À quand la foire des vins québécois?

La foire aux vins français et la Société des alcools du Québec

À quand la foire des vins québécois?

Comme si on ne connaissait pas déjà suffisamment les vins français, les publicités de la Société des alcools du Québec ne cessent d’en faire mention.

Raymond Viger    Dossier Société des alcools du Québec

La Société des alcools du Québec présente des publicités sur la foire aux vins français. Je n’ai rien contre ni les Français ni les vins français.

Questionné par plusieurs sur l’idée de faire la promotion de l’alcool, la Société des alcools du Québec s’est justifiée en mentionnant qu’elle veut faire connaître des vins à un coût supérieur… en développant le goût des Québécois.

Pourquoi ne pas essayer de temps à autre de développer le goût des Québécois envers les vins du Québec?

Si un publicité télévisée coûte trop cher pour la Société des alcools du Québec pour faire la promotion des vins du Québec, peut-être une petite affiche pour nous aider à les retrouver dans le fond de la succursale? Ou encore un employé de la Société des alcools du Québec avec des bouteilles ouvertes de vins du Québec pour y goûter?

Chaque publicité de la Société des alcools du Québec me fait les questionner encore et encore.

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Vignobles de l’Ontario VS vignobles du Québec

Vins de l’Ontario VS vins du Québec

Les producteurs de vins québécois regardent avec envie les succès de leurs confrères ontariens. Ils aimeraient écouler leurs millésimes avec autant de facilité. Vœux pieux? Reflet de Société s’est rendu dans le sud de l’Ontario pour découvrir les secrets de la recette ontarienne.

Dominic Desmarais  Dossier Société des alcools du Québec

route-des-vins-quebec-vignobles-vin-quebecois Péninsule du Niagara, Ontario – Il est facile de se perdre d’extase dans la péninsule du Niagara, à 100 km au sud de Toronto. À l’automne, les arbres ressemblent aux feuillus multicolores québécois. Sur la bordure des petites routes, les branches s’offrent en un toit de fortune. Derrière cette façade naturelle se moulent les petites municipalités de la région.

Dans ce décor bucolique, des champs de vignes se dressent à perte de vue. À croire qu’il n’y pousse que ça. Environ 60% des quelque 100 vignobles recensés en Ontario ont pignon sur rue à proximité des chutes Niagara et du lac Ontario.

David et Goliath

Leonard Pennachetti est propriétaire du vignoble Cave Spring Cellars, dans la municipalité de Jordan. Nombre de ses voisins possèdent un vignoble ou font pousser du raisin qu’ils vendent à de grosses entreprises. Grand, svelte, les cheveux grisonnants, Leonard Pennachetti est l’ancien président et fondateur de la Vintners Quality Alliance (VQA), un regroupement de vignobles de la province. La VQA s’assure de la qualité du vin et désigne les appellations d’origine.

route-des-vins-quebec-vignobles-vin-quebecois Dans le marché du vin, M. Pennachetti se considère comme un joueur de second ordre. «Une goutte d’eau», s’amuse-t-il à dire avec l’assurance d’un homme qui réussit bien. Son vignoble produit annuellement 720 000 bouteilles. À lui seul, il met en marché presque autant de bouteilles que l’ensemble des vignobles québécois qui avoisinent le million de bouteilles par an. Des broutilles, pour le marché ontarien. Les compagnies Vincor et Andrew Peller, les deux plus importantes, accaparent près de 80% des ventes de vins locaux à la LCBO, le pendant ontarien de la SAQ.

M. Pennachetti bredouille quelques mots de français, lointain souvenir de ses cours du secondaire. En fier ambassadeur de sa région, il s’improvise guide touristique. Délaissant son bureau au profit du volant de sa berline, il parcourt les petites rues de sable des environs. Du doigt, il montre les champs de cultivateurs qui font pousser du raisin pour les deux principaux vignobles. Il distingue les différents cépages d’un champ à l’autre.

