Un blood abandonne son foulard

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La vie d’un Blood et des gangs de rue

Émergence d’un citoyen

En février 2011, Général a commencé à raconter son parcours au sein d’un gang de Montréal-Nord. Dans ce numéro, il explique pourquoi il a voulu partager son expérience avec les lecteurs de Reflet de Société

Dominic Desmarais   Dossiers Gang de rue, Criminalité

gang de rue blood street gang crips criminalitéGénéral a passé près de 15 ans de sa vie au sein des Rouges, un gang de rue. Il y a trouvé une deuxième famille, soudée par des liens très serrés. En quittant le gang, c’est toute sa vie qu’il perdait. Général devait faire ses adieux à ses amis, à l’argent, à la reconnaissance et à l’attention du sexe opposé. En exposant son cheminement délinquant, il prenait un gros risque : attirer l’attention alors qu’il devait se faire oublier.

Général ne s’est pas ouvert de façon désintéressée. S’il a bien voulu témoigner, c’est pour passer son message : il a changé de vie. «C’est une manière pour moi de crier sur les toits que je n’ai plus de liens avec les gangs. Que j’ai changé, que je ne veux plus être associé à ce milieu.»

Général espère faire d’une pierre deux coups. Que ses amis acceptent son départ et que ses ennemis le laissent tranquille. Mais le jeune homme reste lucide. Il reconnaît n’avoir aucun pouvoir sur la réaction de ses pairs. «Ils peuvent se dire que c’est des conneries, que ce n’est pas sérieux. Mes ennemis peuvent dire que je leur ai fait trop mal, qu’ils s’en foutent que j’en sois sorti ou pas.»

Des réactions positives…

Certains de ses amis, membres de son ancien gang, ont lu ses témoignages. La plupart l’ont félicité. «Ils le savaient déjà que je voulais quitter. Ils voyaient mes démarches avant que les articles soient publiés. Mais j’avoue avoir eu peur de leur réaction. Je ne savais pas comment ils le prendraient. On m’a dit que si c’était ce que je voulais, de continuer dans cette voie.»

Quelques amis, avec qui Général était plus lié, lui ont fait des reproches. Ils se sont sentis abandonnés. «Ils m’ont dit que je les laissais tomber, que je ne les trouvais pas assez bons pour moi. Mais ce ne sont que des paroles. Ce n’est pas allé plus loin.» Général s’en tire plutôt bien. Il n’a reçu aucune menace de la part de son propre clan. «Quand ils ont vu que ça se limitait à mon histoire, que je ne balançais personne, ça les a rassurés. Ils avaient peur que je les pointe du doigt, que je raconte leurs histoires avec la mienne.» Général a fait bien attention dans ses témoignages. L’important, c’était de parler de son propre vécu dans l’univers des gangs.

gang-de-rue-montreal-nord-gang-rue-pelletier…même chez ses ennemis

Général n’a pas poussé l’audace jusqu’à demander à ses ennemis ce qu’ils pensaient de sa sortie. Mais il a reçu quelques commentaires de ses rivaux qui l’encouragent. «Certains Bleus ont lu l’article. De ce qu’on m’a dit, ils ont compris que je quittais la vie de gang. On m’a fait savoir que je faisais bien. Certains m’ont dit bravo !»

Si les commentaires du milieu sont positifs, tant chez les Rouges que chez les Bleus, ceux qui lui viennent de son cercle intime sont moins encourageants. On lui dit qu’il s’expose trop, on a peur qu’il attire l’attention de la police, de son gang et de ses ennemis. «Ils n’étaient pas d’accord. Pour eux, le meilleur moyen, si je veux en sortir, c’est de déménager, de fuir.» Général s’y oppose. Il ne veut pas traîner ce poids toute sa vie, peu importe la ville dans laquelle il s’arrêtera. Par son témoignage, il cherche à s’affranchir de son passé plutôt que de le traîner partout avec lui.

Nouveau leadership

Du temps où il faisait partie des Rouges, Général était vu comme un leader incontesté. Même aujourd’hui, les plus jeunes savent qui il est. En partageant son histoire, il espère rejoindre ces jeunes. «Je veux montrer à ceux qui veulent changer que c’est possible. Si j’ai réussi, eux aussi le peuvent. Plusieurs veulent s’en sortir mais ils ne savent pas comment.»

Depuis que son intention de quitter la vie de gang est publique, des jeunes qui gravitent dans le milieu lui ont posé des questions. «On veut savoir comment je fais pour survivre maintenant que je ne fais plus d’argent. Si ça vaut la peine de sortir du gang. La réponse est oui même si certaines choses me manquent. Mais ça vaut la peine juste pour se lever le matin sans tous ces problèmes.»

Par «problèmes», Général entend la violence et la haine qui le tenaillaient, les décès de ses amis et la possibilité qu’il fasse lui aussi partie des victimes, la peur de passer un long moment en prison.

Autonomie recherchée

À ceux qui lui demandent comment il fait pour survivre financièrement, Général ne sait quoi répondre. Il n’a pas encore trouvé la solution. Chaque jour, il passe des entrevues pour se trouver un emploi. «J’ai de la difficulté à payer mes factures. C’est la première fois de ma vie que ça m’arrive.» Le jeune homme sait qu’il pourrait aisément faire un coup d’argent pour faire disparaître ses tracas monétaires. L’idée lui est déjà venue. C’est d’ailleurs l’option qu’il avait choisie lors de sa première tentative de couper les liens avec son gang. «Ce qui m’en empêche aujourd’hui, c’est que je ne veux pas y remettre les pieds. Je ne veux plus vivre avec ces risques. Je m’attendais à ce que ce soit difficile.»

S’intégrer au marché du travail est un défi de taille. Général commence à peine à s’adapter. Il doit changer ses habitudes. «Avant, quand il fallait que je fasse de l’argent, j’y allais à mon rythme. Si je voulais me lever en après-midi, ce n’était pas grave. Là, je dois me conformer aux règles des autres plutôt qu’aux miennes. Je ne suis pas dans un milieu où je n’ai qu’à m’imposer pour obtenir ce que je veux. La transition n’est pas facile mais c’est faisable.»

Général ne peut plus compter sur un réseau d’amis comme avant pour lui venir en aide s’il a besoin d’argent. Son cercle est plus restreint, les occasions sont plus limitées. «Avant, j’avais une dizaine de portes de sortie si j’avais besoin d’argent. Aujourd’hui, je n’ai que mes proches et quelques amis fidèles. J’apprends à vivre seul. Ce n’est pas facile.»

Apprivoiser la solitude

Général apprivoise la solitude. Lui qui a toujours été entouré d’amis, à festoyer sans demi-mesures, apprend à cheminer par lui-même et pour lui-même. Il était célèbre dans son milieu, le voilà devenu anonyme. Il prend plaisir à aider des jeunes qui ont un parcours similaire au sien même s’il n’a que de l’écoute à leur donner. «Je me vois dans leurs histoires. Et ce n’est pas comme si je ne connaissais rien à ça!»

Il leur raconte ses difficultés et ses victoires. Il n’a pas toutes les réponses, il se cherche encore. À ceux qui n’ont pas encore intégré un gang, qui gravitent autour, il explique le stress que ça apporte. «Je dois toujours faire attention. Dans ce milieu, tu ne sais jamais ce qui va se passer. Je dois encore avoir des yeux derrière la tête et je ne vais pas n’importe où.» Même libre, Général ne peut se rendre où bon lui semble. Ce qui a un impact sur ses proches quand ils l’accompagnent.

