Vernissage au Café Graffiti pour le mois de l’histoire des Noirs

Quatre artistes Haïtiens rejoignent le Café Graffiti

Solidarité Québec / Haiti

Haïti, 3 ans après le séisme. Sous le thème du mois de l’histoire des Noirs, un vernissage vendredi le 8 février à 15:00 hres. Une exposition internationale qui durera jusqu’à la fin février.

Raymond Viger Dossiers Culture, International

reconstruction patrick lafontant exposition vernissage haïtiJeunes peintres Haitiens et Québécois s’unissent pour manifester leur solidarité. Une exposition internationale qui a déjà commencé à faire le tour de la planète. Les arts de la rue comme moyen d’expression et de communication.

Les oeuvres de quatre artistes d’Haïti: Patrick Lafontant, Walgens Pierre Jean, Vladimir Pascal et Islande Henry seront présentées aux côtés de celles de quatre artistes Québécois: Monk-e1, Arpi, Maliciouz Urban Heartist et Man pour un exposition du 8 au 28 février. Le vernissage aura lieu, vendredi le 8 février à 15:00 heures.

Café Graffiti 4237 Ste-Catherine est. Une rue à l’est de PIE-IX. Informations: (514) 259-6900 cafegraffiti@cafegraffiti.net. Du lundi au vendredi, de 9:00 à 17:00 hres. Samedi le 9 février de 10:00 hres à 16:00 hres. En dehors de ces heures, vous pouvez téléphoner pour un rendez-vous.

LOGO-NB-mois histoire des noirsL’organisme Alternatives  et son partenaire haitien APROSIFA ont permis cette rencontre entre artistes Haïtiens et Québécois.  L’Association pour la Promotion de la Santé Intégrale de la Famille (APROSIFA) est une organisation bénévole haïtienne qui travaille depuis 15 ans dans les bidonvilles situés au flanc du Morne de l’Hôpital, colline qui surplombe la ville de Port-au-Prince, a proposé d’organiser à Montréal une exposition de toiles faites par de jeunes peintres haitiens.

Page Facebook du vernissage.

Cette activité fait parti du Mois de l’histoire des Noirs.

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Haïti: spectacle de danses hiphop et urbaines

martine cherry bruneau danses hiphop urbaines show haïti art-terre temnein

Spectacle hip hop au Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo)

Tourisme en Haïti

Plage, danse et buffet

Quand on pense à Haïti, plusieurs ne se souviennent que du séisme qui fête ses 3 ans, la corruption, la pauvreté… Pourtant, la troupe québécoise de danse urbaine Art-Terre est en tournée à Haïti avec son spectacle Temnein!

Raymond Viger Dossiers Hip-Hop, Breakdance

Johnny Skywalker, danseur professionnel de breakdancing et animateur au Café Graffiti me faisait part de son découragement quand on parle et qu’on présente son pays d’origine:

On ne nous présente que des images de pauvreté. C’est vrai que certains endroits comme Port-au-Prince ont été sévèrement touchés par le séisme. Mais pour la majorité des endroits, il y a des hôtels, des plages, du tourisme…

Spectacle danses urbaines à Haïti

stade olympique de montréal en haïti spectacle art-terre temnein show haitiMartine Cherry Bruneau, danseuse de Waacking et le danseur de popping Handy MonstaPop Yacinthe ont été invité à participer au spectacle de danses urbaines Temnein, un événement québécois en tournée à Haïti depuis le 22 décembre dernier.

Rappelons-nous que Martine et Handy avaient participé au spectacle aHÉROSol en mars dernier au Cégep Maisonneuve.

Intéressant de savoir qu’un spectacle québécois de danses urbaines se retrouve présentement en tournée internationale à Haïti.

Désolation ou art et culture?Monstapop symbiotic monsters haïti spectacle danse hiphop art-terre temnein show

Plage, hôtel, piscine, danse, art, culture… Très différents des images de celle de dévastation et de corruption que les médias ne cessent de nous fournir.

On n’a même eu droit à une maquette du Stade Olympique sur une plage haïtienne!

Félicitations à Martine Bruneau Cherry, Handy Monstapop Yacinthe, Mecdy Venon Jean-Pierre, Caroline Lady C Fraser et Axelle Ebony Munezero pour votre participation dans cette tournée présentée en Haïti.

Sur la page Facebook de Martine Bruneau Cherry, vous pourrez voir des centaines de photos et de vidéos de la tournée.

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danses urbaines et danse Hiphop 

aHÉROSol 2013

Cegep Maisonneuve, vendredi le 22 mars. 

Deux représentations, 14:00 et 19:00 hres

Infos: (514) 259-6900 cafegraffiti@cafegraffiti.net

L’éducation en Haiti

Haïti, que faire après le primaire?

Chronique Les Débrouillards. Agence Science-Presse en collaboration avec le magazine Les Débrouillards. Texte : Day Robertho Isaac (Syfia International), adapté par Raphaëlle Derome

Dossiers International , Haiti, Éducation

En Haïti, la majorité des jeunes qui habitent à la campagne ne peuvent pas faire leur secondaire, faute d’écoles.

Après son primaire, Jeannot a rejoint son père dans la plantation de canne à sucre. «On ne pouvait pas payer le collège», soupire-t-il, triste d’avoir dû abandonner son rêve de devenir agronome.

Jeannot a 14 ans. Il habite à Plaisance, dans le nord d’Haïti. Dans cette région, des milliers d’élèves terminent chaque année leur primaire, mais il n’existe qu’une seule école secondaire publique pour les accueillir. Ceux qui en ont les moyens fréquenteront un collège privé, où les conditions d’apprentissage laissent beaucoup à désirer. Et tant pis pour les autres…

Décrocheurs nombreux

À Plaisance, beaucoup de jeunes abandonnent l’école avant la fin du primaire. Sans métier, ils travaillent dans les plantations, deviennent «restavek»* (littéralement « reste avec », un domestique non payé que leurs parents trop pauvres placent dans des familles plus riches), ou vont grossir le nombre des enfants des rues…

À Desdunes, dans la région de l’Artibonite, la seule école secondaire reçoit plus de 300 élèves… dans le même bâtiment que l’école primaire. Pas étonnant que les jeunes Desduniens aboutissent très tôt dans des rizières.

