste-Catherine est). Soirée de réflexions pour entendre vos opinions concernant la légalisation de la marijuana.

Sylvain Masse du Café Graffiti déposera un mémoire le 29 août, date de fin des consultations publiques qui avaient débuté le 30 juin dernier par le gouvernement fédéral.

La soirée débute à 18h00 pour se termines à 20h. Elle sera animée par Sylvain Masse. Soyez du nombre si vous voulez que votre opinion se rende jusqu’aux décideurs dans ce dossier dont on parle depuis fort longtemps.

Informations et réservations, Sylvain Masse au (514) 259-4926.

Autres textes sur Toxicomanie

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Cocaïne: destruction des neurones

Consommation de cocaïne

La drogue qui pousse le cerveau à s’autodévorer

L’information est sortie à la fin de mois de janvier : des chercheurs américains de l’université Johns-Hopkins ont découvert que la cocaïne pousse les cellules du cerveau (les neurones) à s’autodévorer. Une nouvelle qui fait froid dans le dos.

Delphine Caubet dossiers SantéSciencedrogue

drogue cocaïne cerveauCe phénomène est appelé « l’autophagie hyperactive » et il a été constaté par les chercheurs américains sur des souris qui étaient sous l’effet de forte dose de cocaïne.

Dans le communiqué, le principal chercheur, Prasun Guha, explique que l’autophagie est un processus naturel dans le cerveau: «Il peut être comparé à une femme de ménage débarrassant les poubelles. Mais sous l’effet de la cocaïne, c’est comme si la gouvernante se mettait soudainement à jeter des objets de la maison très importants.»

Comme le rapporte le magazine Sciences et Avenir, Prasun Guha et ses collègues ont constaté que ce phénomène touchait également les souriceaux dans le ventre de la mère qui avait reçu de la cocaïne pendant la grossesse.

Poursuite des recherches

Pour l’instant, ces recherches n’ont été démontrées que sur les souris et les prochaines étapes des scientifiques sont de vérifier ce même phénomène se produit également chez l’homme.

Si tel était le cas, les chercheurs de l’Université Johns-Hopkins ont bon espoir de bloquer ce « cannibalisme neuronien » grâce à une substance chimique appelée le CGP3446B. Ce produit serait en phase II d’un essai clinique pour traiter entre autres la maladie de Parkinson.

Des recherches qui font froid dans le dos à suivre dans les années à venir.

Autres textes sur Science

Liberté… Un sourire intérieur

livre liberté poésie recueil sourire intérieurUn livre de poésie de 128 pages. Liberté politique, liberté journalistique, liberté émotionnelle… Toutes les couleurs de la liberté, individuelle et collective.

Une belle suite pour mon premier livre de poésie, Après la pluie… Le beau temps. Parce qu’après la crise… on peut trouver la liberté… sa liberté.

Liberté… Un sourire intérieur. Une façon de souligner les 5 000 exemplaires vendus du premier livre Après la pluie… Le beau temps.

Même prix que le premier livre publié en 1992 avec le même nombre de pages et écrit avec le même amour: 9,95$.

croissance personnelle développement personnel cheminement guide recueilAprès la pluie… Le beau temps. Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

Au coût de 9,95$ chacun de ces livres sont disponibles par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 FREE

Par Internet. Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Autres livres pouvant vous intéresser:

Sortir de la drogue et de la rue

Toxicomanie

Récit de dealer

Un ex-toxicomane nous raconte son cheminement tumultueux à partir de son adolescence où il a débuté sa consommation, en passant par la période où il s’est retrouvé dans la rue jusqu’à aujourd’hui à l’aube de ses 30 ans. Regard sur la drogue par un ex-toxicomane.

Annie Dion-Clément dossiers Alcool et drogueToxicomanie.

drogue dealer Marqué de plusieurs tatouages avec son regard vif et son grand sourire, Victor (prénom fictif) raconte avec émotions comment il a débuté dans l’univers de la drogue. Il se souvient que c’est à l’âge de 12 ans qu’il prend sa première bouffée de marijuana.

Un moyen pour lui de contrôler ses émotions: «La drogue est une fuite pour oublier la réalité», explique-t-il.

Vide affectif

La nuit, Victor prépare ses petits sacs d’une demi-once pour les vendre le lendemain à l’école. Son stock est bon et il devient rapidement un bon vendeur. Ceci engendre de la jalousie auprès de ses concurrents et fait en sorte que plusieurs personnes le surveillent. Des étudiants de l’école le dénoncent, les surveillants et la police qui travaillent en collaboration finissent par l’arrêter un matin.

Lui a l’impression d’être seul et d’avoir le monde pour ennemi: «J’étais presque paranoïaque», conclut-il.

Une fois dans un centre de détention pour jeunes, Victor apprend que ça fait un an qu’on le surveille et qu’il existe plus de 150 vidéos où on le voit faire du trafic de drogues. Il obtient un casier judiciaire pour possession de drogues et on lui interdit d’aller aux États-Unis jusqu’en 2020.

À sa sortie, l’école où il étudiait organise une projection de certaines vidéos de lui dans l’auditorium devant tous les étudiants et les parents pour montrer ses activités criminelles. Il est par la suite renvoyé.

Au total, six écoles le mettent à la porte. Partout où il passe, les professeurs l’excluent et ne le considèrent pas. Ils le jugent et certains lui disent même qu’il est un poison pour la société. Il arrive tout de même à terminer son secondaire 5 et à entreprendre des études au niveau collégial.

Mais peu de temps après il retombe dans la drogue pour payer ses dettes: «C’est une erreur de retourner constamment vers la vente de drogues pour s’en sortir, parce que tu ne fais pas d’argent. Plus tu vends, plus tu consommes et c’est une spirale infernale.»