À 5 km de ses bureaux, il désigne un vignoble, le Flat Rock Cellars, propriété d’Edward Madronick, un jeune trentenaire. Un petit vignoble, au dire du guide improvisé, qui produit 180 000 bouteilles deux ans après sa fondation. À titre d’exemple, le vignoble L’Orpailleur, de Dunham, est le plus gros producteur québécois avec ses 125 000 bouteilles.

L’Ontario, un climat unique

vignobles-route-des-vins-du-quebec-vin-quebecois Les vignobles ontariens sont en bonne santé. Ils orientent leur production de manière industrielle, en espérant se faire une petite niche sur le marché international. Au Québec, le vin est produit de façon artisanale. «La différence, c’est le climat», tranche le propriétaire de Cave Spring Cellars.

Dans la cave du siège social, près des entrepôts, une carte géographique de la région est collée au mur. M. Pennachetti l’utilise pour expliquer les conditions avantageuses dont bénéficient les vignobles de la péninsule. La profondeur du lac Ontario et l’escarpement du Niagara tempèrent les vents et limitent les températures glaciales. Moins affectées par le froid, les vignes permettent au raisin de mûrir plus longtemps.

Grâce à ce micro climat unique, les vignerons ontariens utilisent les mêmes vignes pour leur raisin que les grands vignobles de la planète, comme celles de la France ou l’Espagne. Les vignes, appelées vitis vinifera, permettent, selon M. Pennachatti, de produire un vin de qualité supérieure.

«Au Québec, on utilise des vignes hybrides. C’est une grosse différence. Les vitis vinifera font de meilleurs vins», assure M. Pennachetti. Auparavant, les producteurs ontariens utilisaient eux aussi des hybrides, un croisement entre deux sortes de vignes pour résister au froid. En juin 2007, le ministère de l’Agriculture ontarien lançait un programme de 3,8 millions de dollars pour que les cultivateurs de raisins arrachent leurs vignes hybrides.

Denis Drouin, président et fondateur du vignoble le Cep d’Argent, en Estrie, ne partage pas cette opinion sur les hybrides. «Ça n’a rien à voir avec la qualité. Le vitis vinifera se conserve plus longtemps et arrive à maturité plus lentement. L’hybride, c’est le contraire.» Son vignoble, comme ceux de ses confrères, utilise des vignes hybrides, froid québécois oblige. Ce qui ajoute aux coûts de production. En novembre, M. Drouin et ses employés doivent enterrer leurs vignes les moins résistantes. Un exercice que n’a pas à subir Leonard Pennachetti.

Les raisins de Niagara

La majorité des vignobles ontariens sont situés près des chutes du Niagara. L’une des attractions touristiques les plus prisées au pays, les chutes attirent plus de 12 millions de touristes par année, selon Tourisme Niagara. Une manne qui profite à l’industrie. En 2007, le Wine Council of Ontario recensait 1 million de visiteurs dans les vignobles de la province. Ce conseil, composé de membres du gouvernement, de vignerons et de producteurs de raisin, établit les politiques de l’industrie du vin.

Leonard Pennachetti suit le courant touristique. Il se voit d’abord comme un producteur de vin. Mais la réussite aidant, son entreprise a pris de l’expansion. M. Pennachetti s’est diversifié. Il a ajouté un restaurant chic à son vignoble, possède un hôtel luxueux avec spa, un resto-bar, des boutiques qu’il loue à des commerçants. Il développe sa région en créant des entreprises connexes.

Au Québec, Nadeige Marion, propriétaire du vignoble Les Trois Clochers, estime à 100 000 le nombre de visiteurs qui ont parcouru la route des vins de Dunham, cette année. Les vignerons du Québec, qui produisent moins, doivent attirer les visiteurs pour écouler leur production. «Nous avons un gros boom pour la période des vendanges, en septembre. Mais comment faire pour attirer les gens à l’année?» se demande Jean-Paul Scieur, propriétaire du Cep d’Argent, qui avoue trouver les mois de janvier à avril plus difficiles.

