Les « negs » de Normand Brathwaite et d’Éric Salvail

Larock Instigatt, Narra, Spook, Slinky et Profane

Les negs de Miccalauréat

Raymond Viger Dossiers RacismeTélévisionMédias

4067831Amène tes Negs qu’on écoute Miccalauréat. Une expression qui peut surprendre. « Neg » est une expression créole qui veut dire « tes boys ».

C’est dit en plaisantant, pas pour dénigrer. On peut même le dire à un Blanc. Cette expression se dit entre amis quand on se connait. Ça peut créer des évènements cocasses. Comme quoi il faut faire attention avant de juger ou d’interpréter ce que les gens disent!

C’est un peu le sens du message que nous livre Miccalauréat, un groupe de cinq rappeurs Québécois-Haïtiens de St-Michel, Rivière-des-Prairies et Montréal-Nord. Une entrevue que Larock Instigatt a donné à Reflet de Société en mars 2002 lors de la préparation de leur 2e CD.

Ce message de Larock Instigatt est-il différent de la controverse déclenchée par Normand Brathwaite à l’émission En mode Salvail de l’animateur Éric Salvail?

Normand Brathwaite Éric Salvail ligue des Noirs racismeNormand Brathwaite lance devant Éric Salvail que Nègre est un beau mot. Il peut être mal utilisé quand tu dis « Ostie de nègre ». Assez similaire sur l’utilisation du mot Nègre par des rappeurs des années 2002 et Normand Brathwaite en 2016.

Les exemples d’utilisation positive du mot Nègre dans la langue francophone sont multiples. À la télévision, le pasteur Martin Luther King se présente comme an American Negro. Pour lui, l’important réside dans le combat pour les droits civiques, les subtilités du vocabulaire étant très secondaires.

Le nationaliste afro-américain Marcus Garvey crée aussi en 1917 la United Negro Improvement Association, UNIA, qui est toujours en activité.

À l’École militaire, le mot « nègre » était utilisé pour désigner le major de promotion, c’est-à-dire l’élève le mieux classé.

La ligue des Noirs se résume à 4 nègres avec un Fax

Normand Brathwaite a une dent contre la ligue des Noirs. La ligue a une mission noble dont personne ne peut s’objecter:

Défendre les droits de la Communauté Noire et représenter leurs intérêts.
Servir d’instruments d’éducation populaire pour le respect des droits des citoyens.
Sensibiliser les gouvernements, les secteurs public, para-public et privé de l’importance à donner des chances et des opportunités égales à tous les citoyens.
Encourager la participation des citoyens dans tous les aspects de la vie économique, sociale, éducative et politique.

C’est dans certaines plaintes jugées abusives par Normand Brathwaite que sa citation prend son sens. Il l’a dit en faisant référence aux plaintes que la Ligue des Noirs avaient faites envers Yvon Deschamps dans un monologue pour dénoncer le racisme.

Normand Brathwaite n’est pas le seul Noir ou le seul mulâtre à considérer que le mot Nègre n’est pas péjoratif.

Normand Brathwaite a le droit de penser que la ligue des Noirs devrait se remettre en question quand on fait des plaintes contre Yvon Deschamps.

Les questions qui tuent

La ligue des Noirs a répondu sur son site Internet.

En essayant de suivre votre parcours au Québec, il nous est difficile de vous considérer comme un héros, comme un modèle de la communauté noire et de la société québécoise. Le rôle que vous jouez habituellement à la télévision ressemble plutôt à celui d’un bouffon qui ne donne pas l’impression de connaître l’histoire ni les problématiques de notre communauté. Vos valeurs ne sont pas celles que nous essayons de promouvoir parmi les membres de notre communauté et auprès de la société québécoise»

  • Est-ce que la ligue des Noirs, en traitant Normand Brathwaite de bouffons, aide leur cause ou s’ils réagissent sur la défensive?
  • Est-ce que la ligue des Noirs a manqué une belle occasion de sensibiliser les citoyens et de répondre à sa mission en étant sur une telle défensive?