Pourquoi ?

L’État haïtien est absent en milieu rural. L’accès aux services sociaux est difficile, ou inexistant. La moitié des Haïtiens n’ont pas accès à l’eau potable et plus du quart des jeunes vivent à plus de 15 km de marche d’une école ou d’une clinique médicale.

Heureusement, il y a des solutions. La Fondation Paul-Gérin Lajoie, un organisme non gouvernemental financé en partie par l’Agence canadienne de développement international, a développé un programme original.

Des directeurs d’école et des enseignants québécois à la retraite passent plusieurs mois avec leurs collègues haïtiens des régions de Saint-Marc, de Jacmel et de Port-au-Prince. Ils leur donnent des conseils pour améliorer l’efficacité et la qualité des écoles existantes.

L’appui du Canada a également servi à nettoyer et rénover les écoles endommagées par les graves inondations survenues en 2004 après le passage de l’ouragan Jeanne.

L’éducation, un luxe

À Haïti, plus d’un million d’enfants de 6 à 11 ans n’ont aucun accès à l’école. Ces jeunes qui vivent à la campagne ou dans les quartiers pauvres de la capitale, Port-au-Prince. Ce sont surtout les filles qui ne vont pas à l’école. Le tiers des jeunes filles âgées de 10 à 14 ans sont au travail, touchant un revenu de misère.

Pour aider : la Dictée Paul Guérin Lajoie

Chaque année, plus de 100 000 jeunes Québécois font une dictée en classe, puis demandent à leurs proches de les parrainer. Les écoles conservent une partie des fonds pour des projets spéciaux, et envoient le reste à la Fondation Paul Gérin-Lajoie.

Depuis 15 ans, la Dictée a recueilli plus de sept millions de dollars pour des projets d’éducation en Haïti et en Afrique.

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Cet article est publié avec la collaboration de l’Agence canadienne de développement international

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Québécoise pure laine

Immigration

Entre Québec et Haïti: quelle identité?

Comme bien des immigrants de deuxième génération – c’est ainsi qu’on nomme officiellement les Québécois nés de parents immigrants – je me suis longtemps questionnée sur mon identité.

Murielle Chatelier     DOSSIERS Immigration , Culture

Élevée à cheval entre deux cultures, celle de mes parents, originaires d’Haïti, et celle de leur terre d’accueil, j’arrivais difficilement à me définir. Québécoise ou Haïtienne? À 29 ans, cette quête incessante, grandissante et profondément troublante m’a amenée à faire un long séjour dans mon pays d’origine. Six mois à la recherche de mon second moi.

Le besoin de partir pour se redécouvrir

murielle chatelier immigration haiti immigrantLes prétextes pour expliquer mon départ soudain vers la terre natale de mes parents furent nombreux. Opportunité d’emploi intéressante, besoin de changer d’environnement, envie de découvrir mes racines… La vérité, c’est que je ne savais plus où j’en étais. Dès mon adolescence, j’ai été marquée par de pénibles remises en question, au point de passer de longues heures à marcher dans les rues, avec mon lourd fardeau de questions sur le dos. Le melting pot des valeurs transmises par mes parents et celles propres à la culture québécoise m’a toujours perturbée et embrouillé l’esprit. Mais c’est lorsque j’ai intégré le marché du travail que cette quête a atteint un point culminant et est devenue intenable.

«Toi, t’es née où?» «Est-ce que tu comptes retourner dans ton pays un jour?» «Depuis combien de temps es-tu arrivée au Canada?» «Comptes-tu t’établir en banlieue comme une bonne partie des immigrants?» Voilà autant de questions auxquelles j’ai eu droit de la part de mes collègues, alors que je suis bel et bien née au Québec, à Montréal. Avant l’année 2007, je n’avais même jamais mis les pieds dans le pays de mes parents. À la longue, ces questions ont fait naître en moi un sentiment de frustration, surtout parce que j’avais toujours évolué dans la même société que mes confrères. Alors, à un moment, je me suis mise à penser que chez moi, c’était peut-être ailleurs.

Se sentir l’étrangère

Au début, quand je suis arrivée à Port-au-Prince, j’étais euphorique. Je sentais qu’on ne pouvait que m’accepter, parce qu’après tout, j’étais une des leurs. Pourtant, j’ai rapidement compris que, pour les Haïtiens, j’étais l’étrangère. Oui, même sans avoir à ouvrir la bouche, on devinait que je n’étais pas du pays. Quand je marchais dans les rues, on me dévisageait l’air de dire: «Oh! Regarde l’étrangère.» Une fois, alors que j’étais assise par terre dans un marché, au milieu des marchandises, un passant m’a montrée du doigt en disant: «C’est une diaspora (c’est ainsi qu’on appelle là-bas les Haïtiens nés à l’étranger).»

Pour survivre, je m’étais déniché un emploi de journaliste dans le plus grand quotidien de la place, Le Nouvelliste. Dans une ambiance de travail des plus décontractées, je me suis fait de nombreux amis. Même si je ne comprenais pas souvent les expressions qu’ils employaient – je maîtrise le créole, mais comme dans chaque culture, les expressions sont très «locales» – les échanges allaient bon train entre nous. Mais là encore, nos mentalités et nos préoccupations respectives étaient si diamétralement opposées que je me sentais seule dans mon coin, malgré les rires francs qui animaient nos conversations.murielle chatelier immigration haiti immigrant

Québécoise ou Haïtienne?

L’un de nos points de divergence était justement ma nationalité. Après quelques semaines passées dans la capitale, il ne faisait plus aucun doute dans ma tête que je ne pouvais pas me déclarer Haïtienne. Au contraire, j’avais plus envie de me dissocier de ce peuple que d’en faire partie. Le désordre généralisé dans lequel se trouve le pays, le manque de civisme des citoyens dans les rues, cette façon que les commerçants avaient de m’escroquer impudiquement parce qu’on supposait que j’avais plus d’argent que la moyenne, tout ça m’horripilait.