La rue

Victor tombe finalement dans la rue pour environ 6 ans: «C’est la débauche parce que tu trouves de tout dans la rue. La violence, l’alcool, le sexe et la drogue font partis de ton quotidien. Ce sont des moments difficiles.»

Il explique qu’il en est arrivé là parce qu’il avait une haine de lui-même qu’il ne pouvait gérer. Il voulait se détruire: «J’ai pendant longtemps été en guerre contre moi-même. Mais à un certain moment, j’ai voulu changer de vie».

Famille en crise

Avec le recul, il fait un parallèle entre sa consommation de drogues et son environnement familial dysfonctionnel. Jeune, il éprouve des problèmes affectifs. Il se sentait délaissé par son père, un homme au tempérament changeant et complexe, qui ne lui témoigne aucun intérêt.

Lorsque ce dernier quitte le foyer, sa mère devient monoparentale. Rapidement, un beau-père fait son entrée dans la maison et tente de lui imposer son autorité et ses règles. Il évite les discussions et s’isole de plus en plus.

Les premières fois où il est surpris avec de la drogue, sa mère et son beau-père le battent et l’attachent au lit avant de le dénoncer à la police. Souvent, ils conservent une partie de la drogue et en consomment: «C’était vraiment hypocrite de leur part. Cette façon d’agir ne faisait qu’empirer notre relation. J’étais de plus en plus rebelle et je repoussais constamment les limites.»

N’ayant pas véritablement de père, il veut fuir et cherche des modèles chez d’autres hommes; notamment les gangsters. Victor écoute des films et la télévision, et il rêve d’être l’un d’eux. Il est fasciné par leur image et leur force. La drogue s’inscrit dans son cheminement pour correspondre à cette image.

L’attention que Victor obtenait en étant dealer venait en quelque sorte guérir la souffrance qu’il entretenait face à l’indifférence de son père: «La vente permet d’avoir du pouvoir parce que tu es populaire. Tu incarnes la désobéissance et beaucoup de gens à la fois te craignent et t’admirent. Tu ne passes pas inaperçu», dit-il.

Retour sur le passé

Aujourd’hui, il constate qu’il a fait beaucoup d’erreurs irréparables: «Les actions que tu poses sont permanentes. Si tu prends de la drogue, ça peut assombrir ta vie et tu peux avoir de graves problèmes.»

Il croit cependant que personne n’est parfait. L’adolescence est, pour lui, une période pour explorer et parfois faire des choses interdites de manière à s’opposer à ses parents et à s’affirmer. «On apprend à se connaître à travers les erreurs qu’on fait.»

Selon Victor, il est inutile d’aborder la drogue auprès des jeunes en leur faisant peur. Il faut tout simplement les renseigner sur les conséquences néfastes qu’elle peut avoir à long terme sur leur vie. «Si un jeune veut tenter l’expérience, il en prendra. Il faut l’accompagner et ne pas le juger. C’est l’amour qu’on donne aux jeunes qui les aide à s’en sortir», explique-t-il.

Maintenant, il se pardonne et accepte son passé: «J’ai un parcours original avec des hauts et des bas. Je ne cherche plus à m’associer à une image de gangster. Je veux être moi-même et faire le bien.»

Victor est devenu un artiste graffeur payé pour ses œuvres, et qui malgré son corps recouvert de tatouages, s’intègre dans les écoles pour apprendre aux jeunes le dessin et le graffiti.

Victor aime s’exprimer à travers les arts qui ont pris une place considérable dans sa vie. Ils ont été un processus thérapeutique dans l’arrêt de sa consommation de drogues.

«Mais j’aime ma vie d’adrénaline», dit-il. Le jeune homme continue de s’intégrer dans notre société tout en conservant sa touche de marginalité.

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Perdre son estime pour mieux le retrouver

Quand la confiance en soi n’est plus au rendez-vous

Estime de soi à rebâtir

Pierre est un être sensible qui a longtemps été étiqueté bon à rien. Pour retrouver son estime qui lui faisait défaut et prendre sa place, il a dû se battre toute sa vie contre le regard des autres… et du sien.

Dominic Desmarais  Dossiers Toxicomanie

confiance en soi estime de soi prendre sa vie en mainÂgé de 57 ans, ce colosse avec quelques kilos en trop déplace de l’air. Tantôt combattif, tantôt émotif, il cherche constamment le mot juste, fouille dans sa mémoire pour en ressortir l’information exacte, passe d’un sujet à l’autre pour revenir à son propos initial. Pierre est un volcan de mots et d’émotions. Il parle sans interruption comme si personne ne l’avait jamais écouté.

Élevé par un père autoritaire qui décidait de tout, Pierre n’a pas appris, enfant, à avoir des idées et à les défendre. C’est en s’exilant de son Joliette natal, pour faire ses études collégiales à Montréal, qu’il goûte pour la première fois à l’autonomie. «Mes amis allaient tous au cégep de Joliette. Je voulais m’isoler.» Pierre, qui aspire à des études de psychologie, est refusé dans ce programme contingenté. Il opte pour la philosophie. «Les étudiants de sciences pures me demandaient ce que j’allais faire dans la vie avec un tel diplôme. Je leur répondais qu’en premier, j’allais apprendre à penser et, une fois que je saurais penser, je penserais à ce que j’allais faire!»