Source : En mode Salvail – Normand Brathwaite

Autres textes sur le Mois de l’histoire des Noirs

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FRO et Flash Nude pour le mois de l’histoire des Noirs

2e livre de BerekYah et 4e année pour FRO

Mois de l’histoire des Noirs

Raymond Viger Dossier Mois des Noirs

12552515_10156507590635613_576341396643851228_nLe FRO est allumé!

Vivez le Mois de l’Histoire des Noirs et prenez part au festival FRO 2016! Les 4, 5 et 6 février au théâtre Corona.

Jeudi 4 février 20h

Strange Froots X Malika Tirolien X Fredy V.

Conférence: Rosa Clemente

Vendredi 5 février 20h

Poètes du Panthéon X Heaventide et Aldo Guizmo X Ms Holmes

Lancement de la compilation FRO 2016: Flash Nude

Samedi 6 février 20h

K-Iri X Sam I am et Waahli X Nina Turner et Tina Simone

Conférence et prestation Muzion.

12$ par soir. Théâtre Corona 2490 Notre-Dame Ouest. Billeterie Centre Bell 1-855-310-2525.

Le livre Flash Nude disponible aux éditions TNT (514) 256-9000. 9,95$ plus taxe et transport.

Jackie Robinson et le Baseball

Les Royaux de Montréal et les Dodgers de Brooklyn

Mois de l’histoire des Noirs

Raymond Viger Dossier Mois des Noirs

800px-JrobinsonEn 2016, le gouvernement du Canada célébrera officiellement pour la 20e fois le Mois de l’histoire des Noirs.

Un nom qui revient régulièrement quand on présente les Noirs qui ont marqué l’histoire est Jackie Robinson. Le 15 avril 1947, Jackie Robinson a été le premier Noir à jouer dans les Ligues Majeures de baseball.

Même si Jackie Robinson est un Américain et qu’il a joué pour les Dodgers de Brooklyn, en 1946, Jackie Robinson a habité au 8232 de Gaspé à Montréal alors qu’il jouait au sein des Royaux de Montréal, le club école des Dodgers de Brooklyn.

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Lilian Thuram, le football et le racisme

Le mois de l’histoire des Noirs

Redonner ses couleurs à l’histoire

Né en 1972, Lilian Thuram a connu une grande carrière de footballeur. En 2008, il a mis sur pied la fondation Éducation contre le racisme. Nous avons parcouru son livre Mes étoiles noires, chaudement recommandé par Johnny Walker Bien-Aimé.

Normand Charest Dossier Racisme

Enfant, Lilian était le seul Noir de sa classe, et il constata bien vite que l’histoire de ses ancêtres était absente des livres d’école. La seule fois où on en parlait, c’était pour dire que les Noirs avaient été les esclaves des Blancs. Cela l’a choqué. Il s’est «senti estampillé, marqué au fer, et bien seul dans cette classe que je regardais désormais autrement et qui me regardait aussi peut-être d’une autre façon».

Déjà, ce début d’introduction est génial, parce qu’il réussit parfaitement à nous mettre dans la peau de cet enfant Noir. À nous faire ressentir directement son désarroi. C’est clair. On comprend bien maintenant le but de son livre : celui de fournir aux enfants une histoire et des modèles où ils pourront se retrouver.

«Il est aberrant que les enfants ne sachent toujours pas qu’il n’y a qu’une seule espèce d’homme, l’Homo sapiens… le jour où l’histoire des grandes civilisations africaines, asiatiques ou amérindiennes, telles que celles du Mali, de l’Inde ou du Mexique, sera enseignée, les mentalités évolueront.»