Pour mes collègues, animés d’un sentiment d’appartenance qui frise le fanatisme, c’était une trahison de dire que je me sentais plutôt Québécoise. Ils ne pouvaient pas comprendre que je ne sois pas habitée du même sentiment de fierté qu’eux, qui font partie de la première république noire à avoir acquis son indépendance. C’était en 1804. Moi, je vis en 2009. Et ça, c’était encore un point qui nous éloignait: ils vivent continuellement dans l’orgueil des gloires du passé, alors que les défis du présent m’importent plus.

Pourquoi immigrer: comprendre mes parents

D’ailleurs, c’est justement ce passé qui est à la base de la mentalité de mes parents, et c’est ce que j’ai compris lors de ce voyage. Dans mon jeune âge, ils ne faisaient qu’appliquer ce que leurs propres parents leur avaient appris. Mais ils avaient peut-être oublié que les choses avaient évolué depuis, et que mon environnement n’avait rien à voir avec le leur. C’est malheureusement le cas de beaucoup de parents immigrants.

L’un des dadas de mes parents était de m’empêcher de sortir, par exemple pour aller au parc avec ma sœur ou au cinéma avec mes amis. Selon leur façon de voir les choses, «l’extérieur» est une sorte de jungle où on peut facilement être amené à sortir du droit chemin, où les influences néfastes pullulent. Ce raisonnement qui m’emprisonnait a donné lieu à des scènes familiales orageuses. Pour moi, l’extérieur est plutôt un lieu de découvertes. Mais en Haïti, j’ai bien vu que la mentalité de mes parents prévaut encore, parce que les sorties des enfants sont très limitées, et pour les mêmes raisons que naguère…

Mais j’ai aussi fait une merveilleuse découverte à propos de mes parents. Avant d’avoir visité la campagne où ils ont grandi, je ne me suis jamais intéressée à leur émigration vers le Canada. Aujourd’hui, je réalise plus que jamais le courage qu’ils ont eu de partir de si loin uniquement pour offrir un meilleur avenir à leurs enfants. Une campagne où les commodités modernes n’existent pas, la pauvreté sévit et les espoirs se sont depuis belle lurette envolés. Mes parents se sont tenus debout, et ont franchi toutes les frontières pour atterrir à Montréal. Mon père est arrivé avec à peine 100 $ en poche, en 1972. Avec acharnement, il a travaillé pour rapatrier ma mère, en 1974. Tout ça, pour éviter à leurs enfants une vie de misère.

murielle chatelier immigration haiti immigrant

Trouver son identité et comprendre ses origines

À 30 ans, je ne me demande plus qui je suis, mais bien ce que je veux être. Bien sûr, ça me fatigue et m’irrite qu’on me demande encore d’où je viens. Certes, ma relation avec mes parents n’est pas idyllique. Mais j’ai saisi le pourquoi de leur périple, et par le fait même, les raisons qui font de moi un mélange de deux cultures. Vous savez, j’aurais pu grandir en Haïti, être coincée dans ce pays. J’aurais pu ne pas pouvoir rêver comme je le fais, être condamnée à l’indigence. J’étais à deux doigts de cette vie-là.

En me faisant naître au Québec, mes parents m’ont donné toute une liberté. Après avoir passé six mois dans leur pays, je sais que le temps n’est plus au questionnement. En fait, l’unique désir que mes parents aient tenté de m’exprimer, souvent maladroitement, c’est celui de me voir profiter de ma vie au maximum et d’exploiter tous mes atouts. Ils m’ont transplantée ici pour ça, pour m’offrir cette opportunité. Alors, maman et papa, je vous le jure que j’ai compris maintenant. Et ce que je veux être, c’est ce que vous avez fait de moi: une citoyenne du monde.

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Wyclef Jean président de Haiti

Wyclef Jean comme président de Haiti

Haïti a besoin de Wyclef Jean l’homme d’action, non le sauveur

La star du hip hop Wyclef Jean vient de confirmer qu’il se porte candidat à l’élection présidentielle qui aura lieu en Haïti, en novembre prochain. Il y a quelques mois, tout juste après le tremblement de terre qui a secoué le pays de mes parents, j’écrivais sur mon blogue que le séisme du 12 janvier dernier offrait à Haïti l’opportunité de renaître, mais que pour cela, il fallait que le pays accepte de changer. Wyclef Jean, c’est fou, mais j’ai envie de voir ce vent de changement souffler sur Haïti.

Murielle Chatelier, Dossiers Haiti, Politique,International

wyclef-jean-president-haiti-presidence-rap-hiphop Un seul homme ne suffira jamais à faire une différence dans un pays aussi profondément détruit et marqué par des décennies de misère crasse. Aussi amoureux soit-il de son pays, il lui faut une équipe tout autant désireuse que lui d’implanter de réels changements en Haïti. Comme Patrick Lagacé l’écrivait, Haïti a besoin d’un boss. Wyclef Jean, le sauveur, on n’en a que faire. Ce qu’on veut, c’est l’homme d’action, c’est l’homme d’idées. On veut que l’homme qui est arrivé dans son pays natal un jour après le séisme pour soutenir ses pairs dans ce drame sans nom et pour ramasser des cadavres à leurs côtés se retrousse les manches pour trouver les outils qu’il lui faut pour faire correctement la job de bras qui l’attend.

Wyclef Jean, rappeur et président?

Certes, un rappeur, ça ne fait pas sérieux – il est même soupçonné de malversations, mais jusqu’à preuve du contraire, il n’est accusé de rien – certes, il n’a pas d’expérience en politique. Mais pour avoir passé sept mois dans mon pays d’origine, de septembre 2007 à mars 2008, je peux vous dire que ça fera une sacrée différence d’avoir un président visible aux commandes d’Haïti! Wyclef Jean vient avec cette certitude : les yeux du monde entier resteront braqués sur Haïti s’il devient président. Le moindre de ses gestes sera épié, analysé et critiqué. Je vois cette pression sur son dos d’un bon œil. Je ne connais pas l’homme, ni ses intentions, mais il y a fort à parier qu’il voudra bien faire, aussi inculte soit-il en rouages politiques.

