Du Chili à Montréal, immigration allophone

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Une Chilienne à Montréal

Éléonore Genolhac     Dossier ImmigrationFrancophonie

Chaque année, près de 50 000 personnes choisissent d’immigrer au Québec. Si la province tente de privilégier une immigration francophone, nombreux sont les nouveaux arrivants allophones. Regard sur cette immigration et son intégration.

Ça parle fort autour de la table. Les mots fusent, en espagnol, en portugais, en russe aussi, mais très vite le français les rattrape, langue commune à tous ces gens venus d’un peu partout à travers le globe.

110px-Flag_of_Chile.svgIls sont originaires du Chili, de Colombie, du Brésil, mais aussi du Portugal, d’Ukraine ou encore de France. Tous sont arrivés au cours de ces cinq dernières années dans ce pays qu’ils ne connaissaient pas et dont, pour la plupart, ils ne parlaient pas la langue. Aujourd’hui, on les sent parfaitement intégrés. Tous travaillent, parlent français, se sont familiarisés à la culture d’ici, l’ont adoptée aussi dans une certaine mesure.

Mais quelles sont les raisons qui ont poussé ces jeunes trentenaires à quitter leur pays, leur culture, leur mode de vie pour venir s’installer au Québec? Rencontre avec l’une d’entre eux.

Margot (prénom fictif), 31 ans, professeure de chant à Santiago, travaille au noir en attendant de recevoir sa résidence permanente. Margot a des yeux pétillants de vie, c’est la première chose que l’on remarque en la rencontrant. Petit bout de femme à l’énergie débordante, elle parle vite, mélange français, espagnol et anglais dans chacune de ses phrases. Un verre de pisco sour, cocktail chilien, dans la main, elle nous raconte son expérience du Québec.

Éléonore Genolhac: Quand es-tu venue au Québec pour la première fois?

Margot: Je suis allée visiter mon frère Martin à l’été 2011. Il était parti vivre à Montréal pendant un an avec un visa working holidays. J’ai adoré l’ambiance que dégageait cette ville, son énergie, sa liberté. À cette époque, mon rêve était de voyager autour du monde. J’ai donc décidé de commencer par venir vivre moi aussi au Québec. J’ai monté un dossier pour demander un permis Vacances-travail et en mars 2012, je posais mes valises à Montréal.

É.G: Et aujourd’hui, tu es toujours là…

M: Finalement oui, je suis restée plus longtemps au Québec que ce que je ne pensais à l’origine. Normalement, je n’aurais dû rester qu’un an, je devais ensuite rejoindre ma tante à Los Angeles avant de partir travailler en Angleterre. Et puis, j’ai rencontré Dominique, un Québécois du lac St-Jean avec qui je suis aujourd’hui mariée.

É.G: Pour obtenir plus rapidement tes papiers?

Coat_of_arms_of_Chile.svgM: Non ! Parce que je l’aime et que c’est avec lui que je veux être. Évidemment, le mariage simplifie certaines démarches, mais il ne faut pas croire qu’en se mariant, tu obtiens tes papiers en un claquement de doigts. J’ai engagé ma demande de résidence permanente il y a plus d’un an, et aujourd’hui, j’attends encore. Avec tous les problèmes que cela entraîne.

Pour le moment, j’ai un visa de touriste, je n’ai donc pas le droit de travailler légalement. Sauf qu’il faut bien faire tourner la maison. Alors, je fais des ménages chez plusieurs particuliers, ça nous permet d’ajouter un peu de beurre aux épinards. En tout cas, plus vite je recevrai ma résidence permanente, plus vite je serai tranquille. Ma situation reste malgré tout assez précaire ici.

É.G: Es-tu plus heureuse ici qu’au Chili?

M: C’est difficile de répondre à cette question, je ne l’ai jamais envisagé sous cet angle. Partir vivre au Québec, c’était aussi pour moi un moyen de me prouver certaines choses. Au Chili, j’avais une situation stable, je gagnais bien ma vie.

Ici, il a fallu repartir de zéro à presque trente ans. Mais en fin de compte, si, je pense que je suis plus heureuse ici. Je me reconnais davantage dans la société québécoise, dans les valeurs qu’elle porte, que celles de la société chilienne. Le multiculturalisme de Montréal, cette possibilité d’y rencontrer des gens du monde entier, c’est quelque chose que j’adore. Les Québécois sont un peuple ouvert et tolérant, qui ne vont pas juger quelqu’un selon sa façon de s’habiller, de mener sa vie. Je me sens plus libre ici.