Le meilleur conseil qu’il peut donner, c’est de se trouver un autre gang… plus positif. «La chance que j’ai eue, c’est d’être tombé sur du bon monde qui m’ont donné ma chance. C’est ce qui me pousse à continuer. Sinon, je ne sais pas où j’en serais. Au Café-Graffiti, personne ne me juge. On me soutient. J’ai quitté un gang de rue pour un autre type de gang où on s’entraide pour vivre dans la joie. Ça m’aide beaucoup. Et quand j’en parle avec un jeune, je me sens mieux placé qu’un intervenant parce qu’on a le même langage.»

Rap rédempteur

Pour Général, le meilleur moyen de sensibiliser les jeunes contre les gangs est la musique. «Le hip-hop est un style musical très fort chez les adolescents. Ils écoutent plus à travers la musique qu’en échangeant par la parole. Plusieurs entrent dans les gangs pour vivre ce que leur fait ressentir la musique. C’est un bon moyen pour les toucher.» Général, qui a fait l’éloge de son gang par la musique, change de direction. Il veut exprimer ce qu’il vit présentement, ce qu’il observe avec le peu de recul qu’il a des gangs.

Général a fait beaucoup de chemin depuis qu’il a quitté l’univers des gangs. Il se réajuste à un mode de vie qui lui était étranger. Il vit le stress de se trouver un emploi comme bon nombre de gens. Il ne s’en rend pas compte, mais il désire, comme chacun, conserver son originalité.

Introduction Histoire des gangs de rue

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Journal intime d’un membre de gang de rue qui veut s’en sortir. Général, membre très actif d’un gang de rue, change son fusil d’épaule et quitte le gang. À travers l’histoire de Général, Reflet de Société raconte la vie dans un gang de rue.

Dominic Desmarais  Dossier Gang de rue, Criminalité

guerre-gangs-rue-montreal-nord-crips-bloods La vie de Général dans les gangs de rue a commencé au primaire, alors qu’il s’amusait à personnifier ses aînés. Puis, dès le secondaire, il s’identifie aux plus vieux en se bagarrant avec les ennemis de son clan. En vieillissant, Général est initié à la criminalité par le biais de son gang. La guerre prend un nouveau sens. Il ne défend plus une famille mais un butin. À mesure que l’argent entre, les ennemis se multiplient.

Général passe son adolescence à vouer une haine à ses ennemis, les Bleus. Petit à petit, il est embrigadé par les plus vieux qui l’initient au crime: vol, recel, vente de drogue, passage à tabac, incendie de commerces.

La rage dans un gang de rue

gang-de-rue-montreal-nord-gang-rue-pascal Sa rage se détourne peu à peu de ses rivaux. Il commence à prendre conscience de son goût pour l’argent. Il aime l’indépendance qu’il s’achète et le regard respectueux qui l’accompagne. À 17 ans, il n’écoute plus ses parents et s’éloigne de la maison. Il est un adulte qui gagne fort bien sa vie. Il couvre ses petites amies de cadeaux, s’offre une voiture de l’année, des bijoux, des vêtements. Il a de la classe. Ses amis, avec qui il roule, vivent de la même façon. Quand il les regarde, il voit sa réussite. Un dur au portefeuille bien garni qui a tout ce qu’il désire.

«J’ai remarqué que le danger et l’argent, ça attire le monde. Surtout les femmes! À chaque soir on faisait le party. On préparait nos crimes en chillant.» Le clan de Général compte quelque 70 membres. Le jeune voyou a l’embarras du choix s’il a envie de s’amuser. Et il possède l’argent pour festoyer comme il l’entend. «Je pouvais appeler un ami qui était déjà avec 5 gars. J’en appelais un autre, et c’était la même chose. Finalement, on se retrouvait à 30! On sortait et on ne faisait jamais la file. On pouvait dire n’importe quoi, faire du vacarme, être détestables, prendre toute la place dans le bar, personne n’osait nous dire de sortir. À Montréal-Nord, aucun bar ne pouvait nous refuser.» Général et son gang agissaient comme des tyrans même sur leur territoire. Rien à voir avec la guerre contre les Bleus où ils se posaient en défenseurs de leur quartier. La guerre changeait de visage.

Les Bloods et l’argent

rapper-general-rap-montreal-nord-hip-hopLa famille rouge se soude contre l’ennemi mais agit selon les intérêts de chacun. Il n’y a pas de structures, d’organisation. Les jeunes se rassemblent selon leurs amitiés et leurs affinités. «Il y en a qui veulent juste porter un gun. Ils entrent dans le gang avec leur haine. Ils sont là pour la violence. Ils veulent juste commettre des crimes. D’autres veulent une appartenance. Moi, c’était l’argent. J’étais plus un hustler qu’un trigger happy (gâchette facile). Mon crew, c’était le cash en premier.»

Au début du secondaire, Général se levait le matin pour mater du bleu à l’école. À la fin de son adolescence, c’est au pognon qu’il pense en se réveillant. «Moi je me lève le matin et je me dis: je veux une voiture. Mais si je n’ai pas gagné d’argent de la journée, je n’en dors pas! Ce n’est pas tout le monde qui fait de l’argent. Faut être wise, faut le vouloir. La majorité des membres de gang, je dirais 60 %, est pauvre. Vraiment pauvre. Ils dorment au gaz, ils ne font que traîner. Ils n’y pensent pas jour et nuit. Ils vivent dans la rue, vont dormir d’un appart à l’autre, chez des amis. On est une minorité à avoir un appart, un condo, une maison. Ceux qui traînent dans le métro, les petits revendeurs, ce ne sont pas des leaders. Ils ne sont pas sérieux.» Les centres d’intérêts des membres divergent en vieillissant. Les unions d’hier, la cause, s’effritent.

Le territoire des Bloods

gang-de-rue-montreal-nord-gang-rue-pelletier Le gang de Général cherche un territoire plus vaste à contrôler pour écouler sa drogue. Une drogue qu’il achète toujours aux plus vieux de son clan, la première génération des Rouges. De tous les groupuscules de sa génération, celui de Général roule le plus. «On faisait plus d’argent que les autres. Et on était les plus fous. Ça roulait. Le centre-ville, le West Island, Montréal-Nord. Juste avec 5 gars solides, tu peux contrôler un territoire. Et appeler du renfort au besoin.»

Quand il ne s’occupe pas lui-même de régler tout contentieux, le petit groupe de Général n’a qu’un appel à faire pour dénicher un membre qui peut faire un vol, intimider une personne ou même la descendre. «N’importe qui du groupe peut prendre une décision. Mais on les prend généralement ensemble. On s’appelle.»

Les Bloods au Centre-Ville contre les motards

gang-de-rue-rapper-general-hip-hop-gang Avides, Général et ses amis lorgnent du côté de la rue Saint-Denis, une artère importante à Montréal, pour agrandir leur territoire. «On savait que la rue appartenait aux motards. On y est allé à 20 pour attirer leur attention, montrer qu’on était là.

On vendait notre drogue. Jusqu’à ce que le boss du quartier nous aperçoive. Alors, on le confrontait. Et d’habitude, il n’y a pas grand monde pour s’opposer à lui.» Le groupe utilise un camé pour qu’il appelle son fournisseur et attend son arrivée. Ils l’ont ligoté et appelé son patron devant l’otage. «Si le boss ne voulait pas céder son territoire, on faisait passer notre message en battant son pusher.»