Défendre ses idées

Dans ses cours, Pierre est encouragé à donner son opinion et défendre ses idées. La possibilité de s’exprimer le grise au début, mais, très vite, elle devient un poids. Pierre est toujours à contresens du troupeau. La classe pense blanc, lui répond noir. «Parfois, ça m’inquiétait. Je me retrouvais seul contre les autres. Dans une classe, s’il y en a un ou deux qui ne sont pas d’accord avec toi, ça peut aller. Mais quand c’est tout le groupe, c’est dur. Je me sentais mal à l’aise.» En plus de penser différemment, Pierre est isolé. Il n’a pas d’amis, lui qui a quitté les siens pour la grande ville. Il a peur de couler ses cours, car ses opinions ne rejoignent personne. Nerveux, il rencontre l’un de ses professeurs qui le rassure. Il lui fait comprendre que la philosophie, c’est défendre ses idées. «Tout le monde est contre toi et tu tiens ton bout, tu n’enlèves pas ta fougue.» Pierre se rappelle cet épisode qui l’a marqué. Lui, le grand gaillard, se laisse aller à pleurer.

Après le cégep, Pierre est animé par une soif d’apprendre. Après le monde des idées, il s’oriente vers celui de la logique pour étudier les mathématiques. Il y met toute son énergie et sa passion. Mais le côté rationnel des équations l’étouffe. «Pendant un examen, je me suis demandé ce que je faisais là. J’ai laissé ma copie et je suis parti.» Impulsif, Pierre rentre à son appartement aviser ses colocataires qu’il quitte sur-le-champ pour l’Ouest canadien. «C’était la rébellion. Je n’étais plus capable d’entendre le mot logique. Comme si ce mot avait force d’évangile.» Pierre se laisse aller. Lui si discipliné dans ses études et son travail dans la sécurité, laisse tout tomber. Il prend la route pour quelques mois.

D’un métier à l’autre

Un an plus tard, il retourne à l’université pour compléter son baccalauréat en mathématiques. «Ça faisait un an que j’étais sur la go. Le retour a été trop raide. Je n’étais pas prêt, j’ai abandonné.» Mais Pierre, incapable de ne rien faire, trouve une nouvelle passion pour assouvir son trop-plein d’énergie. Il décide de suivre des cours pour piloter des avions.

Comme pour les mathématiques, Pierre délaisse son nouveau passe-temps. Il retourne à temps partiel à l’université et commence à s’initier aux arts martiaux. Il y trouve une dimension spirituelle et un code de vie qui le nourrissent. Les cours de karaté et d’aïkido deviennent plus importants que les maths. «Je voulais changer la texture de mes muscles. Au lieu qu’ils soient puissants, je les voulais résistants et endurants. C’était l’objectif de ma vie. Pas devenir ceinture noire. Les compétitions, je n’aimais pas ça même si je figurais bien. C’était plus une discipline intérieure.»

En parallèle, il termine ses études universitaires, mais sa soif de connaissances n’est toujours pas assouvie. Il retourne au cégep étudier l’électricité. «Je n’y connaissais rien! J’ai obtenu un diplôme en instrumentation et contrôle. Il y avait de la demande partout pour calibrer les instruments industriels.»

Pierre se sent prêt pour un nouveau défi : affronter le marché du travail. Après avoir développé son côté créatif par la philosophie, son rationnel avec les mathématiques et l’électricité et son intérieur par les arts martiaux, cet autodidacte solitaire est enfin bien dans sa peau. Fidèle à son besoin de découvrir, il s’attaque à un environnement qui lui est inconnu : le monde des ouvriers et des usines. Après une dizaine d’années passées à se découvrir, il doit maintenant apprendre à mettre en pratique ses connaissances en travaillant au sein d’un groupe. Pour Pierre et son estime, ce sera une dure épreuve.

Le travail

Après des années à travailler au sein de petites équipes comme technicien en contrôle d’instruments, Pierre se trouve un emploi dans une usine qui compte plus de 500 employés. L’intégration de cet être original sera difficile.

À son arrivée, Pierre pensait bien s’entendre avec ses nouveaux collègues. Lors d’une visite avec le responsable de l’entretien pour rencontrer les autres employés, il observe l’atmosphère de son nouvel environnement. «À première vue, ça me semblait bien. J’ai rencontré les autres techniciens, des jeunes de 15 à 20 ans de moins que moi. Ils ont une certaine éducation, avec leur DEC. Mais d’autres employés ne savent ni lire ni écrire. Moi, je suis comme je suis. Ma place, ce n’est pas les usines…»

Pierre, avec son franc-parler et son vocabulaire d’intellectuel, est rapidement pris en grippe par les employés de l’usine qui font tourner les machines que lui doit réparer. Ils se moquent de lui quand l’équipement se brise et lui font savoir leur insatisfaction quand les réparations traînent en longueur. Excédé par l’un d’eux, Pierre porte plainte en août 2005 pour harcèlement psychologique. L’employé, en sa présence, lançait des objets contre les murs avec rage, sous les encouragements des membres de son équipe. «J’ai demandé que le syndicat le rencontre. J’étais rendu au point de vouloir lui sauter dessus. Je devenais agressif.»

La déchéance

Le syndicat crée un comité de relations et Pierre demande d’être affecté à un autre département. Rien ne change. Dès que Pierre est appelé pour régler un bris d’équipement, on lui saute au visage. «Je ne pouvais plus vivre avec ça. Je me suis caché dans un bureau. Le représentant syndical est venu me trouver. Je pleurais. J’étais devenu une loque humaine. On ne m’avait même pas battu physiquement. Et j’étais sans défense.»

Pierre rencontre un médecin qui le met en arrêt de travail de 6 mois pour dépression. Côté syndical, il raconte sa version de l’histoire. Aucun grief ne sera déposé contre son intimidateur. Pierre est bouleversé. «Je ne me sentais pas appuyé, pas défendu.» Pour se soigner, Pierre voit un psychiatre. En plus de sa dépression, il souffre de brûlures d’estomac qui l’empêchent de dormir. Son anxiété provoquait des difficultés à digérer. «J’ai demandé à mon médecin quand j’arrêterais de prendre la médication. Il m’a dit que c’était pour la vie. 100$ par mois. Je me sentais mal de savoir que j’allais y être accroché pour le restant de mes jours.»