Le Chili est un pays très catholique et conservateur. Le divorce n’est devenu légal qu’en 2006. Encore aujourd’hui, l’avortement y est interdit. En tant que femme, et de surcroît féministe, je préfère vivre au Québec plutôt qu’au Chili.

É.G: Finalement, dirais-tu que tu te sens Québécoise?

M: Par certains côtés oui. Mon mari est Québécois, ma meilleure amie est Québécoise. Je ne sais pas si je passerai toute ma vie au Québec, mais pour les années qui s’en viennent, c’est sûr. Je me sens intégrée à cette société, suis préoccupée par les problèmes qui la secouent.

Par exemple, j’étais farouchement opposée à la Charte des valeurs que voulait imposer le Parti québécois. Pour moi, ça allait à l’encontre des valeurs de tolérance de la société québécoise, et ça m’a rappelé une certaine discrimination que l’on retrouve au Chili.

J’ai épousé certains des combats des Québécois, je sens que moi aussi, j’ai mon mot à dire. Le Québec, c’est mon pays d’adoption de cœur. Il y aura eu un avant et un après Montréal. Mais dans le même temps, je suis Chilienne. J’y suis née, j’y ai grandi et je sais qu’en fin de compte, c’est là-bas que je souhaite être enterrée le jour où je décèderai.

Autres textes sur Immigration

 Bistro le Ste Cath

bistro le ste-cath restaurant est montréal hochelaga-maisonneuveUn restaurant, une chaleureuse terrasse. Pour une rencontre entre amis ou en famille, les chefs du Bistro le Ste Cath sauront vous offrir une cuisine réinventée et originale à un prix abordable.

Situé en plein coeur d’Hochelaga-Maisonneuve, au sud du Stade Olympique, à l’est de PIE-IX. 4264 Ste-Catherine est.

Bistro le Ste Cath est opéré par l’organisme communautaire le Journal de la Rue. Tous les profits servent à financer notre intervention auprès des jeunes.

Pour informations et réservations: (514) 223-8116 ou bistro@le-ste-cath.com

Autochtones en Guyane, éducation et suicide

La France outre-mer

Guyane, des Français oubliés

Delphine Caubet  Dossier Autochtones

Au Québec, la problématique des Premières nations est un fait établi. Les problèmes sont nombreux, et les solutions peu fréquentes. La France, trop souvent oubliée, a elle aussi des enfants de la République amérindiens.

Robin, ancien instituteur en Guyane française: «C’est pour ces gamins qu’on se décarcasse, pour qu’ils deviennent des Hommes libres (…). [Les parents] ont perdu leur liberté et à travers ça, une partie de leur dignité.»

Février 2010. Robin arrive en Guyane. Ce n’est pas son premier voyage dans le département français, mais cette fois-ci, il a répondu à une offre d’emploi. L’ingénieur écologue de formation s’apprête à devenir professeur des écoles auprès des Amérindiens de Guyane.

Premiers constats

guyane française amérique du sud france outre-merAccompagné d’un membre de l’Éducation nationale, Robin descend le département en pirogue jusqu’à Camopi, un village dans le Parc amazonien de Guyane. Il enseigne d’abord au primaire à une classe de 3ème année, puis 6 mois plus tard, au collège du village. Première incohérence, il n’y a pas de directeur, l’établissement est dirigé par le CPE (Conseiller principal d’éducation). Sur 128 élèves, 127 sont amérindiens.

À son arrivée au village, les premiers constats sont difficiles. «J’arrive dans un libre service, et là je vois un groupe d’Amérindiens complètement ivres. Dans l’état le plus glauque que tu puisses imaginer. Et là, une gamine qui passait a relevé un bébé. Il était couché dans les tessons de verre. La mère, peut-être dans ce groupe, était tellement ivre qu’elle ne faisait plus attention à son enfant.»

Malgré cette première expérience difficile à Camopi, Robin aima sincèrement enseigner dans ce collège composé de jeunes Wayãpis et Tekos. Il y restera 3 ans et demi.