Les vignerons québécois ne peuvent concurrencer leurs confrères ontariens. Le climat, les vignes et la différence d’achalandage touristique contribuent à creuser un écart difficile à rattraper. Mais nos producteurs de vin, avec l’aide de la Société des alcools du Québec, ont la capacité d’augmenter leurs parts de marché. Et ainsi devenir une locomotive pour le développement des régions.

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La route des vins du Québec

La route des vins du Québec

Le vin québécois fait son chemin

Répartis principalement dans les Basses-Laurentides, les Cantons-de-l’Est, le Centre-du-Québec, Lanaudière, la Montérégie et Québec, les 60 vignobles de la province luttent pour leur reconnaissance. Après plus de 20 ans d’existence, la culture viticole québécoise aimerait bien prendre son envol et devenir un moteur économique pour les régions. Pour ce faire, il faudra une volonté politique comme en Ontario qui a décidé, dans le milieu des années 1990, de dérouler le tapis rouge pour ses producteurs de vins.

Dominic Desmarais  Dossier Société des alcools du Québec

vignoble-quebecois-route-des-vins-vendanges-vin-du-quebec En cette saison de vendanges, Reflet de Société vous fait parcourir la route des vins du Québec et la réalité des vignobles de chez nous. Jean-Paul Scieur dégage une bonne humeur contagieuse. Ce Français d’origine, débarqué en Estrie il y a près de 20 ans, contemple son vignoble la mine réjouie. Dehors, sur le parterre de bois, une dizaine de personnes discutent en dégustant son vin. À l’intérieur de son vignoble aux allures de Moyen-âge, une petite file attend pour acheter ses produits. Les rires fusent d’un peu partout, à l’image du propriétaire et de ses employés.

Jean-Paul peut bien se réjouir. Son vignoble, le Cep d’Argent, approche les 25 ans d’existence. Il récolte aujourd’hui les fruits d’une décision difficile. Né en Champagne, région célèbre pour le spiritueux du même nom, ce quadragénaire pensait bien prendre les rênes du vignoble familial. Mais à un million de dollars l’hectare, les possibilités d’agrandir le domaine étaient nulles. Un ami français, en amour avec une Sherbrookoise, a demandé de l’aide à Jean-Paul et son frère François pour développer un vignoble en Estrie. Ainsi commença une aventure qui dure encore.

Sur une table de pique-nique, installée dans le champ en bordure des vignes, Jean-Paul discute avec passion de son vignoble et des vins québécois. Derrière lui, ses 14 hectares sur lesquels poussent 60 000 vignes s’étendent sur le long, délimités par une piste cyclable. De l’autre côté, le petit lac Magog se profile avec calme. Son vignoble possède de beaux atouts pour attirer les touristes. «La tendance actuelle, c’est d’offrir aux gens une expérience la plus proche possible. On les emmène dans les vignes, il y a des aires de pique-nique, ils peuvent observer le fonctionnement de nos cuves», explique-t-il.

Vignoble et tourisme

Jean-Paul, comme ses collègues vignerons, n’a pas le choix: la viabilité de son vignoble passe par l’attraction de touristes qui achètent ses produits sur place. «Au début, on nous disait que nous avions le vignobles-route-des-vins-du-quebec-vin-quebecoisprivilège de ne vendre que sur le site de production, fait-il remarquer avec sarcasme. Donc nous n’avions pas d’autre choix que de devenir un site agrotouristique. Il fallait faire venir les gens, les attirer.»

Les vins du Québec et la Société des alcools du Québec

Au Québec, le marché du vin passe par le monopole de la Société des alcools du Québec. Personne ne peut vendre sans l’approbation de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec (RACJQ). Les possibilités de vendre se limitent au vignoble, aux établissements qui détiennent un permis d’alcool ainsi qu’aux marchés publics. Le Cep d’Argent produit 125 000 bouteilles par année. Il en écoule 85 000 sur son site à des gens en visite ou à des groupes qui ont réservé la salle de réception. Les 40 000 bouteilles restantes passent par le réseau des Société des alcools du Québec. «Pour moi, la Société des alcools du Québec c’est une visibilité. Et surtout une crédibilité. C’est peu rentable pour moi. Mais au Québec, la culture du vin passe par la Société des alcools du Québec.»