Maître de sa guérison

Autodidacte, Pierre cherche des solutions. «J’étais à domicile pour un congé de maladie de 6 mois. J’avais du temps pour lire. Internet a tout chamboulé.» En faisant des recherches personnelles, Pierre tombe par hasard sur le site d’un centre de recherche qui travaille sur les ondes et la pensée. «J’ai toujours été intéressé par la recherche intérieure. Là, le site parlait de contrôle de la pensée. Et moi, je me demandais pourquoi, alors que j’ai une colonne vertébrale, que j’ai fait 10 ans d’arts martiaux, je me retrouvais caché dans un bureau à pleurer.»

Pierre commande des CD de musique qui jouent sur les ondes et développe des liens entre les deux hémisphères du cerveau. Pierre fait jouer ces mélodies pendant qu’il dort la nuit. «Avec la musique, j’ai fait partir les pilules et mes problèmes d’estomac. Mon sommeil s’est replacé et j’ai pu retourner travailler.»

Pierre pousse l’expérience plus loin. «Je me suis dit que j’étais capable d’altérer bien des choses de mon cerveau, que ma pensée pouvait être plus large, plus complète.» Il décide de se fabriquer des phrases subliminales, qui défilent trop vite pour les apercevoir, et les fait passer sur l’écran de son ordinateur devant lequel il est régulièrement assis. «Plus on répète quelque chose, plus ça devient vrai. Même un mensonge, s’il est répété plus d’une fois, devient vrai. Moi, je m’écrivais que j’étais bon, que j’étais capable. Des phrases positives.»

Pierre est retourné au travail, son problème de manque de confiance qu’il traîne depuis l’enfance est disparu. Comme les arts martiaux lui ont, à une époque, procuré une paix intérieure, aujourd’hui c’est la musique de méditation qui l’aide. Quant à demain, Pierre verra bien. D’ici là, il apprend à savourer la vie au jour le jour. Un objectif si simple qu’il aura mis des années à comprendre.

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À la croisée de 2 buzz

Toxicomanie

Toxicomane à 10 ans

Dans son habit de danseur hip-hop, Kenhell, 32 ans, est venu avec sa compagne Nikou, son ange. Après 20 ans de consommation, 16 thérapies et une sacrée dose de persévérance, il voit le bout du tunnel. C’est la musique qui l’a sauvé.

Lucie Barras Dossier Drogue

drogue toxicomanie thérapie toxicomane junkie sevrage dépendance consommation«J’avais 10 ans lorsque j’ai touché à la drogue pour la première fois. J’ai pris des champignons hallucinogènes avec des amis. J’y ai pris tant de plaisir! Mais, mon premier contact avec la drogue, j’avais 3 ans. Ma mère m’a fait garder par des personnes qui consommaient du cannabis. J’ai cru, ce jour-là, qu’elle m’abandonnait. J’ai arrêté de manger et de dormir. Je suis devenu hyperactif.»

À trois ans, une rage s’empare de Kenhell. En grandissant, il la canalise en jouant de la batterie. Mais ses parents ne veulent pas en entendre parler. Très vite, la musique ne lui suffit plus. À l’entrée dans l’adolescence, il se tourne vers la drogue, pour combler le manque.

Drogues et suicide

«J’ai commencé avec du cannabis. Un ou deux ans plus tard, je suis passé à la cocaïne. Ça a été le coup de foudre. J’y ai trouvé mon calme. La coke apaisait mes angoisses et mon hyperactivité. À cette époque, je réussissais, j’avais ce que je croyais être des amis. J’étais loin d’être conscient de ma dépendance. Comment la drogue aurait-elle pu m’arrêter? En même temps, mes idées suicidaires faisaient leur chemin, tranquillement. Je voulais vivre ma vie à fond, et la terminer à fond.»

«À quinze ans, ma famille tentait d’avoir un peu d’autorité sur moi. Je ne voulais rien écouter. J’ai perdu la tête. J’ai fini en centre d’accueil pour voie de fait contre mes parents et vente de stupéfiants. Puis, on m’a envoyé en centre de thérapie. J’y ai fait une tentative de suicide.»

À sa sortie, Kenhell rencontre le groupe de punk rock Impact. «J’avais une faible estime de moi, ils m’ont donné ma chance. Impact m’a fait comprendre que la musique pouvait devenir un métier et me sauver la vie. Mais entre temps, j’avais remis le nez dans la drogue.

Les mêmes amis m’attendaient à la sortie… Je sentais la pression de mes parents. Ils voulaient que je gagne ma vie. Je ne voyais pas d’autre option que vendre. Le jour de mes 16 ans, je suis allé voir le directeur de mon école pour lui demander à combien s’élevait son salaire. Il gagnait autant que moi avec mon deal. Je lui ai dit adieu.»

Kenhell poursuit ses activités musicales. Il se tourne vers les drogues dures. Le crack et l’héroïne, surtout. «J’ai commencé à fuguer pour éviter mes parents et la police. Je partais pendant des mois. Je revenais seulement pour me laver et manger lorsque tout le monde était au travail. Je dormais à droite, à gauche, dans des squats ou chez des compagnons de trips

Psychose et prison

Un soir, Kenhell voit la police débarquer dans l’immeuble où il se trouve avec des amis. Il a sur lui une grosse quantité de drogues. La police vient pour les autres mais Kenhell ne le sait pas. Pris au piège, il consomme tout, one shot… et fait une psychose.