Général n’a pas d’émotion, quand il raconte cette partie de sa vie. Pour lui, c’est business as usual. «Nous, on tapait tout le monde. On s’en foutait, qu’ils aient des patchs. On était un gang, nous aussi. On a tapé deux ou trois de leurs gars. Ils ont dit ok, mais ne touchez pas à la rue Saint-Laurent. Vous abuseriez. Ce sont des guerriers, les motards», dit-il avec respect.

Général et son groupe, en plus de leurs visées expansionnistes, doivent protéger ce qu’ils contrôlent. Ce qu’ils ont fait aux motards, sur St-Denis, d’autres les imitent pour leur voler ce qu’ils possèdent.

La violence attire la violence

general-blood-gang-de-rue-montreal-nord-gangs Si l’un de ses jeunes vendeurs se fait tabasser par des ennemis qui lui envoient un message, Général doit réagir. «Je n’ai pas d’autre choix que de répliquer. Sinon, mon jeune n’aura plus confiance en moi. Et les autres non plus. On devait régler le problème. Dans ce milieu, tu sais qui ne t’aime pas, qui te surveille. C’est facile de faire parler quelqu’un. Si on juge que ça prend une raclée pour se faire comprendre, on le fait. Mais ça peut mal tourner. Car si on débarque dans un endroit et que les gens sont armés, tout peut arriver.»

Général et son gang se battent pour leur business d’abord. Ils marchent sur les plates-bandes des Bleus, des motards et de la mafia. Et leur affiliation aux Rouges les amène aussi à épouser les guerres des autres membres du clan. Les business des uns créent des problèmes à tous. «Les motards n’ont peur de rien. Ils ont des gangs qui existent juste pour tuer. Ils sont aussi salauds que nous. Eux aussi vont tirer dans le tas, peu importe qui est là. Ça a été nos plus grosses guerres. En fait, la guerre avec les motards a duré un an. C’était celle des plus vieux Bloods.» Général parle avec respect de ces ennemis avec qui il a croisé le fer. Mais le ton change quand il aborde le sujet de la mafia.

Mafia, police et politiciens

«Ce sont des peureux! Côté bagarres, ils ne peuvent pas répondre. Ils ont beaucoup plus que nous à perdre. On peut détruire leurs commerces. Eux ils peuvent juste nous tuer. Et ça va leur coûter 50 000$ pour engager un tueur qui va assassiner un seul gars! Nous, ça ne nous prend rien! Pendant la guerre avec les Italiens, en une soirée, on leur a brûlé sept bars! Ils perdent beaucoup. Ce qui les sauve, c’est qu’ils sont partout. Ils ont la police et les politiciens dans leur manche.»

Mais l’ennemi, quand on fait la guerre pour l’argent et le pouvoir, peut prendre les traits d’un ami. Même au sein de la famille, les frictions surviennent. Le meilleur ami de Général, très ambitieux et productif, s’est fait tirer dans la jambe par l’un de leurs bons camarades après que celui-ci lui ait fait comprendre qu’il ne rapportait pas assez d’argent. «Ils sont restés les deux dans le gang mais ils ne se parlent plus. Ça a divisé le groupe. Ils se parlaient dans le dos. Mais on vient de la même clique. Celui qui a tiré, on lui a fait comprendre qu’on n’était pas d’accord avec son acte. Je ne le voyais plus autant, après. Il a pris son trou.»

Le cycle des générations se poursuit. Les amis de Général, avec leur business, vont se distancer de la guerre, mauvaise pour les affaires. Ils vont laisser aux plus jeunes le soin de faire les mauvais coups pendant qu’ils font fructifier leur argent. La violence se poursuit.

Introduction Histoire des gangs de rue

Autres textes sur Gang de rue

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Un Blood remise son bandeau rouge et quitte le gang de rue

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Sortir d’un gang de rue

Les adieux de Général au gang de rue

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Dominic Desmarais Dossier Gang de rue, Criminalité

gang-de-rue-gangster-criminalite-criminel-generalGénéral a grandi au sein de la famille des Rouges. À 9 ans, il commence à les représenter. Adolescent, il mène la guerre contre les ennemis jurés de son clan, les Bleus. Puis, avec le temps, le soldat se mue en criminel lucratif. Un séjour en prison pour vol à main armée lui a fait comprendre qu’il est temps de quitter cette famille. Mais briser le lien est difficile. Changer de mentalité aussi.

Général sort de prison à 21 ans. Il vient de passer les trois dernières années de sa vie derrière les barreaux. Et il doit, pour les deux ans à venir, se soumettre à plusieurs obligations. Il est en sursis. Il doit garder la paix, se présenter à son agent de probation, faire des travaux communautaires, se trouver un emploi ou retourner à l’école. Il doit également respecter un couvre-feu qui l’oblige à demeurer chez lui de 22 heures à 6 heures du matin. «J’avais 21 ans. J’étais toujours un hors-la-loi. Je n’ai pas respecté mes conditions. J’ai travaillé pendant trois mois sur des ailerons de voiture. Pour le satisfaire, je donnais des papiers à mon agent attestant que je continuais de travailler. La seule chose, c’est que je devais être là pour recevoir son appel. Il le faisait entre 23 heures et minuit. Dès que je lui avais parlé, je partais. J’allais vendre. Ça ne m’a pas arrêté.»

Des appels, Général en rate plusieurs. Il doit retourner au tribunal s’expliquer. Il est mis à l’épreuve pour une période de 6 mois. «Je ne pouvais plus manquer d’appels et j’ai décidé de retourner à l’école pour terminer mon secondaire. Mais je n’y allais pas souvent. Je ne dormais pas de la nuit. Je vendais.»

Un blood se questionne

gang-de-rue-blood-crips-gangs-criminaliteGénéral continue son business. S’il se fait interpeller par un policier, la prison l’attend illico. Il fait davantage attention, fait  profil bas. Une fois son sursis terminé, il est arrêté pour extorsion. C’est le retour au pénitencier jusqu’au procès. Général y reste six mois avant d’être déclaré innocent. Mais ce deuxième rappel à l’ordre le bouleverse. «Là, j’ai commencé à me poser des questions. Je l’ai gardé pour moi. Je ne voulais plus faire d’activités flagrantes. Quand les gars voulaient faire une action grave et qu’ils m’appelaient, je n’y allais pas. Je ne voulais pas retourner en dedans. Mais j’étais toujours un blood. Je les représentais.»

Général est mal à l’aise. Il nage entre deux eaux. Il continue à frayer avec sa famille Rouge, à pousser pour faire encore plus d’argent. Mais quand il est question de livrer bataille, il se sent comme un étranger. Ce n’est plus pour lui. Il ne se reconnaît plus, lui le premier à vouloir se battre, à être de tous les coups durs.

Intérieurement, il se sent de plus en plus seul. Jusqu’à ce qu’un autre membre lui fasse part de son propre malaise. «J’avais un ami, un arabe, qui se questionnait aussi. On s’appuyait. On avait un emploi tous les deux, alors on restait plus souvent chez nous. Mais on se présentait aux événements et aux réunions du gang. On était moins présents, les autres savaient qu’on travaillait à l’extérieur. Mais on était toujours des membres.»

Fuir le gang de rue

Général décide de prendre ses distances pour quelque temps afin de comprendre ce qu’il vit. «Je suis allé chez ma sœur, à Ottawa. Je voulais m’en sortir. Mais j’avais toujours ma mentalité street.»

Général observe la vie de la rue, à Ottawa. Il remarque qui contrôle la vente de la drogue. Tout naturellement, il se lie avec eux et les relie avec sa famille de Montréal-Nord. «À Ottawa, ça ne joue pas fort comme à Montréal. Ici, on allait tabasser le monde pour dire que c’était nous qui contrôlions le territoire. Ça ne se faisait pas vraiment à Ottawa… avant que je n’arrive!»