Wyclef Jean a grandi à l’étranger. Il devrait donc avoir une perspective différente de ce qui se passe dans son pays d’origine par rapport aux citoyens qui vivent en permanence en Haïti. Est-ce que cette vision sera génératrice d’idées nouvelles? On ne peut que le souhaiter. Ce rappeur est déjà riche. Est-ce que ça l’empêchera d’avoir envie de fouiller dans les coffres de l’État pour se remplir les poches? On ne peut que le souhaiter, bien que là nous parlions de milliards de dollars à gérer versus les petits millions qu’il a pu accumuler au fil des ans. Le chanteur n’est pas très instruit semble-t-il et pourrait ne pas être très au courant de certains dossiers qui dépassent son champ de compétences. Ok, c’est vrai. Mais comme plusieurs, j’ai envie de m’en ficher et de voir ce dont il sera capable.

Le président René Préval et le féminisme en Haiti

wyclef-jean-president-haiti-presidence-rappeur-hip-hop Bien d’autres avant lui se sont cassé la gueule, avec diplômes et expérience en poche. René Préval est l’exemple le plus récent de manque de désir de changement, de vision et de prise d’actions véritables et significatives. Sous son règne, son ministère à la Condition féminine a par exemple fait de la lutte contre les stéréotypes sexuels l’un de ses chevaux de bataille « afin qu’on ait une société juste et équitable » disait la responsable de ce ministère à l’époque, Mme Marie Laurence Jocelyn Lassègue. L’utilisation du corps des femmes dans les productions artistiques et publicitaires la préoccupait.

Quelques années plus tôt, en janvier 2006, soit moins de 3 mois avant que René Préval prête serment et devienne le 55e président d’Haïti, cette même ministre a pris l’initiative de renommer certaines rues de la capitale en leur attribuant des noms de femmes. C’est qu’elle est féministe, Mme Lassègue. Dans un pays normal, ces actions n’auraient rien d’aberrant. Mais nous parlons ici d’un pays où les gens crèvent de faim, sont illettrés, ne travaillent pas. Qu’une rue s’appelle Marie au lieu de Paul, ça sert à qui?

Pendant ce temps, dans d’autres ministères et organismes publics, des employés restaient sans salaire pendant des mois, voire des années, parce que c’est comme ça que ça se passe dans le pays. Un chef de service m’a même dit, confortablement installé dans son bureau : « C’est là que l’on voit comment l’Haïtien est capable de se débrouiller face à l’adversité. Personne ailleurs ne pourrait survivre sans salaire pendant des mois. Mais le fonctionnaire haïtien en est capable et même, vous le verrez arriver au travail toujours bien mis et payer l’école de ses enfants malgré tous ses problèmes. » Donc, le gouvernement exploitait sans vergogne ses employés. Est-ce ce qu’on attend comme actions d’un gouvernement? Qu’il affame davantage son peuple?

Wyclef Jean et le travail en Haiti

wyclef-jean-president-haiti-presidence-rappeur-hiphop Quand j’étais sur le terrain, j’ai parlé à des gens qui ont obtenu un emploi grâce aux actions de Wyclef Jean. D’une pierre, il a fait deux coups, car en leur donnant un travail, qui consistait entre autres à nettoyer les rues, il rendait aussi certains coins de la capitale plus vivables. Quand j’étais sur le terrain, j’ai vu d’autres gens croupir le ventre vide dans la saleté parce que leur président, René Préval, n’avait pas de plan pour vitaliser l’économie de leur pays et ainsi leur procurer un emploi.

Wyclef Jean ne parle pas français et baragouine le créole. Préval, Aristide et Duvalier fils maîtrisaient mieux ces langues. Ont-ils pour autant réussi à instaurer des changements, je le répète, significatifs dans le quotidien du peuple? Le tourisme s’est-il développé pour autant? L’agriculture a-t-elle repris du mieux pour autant? Les campagnes sont-elles devenues plus autonomes pour autant? Le système scolaire a-t-il subi la refonte qui lui est indispensable pour autant? Par ailleurs, parlant du système scolaire, toutes les personnes qui ont les moyens d’envoyer leurs enfants étudier à l’extérieur du pays le font. Les écoles en Haïti ne sont pas bonnes pour leurs enfants, mais elles le sont pour le peuple. Sous la gouverne de présidents parlant français et créole, Haïti est resté un semblant de pays.

Wyclef Jean un leader à la présidence?

Dans un contexte normal, la candidature de Wyclef Jean m’apparaîtrait comme la pire des absurdités. Cependant, toutes considérations prises, je me dis : à quel point Haïti peut aller plus mal encore? Ça fait tellement longtemps qu’il n’y a pas de bon pilote à bord de ce pays. C’est épeurant, inquiétant de penser qu’un rappeur amoureux soit celui qu’il faut pour révolutionner la situation qui prévaut en Haïti. Mais quand je pense à ce jeune garçon de 15 ans qui m’a dit un jour en haussant les épaules : « Tout ce que j’attends de ma vie, c’est de mourir. Que j’aille à l’école ou non, ça ne fera aucune différence : jamais je ne trouverai d’emploi dans ce foutu pays », je ne peux qu’espérer que Wyclef Jean devienne un leader bien encadré qui contribuera à faire progresser, ne serait-ce que d’un pas, Haïti.

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Témoignage d’une rescapée d’Haïti

Témoignage d’une rescapée d’Haïti

Murielle Chatelier      Dossier Haiti

Magdala est belle. Jeune, 24 ans, toujours bien mise, elle respire la santé, la joie de vivre, le quotidien qui va bien. Pourtant, depuis sa naissance, en Haïti, elle doit composer avec trop de malheurs. La perte de ses deux parents, la découverte d’une malformation au coeur, le combat perpétuel contre un destin de misère déjà tout tracé. Mais c’est le 12 janvier dernier, lors du tremblement de terre, qu’elle a vraiment failli sombrer. Ensevelie dans la noirceur des décombres d’une maison, son bras tendu vers l’extérieur avec sa main s’agitant comme un drapeau pour la délivrance, elle a du s’accrocher à son bien le plus précieux pour survivre : l’espoir.

Nous étions 5 chez une amie, à faire nos devoirs ensemble, lorsque nous avons ressenti la secousse. Comme c’est déjà arrivé avant, on ne s’est pas vraiment inquiétées. Mais on s’est quand même dirigées vers le cadre de la porte, pour se protéger au cas où. Et en une fraction de seconde, l’inimaginable s’est produit.