Suicide

«La Guyane, c’est le département de tous les mauvais records», annonce Robin. Les aides sociales, le chômage, le suicide ou la violence sont des problèmes majeurs qui touchent particulièrement les Amérindiens. Pour lutter contre ces phénomènes, la France semble désemparée. Car, elle «est mal à l’aise avec l’institutionnalisation des ethnies. Elle préfère parler de territoires», précise Hélène Lamaison, responsable à Guyane Promo Santé. «Elle a peur qu’on l’accuse de racisme». Alors, le pays essaie d’intervenir à travers des politiques globales sur tout le département.

Pour l’enjeu du suicide, l’État finance à 50% la seule association qui intervient sur le terrain. Les hôpitaux peuvent également répondre aux besoins. Mais pour le personnel non formé sur le terrain, c’est difficile. «On peut perdre 2 gamins dans l’année et personne ne vient nous voir!», s’insurge Robin. Lui a perdu 2 élèves en moins de 4 ans.

Petit à petit des choses se mettent en place. Robin et ses collègues de Camopi ont reçu une formation de 2 jours pour dépister les jeunes à tendance suicidaire, et depuis 2012, une équipe vient régulièrement les voir. Le constat est sévère: 60% des élèves sont au seuil maximal de préoccupation. Alors, leurs enseignants les surveillent. Dès lors que l’un d’eux montre une altération du comportement, il est pris en charge. «Mais c’est difficile de pouvoir tous les aider. On ne peut pas être sur tous les fronts», conclut Robin.

Violence

La violence fait partie intégrante du quotidien de ces populations. Une violence interfamiliale, mais également extérieure avec l’orpaillage (exploitation artisanale de l’or). La Guyane est riche en minerais, et Camopi est à la frontière brésilienne. À quelques minutes en pirogue. Le passage est idéal pour les trafiquants. Du côté brésilien se trouve Vila Brasil, «la sœur jumelle» de Camopi, comme aime à l’appeler Robin. Ce village inexistant sur les cartes est bien présent physiquement. Si Vila Brasil et Camopi vivent en harmonie (les 2 villes dépendraient économiquement l’une de l’autre), ce passage est un carrefour pour les orpailleurs, avec toute la violence que cela apporte.

Comme lorsque Robin se retrouve au milieu d’une fusillade en rentrant chez lui. Après une arrestation qui a mal tourné, l’état d’urgence a été déclaré et les armées brésilienne et française ont chacune envahi leur côté de la frontière. Mais la violence peut-être insidieuse, avec la présence d’armes, de militaires ou de cadavres dans les rivières, et symbolique par le saccage des forêts et la pollution des fleuves. «Il y a un sentiment d’impuissance», conclut Hélène Lamaison.

Joie des jeunes

Si ces premiers constats à Camopi ébranlèrent Robin, ses jeunes élèves se sont vite chargés de lui faire oublier. «Pour eux, c’était un bonheur d’avoir un nouvel instituteur. Ils n’arrêtaient pas de poser des questions. « Qui es-tu? « , « d’où tu viens? »» se souvient Robin.

«L’école est un lieu sécuritaire pour eux.» Robin raconte comment certaines après-midi où ils n’avaient pas classe, les jeunes restaient à l’école. «Je leur donnais de petits exercices pour les amuser. Et ils adoraient ça! À 6h le soir, je devais les mettre dehors. Tu as vu ça dans beaucoup d’autres endroits?»

En Guyane, les écoles primaires sont présentes sur tout le territoire. Mais à partir de 10 ans, c’est souvent le déracinement, précise Hélène Lamaison. Pour aller au collège, les jeunes doivent parfois faire plusieurs heures de pirogues ou se rendre en famille d’accueil. Le téléphone n’est pas intégralement développé dans le département, et les jeunes peuvent passer plusieurs mois sans contact avec leurs proches. Une étape qui peut être difficile à vivre.

