Un joyau en friche

Un joyau en friche

Propos recueillis par Ariane Aubin                Dossier Reflet de mon QuartierParc Morgan

Reflet de mon quartier est un hebdomadaire consacré à l’actualité et aux débats d’idées reliés à l’arrondissement montréalais Hochelaga-Maisonneuve.

Caméra à la main, Pierre Chantelois arpente plusieurs fois par semaine les sentiers du parc Morgan, situé à l’intersection des rues Morgan et Sainte-Catherine Est. Des excursions méthodiques motivées par un engagement citoyen auquel le retraité consacre toutes ses énergies depuis bientôt 6 mois. Il en a tiré un blogue, Le Journal de bord du parc Morgan, dédié à ce parc abandonné par les élus et les citoyens auquel il rêve de redonner sa splendeur d’antan.

Propos recueillis par Ariane Aubin

Pavillon du parc Morgan, photo Pierre Chantelois

Tout a commencé le jour où la Ville a enlevé la clôture qui entourait le parc. Depuis, les activités qui animaient les lieux ont cessé, sous prétexte qu’elles coûtaient trop cher d’électricité et que sans clôture, il était impossible d’assurer la sécurité des participants. [NDLR: La clôture patrimoniale en fer forgé a finalement été volée et n’a jamais été réinstallée au parc Morgan.]

Pour ma part, j’ai commencé à m’intéresser au parc en décembre dernier en cherchant de nouveaux lieux à photographier pour mon premier blogue, Les beautés de Montréal. J’y suis allé souvent pendant l’hiver, parce que c’est un parc magnifique et que sous la neige, c’était féérique. Je n’avais aucune idée du triste état des lieux, mais lorsque la neige a fondu, j’étais consterné. Partout, on voyait des poubelles renversées, des canettes de bière, des bouteilles vides. Quelle déception! J’ai demandé à Raymond Viger, du Café-Graffiti, si le parc était toujours dans cet état et il m’a raconté l’histoire des lieux, l’animation qui y régnait il y a quelques années, puis leur lente dégradation. Je me suis dit que j’allais en faire ma petite croisade, avec pour seule arme ma caméra.

Du mois de décembre au mois d’août, j’ai pu voir le parc se dégrader sensiblement. Les bancs, par exemple, se sont couverts de tags et les piliers qui soutenaient autrefois la clôture volée ont été rongés par la rouille. En ce moment, ce parc est une vraie saloperie. Les jeunes qui font la patrouille dans ses sentiers pour le compte de la Ville de Montréal ne font rien. Quant aux employés municipaux qui passent parfois, je ne les ai jamais vus agir, autrement que pour couper la pelouse une fois de temps en temps Bon, ils ont bien remis en marche la fontaine, mais on n’y voit pas vraiment d’enfants… juste des adultes et des chiens.

Ce parc est pourtant un des joyaux du quartier. C’est sur ce terrain que le riche homme d’affaires Morgan, qui possédait les magasins Morgan’s à l’époque, avait installé son chalet. Après sa mort, sa famille en a fait don à la Ville. Il s’agissait alors d’un parc très luxueux, reconnu pour la qualité de sa végétation. L’axe Bain Morgan – Marché Maisonneuve – Parc Morgan devait devenir une sorte de Champs Élysées pour la riche ville de Maisonneuve, où était à l’époque situé le parc. On en est bien loin… Le théâtre Denise Pelletier, un des plus beaux édifices patrimoniaux du quartier, est en train d’être rénové au coût de 8 millions de dollars. Mais quand les gens sortiront du bâtiment tout rénové, qu’auront-ils devant les yeux? Ce parc en friche, sale et peu accueillant.

DeRue Morgan vue du pavillon du Parc Morgan - Au bout, le marché Maisonneuve - Photographie Pierre Chanteloisux parcs, deux mondes

Depuis que je m’intéresse à la question, rien n’a changé. Depuis deux mois, il ne se passe strictement rien. Les élus semblent peu préoccupés par l’état du parc. Pas surprenant quand on sait que la page web dédiée aux parcs de la Ville n’a pas été modifiée depuis 2005!

Quand je pose des questions, on me dit que les enfants ne fréquentent pas le parc et qu’il est donc inutile d’y prévoir de l’animation. Pourtant, entre le Marché Maisonneuve et le kiosque du parc Morgan, il y a trois écoles. Qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas assez d’enfants! Un parc plus accueillant, serait sans doute bien fréquenté. En attendant, si j’avais des enfants, je ne les emmènerais certainement pas jouer là. Les jeux ont été vandalisés, brûlés en partie. Des clous dépassent des structures, des substances non-identifiées suintent des parois… rien de très invitant.