«Si nous voulons vraiment changer notre société, lutter contre le racisme, ce n’est pas sur la discrimination positive ni sur le communautarisme qu’il faut compter… Il n’y a pas d’histoire noire ou d’histoire blanche. C’est tout le passé du monde que nous devons reprendre pour mieux nous comprendre et préparer l’avenir de nos enfants. Par ce livre, j’espère y contribuer.»

Des pharaons noirs

Dans la quarantaine de chapitres qui suivent, l’auteur survole l’histoire de l’humanité. Nous apprendrons, entre autres, l’existence d’une dynastie de pharaons noirs en Égypte. Certains historiens avanceront même que la population égyptienne serait descendue graduellement de l’Éthiopie jusqu’à la mer, en suivant le Nil.

Le penseur Ésope de l’Antiquité grecque (7e-6e s. av. J.-C.), auteur de fables qui ont influencé l’Europe, était en réalité un esclave nubien, avant d’être affranchi. Ses fables, très populaires au 17e siècle, ont été reprises par La Fontaine qui leur a donné la forme rimée que l’on connaît bien.

Fables de Lafontaine

«Tous les enfants connaissent les fables de La Fontaine. Il serait bon que les professeurs expliquent le lien entre Ésope et La Fontaine, le Noir et le Blanc. Dire aux élèves que l’intelligence n’a pas de couleur, c’est éduquer contre le racisme avec sensibilité, intelligence et humour.»

On aimerait citer au complet le «Serment des chasseurs du Manden», composé dans l’empire du Mali, en 1222. On y parle du respect de toute vie, ainsi que de la fin de l’esclavage:

«Chacun dispose désormais de sa personne,

Chacun est libre de ses actes,

Chacun dispose désormais des fruits de son travail.

Tel est le serment du Manden À l’adresse des oreilles du monde entier.»

Une reine d’Angola au 17e siècle instaure la parité homme femme dans l’administration. Lorsque les Portugais arrivent au Kongo en 1482, ils découvrent un grand royaume dont les habitants sont «civilisés jusqu’à la moelle des os! L’idée du Nègre barbare est une invention européenne», écrit l’anthropologue allemand Leo Frobenius en 1911.

Au 18e siècle, un garçon du Cameroun deviendra page du sultan d’Istanbul. Avant d’être adopté par le tsar Pierre le Grand de Russie, qui l’élèvera comme son fils. Il deviendra le général en chef de l’armée impériale russe.

Poète russe Noir

Alexandre Pouchkine (1799-1837), le plus grand poète russe, sera son descendant: «Il n’y a que moi dans la littérature russe qui comptasse un Nègre parmi ses ancêtres», écrira-t-il. Dans ses écrits, il défendra la cause de ses «frères noirs» contre leur esclavage aux États-Unis. Malgré la blancheur de ses parents, il avait hérité de la peau bistre et des cheveux ondulés de son lointain aïeul.

Au 18e siècle, le chevalier de Saint-Georges, grand musicien et compositeur, deviendra le premier colonel noir de l’histoire de France. Un de ses chefs d’escadron sera Thomas Alexandre Dumas, d’origine haïtienne, père de l’auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo.

Martin Luther King

Au niveau de la science, le livre nous offre un plein chapitre de personnalités: «Avant de partir au travail, disait le pasteur Martin Luther King, sachez que la moitié de toutes les choses et des appareils que nous avons utilisés chez nous ont été inventés par des Noirs.»

Lampe électrique, réfrigérateur, antenne parabolique, divan convertible, lit pliant, planche à repasser, arroseur de pelouse, manèges, piano mécanique, plume à réservoir, taille-crayon, sucre en morceaux, moissonneuse, baratte, véhicules frigorifiques, poussette, feux de circulation, boîte de vitesse automatique, masque à gaz, première opération à cœur ouvert, transfusion sanguine, stimulateur cardiaque, opération de la cataracte au laser, téléphone cellulaire, disquette informatique… et la liste continue.

