Quand la #blague va trop loin

Lancer une tranche de fromage au visage de son bébé. Annoncer à ses enfants qu’on a englouti tous leurs bonbons d’Halloween. Régulièrement, des vidéos de parents jouant des tours à leur progéniture font sensation sur internet. Mais même quand la blague peut paraître anodine, elle soulève des enjeux à la fois éthiques et juridiques. À quel moment la farce cesse-t-elle d’être drôle?

Un texte de Marie Bernier publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Santé mentale

Ce qui choque le plus avec le #NewTeacherChallenge, c’est son message. Soit que le physique d’autrui est matière à rigolade. Et qu’utiliser sur le web la photo d’une autre personne sans son consentement est banal. « Comment peut-on faire la leçon aux ados au sujet de l’intimidation quand les adultes s’y adonnent sur internet ? » souligne Nellie Brière, chroniqueuse et consultante en communications numériques et réseaux sociaux.

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Ressources sur le suicide

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Autres textes sur Santé mentale

Après la pluie… Le beau temps

croissance personnelle développement personnel cheminement guide recueil

Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

Un livre que vous pouvez commenter et où vous pouvez présenter vos propres créations. Vous pouvez y laisser votre commentaire et même vos propres textes. Chaque commentaire est lu et obtient sa réponse.

Au coût de 9,95$ chacun de ces livres sont disponibles par téléphone: (514) 256-9000 et en région: 1-877-256-9009 ou par Internet. Éditions TNT : 625 Avenue de la Salle, Montréal, QC H1V

Autres livres pouvant vous intéresser

L’inceste : Un jeu d’enfant

L’agression sexuelle au masculin est encore taboue et bien peu abordée dans l’espace public. Avec les récentes vagues de dénonciations, les hommes victimes d’abus se sentent-ils oubliés? Est-ce que les stéréotypes masculins rendent la dénonciation plus difficile? Deux hommes ont accepté de lever le voile sur leur histoire d’inceste.

Un texte de Véronique Trudeau | Dossier Agression sexuelle

Un jour, alors que François joue à l’extérieur avec un ami, son soulier atterrit sur le balcon de son voisin. Ce dernier lui fait bien comprendre qu’il devra venir le chercher. L’innocence de François sera brisée à jamais dans la chambre à coucher d’un homme de 27 ans. « À 7 ans, tu n’as aucune idée de ce qu’est la sexualité. Je n’avais pas la notion du bien ou du mal. » 

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        Biais9

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Funbusy

Chantal Lee a grandi dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Elle s’est découvert une passion pour l’écriture dès son jeune âge, mais ce n’est que depuis 2001 qu’elle écrit sur une base régulière.

Violence, drogue, faible estime de soi et abus sexuels ont trop longtemps fait partie de la vie de cette femme courageuse. Chantal Lee a réussi à reprendre le dessus et malgré la grave maladie qui l’afflige depuis quelques années, elle partage par le biais de son premier recueil de poésie son inconditionnel amour de la vie.

Prix : 9,95$

L’impact de la pandémie chez un jeune

Dossier Santé mentale 

L’objectif d’Humain Avant Tout est de réduire les tabous entourant la santé mentale, briser l’isolement, redonner espoir et inciter les gens à demander de l’aide. L’organisme diffuse des témoignages de personnes qui vivent ou qui ont déjà vécu des troubles psychologiques diagnostiqués ou non. Voici celui de Edouard.

Au début de la COVID, ça a été difficile de m’habituer à être à deux mètres des gens, il fallait que ma mère me rappelle de reculer. Et à l’école, chaque jour, je dois mettre au moins 30 fois du Purell. C’est tannant parce que des fois j’oublie. C’est vraiment poche de ne pas pouvoir voir mes amis et ma famille. Je peux juste jouer avec ceux de ma classe et il faut que je sois à deux mètres avec les autres. J’ai des amis qui ont attrapé la COVID. Avant, j’allais marcher avec eux au Mont-Royal, mais là on fait vraiment attention. C’est la première fois de ma vie que je n’ai pas vu mes cousins et mes amis à Noël et même si j’ai eu plein de cadeaux, je me rends compte que ce que j’aime le plus c’est de jouer avec eux.