Il n’y a qu’à prendre l’exemple du Parc Champêtre, situé juste de l’autre côté de Notre-Dame, pour comprendre comment il faut gérer nos parcs. Ce grand terrain est bien animé, il y a toujours des enfants qui y jouent au football, au soccer… Ce qui fait la différence, c’est le travail merveilleux d’une fondation privée, la fondation [Andrew J.] Robinette. Elle est dédiée à fournir aux jeunes défavorisés des occasions de se développer et le fait bien: le parc, où sont installés ses bureaux, est toujours plein.

Ce que je recommande, c’est d’abord que l’on creuse un tunnel pour relier les deux parcs, pour que les enfants puissent profiter de l’animation du parc Champêtre. En ce moment il est impossible de passer de l’un à l’autre; ce sont deux parcs autonomes qui se regardent, mais ne se parlent pas. Je pense que cette option serait préférable au projet actuel de la Ville, qui est d’aplanir le terrain du parc Morgan au même niveau que celui du parc Champêtre, dans le cadre des travaux de l’autoroute Notre-Dame.

Il faut aussi investir dans l’animation du parc. Il suffit de regarder les parcs autour, à Montréal, à Laval… En ce moment, la tendance est aux jets d’eau, qui sont très populaires auprès des enfants et ont l’avantage de nécessiter moins de surveillance que les piscines et pataugeoires.

Question de fierté

Terrasse maculée de déchets, Parc Morgan - Photographie Pierre Chantelois À une certaine époque, on accusait Verdun et Ville-Émard d’être pauvres et mal entretenues. Ces villes-là ont beaucoup évolué depuis, alors qu’ici la situation s’est dégradée. Je suis parti en voyage pendant quelques années et à mon retour, je ne reconnaissais plus ce quartier où j’ai vécu toute ma vie. Il n’y a pas de fierté associée au fait de vivre à Hochelaga-Maisonneuve. Et pourtant, le secteur Maisonneuve est appelé à devenir le nouveau Plateau, dit-on. On construit de nouveaux condos, mais pendant ce temps les parcs sont en friche. Il y a pourtant moyen de créer de beaux espaces dans des zones densément peuplées. Je pense par exemple au petit parc qui a été créé sur Ste-Catherine, en face des Foufounes électriques. C’est bien aménagé, à un point tel que des amis européens m’en ont parlé après leur visite.

Mon impression est qu’on laisse le parc tomber en décrépitude dans l’espoir que dans 20 ans, tout soit tellement pourri de partout qu’on n’aura plus le choix de tout raser. La seule chose que je veux, c’est qu’il se passe quelque chose. Je me sens tout seul dans ce combat. Je me demande parfois pourquoi je fais ça… sans doute par sentimentalité, parce que c’est un beau parc. Il y a quelques années, les Amis du Parc Morgan avaient fait le même constant et s’étaient battus pour le parc, mais ils ont laissé tomber depuis un bon bout de temps. Mon but est de tenir jusqu’en août ou septembre, pour montrer que pendant deux mois, il ne s’est rien passé.

Mes photos seront mon patrimoine, un témoignage de l’inaction généralisée qui a caractérisé ce dossier. Les gens pourront voir qu’en 2009, quelqu’un avait tenté de prévenir la population du triste état de ce beau parc. Et si jamais le projet de l’autoroute Notre-Dame mène au massacre du parc Morgan, il restera une trace visuelle de ce que cet espace vert était autrefois.

Toutes les photographies sont tirées du blogue de Pierre Chantelois:

Le Journal de bord du parc Morgan
Les beautés de Montréal

Autres textes sur le dossier Parc Morgan:

Triste histoire: Parc Morgan dans Hochelaga-Maisonneuve

Un joyau en friche

Les beaux jours du parc Morgan

Réal Ménard et le parc Morgan

Jimmy Vigneux, la SDC Ste-Catherine Est et le parc Morgan

Un parc en latence

Bien plus qu’une chicane de clôture

Une porte d’entrée sur Ste-Catherine Est

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Graffiti Hip Hop de la scène de Montréal

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Un maire intimide des journalistes en Montérégie

Un maire intimide des journalistes en Montérégie

François Richard    Dossiers Médias, Politique

Le maire de Roxton Falls a envoyé récemment une lettre à ses électeurs dans laquelle il affirmait qu’il boycotterait ‘pour un certain temps’ la journaliste Ariane Faribault du journal La Pensée de Bagot. Le premier magistrat de la municipalité montérégienne y annonçait aussi son intention de ne plus publier d’avis municipaux dans les pages du journal. Ces avis sont une source de revenus importante pour les publications régionales. Comment La Pensée s’est-elle attirée la fureur du maire? En publiant un article mettant à jour une pratique illégale mis en place par l’administration municipale.