En définitive, l’auteur atteint son but avec ce livre : celui de nous démontrer que nous formons une seule grande famille humaine. Et que nous pouvons exceller dans tous les domaines de la vie: quels que soient notre couleur, notre ethnie, notre sexe, etc. Ce que l’histoire nous montre bien… À condition de la libérer de la censure qui l’avait obstruée jusqu’à maintenant!

Le livre: Lilian Thuram, Mes étoiles noires, éd. Philippe Rey, 2010; version de poche aux éd. Points.

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Le mois de l’histoire des Noirs vu par un Noir

Le mois de l’histoire des Noirs

Rencontre avec Johnny Walker Bien-Aimé

Johnny Walker Bien-Aimé travaille au Café Graffiti depuis 1997. D’abord professeur de danse hip-hop, il a par la suite suivi plusieurs formations qui lui ont permis de devenir l’intervenant fort apprécié que connaissent bien les habitués du café.

Normand Charest Dossier Racisme

haiti toiles exposition vernissage mois des noirsLors d’une première conversation, Johnny nous a fait part de ses réserves sur une certaine façon de parler du racisme ou du Mois de l’histoire des Noirs, ici à Montréal. C’est de manière fort sympathique et chaleureuse qu’il poursuit maintenant sa réflexion avec nous:

«Est-ce bien utile de commémorer tous les côtés sombres du passé, de fêter les massacres? Ne devrions-nous pas tout oublier pour aller de l’avant?… Bien sûr, il faut connaître toutes ces choses, pour ne pas qu’elles se répètent. Mais, en même temps, on ne doit pas vivre que sur des souvenirs négatifs.»

«Je respecte tous ceux qui se sont battus pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs, dans le passé. Aujourd’hui, la situation n’est plus la même pour notre génération, et cela crée un certain malaise», dit-il.

«On se pose la question suivante: s’il y a un Mois des Noirs chez nous, ne devrions-nous pas aussi fêter l’histoire des autres ethnies? Il n’y a pas de Mois de l’histoire des Chinois ou des Juifs, par exemple.»

En effet, n’y a-t-il pas une contradiction entre ces commémorations ethniques et le fait de vouloir être reconnus comme citoyens à part entière, dans notre société? On a souvent reproché aux nationalistes québécois d’utiliser un «nous» qui ne représentait que les «pures laines» d’origine française. On objectait, avec raison, qu’il ne pouvait y avoir deux classes de citoyens, quelle que soit notre origine.

C’est pourquoi Johnny refuse de demander des subventions réservées aux minorités visibles (pour des écoles de danse). Il préfère agir dans un cadre plus large, non restrictif, qui inclut tous les citoyens du pays.

D’un pays à l’autre

La réflexion sur la pertinence de cet événement nous amène à réaliser que la situation n’est pas la même partout.

Selon sa propre expérience, Johnny a pu constater que la ségrégation n’est pas la même aux États-Unis, en France ou au Québec. Et que, par le fait même, le Mois de l’histoire des Noirs  devrais prendre un sens différent à chacun de ces endroits.

En Floride, par exemple, les Noirs, les Hispaniques et les Blancs forment des communautés bien séparées. Et les couples mixtes ne sont pas bien vus. Des Noirs ne peuvent pas se promener librement dans des communautés protégées de retraités Blancs même si ce sont des Noirs et des Hispaniques qui travaillent dans les résidences et que plusieurs des retraités soient des Québécois.

Ségrégation

haiti toiles exposition vernissage mois noirEn France, les banlieues des grandes villes sont presque exclusivement africaines et maghrébines. Dans le 10e arrondissement de Paris, un beau quartier, il se rappelle avoir été considéré comme un voyou, seulement parce qu’il était jeune et Noir.