J’avais hâte de retourner à l’école aujourd’hui pour voir mes amis et mon prof, les voir en vrai à la place de les voir sur mon écran. En plus, mon grand-père est malade en ce moment et avec la COVID, c’est un peu mélangé dans mon cerveau, comme s’il y avait un gros nœud. À l’école, je ne veux pas exploser en plein milieu de la classe, alors je garde ça en mottons et rendu à la maison, je ne peux plus me retenir et des fois, ça explose. Je commence à être impatient, pas poli, à parler fort et ça peut créer des chicanes. Ma mère m’a montré à faire du yoga, de la méditation et des exercices de respiration…ça me calme. J’écris aussi dans un journal intime comment je me sens. Je suis triste et fâché contre la COVID. J’ai l’impression qu’il y a de la pluie à l’intérieur de moi. J’ai hâte de pouvoir m’approcher de mes amis.

Je voulais raconter comment je me sens parce que ma mère m’a dit que d’autres enfants allaient lire mon témoignage et que, s’ils ont le même problème, ils allaient se sentir moins seuls. Et moi ça me fait du bien d’en parler et de sortir tout ça. J’aimerais que les gens écoutent les consignes même si c’est pas toujours facile, moi aussi j’ai de la misère avec les règles, mais j’ai hâte de pouvoir faire des partys pyjamas pis des câlins pas juste à mes parents.

Ce témoignage a été parrainé par Shawn Babin, contributeur de la campagne de financement participatif d’Humain Avant Tout. Photo prise sur le site internet Humain Avant Tout.

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Ressources sur le suicide

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Autres textes sur le Suicide

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est images_publicit-suicide2-150x300.jpg.

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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Un enfant intimidé, c’est un jeune en colère !

Mon message, ce matin, est un cri du cœur pour tous les parents.  Je le fais avec amour, car je sais qu’il n’y a pas de mode d’emploi lorsqu’on devient parent et qu’on fait notre possible. La sensibilisation à l’intimidation, ça commence tôt! N’ayez pas peur de le faire avec vos enfants. 

Un témoignage de Jess Harvey, maman de Jacob, 9 ans, publié sur RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Famille

Avoir un enfant victime d’intimidation, c’est le pire cauchemar de chaque parent. À l’école, on rit de lui parce qu’il porte une tuque et des bottes pour se protéger du froid. On le traite de « looser », de « gros con », de « psychopathe » et de « débile ». 

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Autres textes sur Famille

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

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La place des papas

En soutenant l’intégration de la réalité des pères dans l’offre de services à la famille, le Regroupement pour la valorisation de la paternité (RVP), en quelques années d’existence, a réussi à rejoindre tout le Québec.

Un texte de Mahdia Mellal  – Dossier Famille


Père lui-même de deux enfants, Raymond Villeneuve a eu le coup de cœur pour la cause. S’investir dans la valorisation de la paternité lui est apparu comme une évidence. «J’en suis venu rapidement à réaliser qu’il y avait beaucoup de choses à faire à ce niveau-là. Oui, on souhaitait l’engagement paternel, mais dans les services, les politiques, les pères étaient très peu présents.»

Après avoir découvert l’organisme, il s’y investit, dans un premier temps bénévolement puis de façon permanente. Il en est aujourd’hui le directeur.

Diane Dubeau, professeure au Département de psychoéducation et de psychologie à l’Université de Québec en Outaouais, a rejoint le train en marche en 2010. Elle y a trouvé sa place en tant que présidente: «Mon intérêt pour les pères et leurs rôles dans le développement de l’enfant remonte à 25 ans. J’en ai fait mon sujet de thèse, mais n’ayant pas répondu à toutes mes questions, j’ai décidé de continuer à travers d’autres projets: l’évaluation de l’intervention auprès des pères et la façon de les rejoindre. »

… la représentation du père; elle est passée de l’image du père pourvoyeur à celle du père affectif et impliqué dans la vie de ses enfants.