Il a 20 ans. C’est un choc, pour Kenhell qui perd ses repères, pour ses proches également, qui perdent confiance en lui. «On me croyait fou. Les membres de mes groupes de musique sont devenus suspicieux. Alien Fœtus, pour qui je jouais, m’a fait porter le chapeau d’un vol de guitare qui n’avait en fait jamais été volée, elle a été retrouvée par la suite. J’ai voulu me défendre. J’y ai été un peu trop fort. L’un des membres du groupe a porté plainte. Il m’accusait de cannibalisme pour une morsure. J’ai atterri en prison, pour voie de fait aggravé. La drogue m’avait rendu psychiquement vulnérable. Je n’avais pas la force de comprendre ce qui m’arrivait, encore moins de me défendre. Le juge a réalisé que j’étais intoxiqué, il m’a envoyé en thérapie. J’en étais déjà à ma huitième.»

À sa sortie, Kenhell est sobre. Et seul. Alors qu’il cherche un job, il est engagé comme DJ dans un club de danseuses. Un univers sombre. Il retombe subtilement dans les stupéfiants, la vente de coke, d’ecstasy, de speed ou encore du viagra. «J’étais un bon DJ. On m’a offert plus de travail, un plus gros salaire, et plus de responsabilités. Je n’ai pas supporté cette pression.»

Un pied dans la tombe

Kenhell a 22 ans. Il fait la rencontre du groupe Whisper et commence une double vie, entre les clubs et le groupe. «Jouer avec eux aurait pu me sauver. Mais j’avais déjà un pied dans la tombe. Je ne pouvais plus faire marche arrière.»

Un jour, alors qu’il rentre d’une fugue, il retrouve la maison familiale vendue. Ses parents, endettés, ne pouvaient plus faire tourner leurs 3 commerces. «J’étais déraciné. Je m’étais toujours vu reprendre cette bâtisse plus tard. Je ne suis pas le seul à ne pas l’avoir supporté. En un an, ma famille s’est effondrée. Ma mère est partie.

«Deux loyers et des dettes sont retombés sur mes épaules. J’ai dû vendre le dépanneur familial pour un prix infime. Je me suis retrouvé à la rue. Je travaillais comme aide-cuisinier, dormais sur les terrasses des restaurants que mes patrons avaient la gentillesse de chauffer par grands froids. Ils savaient que j’étais shooté. Mais, je faisais mon boulot. Je travaillais uniquement pour ma consommation de drogue, et ce jusqu’à épuisement.»

Peu après le décès de son père, le chanteur de Whisper et ami de Kenhell meurt subitement. «J’ai pleuré de toutes les larmes de mon corps. Ça m’a désinfecté. C’est comme si après ce chagrin, la drogue ne me satisfaisait plus. La dépression était trop forte.

Je suis allé en thérapie, de mon plein gré cette fois. À reculons, certes, mais je l’avais promis à cet ami. J’espérais y trouver un peu de sécurité aussi. Enfermé, j’ai commencé l’écriture de ce qui allait devenir mon album solo.»

À l’issue de cette thérapie, Kenhell trouve une certaine stabilité. Il continue ses activités de DJ et de vendeur. Plusieurs années passent, il entre comme chanteur dans le groupe de hip-hop Addiktion.

«En deux jours, quatre de mes amis ont perdu la vie dans un accident de voiture. Et mon ami de toujours s’est suicidé. Il était bassiste pour le groupe Arqueslange, comme nos noms de famille: Arbour, Quesnel, Bélanger. Je lui avais présenté sa femme. C’est sa fille de quatre ans qui l’a retrouvé. J’ai pleuré trois jours sans m’arrêter. J’en avais le visage noir. Cette peine m’a fait renaître. Kenhell allait être mon nom, je devenais moi-même. Je ne voulais plus entendre parler de suicide.»

L’album d’une vie

Il y a un an, il rencontre Nikou dans un bar-restaurant. Elle va lui redonner confiance, le pousser à aller au bout de son projet: l’album solo. «Avant, les questions d’argent, de droits, me décourageaient. Mais ça y’est, il est bel et bien sorti. Le double album que j’avais imaginé est devenu deux albums distincts. J’y ai tout mêlé. Mon côté sombre et mon côté clair, mon côté métal et mon côté reggæ, mon côté hip-hop et ma part plus sentimentale.»

Le premier album, Légitime démence, est en vente depuis juin 2010. Plusieurs artistes y ont collaboré: Fatal, Bumperman, Arabouish d’Alien Fœtus, Morin de V-ztoars, Critical Raf, Leaving for LA ou encore le groupe de Kenhell Ogotaï.

Lutte quotidienne

Kenhell n’a pas touché à la drogue depuis plusieurs mois. Son combat, il le mène «un jour à la fois». Il est bénévole pour les Émotifs, Narcotiques et Alcooliques Anonymes. À côté de sa carrière solo, il enseigne la batterie. Il est également batteur pour le groupe de rock progressif V-Ztors qui produit son 1er album, et  DJ… pour les évènements seulement.

«Pour évacuer ma rage, j’avais le choix entre les trois T: la tombe, la tôle ou la thérapie. J’ai choisi. Mon deuxième album porte un message pour les découragés. Il est dédié à ceux qui ont des problèmes de dépendances.

«Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Aux services anonymes, aux structures médicales, et même à Dieu. Il faut s’accrocher à un but, y aller petit pas par petit pas. On peut juste rencontrer un ange.»

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Consommation de drogues: conséquences et séquelles

Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

Toxicomanie

M’en sortir pour mes fils

Il est difficile pour un ancien héroïnomane de faire la paix avec ses vieux démons. Pierre a dû passer par le remords et le rejet avant de se sentir renaître. Ce sont ses deux garçons qui l’aident à se battre pour continuer à vivre malgré son passé qu’il traîne comme un boulet.