Mais, surprise, la dame qui l’avait traité de voyou, à Paris, était maghrébine. «C’est terrible de se nuire ainsi entre nous, Maghrébins et Africains», lui avait-il répondu, «avant même que les Blancs n’interviennent. Le fait d’imposer une image de voyou aux jeunes Noirs ne va pas les aider. Au contraire, c’est ce genre d’attitude qui les pousse au gangstérisme, parce qu’ils ne voient pas d’autres issues: toutes les portes leur étant fermées d’avance.»

La ségrégation semble plus forte en France qu’ici. Le fait qu’elle commence déjà parmi les minorités est encore plus triste. Même les Noirs des plus hautes classes sociales peuvent bloquer ceux des cités. «Les Blancs n’ont même pas besoin d’intervenir», nous dit Johnny, à demi sérieusement.

Modèles d’hommes Noirs positifs

Nous avons touché la question de la pertinence et des différences entre les pays. Mais il nous reste à reconnaître que la question identitaire est importante pour chacun de nous. Et que cela apporte un côté positif à cette célébration.

L’enfant noir, dans un pays de Blancs, est confronté à des modèles auxquels il ne ressemble pas. Il doit pouvoir en trouver qui conviennent à sa quête d’identité et à son estime de soi. Car chacun, quel qu’il soit, doit s’épanouir selon sa propre beauté et ses origines.

Les enfants ont besoin de modèles positifs auxquels ils puissent ressembler. Si on leur en offre dans leur communauté, on les éloignera ainsi des gangs de rue vers lesquels ils pourraient avoir la tentation de se réfugier.

Les modèles de Noirs ne doivent pas se limiter aux rappeurs, aux 50 cents, aux sportifs, aux danseurs, aux musiciens, nous dit Johnny. Nous devons tous réaliser (et les jeunes avec nous) que les Noirs peuvent être présents à tous les échelons de la société (comme c’est déjà souvent le cas), et non pas seulement dans les sports et les spectacles.

Il y a là beaucoup d’éducation à faire, puisque les documents sur la contribution des Noirs à l’histoire commune ne sont pas très nombreux. Dans certains marchés haïtiens de Montréal, on trouve des affiches qui vont dans ce sens. Ces documents devraient être connus de tous.

Sait-on qu’il y a eu des philosophes africains durant l’Antiquité? Connaît-on les inventeurs noirs, les hommes de science, les artistes, les très nombreux écrivains et poètes noirs?

«Le footballeur français Lilian Thuram a écrit un livre formidable sur le sujet, qui porte le titre de Mes étoiles noires. Je le recommande à tous.

Ce genre d’informations fournirait un merveilleux tremplin pour éduquer les enfants des diverses ethnies, et pour les éloigner de la fausse solution du gangstérisme», nous dit Johnny avec beaucoup de conviction.

Un Noir chez les Amérindiens au 16e siècle

On trouve aussi ce passage dans un récent livre de Serge Bouchard, C’était au temps des mammouths laineux (2012), à propos d’un Noir chez les Amérindiens au début du 16e siècle:

haiti toiles exposition vernissage mois noirs«L’aventure espagnole en Amérique, c’est aussi Esteban, un Noir mahométan, originaire du Soudan, mais esclave en Égypte, capturé par les chrétiens espagnols en Méditerranée avant de rejoindre l’armada pour les Amériques, au service aveugle des conquistadores Narvaez et Coronado, explorateurs débridés, malheureux, Esteban qui survécut pendant une décennie dans des territoires inconnus, pieds nus entre Tallahassee et Santa Fe, passant pour un grand dieu noir aux yeux des Amérindiens, jusqu’à ce que ceux-ci, las de s’interroger, l’égorgent dans un pueblo zuñi, pour avoir séduit des vierges et offensé un chef.»

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Février, le mois de l’histoire des Noirs

La recherche identitaire

Negro History Week

Depuis 2007 au Québec, le mois de février est consacré à la célébration de l’histoire des Noirs.