Pour vendre à la Société des alcools du Québec, il faut assurer une certaine quantité de bouteilles que seuls les gros vignobles sont en mesure de produire. Comme il faut rajouter une taxe de 138% en raison de traités internationaux qui exigent le même traitement pour tous les vins, peu importe leur provenance, la bouteille d’ici est vendue trop chère.

Le propriétaire du Cep d’Argent débouche des bouteilles. Un kir, un nectar fruité de cassis, un rouge et du blanc. Le verre à la main, il se faufile entre ses employés en s’amusant à leurs dépens pour continuer la visite des installations. Jean-Paul est fier de ses vins qui ont remporté 72 prix internationaux.

Vignoble québécois en difficulté

Le Cep d’Argent est un producteur important, au Québec. Sa réalité n’est pas celle de tous les vignobles. Le contraste est frappant avec celui des Trois Clochers de route-des-vins-quebec-vignobles-vin-quebecoisNadeige Marion. Situé à Dunham, au cœur d’une route des vins parsemée de 14 vignobles, les 4 hectares de Nadeige produisent quelque 12 000 bouteilles par année.

Nadeige semble s’être levée du mauvais pied. Sa salle de montre, où elle reçoit les visiteurs pour y vendre son vin, est peu invitante avec le désordre qui y règne. La propriétaire des Trois Clochers a d’autres chats à fouetter. Elle ne parvient pas à trouver un employé pour l’aider avec ses vignes. «J’embauche des gens pour la période des vendanges et la période de la taille. Je n’ai personne encore cette année pour la boutique, dit-elle, dépitée. Depuis avril, 7 employés sont passés. Je n’ai personne présentement. Et ce n’est pas juste à cause de mon sale caractère.»

Sans employés, Nadeige doit laisser tomber des activités qui lui permettraient de se faire connaître. Elle a tourné le dos à la fête des vendanges, qui se déroule à Magog, pour demeurer à sa boutique. De plus, la saison estivale n’a pas répondu à ses attentes. «Ce fut une saison pourrie, en raison de la pluie. Ma seule bonne journée fut la journée portes ouvertes, avec les autres vignobles de la région.»

Nadeige écoule ses vins sur son site ainsi qu’au Marché des Saveurs, à Montréal. Chaque année, il lui reste 6000 à 7000 bouteilles qu’elle ne parvient pas à vendre. Pour elle, les coups durs se succèdent. La grêle vient tout juste d’endommager ses vignes et son raisin. «Je travaille 7 jours sur 7 pendant 6 mois. J’aimerais atteindre plus facilement le client», dit-elle d’un ton fatigué.

Nadeige est amère. «Ils sont où, les gens? Ils veulent des produits du Québec mais ils n’y sont pas prêts. Les touristes viennent, pas les locaux. Ici, les petits vieux n’en ont rien à foutre. Ça les dérange, les vignobles. Moi, Nadège Marion, je me demande où ils sont. Je suis bien tannée.»

À sa boutique, c’est le calme plat. Pendant l’avant-midi, le téléphone ne sonne pas. Aucun visiteur n’est venu. Nadeige débourse 333$, soit le même montant que les 13 autres vignobles de la région, pour baliser la route des vins de Brome-Missisquoi. Chaque panneau indiquant le chemin pour se rendre à son site lui coûte 300$. Et pour en poser un, elle doit être membre de Tourisme des Cantons de l’Est au coût de 300$ par année. Avec les coûts de sa machinerie et l’exploitation de son vignoble, Nadeige a peu de moyens pour se faire connaître. «Si nous n’avions pas le problème de vendre le vin, ce serait plaisant, être vigneron», assure-t-elle en laissant paraître un rare sourire.