Théâtre des rires insouciants des jeunes femmes quelques minutes auparavant, la maison s’est alors effondrée, l’entraînant dans une descente aux enfers.

J’ai senti que je tombais dans les profondeurs, encore et encore, jusqu’à ce que ça s’arrête. J’étais complètement enterrée, sans être morte. Il n’y avait que ma main qui sortait. En dessous de moi, il y avait une de mes amies, celle qui nous avait accueillies chez elle, que j’entendais respirer. Et quelque part, il y avait une autre amie dont la tête sortait des décombres.

Incapable de bouger ou de crier, Magdala s’est mise à se questionner sur l’acharnement du mauvais sort à son endroit. Sans rire, elle dit:

J’ai pensé que c’est une punition qu’on m’infligeait, parce que j’avais des tâches à accomplir ce jour-là et j’ai plutôt été oisive. Je suis restée comme ça, pendant au moins une heure, prisonnière de mes pensées délirantes, de la noirceur et de la douleur.

Alors qu’elle commençait à manquer d’air, que la mort s’insinuait peu à peu sous ses pores, des passants ont aperçu son amie dont la tête pendait dehors et se sont mis au travail pour les déterrer. Son autre amie coincée sous elle respirait encore. À ce moment-là.

À mesure que les gens s’activaient, je l’entendais. Mais ça a pris trop de temps. Elle n’a pas survécu.

Sur les 6 personnes présentes, elles ne furent que 2 à survivre.

Soignez-moi, svp!

Fracturée à la tête, avec une épaule disloquée et un pied cassé, Magdala a été sortie des ténèbres. S’en est suivie une interminable course vers les hôpitaux déjà trop engorgés pour l’accueillir, avec le père de son amie décédée. Ce dernier, encore hébété et sous le choc, s’est résolu à la laisser chez des amis. Les membres de la famille de Magdala, qu’on a réussi à alerter, se sont débrouillés tant bien que mal pour venir la chercher et l’emmener dans un abri improvisé par des médecins dans son quartier. Ils ont soigné ses plaies. Les visibles.

Il y a des moments où je suis triste. Je pense à tous ces amis que j’ai perdus. Mais j’ai foi en des lendemains meilleurs. Je garde l’espoir de finir mes études, obtenir mon diplôme, trouver un emploi. De toute façon, il ne peut rien y avoir de pire que le 12 janvier.

Comme la majorité des Haïtiens, elle dort maintenant à la belle étoile, sur le terrain de son église. À chaque nouvelle secousse, elle tremble encore plus fort que la terre. C’est la peur.

Avec ses cheveux que j’imagine en bataille, Magdala trotte quotidiennement et péniblement vers l’abri des médecins pour faire changer ses pansements. Pour manger, elle s’en remet à l’entraide qui s’est organisée dans son quartier. Les millions de dollars recueillis de part et d’autre du monde entier ne lui parviennent pas. Mais malgré tout, Magdala a su conserver son seul et unique trésor, bien à l’abri au fond d’elle. Espérer, elle continue à le faire.

Résilience, vous dîtes? Oui, ça doit être ça aussi.

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Haïti avant le séisme: lueurs d’espoir en Haïti

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Haïti avant le séisme: lueurs d’espoir en Haïti

Haïti avant le séisme

Lueurs d’espoir en Haïti

Dominic Desmarais, Dossier International

haiti enfants reconstruction haitienne En 2010, Haïti est frappé d’un tragique séisme. Nous vous présentons aujourd’hui un reportage publié en octobre 2007. Un regard et un rappel sur Haïti avant le séisme. 

La communauté internationale participe à sa 5e intervention en Haïti depuis 1993. Déployée en 2004, la plus récente mission des Nations Unies doit assurer la sécurité d’Haïti et rétablir l’État de droit pour permettre au pays de se développer. Un défi qui prendra des années à se réaliser alors que tout est à faire. Santé, éducation, économie, criminalité, incompétence et mentalités sont indissociables pour comprendre l’ampleur de la reconstruction de ce pays de 8 millions d’habitants.

Jean a le cœur brisé en se promenant sur les montagnes de Marmelade, dans la région de l’Artibonite, au nord d’Haïti. Au loin, il a aperçu deux hommes qui s’échinent à scier de larges troncs d’arbre. Jean s’arrête, les montre du doigt. «Il n’y a plus d’arbres dans mon pays, rage-t-il. Quand j’étais jeune, on plantait un arbre à chaque naissance. Un arbre, c’est la vie.»

La vue, du haut des cimes de Marmelade, donne raison à Jean. La végétation cède la place aux roches et à l’herbe rase. Les pluies torrentielles n’épargnent pas ce pays montagneux, comme le rappellent les inondations de mai et septembre 2004 qui ont fait près de 4000 morts, 2000 disparus et des centaines de milliers de sinistrés. La pluie érode la roche et la traîne vers le bas. À regarder les champs, sur le bord des routes, on s’imagine qu’il y pousse de la rocaille.

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À l’image de la commune de Marmelade, Haïti vit un problème environnemental important. De 35% qu’il était dans les années 1960, le couvert végétal du pays recouvre à peine 2 à 3% du pays aujourd’hui. Sans végétation, en terrain montagneux, l’érosion risque de mettre sur la paille nombre d’Haïtiens. 90% des activités du pays sont agricoles. Jean peut bien se plaindre. Chaque arbre coupé menace le garde-manger de la population. Et pousse les gens à s’exiler vers les villes.

La marche calme Jean. Les deux hommes, avec leur scie, l’ont secoué. La nature, c’est sa vie. Il aide les agriculteurs à contrer l’érosion en construisant des murets de pierres ou en plantant des ananas, de la canne à sucre ou des herbes. Il leur apprend à mieux cultiver leurs champs. Jean est technicien agricole pour l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

L’agriculture n’est qu’une porte d’entrée pour la FAO. Car son projet, ce sont les préoccupations et les solutions de la population de Marmelade. C’est elle qui décide de tout: ses priorités et ses représentants au sein du Comité de Développement (CD). La population s’est limitée à 5 priorités: santé, eau potable, érosion, commerce pour les femmes et éducation: ces choix sont indissociables pour rehausser la qualité de vie dans la région.