Général se bâtit un gang de Rouge dans la capitale fédérale. Il coupe les ponts avec eux aussitôt qu’il revient à Montréal. Une première rupture qui l’aidera plus tard à quitter sa famille de Montréal-Nord.

Pendant son séjour à Ottawa, son gang s’habitue à ne pas le voir dans les parages. Peu à peu, le lien se défait. «Ils me voyaient de moins en moins. Un gang, ce n’est pas comme les motards. On n’a pas de comptes à rendre. C’est plus facile de quitter. On ne me tirera pas parce que j’en sais trop. Quand je suis revenu d’Ottawa, on m’a juste dit Yo Général, t’étais où? J’étais parti habiter chez ma sœur à Ottawa.»

La désaffiliation d’un gang de rue

Général quitte graduellement les Blood et sa mentalité de criminel. Mais il vit seul son processus de désaffiliation. «Je ne l’ai pas dit à mes proches. Quand on me demandait pourquoi on ne me voyait plus, je répondais que j’étais relax. Je ne leur ai pas dit que je voulais partir. Ce n’est pas du monde attentif. Je n’ai pas peur de le dire mais ils ne sont pas réceptifs. Certains ne l’accepteraient pas. Ces dernières années, ils ont vu que j’avais changé. S’il fallait battre quelqu’un, faire peur à du monde, on m’appelait de moins en moins. Je disais que je voulais changer de vibe. Ils le voyaient. Mais certains ne comprenaient pas. Ils agissaient mal avec moi. Général nous laisse tomber? Il se prend pour qui? Dans un gang, tu dois toujours être présent, actif. Je m’éloignais encore plus d’eux.»

Son second séjour en prison le pousse à se questionner. Il n’a pas envie de passer ses jours derrière les barreaux. Il ne veut pas être ce genre de modèle pour ses parents, ses frères et sœurs. «J’en avais marre que le monde autour de moi souffre. Je voulais le meilleur pour ma famille, pour mon petit frère. Plus il vieillissait et plus je m’investissais auprès de lui. Il fallait que je lui montre l’exemple. Ce n’est pas la prison qui me donnerait l’occasion d’accomplir quelque chose.»

Mais changer de mentalité est ardu. Général en souffre. «Ça m’a pris subitement. J’avais peur de me faire prendre, peur du temps que j’avais à perdre en prison. Je «paranoïais»,  je voyais des morts, je vomissais. Je n’étais vraiment pas bien dans ma peau. J’ai réalisé que j’avais une vie devant moi. J’ai pris conscience que si je passais ma vie en dedans, je perdrais ma copine, ma famille et mes amis disparaîtraient.»

Après cette bataille avec la folie, Général reprend le contrôle de sa personne. «Je me suis réveillé un matin et j’ai décidé que c’était terminé. C’est la volonté. Comme un fumeur qui veut arrêter. J’étais tanné. Je ne voulais plus de cette vie. Je m’éloignais du monde qui pouvait m’apporter des problèmes.»

L’exil du gang de rue

Pour se faciliter la vie, Général quitte Montréal. Il accompagne sa petite amie qui part étudier à Sorel-Tracy. Il s’isole avec elle. «J’ai changé de numéro de téléphone. Seuls mes proches l’avaient. Pas de membres du gang. Ma copine allait à l’école et moi je voulais changer d’air. Au début, à Montréal, elle me voyait arriver avec beaucoup de stock. Mais quand j’ai décidé d’arrêter, je ne touchais plus à rien. J’ai fait des démarches pour me trouver un emploi et terminer mon secondaire. Je commençais à être dans ma bulle. Ma copine voyait que j’étais seul, que je ne sortais pas de la maison. J’étais toujours stressé. Couper sec, ce n’est pas facile. Je n’étais toujours pas bien. Je changeais de mentalité et le monde autour de moi ne comprenait pas. Je n’avais pas le goût d’aller voir mes amis parce que je savais que ça finirait mal.»

Général, dans son cocon à Sorel-Tracy, épuise toute sa paranoïa. Il se métamorphose. «C’était dur parce que je devais changer complètement mon mode de vie. Je devais tout changer. Refaire mon cercle social, trouver le moyen de faire de l’argent. Comment j’allais payer les factures? Ça me stressait. Avant, quand j’avais besoin d’argent, c’était facile. Juste à vendre. C’est là que j’ai commencé à m’investir dans la musique. J’y défoulais ma rage. L’énergie que j’ai mise dans la rue, je l’ai mise dans le rap. J’ai commencé la réalisation vidéo. J’ai fait un DVD de musique. Pour faire de l’argent. Et ça n’a pas été long avant que je m’intègre à la communauté hip-hop québécoise. Je sais comment vendre un produit. Je me suis bien débrouillé avec mon DVD. Ma mentalité de revendeur m’a aidé pour vendre ma musique!»

Le rap, sortie de secours à un gang de rue

Après son sevrage du monde, Général sort de l’ombre. Le plaisir qu’il avait de chiller avec les gars de son gang, il le retrouve avec la famille du hip-hop. Il crée des liens qui ne sont pas criminels. Et il se sert de son expérience de la rue pour s’exprimer dans sa musique. «Quand tu veux changer, le bon monde vient à toi. J’avais la volonté de changer, de faire mieux, de passer un message.»

Le passé de Général l’handicape. Il le limite dans ses mouvements. Il ne peut, par sa musique, rejoindre un public hostile à sa vie antérieure. «C’est sûr qu’il y a des secteurs où je ne peux pas aller. Je suis connu. J’ai encore des ennemis. Je suis fraîchement sorti de mon gang. Des jeunes des quartiers Pie-IX et Saint-Michel m’ont demandé d’aller tourner des vidéos chez eux. Je ne peux pas. Mon nom est encore gravé dans la tête de certains. Même si j’ai changé, je ne peux pas aller dans le camp ennemi pour dire que j’ai arrêté. Ils s’en foutent.»

Les remords d’un ancien blood

Général aimerait bien tourner la page de son parcours de blood. Mais pour y arriver, il faut d’abord qu’il fasse la paix avec lui-même. «J’aimerais m’excuser publiquement. Mais j’ai fait trop de mal à certaines personnes pour qu’elles acceptent. Comme pour moi. Je suis rentré à 9 ans dans les Rouges quand j’ai vu mon cousin se faire tabasser devant moi. Mais j’ai tapé du monde devant leurs petits frères et je les ai forcés à choisir leur camp. C’est la même histoire que j’ai vécue. C’est une roue. Je m’en rends compte. La violence engendre la violence. Tous les jeunes ont une histoire qui y ressemble. Ceux qui entrent solidement dans un gang, c’est qu’ils ont une raison sérieuse. Les autres, ils ne font que suivre. Ceux qui m’ont fait du mal, je ne les excuse pas nécessairement. Mais je dois en faire un deuil. Ce qui ne veut pas dire oublier. Ceux à qui j’ai fait du mal, je ne leur demande pas d’oublier. Mais qu’ils sachent que j’ai changé. Que je ne m’intéresse plus à la violence.»

Général sait bien qu’on ne peut réécrire le passé. Avec son expérience des gangs, il se met à rêver de ce qu’il aurait pu accomplir. «Si c’était à refaire, si je pouvais reculer de 15 ans, je ne serais pas entré dans les blood. Plutôt que d’amener des jeunes à faire du business, je les aurais fait rapper. J’en sors des gangs, des jeunes. Je leur montre qu’il y a d’autres manières d’arriver à s’exprimer, à sortir de la rue. Si j’avais fait ça dès le début, plusieurs en seraient sortis.»