Dominic Desmarais Dossiers Drogue

toxicomanie héroinomane héroine droguePierre dit être sobre depuis près de 20 ans. Il n’en est pas certain. L’usage prononcé de drogues dures a nui à sa mémoire. «C’est difficile de me situer parce que j’ai eu de petites rechutes de deux ou trois jours, au début des années 1990. Je n’ai plus la même capacité de me rappeler, j’oublie vite. C’est plus à cause du LSD et de la colle parce que ç’a brûlé mes cellules.»

Séquelles à la consommation

Pierre prend le temps de fouiller dans sa mémoire. Il parle lentement avec, à l’occasion, des absences qui lui font perdre ses idées. Il a des éclairs de lucidité suivis de doutes. Il a beau être sorti de l’enfer de la dépendance, la drogue continue de l’affecter. «Ça m’a pris au moins 10 ans pour me remonter. D’abord physiquement, j’en souffre encore. Je n’étais pas une beauté, mais je paraissais bien. Aujourd’hui, on voit les résultats.» Pierre a la peau jaunâtre et flasque. Ses dents, pour ce qu’il en reste, sont gâtées. Âgé de 49 ans, il en paraît 15 de plus. Mais son apparence est le moindre de ses soucis. Il a des problèmes de foie, de la difficulté à dormir et à marcher.

«J’ai encore des séquelles. Je suis affecté mentalement. Quand je vis une crise, je suis maintenant capable de faire avec sans me doper. Avant, quand je n’étais pas bien dans ma peau, que je rêvais de gens qui se piquent, je ne dormais plus la nuit. Des fois, je ressens un malaise profond quand j’ai un flashback de cette période. Ça peut être quelque chose qui me ramène au passé. Et quand ça m’arrive, j’ai peur. J’ai peur de rechuter. Pourtant, ça fait des années que je n’ai rien consommé. C’est impossible d’oublier ça. Je vais toujours être de même. Je suis cicatrisé à vie.»

Junkie à l’héroïne

À force de côtoyer la mort et les endroits malsains, la fragilité de Pierre est sortie de l’ombre. Il doit affronter ce qu’il a fait semblant de ne pas voir quand il était sous l’effet de l’héroïne. «Quand je réalise ce que j’ai fait à certaines personnes, je me sens mal. Ça prend un salaud pour donner une aiguille à une femme enceinte. Je me déculpabilisais en me disant que c’est elle qui l’avait demandé. Je n’étais pas moi-même, à lui procurer de l’héroïne. Un junkie, pour moi, c’était comme un numéro quand je vendais de la drogue.»

En discutant, Pierre revit un malaise qui le secoue. Le passé revient le hanter. Pour passer au travers, il pense à ses garçons. «Ce qui me ramène immédiatement, ce sont mes fils. Je ne me mettrais jamais une aiguille dans un de mes bras avec mes enfants. Je ne leur ferais jamais vivre ça. C’est impensable. Plutôt me tirer une balle.»

L’amour d’un père

seringue drogue injectable injection dependance consommation udi Pierre a commencé à se droguer pour fuir son père. Il veut être un autre modèle pour ses fils de 17 et 16 ans, qu’il n’a pu voir tout au long de leur enfance en raison d’une mésentente avec la mère. «Elle a été abusée sexuellement par son père. J’ai essayé de l’aider, mais je lui nuisais. La rupture était inévitable. Elle était centrée sur le matériel et l’argent. Mais je n’ai pas de rancune, c’est elle qui m’a donné mes deux enfants. J’ai vu, plus tard, qu’elle avait bien fait de me quitter.»

Sa conjointe part avec leurs garçons alors qu’ils sont en bas âge. Pierre se bat pour les voir puisqu’il partage la garde. «Mais elle me faisait trop de troubles. Elle a appelé la police plus d’une fois de sorte que si je me présentais chez elle, la police allait rappliquer. Ça m’a démoralisé. J’ai été voir des avocats, ce que je ne voulais pas au début parce que je n’avais pas d’argent. Je me sens mieux et je suis capable d’accepter ce qu’elle m’a fait. Elle avait des problèmes à régler. Tout comme moi.»

La DPJ

De loin, Pierre essaie de garder le contact avec ses fils. Il leur envoie des cadeaux et des cartes pour Noël et aux anniversaires. Elle lui retourne tout ce qu’il offre. «Ils ne les ont jamais vus! Elle avait peur qu’ils aient une relation avec moi. Elle ne voulait pas que je les voie. Elle leur a dit que j’étais un pourri, un dopé. Ils me l’ont avoué il n’y a pas longtemps.»

L’ancien junkie se résigne. Il s’attend à revoir ses enfants à leur 18e anniversaire. Jusqu’à ce que la DPJ entre en contact avec lui au sujet de Brian, son plus jeune fils. «Il avait 15 ans. Il créait des problèmes parce qu’il me cherchait. Il en voulait à sa mère.

Et quand la DPJ entre dans la vie d’un jeune, les deux parents doivent être rencontrés. Si j’ai une belle relation avec mes enfants, c’est grâce à lui parce qu’il a forcé les choses pour me voir. Il manquait la présence de son père. Un enfant a besoin de ses deux parents.»

Un rapprochement difficile

Même s’il a cessé de consommer, Pierre a de la difficulté à se rapprocher de sa famille. Son père reste aussi dur à toucher. «J’aurais aimé qu’il puisse s’ouvrir et me dire qu’il m’aime. Avec le temps, j’ai vu que c’était impossible. Pour lui, un homme n’affiche pas ses émotions et sentiments. C’est sa mentalité.