«Au début, c’était difficile parce qu’ils sont habitués à des projets dirigistes, interventionnistes. Là, c’est un projet de la commune», raconte Eduardo Seminario, responsable technique à la FAO. Il est à la tête d’une équipe de 16 Haïtiens, dont la plupart sont originaires de Marmelade.

Haïti et l’éducation

haiti enfant haitien famille séisme secousses sismiques Le matin, les rues de Marmelade sont envahies par des écoliers en uniforme. Certains élèves mettent 4 heures pour se rendre à l’école. Un aller-retour équivalent à une journée complète de travail.

L’une des priorités, entre les mains du CD, est de favoriser l’accès à l’éducation. La construction d’une école pour 1000 élèves est un pas dans cette direction. «Mais c’est difficile d’apprendre quand les enfants sont mal nourris», explique un membre du CD. Selon la FAO, près de la moitié des 8,4 millions d’Haïtiens souffrent de faim. Près du quart des enfants de moins de 5 ans souffriraient de malnutrition chronique.

La faim n’est qu’un des nombreux obstacles qui expliquent qu’un Haïtien sur deux n’a pas complété ses études primaires. Madeleine, une enseignante québécoise à la retraite, est venue donner un coup de pouce à ses collègues haïtiens par l’entremise de la Fondation Paul Gérin-Lajoie (FPGL). Accompagnée de Jean-Luc, son époux, également retraité de l’enseignement, elle appuie des professeurs pour améliorer le système scolaire. «Je veux les faire bouger davantage, favoriser leur créativité, dit-elle d’un ton énergique. L’enseignement est répétitif. Ce n’est pas motivant. Ici, on a l’impression que les enfants sont une quantité négligeable. Ils ne sont pas habitués qu’on s’intéresse à eux.»

Madeleine est arrivée il y a un mois. Elle qui rêvait de s’impliquer n’a travaillé que 10 jours. Tous les matins, Madeleine se présente à l’école sans savoir s’il y aura classe. En zone rurale, la pluie est une bonne excuse pour élèves et professeurs de ne pas se présenter à l’école. Ce vendredi, malgré le beau temps, elle se butte à des classes vides; 4 des 9 enseignants ne se sont pas présentés. Il n’y a pas eu de cours depuis 3 jours. La direction n’intervient pas. Deux groupes se sont joints à d’autres classes. Les locaux vides sont envahis par des filles qui dorment, affalées sur les bancs d’école. Le regard fuyant, elles ne veulent pas expliquer pourquoi elles ne retournent pas à la maison. «Certaines sont des restavecs, explique Madeleine, compatissante. De jeunes filles offertes comme domestiques à des familles plus fortunées, dans l’espoir que ces familles paient pour les éduquer. Elles préfèrent rester à l’école. C’est leur seul moment de détente, ici», poursuit l’enseignante québécoise.

Dans la classe des 3e année, on ouvre les cahiers de mathématique. Elles ne sont que 13, cette journée-là. L’air circule mieux qu’en temps normal, alors qu’elles sont 43. Le rythme de la classe est lent. Chacune, à tour de rôle, se présente au bureau du professeur pour corriger ses exercices. Elles sont peu actives, peu participatives. À l’image du professeur qui récite sans âme des leçons sur les fractions.

L’enseignante québécoise n’est pas prête à lancer la pierre aux enseignants haïtiens. «Moi ce soir, j’ai de l’eau, un bon repas. Pas eux. Leur salaire ne vient jamais. Ils sont fatigués. Je les vois se coucher sur leur bureau 10 minutes. Trois enseignantes suivent une formation de soir. Ils ont leur classe à s’occuper, leur famille et leurs travaux. Pour la plupart, ils sont en mode survie et ça paraît. Ils auraient besoin de beaucoup d’encouragements. On ne souligne pas leurs bons coups. Alors ils agissent de même avec leurs élèves. Quand tu prends le temps de regarder ce qu’ils vivent, tu ne peux pas les juger. Mais ça ne donne pas de résultats auprès des élèves.»

Le défi de l’accès à l’éducation est de taille. Malnutrition qui rend difficile la concentration, longues heures de marche pour atteindre l’école, professeurs peu motivés et absents, écoles souvent fermées, surpeuplement dans les classes. Autre obstacle majeur: un examen national décide si l’élève de 6e année peut passer au secondaire. Le test est en français. En zone rurale, on parle créole. Tant à la maison qu’à l’école. Malgré la bonne volonté des jeunes, très peu terminent le niveau primaire.

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Autre souci pour la population de Marmelade, l’accès aux soins de santé. Les 40 000 habitants de la commune possèdent un minuscule centre de santé. Avec ses 4 médecins, dont deux Cubains, le Centre fonctionne au ralenti. Pas d’équipements pour traiter des fractures, encore moins pour opérer. La majorité des malades qui se présentent ont des problèmes de malnutrition ou de typhoïde en raison d’une consommation d’eau non potable. «L’eau est un véritable problème, affirme un membre du Comité de développement de la commune. Certains marchent la nuit pour en puiser dans la montagne. La population consomme la même eau que le bétail.» Pour Marmelade, l’amélioration de la santé passe par la captation d’une source d’eau potable.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes. En Haïti, un enfant sur 12 meurt avant d’avoir atteint 5 ans. On compte 523 décès de femmes enceintes pour 100 000 naissances. L’un des taux les plus élevés au monde. La cause est simple, selon Médecins Sans Frontières: peu de femmes ont accès aux soins obstétriques d’urgence. Pour répondre à ce problème, Médecins Sans Frontières opère un hôpital pour aider les femmes enceintes de milieux défavorisés.

«Notre objectif est de pratiquer 280 accouchements vaginaux et 120 césariennes par mois, explique Colete Gadenne, chef de mission de Médecins Sans Frontières . Nous voulions nous en tenir aux cas compliqués.» Un mois après l’ouverture de l’hôpital Jude Anne, en mars 2006, Médecins sans Frontière atteignait son objectif. Certains mois, l’organisme pratique plus de 1000 accouchements.

Colette fait tout en même temps. Signer des chèques, régler des problèmes au téléphone, prévoir la journée du lendemain, recevoir des journalistes. Sa voix dénote un état d’urgence permanent. «Nous travaillons en surcharge totale. Nous avons dû engager plus de médecins, acheter plus de matériel que prévu. Nous recevons des gens de partout. Ça montre qu’il y a un énorme problème.»