Introduction Histoire des gangs de rue

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Un membre de gang de rue en prison

Survivre en prison pour un Blood

Journal intime d’un membre de gang de rue qui veut s’en sortir. Général, membre très actif d’un gang de rue, change son fusil d’épaule et quitte le gang. À travers l’histoire de Général, Reflet de Société raconte la vie dans un gang de rue.

Dominic Desmarais Dossier Gang de rue

Général est membre des Rouges de Montréal-Nord. Il a fait son chemin par la violence et le crime. Valorisé par ses pairs pour son séjour derrière les barreaux, Général y a trouvé la volonté de changer de vie.

gang-de-rue-comment-sortir-gangs-de-rue-criminelGénéral célébrait son 18ème anniversaire en grand. Lui, le caïd sans peur et au portefeuille sans fond, méritait une fête digne des rois. Dans un hôtel loué pour l’occasion, ses amis et lui se promettaient un party qu’aucun n’oublierait. Il a reçu son gâteau par l’entremise de gens qu’il n’avait pas invité : le SWAT, l’unité policière spécialisée dans les interventions risquées. «On a entendu un hélicoptère. Puis les forces spéciales ont pointé leurs lasers sur nous.» En dehors de l’hôtel, Général est accueilli par une troupe de curieux. Les journalistes de TVA, TQS et d’autres médias sont là pour marquer la postérité. Général et ses amis deviennent des stars dans leur milieu.

Un Rouge parmi les Bleus

Général est arrêté pour un vol à main armée en 2002. Il passera 3 ans en prison. En attente de son procès, il est envoyé à Bordeaux. Il cohabite avec des criminels de tous les horizons. Mais les gens de son clan sont rares. Il est en territoire ennemi, chez les Bleus. «J’étais toujours sur le qui-vive. Je n’arrivais pas à bien dormir. Ce n’était pas mon monde qui avait le contrôle.» Général est chanceux. Son cousin, un Bleu qui habite Saint-Michel, est aussi à Bordeaux. Avec ses comparses d’origine africaine, il prend Général sous son aile malgré son affiliation ennemie. «C’est ce qui m’a sauvé. Mon cousin et les Africains des Crips.»

gang-de-rue-general-gangs-de-rue-criminalité-montreal-nord-gangBien que sur ses gardes, Général laisse sa nature s’exprimer. Lui, leader à l’extérieur, observe qui exerce le pouvoir dans le secteur de 180 criminels. Il remarque le président du comité des détenus, l’organe décisionnel après les gardiens, et rentre dans ses bonnes grâces. «Quand je suis arrivé, j’ai fait mes preuves avec le président. Quand il y avait un problème avec des prisonniers, j’étais avec lui, derrière lui.» Général s’intègre à ce point qu’il est élu sur le comité. Il en reçoit des avantages qui valorisent sa nature de chef.

«Comme j’étais dans le comité, tout allait bien pour moi. On me donnait des cigarettes, je pouvais me servir en premier à la cafétéria. S’il y avait un événement, une friction, je m’en mêlais. Une fois, j’ai organisé une réunion. Tous les gars sont venus. Les skinheads, les Noirs, les motards, les Italiens. J’avais une chanson. Nous on danse le disco! Je les ai tous fait chanter. Les 180 gars!»

Mais les jours paisibles de Général à Bordeaux s’achèvent. Un de ses frères, un Blood, vient le rejoindre en prison. Cette fois, le cousin et les autres Africains des Bleus ne veulent pas le protéger. Ils veulent sa peau. «Les Crips ont voulu le passer. Mais c’était un de mes amis. Je n’ai pas voulu. Alors je me suis battu contre eux pour l’aider. J’avais les Bleus et les blancs contre moi. Les skinheads étaient bien contents de voir des Noirs s’entretuer. Ils le disaient ouvertement. Et les Italiens, eux, s’en foutaient. La prison, c’est la prison. Un criminel, ça reste un criminel.» Général se retrouve seul contre la majorité. Son instinct de survie l’exhorte à la violence. Ce qui lui vaut un passage de cinq jours en isolation. Le trou, comme Général le surnomme.

Un blood parmi les siens

Le jeune criminel est transféré au pénitencier de Rivières-des-Prairies, un établissement à sécurité maximum. Général est mis dans une aile, une wing, de Bogars: huit hommes de son clan. «J’étais avec mes gars, chez moi. Sauf qu’on est en prison… Il y a toujours un stress. Même s’il y avait des problèmes entre nous, je savais qu’ils représentaient Montréal-Nord, les Blood. Alors parce qu’on fait partie de la même famille, on réglait nos chicanes plus facilement. Mais si un détenu arrivait et qu’il n’était pas un membre, c’était plus difficile pour lui. Il devait faire le ménage le matin, nettoyer les tables. Sinon, on le tabassait.»

gangs-de-rue-jeunes-criminels-gang-de-rue-taxage-prostitution-dopeLa vie en prison est régie par des règles. Ceux qui les transgressent se font rappeler à l’ordre sévèrement. «Certains entrent en prison sans en avoir la mentalité. Ils pensent qu’ils doivent faire leur place. Mais tu ne peux pas quand tu es isolé, avec des Bogars. Il y en a un, super musclé, qui a voulu montrer qu’il ne se laisserait pas intimider. Qu’il n’avait peur de personne. Il s’en est pris au plus petit de la wing. Mais c’était un des nôtres. Il s’attaquait à nous! On lui est tous tombés dessus. Il avait beau être grand et fort, il n’as pas pu faire sa place. Plusieurs se sont fait rosser pour ça.»

Ce qui est vrai en territoire des Bogars l’est aussi chez les Bleus, les motards, les maffieux. «En dedans, les motards se font taper. Ce n’est pas parce que tu es patché que tu ne te feras pas tabasser. Tout comme ce n’est pas parce que tu es un membre influent d’un gang que tu ne te feras pas corriger. En prison, c’est la loi du plus fort. Et le plus fort, c’est le groupe le plus nombreux.»

L’air frais

Général sort toutes les semaines de son univers carcéral. Quatre fois par semaine, il reçoit des visiteurs pendant une heure: ses parents et ses grandes sœurs ainsi que ses copines. «J’avais beaucoup de copines! C’est elles qui venaient me voir. En prison, c’est juste les filles qui viennent. Tu peux compter sur les doigts de ta main le nombre de gens qui sont là pour toi. Ça me faisait sortir de la wing. C’est ce que j’appréciais le plus. Surtout quand mes copines venaient. Le plus dur, c’est quand ma mère me visitait. Elle pleurait tout le temps. Pourquoi tu m’as fait ça?»

Après les entretiens avec sa mère,  Général retournait à la cellule le cœur déchiré. Sur le coup, il ne réalise pas quel impact les larmes de sa mère ont sur lui et sa volonté de changer de vie. Malgré les moments pénibles qu’il vit en sa compagnie, il se considère privilégié d’avoir une famille qui tient à lui. Il compare sa situation avec celle de ses co-détenus qui ne reçoivent aucune visite.