Réapproprier la culture

Pour ses cours, Robin s’est battu pour l’obtention de microscopes. En tant que professeur d’EIST (Enseignement intégré des sciences et technologie, matière visant à décloisonner les sciences), il voulait donner «de la nourriture intellectuelle» à ses élèves. Une autre façon de lutter contre la morosité ambiante. Avec les microscopes, «ça été la folie!» rit Robin. «Ils n’arrêtaient pas! Pendant 6 mois ils m’en ont reparlé.» «Ils ont aimé, car ça se rapprochait de leur monde et de leur culture. La nature, le mystère,…»

Sur sa lancée, Robin a voulu que les jeunes s’approprient la science. «Je voulais qu’ils mettent les mains dans la terre.» Alors, le projet Plantons le décor a été lancé au collège de Camopi. Avec un objectif: utiliser les sciences pour planter et cultiver. «Et ça a été un succès! Le Parc amazonien de Guyane nous a soutenus la 2ème année. Et des élèves ont été invités dans un lycée agricole du littoral pour suivre des cours.»

Rapport à la nature

La nature est un élément essentiel des cultures amérindiennes. À Camopi, pour les Wayãpis et les Tekos, la vie s’organise autour du fleuve. «Le fleuve c’est tout. Ils y font la lessive, la vaisselle et ils y socialisent», raconte le jeune instituteur. «Et les gamins sont très bien renseignés sur la nature. Tout le monde part sur le fleuve, la famille, les parents. C’est un enrichissement. Mais ça se fait de moins de moins malheureusement.» Les parents ont souvent des problèmes, les ressources naturelles se raréfient, ajouté au coût élevé pour se rendre sur le fleuve. Cause ou conséquence, c’est un décrochage culturel de toute une population.

Comme dans d’autres situations, Robin a constaté une dualité dans le rapport des autochtones avec la nature. Aujourd’hui, la chasse et la pêche ne leur sont plus indispensables pour vivre, et certains se posent en fervents défenseurs de l’environnement. Robin a vu certains villageois en insulter d’autres, car ils chassaient trop. Au contraire, d’autres habitants seraient pour qu’ils exploitent le territoire, et non le laisser aux pilleurs et entreprises étrangères. «Mais le même type peut tenir un discours différent selon les jours», précise Robin.

Choc culturel

La situation des Amérindiens de Guyane est alarmante. Le manque d’emploi laisse une grande partie de la population inactive et l’alcoolisme chez les adultes est un problème de société. Le premier pouvant entraîner le second.

Durant ses 4 ans en territoire amérindien, Robin a vécu 5 suicides. Tous des hommes, la majorité âgée de moins de 15 ans. Pour comprendre ce phénomène, il faut voir l’impasse dans laquelle se trouvent ces populations. Leurs revenus basiques sont assurés par les aides sociales françaises, mais sans réelle perspective d’emploi. Quant aux jeunes, ils voient une réalité à la télévision à laquelle ils n’ont pas accès, face à leurs traditions qui semblent s’amenuiser inexorablement.

Sur le terrain, les intervenants dénoncent le manque de professionnels de la santé, d’éducation et de spécialistes. «Il en manque déjà sur le littoral, alors ailleurs…», ajoute Hélène Lamaison.

Bilan

Robin est resté 7 ans en Guyane, dont 4 en territoire amérindien. «Mais à la fin, j’en pouvais plus.» Le stress, les responsabilités, l’environnement, conjugués à d’autres facteurs ont conduit le jeune instituteur dans un état d’épuisement extrême physique et mental. «Mais je veux aider ces jeunes et pas les enfoncer et les traiter de suicidaires ou de sous-hommes comme tout le monde.»

Malgré la distance et le temps, l’engagement du jeune instituteur qui partait chercher des livres en pirogue pour ses élèves est intact. «Quand on discute avec les Amérindiens, ils paraissent heureux, mais au fond, ils cachent leur souffrance. La plupart des repères ont sauté (…). Les enfants n’ont plus vraiment d’autorité morale qui leur inculque des valeurs traditionnelles. On a l’impression que l’école est le dernier rempart avant que tout s’effrite. C’est pour ces gamins qu’on se décarcasse, pour qu’ils deviennent des Hommes libres, à la différence de leurs parents qu’on a soumis, abandonnés à un système dont ils sont devenus dépendants. Ils ont perdu leur liberté et à travers ça, une partie de leur dignité.»

La Guyane

La Guyane est la plus grande région française, pour moins de 206 000 habitants (ce qui fait d’elle la moins peuplée), dont les 9 dixièmes vivent sur la bande côtière. Sa population est extrêmement jeune, avec 44% de Guyanais de moins de 20 ans, contre 6% de plus de 65 ans. Son territoire, riche en espace forestier, rend difficile son déplacement. La voie fluviale est le seul moyen de transport à l’intérieur dans la forêt amazonienne.