Entreprise de construction illégale

Afin d’éviter d’aller en appel d’offres pour la construction d’une garderie dans sa municipalité, l’administration de Roxton Falls s’est donnée le statut d’entrepreneur en construction sans détenir le permis obligatoire de la Régie du bâtiment à cet effet. L’hebdomadaire régional La Pensée de Bagot a révélé l’information dans ses pages le 3 juin dernier.

Un maire en colère

La réaction du maire Jean-Marie Laplante ne s’est pas fait attendre. En plus d’expédier une lettre contenant les menaces de boycott journalistique et publicitaire déjà mentionnées, le maire Laplante a déclaré qu’il réserverait à l’avenir ses achats publicitaires pour le principal concurrent de La Pensée, soit La Voix de l’Est, journal du groupe Gesca (La Presse, Le Soleil, etc.) situé à Granby.

Les journalistes qu’ossa-donne?

Le maire Laplante a démontré son incompréhension totale du rôle des médias d’information en écrivant dans sa missive que La Pensée devrait traiter de ‘sujets plus positifs, tels le développement du milieu, les exploits et réalisations accomplis par les citoyens des municipalités’. Il aurait de plus affirmé que La Voix de l’Est pouvait se permettre d’être plus critique envers les élus municipaux, mais pas ‘un journal communautaire comme La Pensée’. Il faut ici rappeler que La Pensée de Bagot n’est pas un journal communautaire, mais que même s’il l’était, son rôle serait tout de même de rapporter les informations les plus exactes possibles à ses lecteurs, que les nouvelles soient bonnes ou mauvaises.

Pas de mauvaises intentions, mais une grosse gaffe

Selon le directeur de La Pensée, Michel Dorais, l’administration n’a pas agit de mauvaise foi dans cette affaire. Il explique qu’un appel d’offres pour la construction de la garderie aurait risqué de favoriser un entrepreneur de l’extérieur de la municipalité, dont la taille permet de soumissionner à coût moins élevé. Michel Dorais souligne toutefois que ce n’est pas une raison pour enfreindre la loi, et encore moins pour punir un journal qui le mentionne. Le directeur de La Pensée croit que les nombreuses réactions que la lettre du maire a suscité l’ont fait réfléchir et il considère que ‘pour moi, cette histoire est déjà du passé’.

Avalanche de critiques

Les réactions ont effectivement été nombreuses, spontanées et quasi-exclusivement dirigées contre le maire Jean-Marie Laplante. De nombreux médias, régionaux comme nationaux, se sont saisis de l’affaire, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec est intervenue auprès du maire et de nombreux lecteurs ont manifesté leur sympathie à l’égard de l’équipe de La Pensée et de son travail. Une réaction est particulièrement digne de mention, celle du chroniqueur de La Voix de L’Est, Michel Laliberté. Le maire Laplante est traité de ‘petit despote’ et comparé à Maurice Duplessis. C’est à se demander si le maire de Roxton Falls souhaitera toujours redirigé ses dépenses publicitaires vers un média beaucoup plus dur avec lui que ne l’a été La Pensée de Bagot. Patrick Lagacé en parle aussi de façon éloquente dans son blogue.

Politique municipale et journalisme: un débat encore à faire

Michel Dorais dit se réjouir d’une certaine façon que cette histoire soit arrivée et qu’elle ait fait le tour du Québec. ‘Des situations d’intimidation se produisent chaque semaine dans les médias régionaux. La plupart du temps il s’agit de menaces financières liées à la publicité. Le maire Laplante est toutefois le seul qui ait écrit ces menaces.’ Selon Michel Dorais le débat reste à faire sur le journalisme municipal en région et les pressions dont sont victimes ses artisans. Reflet de Société a d’ailleurs abordé la question dans une série de textes sur l’état et l’avenir de la presse communautaire au Québec que vous pouvez consulter ici. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a pour sa part profité de cet incident afin d’annoncer la création d’un comité chargé de répertorier et d’analyser les cas d’abus liés au journalisme municipal. Des modifications légales et réglementaires pourraient éventuellement être proposées.

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