Vins du Québec certifié biologique

Le vignoble des Négondos, dans les Basses-Laurentides, ressemble par sa taille à celui des Trois Clochers. Carole Desrochers, la propriétaire, était travailleuse sociale pour ensuite ouvrir une garderie avant de s’intéresser au vin. Depuis 1993, elle opère le seul vignoble biologique du Québec. «J’ai toujours été un peu grano, fait-elle remarquer. Je ne pourrais pas faire autrement qu’être bio.» Sa levure, son sucre, sa gélatine, tout est biologique. «Chaque année, je suis certifiée par Québec Vrai, pour mon côté biologique.»

Carole fait le tour de ses 10 000 plants en exhibant ses différents cépages. Dans son champ trônent des dispositifs sonores pour apeurer les oiseaux qui s’intéressent de trop près à ses raisins. Carole est décontractée. Son travail lui plaît. Après avoir augmenté sa production de 1200 bouteilles à 9000, elle est satisfaite. «Pour augmenter la production, il faudrait que j’augmente le nombre de vignes. J’en ai 10 000, c’est suffisant! J’ai 50 ans, je veux une qualité de vie.»

La clientèle de Carole se fidélise petit à petit. Son vin biologique attire les gens. «Ma clientèle va grossir tranquillement. Je devrais vendre toutes mes bouteilles.»

Les vignobles du Québec, un avenir rosé?

Jean-Pierre Belisle partage son temps entre son vignoble, La Roche des Brises, son travail d’avocat et son poste de président bénévole de l’Association des Vignerons du Québec. Selon lui, les vignobles ne font pas d’argent, incapables d’écouler toute leur production. «Tous les vignobles sont en mode investissement à tous les ans, insiste-t-il en parlant d’investissement constant. À ceux qui aimeraient se partir un vignoble, je leur demande s’ils ont la patience d’attendre 15 ans, s’ils ont un bon compte en banque. Les pompes, les cuves, ça ne finit jamais!»

En cette période de Commission itinérante sur l’agriculture, M. Belisle fait la promotion des vignobles. «J’ai le choix, comme société, d’avoir une industrie laitière, des grandes porcheries. C’est le même choix qu’avaient la Californie, la France… Mais nous, parce que nous n’avons pas d’études sur le profil de l’industrie, nous avons hérité de notre vieille société: 3 ou 4 vaches, quelques poules… Nous n’avons pas pensé à l’avenir!»

M. Belisle est convaincu que les vignobles peuvent être une locomotive pour le développement des régions, au même titre qu’en Ontario, en Californie ou en France. Jean-Paul Scieur, du Cep d’Argent, y croit lui aussi. «On parle de développer nos régions… Y a-t-il une meilleure façon? Autour de la route des vins, on crée des commerces. Je n’ai jamais vu, dans le monde, une route des vins qui était pauvre.» L’industrie des vignobles, en plus de produire du vin, est une attraction touristique. Davantage qu’une porcherie ou une ferme laitière.

 

PHOTO-REPORTAGE DE CE TEXTE.

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Les vins du Québec et la Société des alcools du Québec

Les vignobles du Québec

La Société des alcools du Québec, le Wal-Mart du vin

Annick Gazaille est propriétaire d’un marché IGA à Magog. La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) a retiré son permis de vente d’alcool pour 14 jours. Son crime? Mme Gazaille a vendu, en 2004, des vins du Domaine Félibre, un vignoble de la région. Sans avoir obtenu la permission de la Société des alcools du Québec. «Il y a beaucoup d’agriculteurs dans les environs. Je les ai toujours aidés», raconte la propriétaire pour justifier sa conduite.

Dominic Desmarais   Dossier Société des alcools du Québec

vins-du-quebec-route-des-vins-vignobles L’affaire Gazaille représente bien les difficultés des vignerons québécois à écouler leurs produits. Leur préoccupation majeure, c’est de rejoindre le client. Il leur est possible de vendre au vignoble. Dans les autres endroits, comme les restaurants, les foires, les épiceries et la Société des alcools du Québec, ils doivent obtenir l’autorisation de la société d’État qui détient l’exclusivité de la distribution des vins et spiritueux au Québec.