Un homme ne pleure pas, il n’a pas le droit. C’est comme ça que j’ai grandi. On va avoir une relation froide jusqu’à sa mort. J’ai fait mon deuil. Je ne peux pas devenir ami avec lui, ou même avoir une relation père-fils. J’ai arrêté d’essayer.»

Avec sa mère, c’est la même chose. «C’est pire encore. Elle a toujours eu l’esprit d’une femme au foyer. Faire le ménage, le souper sur la table quand son époux arrive pour le voir content. Il n’y avait pas de vie familiale.

Si on faisait une activité, un voyage, on ne partageait pas ce qu’on voyait, ce qu’on vivait. On le gardait chacun pour soi. J’aurais aimé ça qu’on s’ouvre. Ma mère non plus ne m’a pas pris dans ses bras pour me dire qu’elle m’aimait.»

Impossible pour Pierre de tisser des liens qui n’ont jamais existé avec ses parents. L’amour et l’écoute qu’il aurait aimé recevoir, il l’offre à ses fils. «Avec mes enfants, c’est complètement différent. On a une relation amicale. J’accepte les erreurs que je fais avec eux. Je leur dis quand j’en fais. Et je leur demande de me le dire quand je leur fais vivre quelque chose. Ça m’encourage.

Si je suis encore debout et positif, c’est à cause d’eux. J’ai été un junkie, plusieurs personnes sont mortes indirectement parce que je leur ai vendu de la drogue. Mais mes deux enfants me font dire que je n’ai pas tout raté. Je donnerais ma vie pour eux. Ils viennent avant moi.»

Autres textes sur Toxicomanie

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Le parcours d’un toxicomane

Témoignage

Conséquences de la toxicomanie

Dominic Desmarais Dossiers Drogue

drogue toxicomanie drugs toxicomanePoussé par un besoin de fuir la sévérité de son père, Pierre commence tôt à consommer de la drogue. De la colle à l’héroïne, il s’est enfoncé dans un cauchemar qui l’a mené aux portes de la mort.

Pierre est arrivé du Portugal avec sa famille à l’âge de quatre ans en 1966. Fils d’un immigrant qui aspire à une meilleure vie au Canada, il se sent à l’étroit dans sa famille. Le père, autoritaire et à la discipline sévère, encadre étroitement ses quatre enfants. Il exige d’eux de bons résultats scolaires, passage obligé vers la réussite.

Avant de souffler ses 10 bougies, le petit Pierre a entendu plus d’une fois son père lui dire qu’il ne veut pas de voyou dans la famille. Pierre n’a pas de liberté. Il trouve la vie trop sérieuse.

Je ne pouvais pas aller jouer dehors avec les autres enfants, je devais être à la maison tôt. Je ne blâme pas mon père, c’est comme ça qu’il a été élevé. Il n’a jamais affiché ses émotions.

Voleur à 6 ans

toxicomanie drogue toxicomane drug sites injections supervisées seringuePour se révolter, Pierre devient ce que son paternel ne veut pas. À 6 ans, il vole des jouets dans des boutiques parce qu’il n’en a pas.

J’étais déjà en train de commettre des actes criminels. À 10 ans, je me poussais de la maison pour l’éviter, lui et ses règles. Je traînais dans la rue. J’ai commencé à sniffer de la colle. Dans les années 70, c’était commun pour un ado. J’ai commencé à me rebeller encore plus.

À l’école, les problèmes s’accumulent. Pierre décide d’éviter de s’y présenter.

Je préférais aller voler dans des boutiques! Quand je devais aller voir le principal pour mes sorties sans permission, il me battait avec une petite ceinture en cuir, 3 coups dans chaque paume de la main. À 10 ans! J’en pleurais! Mais je répétais toujours les mêmes erreurs. Et plus je me rebellais, mieux je me sentais.

Sa présence dans les rues du quartier ne passe pas inaperçue. Des travailleurs de rue le signalent à la DPJ. Pierre devra fréquenter l’organisme Enfant Soleil où on l’occupe par le sport pour l’em-pêcher de flâner. Pendant deux ans il y joue au ballon et au hockey tout en poursuivant ses activités criminelles. Avec des amis, il s’imagine voler un dépanneur fermé. En sortant, ses amis et lui sont accueillis par quatre voitures de police. À 14 ans, il est envoyé en centre d’accueil.

Prisonnier juvénile

On m’a envoyé à Cartierville, un centre de détention avec une clôture. Une prison pour jeunes délinquants. Ça m’a aidé. Je me sentais bien dans ça. Je me valorisais dans le sport.

Pierre habitait une petite maison avec une douzaine de jeunes et des travailleurs sociaux présents 24 heures sur 24.

On me laissait partir pour quelques mois et je recommençais mes mauvais coups. Un juge en a eu assez et m’a rentré en centre fermé jusqu’à mes 18 ans.

Pendant ces 4 années passées en centre d’accueil, il voit ses parents à trois ou quatre reprises.

Mon père n’aimait pas ça et moi non plus je ne voulais pas qu’il vienne. J’avais droit à la morale. Ça a duré longtemps…

Au centre d’accueil, Pierre apprend un peu à se prendre en main. Mais à cet âge, il voit la vie en noir. À 18 ans, on le laisse regagner la maison familiale.

En sortant du centre, je ne consommais plus de colle. Mais j’ai revu mes anciens amis. De la colle, nous sommes passés au pot, à la mescaline, au pcp et à la cocaïne.

Couple de camés

toxicomanie drogue toxicomane drug site injections superviséesÀ cette époque, Pierre devient follement amoureux et se fiance à 19 ans. Sa compagne partage son penchant pour les drogues. Pendant cinq années, ils mènent une vie simple.