Le RVP est un organisme qui a réussi à rassembler les acteurs ayant à cœur l’engagement paternel et qui est porteur d’un même objectif: valoriser le rôle des pères dans l’épanouissement familial et sociétal. Pour cela, ils organisent des conférences sur différentes réalités paternelles (être père gay, beau-père, la séparation conjugale, etc.), tout en organisant des activités pour célébrer le rôle du père et le promouvoir, comme lors de la fête des Pères.

Changements sociétaux

Au Québec, de nombreux changements sociaux se sont opérés autour de la représentation du père; elle est passée de l’image du père pourvoyeur à celle du père affectif et impliqué dans la vie de ses enfants.

Même si la mission première du RVP est la valorisation de la paternité, elle n’exclut pas pour autant les mères. Bien au contraire, Raymond Villeneuve rappelle que promouvoir l’engagement paternel profite à tous, autant aux enfants qu’aux mères. Dans un souci de respect de ce principe, il tient à ce que l’organisme y soit fidèle: «Dans les conseils d’administration, des membres et des partenaires, il y a toujours des femmes et des hommes, ce n’est pas une démarche sectaire, c’est beaucoup du ensemble pour le bien de tous.»

La coparentalité et l’égalité femmes / hommes sont mises en avant: «Il ne suffit pas de parler de valeurs, mais les vivre et les incarner soi-même. L’image que nous projetons, la présidente et moi, est lourde de sens, elle reflète la démarche commune homme-femme pour faire avancer les choses.»

Le cœur du sujet et l’âme de l’organisation reposent sur la co-construction de la famille: «Avant, il y avait le rôle du père et les tâches de la mère. Aujourd’hui cette répartition s’est atténuée. On est plus dans le partage des rôles, la coparentalité et le ensemble. C’est une toute nouvelle gestion de la vision familiale qui pose un certain nombre de défis.»

Sur la perte de l’autorité paternelle telle que conçue dans les sociétés traditionnelles, les représentants s’accordent à dire que cette question est peu d’actualité au Québec: «Les pères Québécois se préoccupent très peu de cela, du moins les jeunes pères. Ceux-ci sont préoccupés par l’encadrement de leurs enfants, qui leur semble essentiel pour le développement de leurs enfants.»

Diane Dubeau avoue tout de même que la tâche n’est pas facile; cela nécessite du temps et des efforts pour faire des choix, par exemple: comment concilier travail et famille, surtout lorsque les enfants sont en bas âge? Qui devra s’absenter du travail lorsque cela est nécessaire?

Elle maintient tout de même que cette nouvelle façon d’aborder la parentalité est un gain considérable pour la famille.

La stratégie du RVP est d’accompagner les pères dans cette nouvelle démarche via des partenaires membres du secteur communautaire en contact direct avec les familles. Il y a 10 ans, Centraide du Grand Montréal a saisi le potentiel du RVP et a été la première instance à le soutenir financièrement. Les ministères de la Famille, de la Santé et des Services sociaux ainsi que le Secrétariat de la condition féminine ont ensuite suivi le pas.

Avec seulement deux employés permanents et des projets d’envergure provinciale, le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité doit faire face à un défi interne important : la croissance de ses activités sans une croissance correspondante de ses ressources humaines.

En complément à Reflet de Société +

Écoutez cette vidéo humoristique de Naître et grandir sur le moment présent des enfants.

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La pupille, un outil de détection de l’autisme ?

Serait-il possible de détecter l’autisme dès les premiers mois de vie, simplement avec un contact visuel ? Bien que les symptômes du trouble autistique soient définis par des problèmes de communication sociale, de plus en plus de chercheurs sont convaincus que l’autisme pourrait être détectable précocement au niveau du fonctionnement cérébral et sensoriel.