Normand Charest     Dossier Mois des Noirs

LOGO-NB-mois histoire des noirsLa première célébration de l’histoire des Noirs aux États-Unis, on la doit à un historien, le Dr C.G. Woodson (1875-1950) qui voulait combattre le racisme et les préjugés par l’éducation. C’était en 1926 et l’événement, la Negro History Week, ne durait qu’une semaine au départ. La semaine devint le Mois de l’histoire des Noirs en 1976. Un événement célébré maintenant partout en Amérique, mais aussi en Afrique et en France. Chez nous, la célébration de ce mois, en février, a été assurée par une loi québécoise en 2007 et par une loi canadienne en 2008.

Pertinence et recherche identitaire

Si les Noirs sont présents au Québec depuis les débuts de la colonie (malgré le fait que les livres d’histoire en aient si peu parlé), il faut constater que leur nombre s’est considérablement accru avec les vagues d’immigration successives dont l’arrivée des Jamaïcains puis la vague haïtienne plus nombreuse de la fin des années 1960 jusqu’aux arrivées plus récentes de l’Afrique.

Contrairement à ce qui était le cas autrefois, on trouve maintenant des Noirs à tous les échelons de la société. Beaucoup sont des professionnels, des professeurs ou même des politiciens. On a connu au moins deux ministres Noirs au Québec, et même une gouverneure générale, représentante de la reine au Canada. Et parmi les nombreux auteurs reconnus, Dany Laferrière, lauréat du prix Médicis 2009. Dans ce cas, peut-on encore parler de racisme ou de ségrégation?

Racisme et préjugés

Il semble bien que tout ne soit pas rose partout. Car le profilage racial fait encore des victimes. Et le préjugé du jeune homme Noir considéré comme un voyou fait encore des ravages dans certains milieux.

La pertinence du Mois de l’histoire des Noirs s’appuie aussi sur un deuxième point : la recherche identitaire. Est-ce que les modèles Noirs qu’on leur propose sont stéréotypés, comme celui du jeune homme sportif?

Tous ceux qui viennent des Antilles ont perdu leur héritage africain. Ils ont adopté les langues des colonisateurs et le mode de vie européen. Et cela crée un malaise identitaire.

Quatre artistes Haïtiens exposent au Café Graffiti: Solidarité Québec / Haiti

 Vernissage au Café Graffiti pour le mois de l’histoire des Noirs

Haïti, 3 ans après le séisme. Sous le thème du mois de l’histoire des Noirs, un vernissage vendredi le 8 février à 15:00 hres. Une exposition internationale qui durera jusqu’à la fin février. Café Graffiti, 4237 Ste-Catherine est. (514) 259-6900. Informations: http://wp.me/pamM-7Nr.

NB Les artistes Haïtiens ne pourront être présents, mais leurs oeuvres seront au rendez-vous.

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Mois de l’histoire des Noirs 4

Mois de l’histoire des Noirs 4

François Richard

Dossier   Mois des Noirs

image Afin de souligner le Mois de l’histoire des Noirs, Reflet de Société vous offre une série de quatre articles portant sur des personnages d’origine africaine marquants, souvent méconnus, de l’histoire nord-américaine. Quatrième et dernier personnage, Mary Ann Camberton Shadd, enseignante, journaliste, éditrice, recruteur militaire durant la Guerre de Sécession et militante pour les droits des Noirs.

Mary Ann Camberton Shadd, 1823-1893

Née dans la ville de Wilmington, au Delaware, Mary Ann Camberton Shadd est l’aînée d’une famille de treize enfants. Elle doit quitter avec sa famille sa ville natale afin d’avoir accès à l’école. Elle fréquente un établissement dirigé par des missionnaires Quakers, en Pennsylvanie.

De retour chez elle en 1839, Mary Ann Camberton Shadd fonde une école pour jeunes Noirs alors qu’elle n’est âgée que de seize ans. Elle enseigne aux jeunes Noirs américains durant les onze années suivantes, à Wilmington, puis dans différentes écoles des États de New York, du New Jersey et de la Pennsylvanie.