L’hôpital Jude Anne, situé à La Saline, dans un bidonville de Port-au-Prince, ressemble à une école. À l’intérieur, le personnel est à la course. La salle d’opération est protégée par une bâche de plastique. À l’étage, les lits sont empilés les uns sur les autres pour accueillir le plus de patients possibles. Les patientes sont dans un état catatonique.

Par manque d’espace, des femmes sur le point d’accoucher attendent à la grosse chaleur dans la cour intérieure. Assises sur des bancs de bois, elles ne font rien, si ce n’est s’éponger le front. Elles observent, de l’autre côté de la grille, la longue file de gens qui espèrent recevoir des soins prodigués par Médecins Sans Frontières. L’heureux papa d’une petite fille, appelé au porte-voix depuis la cour intérieure, peine à rentrer pour rejoindre sa progéniture et son épouse. Contre la porte d’entrée, personne ne bouge. Personne ne veut céder sa place. Sortir de l’hôpital est tout aussi périlleux. Les gens sont à cran, las d’attendre.

Médecins Sans Frontières ne veut pas se substituer aux hôpitaux haïtiens. Mais la gratuité des soins offerts par l’organisme est un luxe que la grande majorité des habitants de Port-au-Prince ne peuvent laisser passer. Le coût des soins, dans le système haïtien, n’est pourtant pas élevé. Mais les gens n’ont pas d’argent. Ce qui fait rager Colette. «Le ministère de la Santé se ferme les yeux, s’emporte-t-elle. Il dit qu’il est débordé. Mais si tu fais le tour des hôpitaux, les maternités sont vides.»

Estimé et Yves, médecins haïtiens, ont une perception différente de Colette. Estimé a obtenu sa maîtrise à l’Université de Montréal. Yves, lui, a étudié aux États-Unis. Ils illustrent l’effet pervers de l’action de Médecins Sans Frontières. «À l’hôpital d’État de l’Université, le plus grand au pays, le système d’obstétrique et de gynécologie n’est pas fonctionnel. Médecins Sans Frontières est arrivé et a dit qu’il s’occupait des accouchements compliqués. Nous n’avons donc plus de cas pour former nos médecins», raconte Yves.

Ces deux médecins constatent le manque de services offerts à l’extérieur de la capitale. «La quasi-totalité des médecins restent à Port-au-Prince. Ils ne veulent pas s’installer dans les provinces à cause du manque d’infrastructures. Si tu ne peux pas opérer sans anesthésiste, tu ne veux pas y travailler», affirme Estimé.

Si les régions sont peu attirantes pour les professionnels de la santé, les bidonvilles sont également ignorés en raison de l’insécurité qui y règne.

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Médecins Sans Frontières a pris le relais dans les quartiers dangereux, négociant des couloirs humanitaires avec les chefs de gangs. Femmes enceintes, blessés par balles, victimes de violence sexuelle, Médecins Sans Frontières pratique une médecine de guerre. Les gangs des bidonvilles, autrefois animés par des motivations politiques, sont passés à l’ère criminelle: massacres à la machette, fusillades dans les lieux publics, kidnappings et viols, maisons brûlées.

Apparus timidement en 2005, les kidnappings contre rançons ont atteint des sommets à l’été 2006 avec 10 cas par jour. «Les gangs contrôlaient le pays. Ils étaient partout», rapporte Edmund Mulet, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en Haïti. Les Casques bleus se sont installés dans les bidonvilles, faisant passer les morts violentes de 2 par jour à 2 par mois.

Depuis février 2007, le calme est revenu dans le pays, hormis quelques zones encore problématiques comme les Gonaïves. Les chefs de gangs ont été arrêtés, tués, ou ont déguerpi. Les autres membres se sont dispersés. Les gangs n’effraient plus autant la population. Les voyous d’hier deviennent les victimes d’aujourd’hui. «Maintenant, on voit de plus en plus d’actes de justice populaire, affirme M. Faggart, représentant spécial pour la Commission internationale des Droits de l’Homme en Haïti. Une foule a lynché un jeune soupçonné d’avoir assassiné un flic. Ils en ont profité pour mettre le feu au marché ou se réunissaient les jeunes criminels. Quand on pense que le marché est le seul lieu de ravitaillement de ces gens, c’est fou!» s’indigne M. Faggart.

La population, particulièrement dans les bidonvilles, endure des conditions de vie inhumaines et explose de façon spontanée. La Saline est un dépotoir à ciel ouvert. Les gens vivent au milieu de déchets et d’eau boueuse. Les gens n’ont pas d’emploi. Quelques-uns opèrent de petits commerces, mais les acheteurs sont peu nombreux.

Il est difficile de sortir de La Saline, ne serait-ce que pour trouver un emploi. Car pour sortir, il faut un moyen de transport. Le transport coûte des sous, quand il passe. Les routes de sable, pleines de trous à faire taire les dénigreurs des rues du Québec, repoussent les conducteurs de tap-tap, des camionnettes dans lesquelles on s’entasse. L’insécurité aussi les fait prendre une autre direction.

Jean-Claude, un chauffeur de taxi, évite les bidonvilles. La suspension de sa Corolla 1984 n’est plus jeune pour rouler dans ces rues laissées à l’abandon. Les nombreux trous, leur profondeur, ne valent pas qu’il mette en péril le gagne-pain de sa famille.

La violence a réduit ses heures de travail et l’épaisseur de son portefeuille. Jean-Claude ne se lève plus à 3 heures le matin pour conduire des femmes au marché. Il ne prend plus ce risque. Ses clientes non plus, d’ailleurs. Car les femmes, piliers de la famille, étaient visées par les gangs. «Les marchés sont composés à 95% de femmes, estime Éric Calpas, de la section Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) de l’ONU. Elles ont la charge de la famille. En réduisant l’activité des marchés, les femmes rapportent moins d’argent pour combler les besoins de la famille. Les enfants ont peur d’aller à l’école.»

Malgré ces conditions, de nouveaux arrivants cognent à la porte des bidonvilles tous les jours. Ils viennent des provinces, le ventre creux. «Quand ils sont incapables de subsister, les paysans quittent pour la ville, explique M. Seminario, de la FAO. Mais les villes ne sont pas capables de les recevoir.»