«Pour nous, le plus rentable c’est au vignoble, admet Jean-Paul Scieur, propriétaire du Cep d’Argent, à Magog. On écoule nos productions lors de réceptions, des visites guidées. Nous avons un restaurant. Nous avons également des ententes avec des auberges de la région. Mais notre problème, c’est de janvier à avril. Est-il possible d’avoir un marché parallèle?» s’enquiert le vigneron, dépité.

Les vignobles comme le Cep d’Argent ne peuvent attirer des visiteurs à longueur d’année. L’hiver, la caisse enregistreuse ne tinte pas. Les foires sont peu nombreuses. Et la Société des alcools du Québec ne rend pas la vie facile aux producteurs de vins artisanaux.

Le monopole de la Société des alcools du Québec

photos_reportage_images4 La Société d’État possède le monopole de la vente d’alcool au Québec en dehors de la bière, que ce soit dans ses propres succursales ou dans les différents commerces: supermarchés, dépanneurs, restaurants, etc. Quiconque veut offrir ses vins ou spiritueux aux Québécois doit au préalable passer par elle. La Société des alcools du Québec, pour assurer une distribution dans ses 816 succursales et agences, demande aux producteurs de vins d’assurer la livraison d’une importante quantité de vin. Peu de vignobles québécois peuvent répondre à cette exigence.

Le respect des traités internationaux fait également mal aux producteurs. La Société des alcools du Québec doit mettre tous ses clients sur un pied d’égalité. Avec des taxes d’accise pouvant monter jusqu’à 125%, exigées pour tous les produits, les vignobles de la province sont peu concurrentiels. Leur faible production, alliée aux coûts de production élevés pour ce secteur, les écarte, pour la plupart, de la visibilité à la Société des alcools du Québec. Ce qui explique l’absence des vins du vignoble les Trois Clochers. Sa propriétaire, Nadeige Marion, n’a pas les moyens. «Si je veux que mon vin soit vendu à 12$ la bouteille, je dois vendre mon litre 4$. Je ne vendrai pas en bas du prix courant», affirme-t-elle avec frustration.

«La Société des alcools du Québec, c’est le Wal-Mart du vin, lance sérieusement Leonard Pennachetti, propriétaire d’un vignoble en Ontario. C’est conçu pour traiter avec les grosses compagnies. Ça détruit les petits producteurs. À la Société des alcools du Québec, il n’y a pas de produits artisanaux.»

M. Pennachetti considère la LCBO, l’équivalent de la Société des alcools du Québec en Ontario, également comme un Wal-Mart. À la différence près qu’en Ontario, le gouvernement a explicitement demandé à sa société monopolistique de promouvoir les produits locaux.

Au Québec, la Société des alcools du Québec n’a aucune exigence en ce sens. Dans son discours du budget en 2005, le ministre des Finances, Michel Audet, a déclaré vouloir faire de la place aux producteurs de vins québécois et autres alcools artisanaux dans le réseau de la Société des alcools du Québec. Deux ans plus tard, les vignerons du Québec n’ont constaté aucun changement. Les vignerons s’interrogent sur la volonté politique des élus provinciaux.

«Est-ce normal de ne pas voir de présentoirs pour les vins du Québec en entrant dans les succursales de la Société des alcools du Québec?» s’interroge Jean-Paul Scieur, du vignoble le Cep d’Argent. Le gouvernement du Québec, seul actionnaire de la société d’État, demande d’aider les vignobles de la province, rappelle-t-il.

«La Société des alcools du Québec achète 170 millions de bouteilles par année à travers le monde pour les revendre dans ses succursales. Là-dessus, 170 000 proviennent d’ici», détaille Jean-Pierre Belisle, propriétaire du vignoble La Roche des Brises et président de l’Association des Vignerons du Québec (AVQ). Dans l’exercice 2006-2007, les ventes de produits locaux à la Société des alcools du Québec atteignaient 2 200 000$ sur des ventes totales de 2 milliards, indique Linda Bouchard, porte-parole pour la Société des alcools du Québec.