«Dans le milieu des gangs, il y en a beaucoup qui n’ont pas de famille. C’est pour ça que le phénomène est difficile à arrêter. Les jeunes y trouvent la famille qu’ils n’ont jamais eue. À Montréal-Nord, on était un bon groupe. Au moins une trentaine des gars n’avaient pas de famille ou avaient été reniés par leurs parents. Ils dorment dans la rue ou squattent chez des amis. Ils n’ont pas une cenne. Tout ce qu’ils recherchent, c’est un lien d’appartenance. Ils vont être les premiers à descendre quelqu’un qui cause problème. Ils sont plus dangereux parce qu’ils n’ont rien à perdre. Pour eux, faire de la prison, ça leur donne un break.»

Le magouilleur

Si les visites de sa famille font naître chez lui un début de questionnement, Général n’est pas encore au stade du changement. Il est aussi business en dedans qu’au dehors. «Je vendais, en prison. J’ai essayé de faire entrer du stock par une copine. Je le faisais mettre par un ami dans des chaussures que je lui avais demandé de m’apporter. Elle s’est fait prendre… et elle ne le savait pas! Elle m’en veux encore pour ça! J’ai tout admis. Elle n’a pas eu de conséquences. Ce n’était pas la première à qui ça arrivait. Les gardiens sont habitués!»

Ses copines sont surveillées, Général développe une autre stratégie pour fournir les autres détenus en pot. «J’allais voir d’autres prisonniers qui n’avaient rien à manger, qui n’avaient pas d’argent. Je passais par eux pour qu’ils reçoivent des gens qui leur apportaient mon stock. Et si jamais ils se faisaient prendre, ils me devaient la valeur de ce qui était saisi!» Général devient plus fort. Les autres détenus lui doivent leur niveau de vie amélioré. Et s’ils ne veulent pas le perdre, ils doivent répondre aux demandes du jeune caïd.

Général écoule sa drogue contre des cigarettes qui remplacent le dollar, à l’intérieur. Ou le détenu demande à un ami à l’extérieur de déposer de l’argent dans le compte du jeune Blood. «Je fumais beaucoup! Mais je faisais pas mal d’argent! Je faisais fumer toute la wing!» Avec cet argent et les cigarettes, Général s’offre de la nourriture au marché noir de la cantine, comme on l’appelle: du riz, des nouilles gattuso et du thon.

Le soir, Général et ses amis se regroupent pour une bouffe collective. «Même les motards mangeaient leur riz et leur gattuso avec nous! J’ai fait beaucoup de contacts, en prison. Surtout avec les patchés. On les protégeait, dans notre wing. Ils sont devenus des frères. Et ça m’a aidé, une fois sorti de prison. Quand mon monde avait des problèmes d’approvisionnement, qu’on ne trouvait pas de fournisseurs, j’allais voir mes contacts personnellement. C’est sûr que tu as plus confiance quand tu as passé du temps avec quelqu’un en dedans.»

Enfin libre

Arrive le jour tant attendu. Après trois années, Général est libéré. Il a 21 ans. Il ne connaît rien d’autre que la dure réalité de la rue. «Je suis revenu assez vite à ma vie. Dès que je suis sorti, dix de mes gars m’attendaient. On a fêté ça! Mais on a failli être arrêtés parce qu’on faisait trop de bruit!»

Général retournait dans sa famille. Mais insidieusement, l’expérience de la vie carcérale venait de le changer à jamais. Il ne le comprenait pas encore. Avec le recul, il réalise que c’est de là que son questionnement sur son mode de vie a pris naissance. C’est la prison qui lui aura fait quitter les Blood. Même s’il lui a fallu des années pour y parvenir.

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Autres textes sur Gang de rue

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Les gangs de rue un remède au suicide?

Est-ce qu’un gang de rue est une alternative au suicide?

Gang de rue et suicide

Les jeunes membres de gang sont présentés comme des voyous violents. Et si derrière cette façade de tough se cachait un être en détresse, en proie aux idées suicidaires? Et si le gang offrait ce refuge pervers qui retient le délinquant de s’enlever la vie? Comment, alors, le sortir de son enfer? Reflet de Société vous présente les gangs de rue sous un angle différent: celui de la détresse, de la désorganisation. Conversation avec Claude Hallé, l’âme dirigeante de la Fondation québécoise des jeunes contrevenants (FQJC).

Dominic Desmarais       Dossiers Gang de rue et Suicide

Fusillade dans un bar entre deux gangs de rue rivaux. Meurtre d’un jeune lors d’une transaction de drogue. Enlèvement, séquestration pouvant mener à la torture, l’ombre des gangs se profile.

Violence expliquée

La gravité des gestes commis par les jeunes membres de gangs, des adolescents de 14, 15, 16 ans, fait froid dans le dos. Cette violence est difficile à justifier. Pourtant, certains de ces jeunes sont aux prises avec le désespoir lorsqu’ils s’engouffrent dans cette violence. «Les jeunes qui ont des idées suicidaires, souffrent d’une dépression, présentent des problèmes de santé mentale, ce sont eux qui se font ramasser par les gangs. Ce sont des gens à risque. Ils sont vulnérables» explique Claude Hallé, coordonateur à la FQJC.

Ce jeune, qui n’a pu être signalé par l’école, la famille et la communauté, trouve un réconfort auprès de sa famille d’adoption, son gang. En y comblant ses besoins, par l’estime et la compréhension de ses pairs délinquants, le jeune tisse des liens qui forment une toile d’araignée. Une toile qui le sécurise et étouffe ses idées suicidaires. Une toile qui rend ses amis de plus en plus indispensables.

Le gang, centre de la vie

«Le gang peut sauver temporairement le jeune du suicide», confirme M. Hallé. La jeune cinquantaine, l’homme s’exprime davantage comme un intervenant qui a passé sa carrière sur le terrain, avec des contrevenants. Son propos est imagé, comme s’il s’adressait à un adolescent. «Pour certains jeunes, la vie c’est comme passer à l’épicerie. Dans le chariot, tu mets l’amour, l’église, le travail, les partys, le sport, etc. Moi, quand je remplis mon panier, je vais prendre un peu de travail, d’amour, de loisir, de party, un peu de spiritualité. Nos gars, ils sont tellement fuckés, déséquilibrés, qu’ils remplissent leur chariot d’une seule chose: le gang.

Le problème, c’est la violence qui y est très présente. Si tu es en dépression, tu risques d’être enrôlé par le gang. Et le gang a un impact externe. Tu vas rebondir sur les gens autour. Comme, dans un cas extrême, tirer sur quelqu’un dans la rue», explique le coordonnateur de la FQJC.

Ces jeunes, déséquilibrés, ont de la difficulté à quitter la famille qu’ils se sont créée. «Les jeunes se sont bâti une société en soi, le gang. Quand on désaffilie un jeune, il faut le réinsérer socialement. C’est la même chose quand tu sors quelqu’un d’une secte.»

Des jeunes fragiles

À l’arrestation du délinquant, le centre jeunesse prend le relais du gang. Sa jeune clientèle souffre de problèmes multiples: consommation, signes précurseurs maniaco-dépressifs ou schizophrènes, idées suicidaires. Plusieurs ont subis des abus ou vivent des situations familiales difficiles. «On ne les a pas placés en centre jeunesse pour rien», s’exclame M. Hallé pour qui le problème criant survient lors du retour à la maison.

Réintégration difficile

Quand il ressort du centre jeunesse, il retrouve le même environnement qu’il a quitté pour quelques mois. «Le jeune va être confronté avec SA réalité. Nous, au centre jeunesse, on va lui dire où trouver un emploi, des amis, des loisirs. Mais il part déjà avec un handicap social: terminer son secondaire et travailler sur son comportement. Et ce double défi va l’amener à commettre des gestes nuisibles», raconte M. Hallé.