Elle aussi aimait consommer. Sauf que son trip s’est terminé. Elle regardait son avenir et voyait qu’avec moi, elle n’allait nulle part. Elle a arrêté. Pas moi. On ne sortait plus, on n’allait plus au cinéma. J’étais de plus en plus avec mes amis. Avec elle, je me sentais trop encadré. Quand elle devenait trop possessive, je m’évadais.

Bien que Pierre se sente à l’étroit dans sa relation, la rupture le chavire. Il consomme plus que jamais pour étouffer sa peine.

C’est là que j’ai commencé à prendre de l’héroïne. C’était le début de la fin.

Un ami de party lui présente des gens de la mafia. Pierre se trouve un nouvel emploi: vendeur de drogue.

J’étais toujours défoncé. J’en vendais à des femmes enceintes. Je me sentais mal. J’essayais de leur faire la morale, ce que je détestais tant qu’on me fasse! Parfois, quand elles n’avaient pas d’argent, je leur en donnais. Mais comme je me sentais trop mal, j’ai arrêté.

Jouer avec la mort

Pierre travaille dans une piquerie mais l’atmosphère devient trop pesante pour lui. Il devient livreur en voiture.

Voir les autres mourir, attraper le sida ou l’hépatite, ça m’a fait réaliser qu’un jour, ce serait mon tour.

À 26 ans, la réalité le rattrape. Il est porteur de l’hépatite C.

Quand tu l’attrapes, si elle n’est pas traitée, l’hépatite devient une cirrhose du foie qui dégénère en cancer.

Pendant 6 mois, il suit un traitement à la méthadone qui s’avère inefficace. Son hépatite est trop forte.

Comme ça ne fonctionnait pas, j’ai continué à consommer.

Insouciant, le jeune homme continue à jouer avec la mort. Il fait quatre overdoses. En route vers l’hôpital, il s’en prend aux ambulanciers qui, d’une injection, le ramènent de sa folie.

À ma dernière overdose, rendu à l’hôpital, j’ai enlevé tous les fils parce que je n’étais plus gelé. 20 minutes plus tard, j’étais en train de me mettre une aiguille dans le corps. Faut vraiment pas s’aimer…

Malgré ses overdoses, Pierre ne s’adoucit pas. Il n’a pas encore touché le fond. Un soir, dans un motel, il mélange héroïne et cocaïne. En sortant de son marasme, il s’aperçoit que ses jambes et ses testicules sont pleines d’eau.

C’est comme si j’avais pris 50 livres en 10 heures. J’ai aussitôt pris un taxi pour l’hôpital. C’était bien une cirrhose. Les médecins m’enlevaient jusqu’à un litre d’eau parce que mon foie ne fonctionnait pas. Ça me prenait un foie sinon je n’avais pas plus de 2 ans à vivre.

À cause de sa cirrhose, Pierre est incapable de marcher. Il est confiné pendant un an à l’hôpital.

Je sortais une journée par semaine. J’attendais un foie. Ça a pris du temps.

Pierre est chanceux. Son médecin, qui le suit depuis des années, se bat pour lui obtenir l’organe dont il a besoin pour vivre. D’ordinaire, les consommateurs de drogue ne sont pas choisis pour une transplantation.

Espoir d’un junkie

Après un an d’attente et d’angoisse, Pierre reçoit la bonne nouvelle.

Je braillais tellement! Je n’y croyais plus. Ils n’en donnent pas à un drogué.

En salle d’opération pour la transplantation, on l’avise que le foie n’est pas compatible.

J’ai piqué une crise, je me suis mis à pleurer. Deux mois ont passé. J’étais toujours à l’hôpital. Ils m’en ont trouvé un autre, compatible cette fois.

Pour l’opération, on l’ouvre de bord en bord, comme en témoigne la longue cicatrice qui orne son ventre. Pour le soulager de sa douleur, on lui donne la possibilité de s’injecter lui-même, depuis son lit d’hôpital, des doses de morphine.

Je suis retombé dans le même pattern. Je flippais. Inconsciemment, je rechutais. Je n’avais plus mal et je me donnais des injections, j’abusais. Il fallait que je nettoie mon cerveau. Je savais ce que j’étais en train de faire. Comme on dit, junkie un jour, junkie toujours. Je n’aime pas cette phrase-là, mais c’est vrai.

Pierre en parle avec un thérapeute.

Ça n’allait pas. Je courrais encore après ce feeling. Ça me prenait un antidouleur, mais pas de la morphine, qui donne presque la même sensation que l’héroïne.

L’héroïnomane se sent mieux. Mais marcher le fait toujours souffrir. Son médecin lui suggère un autre traitement à la méthadone.

J’en prends encore. Ça m’enlève le manque. Je diminue petit à petit la dose. Depuis, je vois mon médecin tous les lundis, avec des prises de sang à chaque fois. Je pensais qu’avec mon nouveau foie, mon hépatite disparaîtrait, donc adieu le risque de cirrhose et de cancer… Mais non. L’hépatite ne part pas comme ça. Et elle a affecté mon nouvel organe.

Toutes les semaines pendant près d’un an et demi, Pierre doit recevoir trois injections, sans compter les médicaments qu’il doit ingurgiter.

Je prends une vingtaine de comprimés par jour pour la tension et les antirejets. J’en ai pour le restant de mes jours. Parce que ce n’est pas mon foie, mon organisme peut le rejeter. Et si ça arrive, je peux mourir dans l’instant. Ça me fait suer, mais si c’est le prix à payer pour rester en vie…

Pendant des années, Pierre ne s’est jamais soucié de sa vie. Aujourd’hui, diminué par l’usage de drogues dures, il s’accroche. Il vit au jour le jour en cherchant un sens à ses expériences.

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