Peu de statistiques précises ont été trouvées concernant les Amérindiens de Guyane. L’État français préférant parler en terme de territoire et non d’ethnie. Et ce département a un fort métissage avec 6 communautés amérindiennes, des créoles guyanais (métis), des Haïtiens, des Métropolitains, des Chinois…

Sur l’ensemble de la Guyane:

* 20% de la population était au chômage en 2009;
* 20% des Guyanais sont illettrés (soit 3 fois plus qu’en métropole). Un phénomène qui touche particulièrement les femmes et les personnes âgées;
* Seuls 44% des 25 ans et plus ont un diplôme du secondaire;
* Le taux de chômage des sans diplôme est 5 fois plus élevé que ceux ayant terminé le secondaire.

Tout laisse à penser que ces statistiques sont plus élevées auprès des communautés amérindiennes.

Le suicide auprès des Amérindiens du sud du fleuve touche autant les hommes que les femmes. Il est de 1 pour 200 habitants, contre 1 pour 5 000 en France métropolitaine. D’après le journal France Guyane, si ces chiffres étaient remis à l’échelle française, ce serait l’équivalent de 300 000 suicides. Soit davantage que la population guyanaise.

Autres textes sur Autochtone

fanny aishaa muraliste peuple autochtone première nation Trois mots peuvent décrire le cheminement artistique de la muraliste Fanny Aïshaa: Unité, biodiversité et diversité des peuples.

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L’art indigène du Pérou MBAM

Musée des Beaux-Arts de Montréal

L’art indigène du Pérou

Normand Charest — chronique Valeurs de société — Dossier AutochtoneCulture

Les musées étaient autrefois des endroits sérieux qui ne changeaient pas souvent et qui dépendaient des bienfaiteurs, des mécènes pour survivre. Si on pouvait leur reprocher quelque chose, ce n’était jamais d’être trop commerciaux.

société social débats sociaux réflexions communauté communautaireOr, on dirait que tout cela a changé depuis quelques décennies. C’est ainsi qu’on propose, chaque année, de grandes expositions très médiatisées et présentées comme des spectacles. En plus d’augmenter les coûts, et par conséquent le prix de l’entrée, cela donne l’impression que l’on accorde plus d’importance au contenant qu’au contenu de l’exposition.

Le Pérou, du soleil à l’ombre

culture autochtone pérou indien culturel art péruvien musée beaux arts montréalDepuis le 2 février 2013, l’exposition vedette du Musée des Beaux-Arts de Montréal, qui s’est terminée le 16 juin, était consacrée au Pérou (Les royaumes du Soleil et de la Lune). Il faut souligner le prix d’entrée de 20 $ par adulte, qui ne met pas l’art à la portée de tous, et puis la boutique qui nous attend à la sortie. Cela peut faire un peu attraction touristique, un peu voyage organisé avec, en plus, l’audioguide sur les oreilles.

De mon côté, je préfère porter attention aux œuvres elles-mêmes, plutôt qu’au décor, et sans que celui-ci leur fasse ombrage. D’ailleurs, beaucoup de salles étaient plongées dans la pénombre, au point de ne pas pouvoir observer à notre goût les nombreuses poteries, souvent fascinantes. Je n’ai pas compris pourquoi on avait fait ce choix.

Nos terres perdues

J’ai aimé, par contre, la grande photo de Machu Picchu, la cité des montagnes bien connue (couvrant tout un mur) avec des terrasses si étroites qu’on se demande bien à quoi elles pouvaient servir. On dit qu’on y cultivait du maïs, des pommes de terre et autres plantes comestibles.

En comparaison, quel gaspillage faisons-nous de nos grandes terres ! Les terre-pleins de nos boulevards, beaucoup plus larges que leurs terrasses, demeurent inutilisés, sans parler de ceux des autoroutes et de tous les terrains vagues qui attendent qu’on y construise des maisons et des édifices.

Que de belles terres avons-nous sacrifié, chez nous, pour la construction des villes en expansion, car nos villes ont bien souvent été implantées sur les meilleures terres agricoles. Le contraste est saisissant, entre l’ancien Pérou des Andes et nos sociétés actuelles.