«Lorsque le jeune retourne chez lui, dans son milieu, il est laissé à lui-même, avec ses défis et ses réalités. Ça augmente la possibilité de suicide. Souvent, la famille n’est pas ouverte à sa réintégration. On parle de jeunes qui ont commis un délit. C’est un constat d’échec important, au sein de la famille. Les parents se sentent coupables et ils ne veulent pas nécessairement le prendre sur leurs épaules», précise l’ancien intervenant.

Jeune délinquant seul restera jeune délinquant…

M. Hallé considère qu’on demande beaucoup à ces jeunes délinquants dont la vie se résume à quelques années. «Moi, j’ai 51 années d’expérience de vie. Eux, ils en ont 14, 15, 16. C’est peu d’ancienneté pour leur faire porter le poids de leurs choix. Il faut les guider, mieux les appuyer.»

On peut bien aider nos jeunes délinquants pour les réinsérer dans la vie. Mais les laisser seuls, sans appui à 14 -15-16 ans, lorsqu’ils quittent le centre jeunesse, c’est les renvoyer à leur ancienne vie.

Fondation québécoise des jeunes contrevenants (FQJC).

1095705_83196012 Ressources:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE  (277-3553). Site Internet. Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 066

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

Autres textes sur le Suicide:

Introduction Histoire des gangs de rue

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Suicide Prevention Handbook.

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La guerre des gangs de rue s’intensifie

Journal intime d’un membre de gang de rue qui veut s’en sortir. Histoire de Général, un membre de gang de rue qui a changé son fusil d’épaule. Reflet de Société raconte la vie dans un gang de rue à travers l’histoire de Général.

Dominic Desmarais  Dossier Gang de rue 

gang-rue-blood-crips-montreal-nord-guerre-gangs Général a fait son entrée dans l’univers des gangs de rue en voulant défendre son clan. Au début du secondaire, son appartenance se traduisait par de violentes bagarres contre les ennemis de sa famille, les Bleus. En vieillissant, sa guerre a pris un nouveau visage: l’argent du crime.

Porté par une haine, Général se défoule dans la violence au début de son adolescence. Avec ses amis de Montréal-Nord, il fait la guerre aux Bleus de Saint-Michel. Ses pensées sont dirigées vers ses ennemis, qu’il aime détester. Il carbure à ça. Leader né, il en mène large. Ses amis le respectent et recherchent sa compagnie. Ses rivaux le craignent et veulent le faire tomber. Il se fait une réputation de dur, de chef. Il n’a peur de personne. Il n’a aucune limite.

Général est une arme chargée à bloc. La guerre de ses aînés est devenue la sienne. Mais les plus vieux, eux, ne font pas que se battre. Forts de leur nombre et du peu de respect qu’ils éprouvent pour la société, ils ont développé un lucratif business qui devient un mode de vie. Ils volent, fraudent, vendent de la drogue, des armes, assassinent. Pour de l’argent. Ils sont prêts à se battre farouchement pour conserver et augmenter leur part du gâteau. Et ils ont une armée à leur disposition. Des jeunes fidèles à la cause, à la famille, prêts à tout pour vivre comme eux.

Le mentor

gang-de-rue-rapper-general-hip-hop-gang Général faisait partie d’un groupe d’environ 40 jeunes. «On avait un parrain. Notre vétéran direct. De la première génération. C’est lui qui nous donnait des ordres. On le suivait. S’il devait se débarrasser d’un stock volé, on le vendait pour lui. S’il avait des problèmes avec la mafia, on allait incendier des bars italiens pour lui. On cassait la gueule de gens pour lui. C’était pas un gentil!» Général parle de son initiateur, Teken, avec admiration. Le plus vieux l’impressionnait. «On le voyait comme une idole. Et il s’occupait toujours de la job sale.» Un chef qui montre l’exemple à ses jeunes recrues, en repoussant les limites de la violence.

«Une fois, dans sa jeep, alors qu’on fumait des joints, il s’est arrêté sec. Il est sorti de sa voiture et on l’a vu aller sortir son revolver pour canarder quelqu’un dans une auto. J’avais 16 ans! Mes premiers coups de feu live! J’étais excité et nerveux. On était fiers d’être là, cette journée-là. On s’en vantait auprès de ceux qui n’étaient pas là!» Un chef qui prend les choses en main, qui agit sans peur, rend les amis de Général plus hardis pour gagner son respect. «On voulait lui montrer qu’on avait des couilles, nous aussi. Donc quand il nous demandait quelque chose, on ne se faisait pas tirer l’oreille! On le faisait!»

Les petits trafics d’un gang de rue

Général délaisse quelque peu la guerre frontale avec les Bleus. Il commence à vendre du pot à l’école et au centre-ville. Il développe son réseau avec quelques amis. «On n’avait pas de comptes à rendre aux plus vieux. Mais on prenait notre drogue d’eux.» Teken est son fournisseur. Il lui vend sa marchandise et Général l’écoule. Il fait de même avec les marchandises volées que leur parrain leur fournit.

Entre ses petits trafics, Général décharge sa violence pour aider Teken dans son business. Et il continue la guerre contre les Bleus. Il nage entre deux eaux. «J’en ai vu des choses. C’était ça, mon quotidien. Je ne faisais pas de ski, moi! Chez mes amis, je voyais les plus vieux s’armer pour aller faire un job sale. Je trempais dedans! Chaque semaine, il y avait une histoire. Untel s’est fait battre, un autre s’est fait tirer.» Ces événements échauffent les esprits. Les gangs de rue deviennent de plus en plus sérieux. La violence augmente. Entre eux et dans le crime.

Déclaration de guerre

Entre 2000 et 2005, la guerre atteint son paroxysme. La police impose un couvre-feu à Montréal-Nord et à Saint-Michel. «On n’avait pas le droit d’être 3 gars à marcher ensemble dans la rue sinon, on était considérés comme un gang. Et la police pouvait nous fouiller sous ce prétexte. Mais nous, au plus fort de la guerre, on ne pouvait pas être seuls. J’ai perdu 4 amis proches. Des amis qui venaient régulièrement chez moi», dit-il en les nommant, le poing sur le cœur. Au début des années 2000, Général est très actif. Il participe activement à cette guerre mais préfère ne pas en parler. Il a commis des gestes qu’il regrette aujourd’hui sans pouvoir revenir en arrière. Il a perdu des amis et il comprend que, de l’autre côté, c’est la même chose.

La guerre est déclarée. Il n’y a aucune règle. «Chaque semaine, il y avait un mort», raconte Général qui devient subitement émotif en abordant l’un des tournants du conflit. «Notre vétéran est mort. Je fumais un joint avec des amis dans le parc Henri-Bourassa. On marchait pour rejoindre les plus vieux. Ils étaient une vingtaine, il y avait des femmes. Ils faisaient la fête dans la rue. Au loin, j’ai vu une auto stationnée se mettre à rouler. J’ai tout vu au ralenti. Teken est sorti de la meute. Ils lui ont mis une douzaine de balles dans le corps. Et ils sont partis à toute vitesse. Tout le monde s’est précipité vers notre chef. C’était mon idole. Et je l’ai vu rendre son dernier souffle. Ils sont venus chez nous, devant nous. Et ils ont tué l’un des boss. On le respectait tous. Il disait que Montréal-Nord, c’est chez nous, c’est à nous. Ils ne voulaient rien savoir des motards et des Italiens.»