Dans la province voisine, selon les chiffres du Wine Council of Ontario (WCO), les ventes de vins provinciaux ont triplé depuis 15 ans pour atteindre 483 millions cette année. Des ventes 200 fois plus volumineuses qu’au Québec.

Vins locaux sans promotion

vignobles-route-des-vins-du-quebec-vin-quebecois Si le vin québécois s’empoussière sur les tablettes des Société des alcools du Québec, c’est peut-être par manque de promotion de la part des employés du monopole d’État. «Les conseillers sur le plancher offrent des vins français et internationaux depuis 15 à 20 ans, explique Jean-Pierre Belisle, de la Roche des Brises. Il faut changer la mentalité. Promouvoir nos vins doit devenir un réflexe».

En Ontario, la LCBO donne le mandat à un représentant service clientèle de promouvoir les vins locaux. 300 de ses 598 succursales possèdent un tel représentant. Une mesure qui aide beaucoup à promouvoir les vins ontariens, selon Leonard Pennachetti, du vignoble Cave Spring Cellars.

Linda Bouchard, de la Société des alcools du Québec, précise que des employés de la société d’État ont reçu une formation sur les vins locaux. «Certains conseillers ont même fait les vendanges dans des vignobles québécois», raconte-t-elle.

Solutions pour vignobles québécois

Le Cep d’Argent, à Magog, ne va pas trop mal. Son propriétaire, Jean-Paul Scieur, est constamment à la recherche de solutions. Comme celle de vendre ne serait-ce qu’une seule bouteille par année par habitant. «C’est 7,7 millions de bouteilles. Tu multiplies ton industrie par 10. Tu crées des emplois, tu développes les régions», avance-t-il.

Son confrère de la Roche des Brises, Jean-Pierre Belisle, souhaite un marché parallèle à la Société des alcools du Québec pour les vins de la province. «Un vrai réseau, avec une bannière, insiste-t-il. Nos collègues agriculteurs n’ont pas plus de place dans les grandes surfaces». M. Belisle, également président de l’AVQ, verrait d’un bon œil des succursales de produits artisanaux. Il espère que la demande des consommateurs, dans ce réseau nouveau genre, force la main de la Société des alcools du Québec pour donner plus d’espace aux vins québécois.

À l’unanimité, les vignerons considèrent que toute solution passe par une décision du gouvernement. «Le gouvernement n’a qu’à passer le mot. Il est l’actionnaire unique de la Société des alcools du Québec. C’est lui qui décide. Il pourrait, par exemple, vendre 20% de nos bouteilles. Ça ne changerait pas grand chose, rajoute M. Belisle. Linda Bouchard, de la Société des alcools du Québec, confirme que le gouvernement québécois ne ferait pas moins d’argent en vendant des produits locaux plutôt que des vins importés.

Pour M. Belisle, président de l’AVQ, le gros bon sens s’impose. Tant le gouvernement et les consommateurs devraient soutenir une industrie d’ici. «Chaque fois qu’on achète un vin étranger, le Québec ne reçoit que des taxes. Il n’y a aucun rendement économique. On veut créer des emplois en France, mais pas au Québec? C’est fou!»

 

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Vignobles du Québec, cul-de-sac à la SAQ

Les vignobles du Québec

Cul-de-sac à la SAQ

À partir de demain, pendant 3 jours, je vais vous présenter un dossier sur la route des vins au Québec et en Ontario écrit par notre journaliste Dominic Desmarais. Pour introduire ce dossier, je vous présente aujourd’hui un éditorial que j’ai écrit en 2007 sur ma découverte de la route des vins du Québec.