L’économie d’Haïti

haiti reconstruction famille séisme aide humanitaire aide internationale Par son projet d’agriculture, la FAO espère limiter l’exode qui crée les bidonvilles, terrain fertile pour la criminalité. «En augmentant la production, on augmente le couvert végétal, donc on limite l’érosion. On ne perd pas la fertilité des sols. L’eau des rivières est plus pure, les agriculteurs font plus d’argent», analyse M. Seminario.

Marmelade vivait auparavant de la culture du café. La chute des prix combiné à l’état des routes ont forcé les gens à abandonner la production. Ils ont besoin de semences et de l’expertise d’agronomes pour augmenter et diversifier leur production.

Le Comité de développement délivre les semences fournies par la FAO. Le bénéficiaire doit remettre, à la récolte, les semences qu’il a reçues plus 1/6. Ce léger surplus permettra, l’année suivante, à plus d’agriculteurs de recevoir des semences.

En partenariat avec la Caisse populaire de Marmelade, membre du réseau Développement International Desjardins, la FAO soutient des prêts aux agriculteurs pour acheter du bétail ou stocker du grain.

Les femmes sont aussi visées. Le CD choisit d’octroyer de petits prêts de 2000 à 6000 gourdes (de 60 à 180 dollars) aux plus défavorisées. Par manque de moyens, les femmes se rassemblent en groupes de 5 à 10 pour obtenir un prêt. Elles achètent, avec l’argent reçu, des produits alimentaires pour vendre. L’équipe de M. Seminario et des employés de la Caisse les forment à la gestion et la comptabilité.

54 prêts ont été octroyés à 324 femmes qui les ont remboursés dans 95% des cas. Le CD aimerait toucher davantage de femmes, avec cette activité. «Beaucoup de femmes ne reçoivent pas de crédit», se plaint Melinda, membre du CD, tout en critiquant le taux d’intérêt de 26%.

De façon générale, la situation s’est améliorée à Marmelade. «Avec l’aide de la FAO, nos récoltes sont maintenant 4 à 5 fois plus volumineuses», raconte Lucien, un agriculteur de la région.

Routes et transport en Haïti

Cette amélioration risque de plafonner. Le délabrement des routes oblige les agriculteurs à écouler leurs surplus dans la communauté. Une production plus élevée et le manque d’acheteurs entraînent du gaspillage. Les récoltes, faute de débouchés, deviennent périmées.

Les routes d’Haïti, qui freinent le relèvement du pays, pourraient être la planche de salut du pays. Un vaste projet de construction de routes et de bâtiments mijote. «Ce qu’il faut, on le verra cette année, ce sont des travaux publics. Beaucoup de gens vont travailler. Ils vont construire des routes. Ça va déclencher une augmentation de l’activité économique», évalue l’ambassadeur Mulet, à la tête de la MINUSTAH.

La population n’attend que ça. Elle s’impatiente. Avec les trois quarts de ses habitants qui vivent avec 2$ ou moins par jour, le quart de ses jeunes de 18 ans et moins qui sont considérés comme orphelins ou enfants vulnérables, le pays risque de replonger dans ses vieilles habitudes. «On a besoin de plus de projets visibles et avec un impact direct, estime Thierry Faggart, des Droits de l’Homme. La population a besoin de voir une différence dans ses conditions de vie suite à l’amélioration de la sécurité et, pour une fois, la présence d’un gouvernement légitime. Faute de quoi, on peut basculer dans l’insécurité à nouveau.»

Le gouvernement haïtien

Jean L’Hérisson est à la tête d’Haïti Solidarité internationale, une ONG qui sensibilise la population sur les enjeux de la justice et de la décentralisation des pouvoirs. Selon lui, le gouvernement de René Préval hérite d’un État en décrépitude totale. «Le pays est dépourvu de tout. On sent que ce gouvernement, en place depuis un an, a des velléités de mises en chantier. Mais de la volonté, nous n’en sommes pas certains.»

L’ambassadeur Mulet y voit un problème de compétences et non un manque de volonté. «80% des gens éduqués sont partis. Il n’y a pas de cadres. C’est un problème pour l’État, la société civile et le privé», déplore-t-il. Haïti, sous dictature 35 ans depuis les 50 dernières années, n’a pas formé ses gens à prendre des initiatives.

Ce manque se fait sentir à Marmelade, comme partout au pays. Après 8 ans de formation, les agriculteurs de Marmelade ne sont toujours pas aptes à gérer des budgets significatifs malgré leurs besoins pressants. «On augmente les fonds petit à petit, explique M. Seminario. Ils ne peuvent pas en absorber plus. On décaisse l’argent progressivement, au fur et à mesure qu’ils apprennent à gérer les fonds.» M. Seminario préfère former les habitants de Marmelade de façon durable et former de nouveaux leaders locaux qui deviendront, qui sait, les politiciens de demain.

En impliquant les gens dans le développement de leur région, M. Seminario obtient des résultats inattendus. Lors des violences entourant le départ de l’ancien président Aristide, en 2004, les membres du Comité de développement ont protégé les institutions et infrastructures qu’ils avaient mises en place. «Ça démontre leur engagement, constate M. Seminario. En raison des troubles, l’équipe du FAO a quitté la région. Ils ont pris le relais. Tout est resté intact.»

Sur le chemin du retour, à bord du 4×4 de la FAO, le choc des cultures se fait sentir. Gary, comptable du projet, explose à la vue des déchets qui ornent les rues. «Je veux être dictateur, dit-il sérieux. Je vais obliger les Haïtiens à agir pour leur bien. Il y a une loi qui interdit de jeter ses déchets sur la rue. C’est pour éviter les problèmes de santé. Sous la dictature, la loi était respectée.»

Gary a 43 ans. Il est diplômé universitaire. Il a vécu sous la dictature et subi des gouvernements inefficaces. Il n’a plus de patience. Et il n’est pas le seul. C’est là tout le problème de la reconstruction d’Haïti. Elle demande du temps. 10 à 20 ans. Pour Gary, c’est trop long.

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Photos Dominic Desmarais.

Produit grâce à la participation de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

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