Le conflit s’envenime

Général a les yeux humides. Il témoigne d’une sensibilité qui cadre mal avec l’image d’un dur à cuire sans cœur. «Quand il est mort, la même journée, on avait une dizaine de voitures qui se promenaient dans les quartiers Bleus. Après, il y a eu beaucoup de morts des deux côtés.» Il y a escalade du conflit. Les liens entre les générations se resserrent. Ils se battent ensemble.

«Plus on grandissait, plus on développait des liens d’amitié avec nos aînés. On n’était plus des petits frères. On faisait partie du même clan.» Général n’est plus une recrue. Il a gagné en expérience. Il est prêt à prendre la relève de son mentor. «Au début, j’allais prendre ma drogue dans les mains du parrain. Mais très vite, j’ai eu mes jeunes qui prenaient leur drogue de moi. Rapidement, j’ai formé mon propre gang, mes jeunes. Le petit frère d’untel, le gars du quartier. Ce que j’ai fait pour Teken, mes jeunes le faisait pour moi.» La roue tourne. Général devient le Teken de la nouvelle génération. L’exemple à suivre.

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Guerre de gangs à Calixa-Lavallée

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Le début de la guerre à Calixa Lavallée

general-gang-de-rue-blood-montreal-nord Les petits Rouges sont inscrits à l’école secondaire Calixa-Lavallée. Un établissement à cheval entre les quartiers Montréal-Nord et Pie-XI. L’école est mixte: il y a des Rouges et des Bleus. Un mélange explosif qui va s’embraser. Le Québec est sur le point de prendre conscience du phénomène des gangs de rue.

À l’école, toute prétexte est bon pour provoquer l’affrontement. À la cafétéria, chaque gang avait sa section attitrée. Il suffisait qu’un membre aille dans la mauvaise section pour déclencher une mêlée générale. «On pouvait être dans un cours et apprendre qu’il y avait une bagarre dans les casiers. On sortait de la classe en courant pour aller aider notre frère», explique Général qui s’est aussi battu plusieurs fois pendant les cours, devant ses professeurs et les autres élèves. «Ça ne prenait pas grand-chose. Je me disais : c’est un Bleu, un ennemi de mon cousin, de mes frères, je le prenais personnel. Mes amis et moi, on voulait venger les plus vieux. Les Bleus pensaient comme nous.»

Après les cours, les bagarres se succédaient les unes après les autres. «Il y avait des bagarres presque tous les jours. Et toujours entre les mêmes gars. Il y a eu un ou deux morts. Des gens poignardés. C’est sûr que ça me stressait. Mais à l’époque, je n’avais pas peur de grand-chose. J’avais le cœur rempli de haine.» Le gang de Général, de même que celui de ses ennemis, arrivaient à l’école armés. Des fusils, des couteaux, des hachettes. «Ça se trouvait facilement. Le grand frère d’un des nôtres possédait des armes en quantité industrielle. On lui en empruntait et il ne s’en rendait pas compte. Avec le revolver, on se disait qu’on allait en passer un.»

La guerre contre les Bleus était devenue un mode de vie. «C’était mon quotidien. Chaque matin, je mettais mon bandeau rouge et je plaçais mon couteau entre ma ceinture et mes hanches pour me rendre à l’école.»

La loi du plus fort

gang-de-rue-montreal-nord-gang-rue-pelletier À 13 ans, Général ne joue plus aux gangs de rue. La guerre de ses aînés est devenue la sienne. Il s’est endurci. Tous les jours, il est prêt à se battre. Et son champ de bataille, c’est Calixa-Lavallée. La seule règle qu’il observe, c’est la loi du plus fort.

Ses amis et lui en mènent large. Leurs ennemis aussi. Les autres élèves doivent faire attention de ne pas attirer les foudres de ces adolescents susceptibles. Ils font peur. Un des enseignants demande même à Général d’assurer la discipline en classe. Il lui dit de faire taire les autres pour que le cours se déroule dans le calme. «Il savait qu’ils allaient m’écouter», explique-t-il avec un sourire bon enfant en se rappelant cette anecdote. Qui oserait défier un gaillard qui passe son temps à se battre, qui ne craint personne et qui peut compter sur l’appui d’une trentaine de colosses comme lui?

Même les professeurs devaient prendre garde à ces jeunes délinquants. Rouges ou Bleus, ils ne respectaient aucune autorité. Un enseignant qui s’acharnait à déprécier une jeune élève, l’a appris à la dure. Son frère, membre du gang de Général, a décidé de régler le problème une fois pour toute. «Le prof la rabaissait souvent, se souvient Général. Son frère a pété une coche. Il est de notre famille, alors on l’a suivi.» Le gang a attendu l’enseignant à la fin des classes. Avec le bandeau sur le visage pour ne pas être reconnus, ils l’ont tabassé.

La guerre des gangs se poursuit à l’école Henri-Bourassa

Après un an à Calixa-Lavallée, Général a été expulsé. D’abord suspendu une semaine après qu’un gardien de l’école ait découvert le couteau qu’il cachait sur lui, le jeune homme a eu une engueulade virulente avec l’un de ses professeurs. «Il a dit qu’il ne voulait plus m’avoir comme élève. La direction a fait le bilan de ma situation et j’ai été renvoyé.» Une décision qui n’a pas ennuyé le jeune homme. Il est allé poursuivre son secondaire à l’école Henri-Bourassa, le fief des Rouges. «C’était pas mieux! C’est concentré, il n’y a que des Blood.» Général s’y est senti encore plus fort. Il s’est enfoncé davantage dans la violence.

À Henri-Bourassa, Général est entouré de jeunes qui vivent pour détester les Bleus. Ensemble, ils échafaudent des raids en territoire ennemi, des opérations punitives. Il n’est plus au front, en première ligne. Il est dans son château fort. «J’avais toujours de la haine envers les gars de Calixa. Souvent, pour s’amuser, après les cours, on allait aider nos frères. On allait péter des Bleus à Calixa-Lavallée. Ou on allait à l’école Louis-Joseph Papineau, le bastion des Crips. On pouvait y descendre à 50 gars. Et nos ennemis faisaient la même chose.»

Victimes collatérales des gangs de rue

La guerre sans merci que se livrent les adolescents des Bloods et des Crips déborde et atteint d’innocentes victimes. Chaque jeune est associé à son territoire, à son école, même s’il ne participe pas au conflit. Les jeunes sont prisonniers de leur appartenance à leur quartier. «J’ai un cousin qui était dans le droit chemin. Il me trouvait con d’être dans un gang. Il ne voulait rien savoir des Blood. Il s’est fait poignarder parce que son grand frère en est un. Il a une méchante cicatrice au cou. Il a dû prendre parti.»

«Plusieurs autres sont devenus membres comme ça. Ils vont à une fête à l’extérieur de Montréal-Nord. On les associe à nous parce qu’ils vont à Henri-Bourassa et ils mangent une raclée. Après, ils voulaient nous représenter. Moi aussi, j’ai tapé sur des gars parce qu’ils étaient amis avec tel ou tel Bleu. Je faisais passer mes messages par eux. Ou si je voyais un gars porter un bandeau bleu, je lui disais de l’enlever. S’il refusait, je le tabassais. C’est une histoire de quartier. C’est vraiment con», reconnaît aujourd’hui Général.

La haine, l’envie de se venger ou la peur forcent des jeunes à gonfler les rangs des deux bandes rivales. Des adolescents, qui ne voulaient pas de cette vie, deviennent de redoutables recrues. La guerre s’est emparée de certains territoires de Montréal. Et comme toujours, ce sont les innocents qui paient le prix le plus lourd.

Introduction Histoire des gangs de rue

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