Raymond Viger Dossier Société des alcools du Québec

vins-du-quebec-vignoble-route-des-vins Surprise! Le Québec a deux routes des vins. Une dans les Cantons de l’Est et l’autre dans les Basses-Laurentides. J’ai décidé d’en faire un éditorial pour une raison très simple. J’ai 49 ans et je lis plusieurs journaux et magazines. Je n’avais pourtant jamais entendu parlé d’une route des vins au Québec.

C’est par hasard que j’ai découvert l’existence d’une route des vins. En revenant de Bromont, je décide de prendre des petites routes secondaires. Par hasard, j’aperçois une enseigne bleue de Tourisme Québec qui affiche la «Route des vins» et je m’arrête au premier vignoble. En plus de la traditionnelle dégustation, j’ai droit à une carte aux trésors qui révèlent l’emplacement des 14 vignobles des Cantons-de-l’Est. La semaine suivante, lors d’une autre escapade, je tombe sur la route des vins des Basses-Laurentides et ses 8 vignobles.

Tourisme et la route des vins

vignobles-route-des-vins-du-quebec-vin-quebecois On ne peut rater les panneaux routiers qui annoncent partout le Casino de Montréal. Toutes les autoroutes en sont tapissées. Or, ceux des routes des vins sont beaucoup plus discrets. Il faut emprunter une route secondaire pour les apercevoir.

Saviez-vous que parmi ces vignobles Québécois, certains ont maintenant plus de 25 ans d’existence? Que le nom du vignoble «L’Orpailleur» a été trouvé par Gilles Vigneault? Que plusieurs vins québécois ont gagné des prix internationaux? On ne fait pas que du vin de glace. On élabore aussi des vins blancs, rouges, rosées, gris et fortifiés de qualité.

La Société des alcools du Québec et le vin du Québec

route-des-vins-du-quebec-vignobles-quebecois C’est vrai qu’il existe un monopole pour faire la promotion de nos vins: la Société des alcools du Québec. J’ai fait le tour d’une succursale. J’ai vu des affiches identifiant les vins de plusieurs pays. J’ai même constaté que le Canada partageait une enseigne avec le Portugal. Mais rien pour les vins du Québec.

Une commis m’informe que la Société des alcools du Québec vend bel et bien des vins du Québec. Elle me dirige vers le fond du magasin, à côté des vins en solde. Une affiche différente des autres démontre bien que les vins du Québec n’ont pas encore leur place officielle. Elle précise que les producteurs doivent payer pour être présents sur les tablettes. Étonnant! Je lui réponds du tac au tac que la Société des alcools du Québec devrait soutenir les producteurs locaux.

Un vin québécois devrait pouvoir se retrouver sur les tablettes de la Société des alcools du Québec gratuitement, du moins la première année, pour l’aider à se faire connaître. Ceux que j’ai vus à la succursale ont dû payer leur emplacement. Comment se fait-il alors qu’ils soient moins visibles que les autres vins. Comment se fait-il qu’ils n’aient pas droit à une enseigne bien à eux pour proclamer leur existence?

Sarcastique, je pourrais dire qu’avec un vin québécois, contrairement aux vins européens, on ne peut pas jouer avec les taux de change pour augmenter sa marge de profit. Je pourrais aussi souligner qu’un vin d’Europe génère plus de pollution par son transport qu’un vin d’ici. En consommant les vins du Québec, nous créerions de l’emploi local tout en soutenant des artisans qui ont travaillé d’arrache-pied pour créer des vignobles dans notre contrée au climat inhospitalier.

Soutien aux vignobles du Québec

Nous sommes très fier de la percée des fromages québécois. Maintenant, approprions-nous nos vins des Cantons-de-l’Est et des Basses-Laurentides. Pour aviser la Société des alcools du Québec que vous souhaitez une meilleure représentation des vins québécois, contactez le service à la clientèle au (514) 254-2020. En attendant que la Société des alcools du Québec les présente convenablement, vous pouvez toujours faire vos emplettes directement chez le producteur. En plus, c’est le temps des vendanges!

www.laroutedesvins.ca
www.terroirmirabel.com

 

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