Militante des droits des Noirs

En plus de son travail d’enseignante, Mary Ann Camberton Shadd est, au cours de ces années, activement impliquée dans la lutte pour les droits des Noirs. Son message: les Noirs s’émanciperont par le travail et l’épargne, en bâtissant des communautés prospères et solidaires. Elle souhaite que les siens se prennent en main eux-mêmes plutôt que d’exiger de l’aide de la part des Blancs. Elle met ses idées sur papier dans un pamphlet de douze pages publié en 1849 et intitulé, Hints to the Colored People of the North (les Noirs du sud du pays sont à cet époque toujours soumis à l’esclavage).

Réfugiée au Canada

Comme un grand nombre de ses semblables Mary Ann Camberton Shadd quitte les États-Unis après l’adoption de la Fugitive Slave Act par le Congrès de ce pays, en 1850. Cette loi oblige les citoyens et les forces de l’ordre des États du Nord à arrêter toute personne soupçonnée d’être un esclave en fuite et de le remettre éventuellement à son propriétaire.

Mary Ann Camberton Shadd s’installe donc à Windsor, dans le sud-ouest de l’Ontario, et y trouve un emploi d’enseignante en 1851. Dans son livre A plea for emigration, publié en 1852, elle invite les Noirs de son pays à se réfugier au Canada et fait une critique virulente de l’idéologie de séparation des races, alors dominante parmi l’élite noire nord-américaine.

Un journal pour les Noirs

En 1853, elle fonde un journal, afin de donner une voix à la communauté noire canadienne. Bien que le statut social des femmes à l’époque l’empêche d’occuper officiellement le poste de rédactrice en chef du Provincial Freeman, elle dirige bel et bien le journal au jour le jour. La militante effectue à cette époque des tournées de conférences au Canada et aux États-Unis afin d’amasser des fonds pour la publication qu’elle a mise sur pied.

Le journal vivote tant bien que mal jusqu’en 1859. Des problèmes financiers obligeront alors l’équipe du Provincial Freeman à mettre fin à l’aventure. Mary Ann Camberton Shadd fait publier cette année là un livre sur la Guerre de Sécession, qui oppose à l’époque les États américains du Nord à ceux du Sud, notamment à propos de la question de l’esclavage.

Au service de l’armée américaine

La militante prend à cette époque fait et cause le camp du Nord, en faveur de l’abolition de l’esclavage. À un point tel qu’en 1863, elle retourne aux États-Unis afin de devenir recruteur pour l’armée nordiste. Il s’agissait d’une première aux États-Unis, voire d’une première mondiale.

Une enseignante américaine

Mary Ann Camberton Shadd demeure aux États-Unis une fois la guerre civile terminée. Elle obtient un certificat d’enseignement américain en 1868 et travaille à Détroit, puis à Washington, jusqu’à la fin de sa carrière. Elle obtient un diplôme en droit de la Howard University, à Washington, en 1883. Durant la dernière période de sa vie, Mary Ann Camberton Shadd milite aussi en faveur du droit de vote des femmes. Elle meurt d’un cancer en 1893.

Exposition de photos de Kinshasa

Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, une exposition de photographies sur la vie à Kinshasa, métropole ouest-africaine de 8 millions d’habitants et capitale de la République démocratique du Congo, est présentée jusqu’au 1er mars à l’Église Saint-James, dans le centre-ville de Montréal. Les clichés, réalisés par Paul Henry Kiese, un travailleur de rue montréalais qui a habité la ville récemment, représentent divers aspect de la vie dans la ville immense et affectée par des vagues de migrations immenses, résultant en partie de la longue guerre qui ravage le Congo. L’exposition est ouverte au public samedi et dimanche entre 10h30 et 16h30. L’Église Saint-James est située au 463, Sainte-Catherine, Ouest, entre les rues Union et Saint-Alexandre.

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