Un texte de Alexandra Bachot – Dossier Santé 

C’est ce que révèle une étude suédoise réalisée par l’Université d’Uppsala et publiée dans Nature Communications. Suite à leur recherche, des scientifiques ont découvert qu’au début de leur vie, les enfants autistes ont un réflexe photomoteur plus vif que le reste de la population, celui-ci devenant plus faible par la suite. Ce réflexe correspond à la réponse de la pupille quand elle est exposée à des changements d’intensité lumineuse et la vitesse avec laquelle elle se contracte ou se dilate.

Pour mener à bien leur expérience, les chercheurs ont étudié les réflexes photomoteurs de bébés d’une dizaine de mois et ont suivi les enfants jusqu’à leur 3 ans, à l’âge où le diagnostic d’autisme est posé. Plusieurs constats peuvent être retenus de leurs observations.

Les enfants diagnostiqués autistes à 3 ans contracteraient plus fortement leurs pupilles à l’âge de 9-10 mois que ceux qui ne sont pas atteints du syndrome. Par ailleurs, les scientifiques estiment qu’il existe une corrélation entre la contraction de la pupille et la sévérité de l’atteinte autistique.

Les autres sens tels que l’audition, le toucher, le goût pourraient-ils être atteints de la même manière ? « C’est probablement un phénomène qui affecte tout le processus sensoriel et pas seulement la vision », déclare Terje Falck-Ytter, coauteur de l’étude.

En outre, cette découverte a été mise en lien avec la difficulté d’établir des contacts visuels, l’une des caractéristiques des autistes. « Nous avons trouvé des corrélations entre la contraction de la pupille et les difficultés de communication sociale qu’éprouvera le jeune enfant par la suite, y compris au niveau du contact visuel », affirme le chercheur.

Si pour le moment il est encore trop tôt pour appliquer ces résultats dans un contexte clinique, il n’est pas exclu d’utiliser cette méthode pour faciliter une détection précoce du syndrome et une meilleure prise en charge des interventions.

En complément à Reflet de Société +

Écoutez le témoignage de Rachel, jeune femme autiste de 17 ans. Une vidéo du Figaro.

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Politique municipale, le combat du congé de maternité

Un texte de Alexandra Duchaine – Dossier Politique

Les femmes aux ambitions politiques doivent-elles taire leur désir d’avoir des enfants pour être élues?

La conseillère municipale de l’arrondissement montréalais Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, le croit et s’en désole. «Dans mon quartier, par exemple, plus on avance dans les échelons, dans les paliers de gouvernement, moins les élues ont d’enfants, moins elles sont mères», évoque la trentenaire.

Émilie Thuillier a 2 enfants. Elle côtoie la députée provinciale d’Ahuntsic-Cartierville Marie Montpetit qui en a un seul, puis la députée fédérale, Mélanie Joly, qui n’en a pas. «Aucune femme ne dira qu’elle a mis de côté sa vie familiale pour sa carrière politique, c’est beaucoup trop tabou, affirme Émilie Thuillier. Sauf qu’on le voit, on ne peut le nier, les élues ont rarement des familles nombreuses», souligne la conseillère en riant.

Aucun soutien

Pour la députée péquiste de Marie-Victorin Catherine Fournier, les femmes ne devraient jamais avoir à choisir entre vie politique et familiale. «Des mesures doivent être mises en place pour qu’être à la fois mère et législateur soit possible», croit l’élue de 25 ans qui désire donner naissance. «Pour l’instant, je ne comprends pas comment je ferais pour avoir des enfants, puisque mes fonctions politiques sont très prenantes», partage la plus jeune députée de l’histoire du Québec.

À l’Assemblée nationale du Québec, les familles ne profitent d’aucun soutien. «Il n’y a pas de salle d’allaitement, pas de garderie et, pire encore, les élus n’ont pas un seul jour de congé parental», souligne Catherine Fournier. Les mères députées doivent se remettre au travail tout de suite après l’accouchement, sinon elles encourent des pénalités financières, voire leur destitution.

Aux dires de la conseillère municipale de l’arrondissement montréalais Villeray–Saint-Michel-Parc-Extension et ex-députée de Laurier-Dorion, Elsie Lefebvre, les législateurs sont les grands oubliés de la politique familiale. «En termes de conciliation travail-famille, le Québec est un modèle, conçoit-elle. Par contre, pour les élus, c’est la préhistoire», dénonce la mère. À ses yeux, si les institutions politiques sont en retard, c’est parce qu’elles ont été trop longtemps entre les mains d’un «boys club» que les femmes commencent à peine à s’approprier.

Ce qu’il reste à faire

Élue enceinte en 2009, Elsie Lefebvre s’est battue pour qu’à l’Hôtel de Ville de Montréal la situation des parents, mais surtout des mères, s’améliore. La mairie qui n’était même pas dotée d’une table à langer est aujourd’hui pourvue d’un salon d’allaitement et d’une halte-garderie. Depuis juin 2016, tous les élus municipaux du Québec profitent même de 18 semaines de congé parental.

Sauf que ce congé reste plus symbolique que pratique. «La plupart des élus n’ont pas le budget pour disposer d’un secrétaire ou d’un remplaçant, explique la conseillère de Ville de Champlain-L’Île-des-Soeurs Marie-Eve Brunet. Si personne ne prend notre relève, à l’accouchement, on n’a pas le choix de continuer à travailler, parce que le citoyen doit toujours être représenté», défend la mère de 2 enfants. Il faut donc qu’un remplaçant soit désigné pour chaque conseiller.

Pour Elsie Lefebvre, tout reste encore à faire pour que la conciliation politique-famille soit possible. «Il faut changer les horaires des consultations publiques, qui se font surtout le soir, commence-t-elle. Il faut rendre possible le vote à distance ou l’enregistrement des assemblées et, plus important encore, il est nécessaire d’offrir des congés parentaux au fédéral et au provincial», énumère-t-elle.

Ailleurs en politique

Au sein de tous les paliers gouvernementaux, les femmes sont minoritaires. Elles occupent 32% des sièges au municipal, contre 27% au provincial et 26% au fédéral. «Si les femmes n’avaient pas à décider entre vie familiale et vie politique, si la conciliation allait de soi, il est certain qu’elles seraient plus présentes dans les espaces décisionnels», plaide Elsie Lefebvre, loin de négliger l’existence d’autres facteurs.

Fait fort révélateur, l’ex-députée de Laurier-Dorion a décidé de quitter le Parti québécois pour tenter sa chance au municipal en 2009 parce qu’elle était enceinte. Impossible pour elle de parcourir le Québec à la rencontre des citoyens ou de multiplier les allers-retours Québec-Montréal un bébé dans les bras. Représenter les habitants de son quartier semblait plus réaliste pour la jeune mère.

Émilie Thuillier, Marie-Ève Brunet, Catherine Fournier et Elsie Lefebvre mènent un combat pour que la politique soit à l’image de la société. «Les élus doivent vivre ce que les citoyens vivent, sinon ça fait des politiques publiques vides et décalées, qui n’ont aucun sens», résume Marie-Ève Brunet. À Ottawa, à Québec et au sein des mairies, certifient les 4 femmes de tête, il faut des mères qui comprennent le casse-tête quotidien des familles et qui légifèrent en conséquence.

Et il faut aussi des pères. Marie-Ève Brunet a dû retourner au travail 5 jours après son accouchement, car à l’époque le congé parental de 18 semaines n’était pas encore mis en place. Elle a pu le faire grâce à son mari, qui a pris plusieurs mois de congé pour la suivre partout où son statut d’élue la menait.

Marie-Ève Brunet le dit haut et fort, si les femmes sont minoritaires à l’Assemblée nationale, c’est en partie parce qu’elles sont encore perçues comme les responsables des petits. «Il faut réfléchir à notre vision collective de la mère, à notre vision du couple et de la répartition des tâches», conclut-elle. Parce qu’avant de moderniser les institutions politiques, il faut d’abord moderniser la famille, rappelle-t-elle.

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