Indigenismo : la redécouverte des racines autochtones

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L. V. Canturias, Pérou, 1944

La deuxième partie de l’exposition nous montre les œuvres religieuses de la période coloniale, avec ses saints et ses légendes venues d’Espagne, qui devaient replacer la culture amérindienne que l’on tentait d’éradiquer.

La troisième partie offre des gravures et des toiles plus intéressantes. Dans les années 1920, un nouveau courant artistique, nommé indigenismo (l’indigénisme) vit le jour au Pérou. Ce courant s’insérait dans les tendances nouvelles de la peinture européenne, au début du 20e siècle, mais on y trouvait aussi l’influence de l’art populaire.

Or, il s’agissait, avant tout, d’un retour aux valeurs autochtones et de leur revalorisation. Ce courant fut amorcé au Pérou par le peintre José Sabogal (1888-1956) qui avait découvert, lors de son voyage au Mexique en 1923, l’art nationaliste mexicain tourné vers le patrimoine indigène et populaire. De retour au pays, il a souhaité faire de même en puisant dans le patrimoine péruvien.

La grande toile de Leonor Vinatea Canturias, «Pastoras» (Bergères), de 1944, est remarquable. Elle nous fait penser à l’art des murales, si important dans la peinture mexicaine (dans les fresques de Diego Rivera, par exemple) et sud-américaine. Cela se prolonge par la popularité actuelle, dans ces pays, du travail des jeunes graffiteurs qui s’en rapproche.

Diego Rivera, Mexique, 1950 autochtone art culture musée beaux arts montréal

Diego Rivera, Mexique, 1950

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Indigénisme  sur Wikipédia)

Autres textes sur Autochtone

Carte anniversaire, poster, T-Shirt avec impression d’artistes

publicité boutique t-shirts cartes voeux carte anniversaireUne façon originale de soutenir de jeunes artistes dans leur cheminement artistique.

Une boutique virtuelle toute en couleur pour des produits artistiques originaux.

Que ce soit pour une carte anniversaire ou un T-Shirt personnalisé, un CD de musique ou un livre, la boutique des Éditions TNT mérite de faire un détour.

Merci d’encourager les artistes et le Café-Graffiti.

www.editionstnt.com (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009.cafegraffiti@cafegraffiti.net

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Problèmes de communication à une époque d’hypercommunication

« Tous seuls ensemble »

Problèmes de communication à une époque d’hypercommunication

Des outils qui éloignent ou qui rapprochent ?

Normand Charest – Chronique Valeurs de société, Dossier Internet

communication web internet familles relations nouvelles technologiesDes gens passent dans la rue en parlant seuls. En réalité, ils portent un téléphone vissé à l’oreille et dialoguent à distance avec des personnes qu’on ne voit pas. Mais ils ignorent ceux qu’ils côtoient dans la rue et dans les endroits publics.

Un visiteur du passé, qui apparaîtrait dans nos rues subitement (en sortant d’une machine à voyager dans le temps, par exemple), aurait l’impression d’arriver dans un monde de désaxés. En effet, à toute autre époque, ce genre de comportement individualiste serait considéré comme parfaitement impoli et antisocial.

Communication et relations sociales

communication web internet familles relations nouvelles technologiesNe pas porter attention aux autres, en société, n’est certainement pas sain. Les relations sociales cimentent  les petites briques que nous sommes, pour en former un ensemble qui se tient.

Dans les grandes villes, nous vivons très près les uns des autres. Nous sommes informés plus que jamais, et reliés par toutes sortes de médias et de réseaux sociaux. Et pourtant, cette proximité ne signifie pas un véritable rapprochement, et ne mène pas vraiment à une quelconque fraternité.

Ne serions-nous pas, effectivement, tous « seuls ensemble », comme dans la chanson de Daniel Bélanger ?

Six milliards de solitudes
Six milliards ça fait beaucoup
De seuls ensemble 

Internet, radio et pauvreté

Pourtant, ce ne sont pas les outils eux-mêmes qui sont fautifs, mais plutôt l’usage qu’on en fait. À ce propos, il faut souligner la manière dont on utilise la radio et l’Internet, dans les lieux les plus pauvres et les plus démunis.

Comme en Amérique du Sud, par exemple, dans les Andes et dans la forêt amazonienne. Là, apparemment loin de toute technologie, des femmes sans instruction établissent de petits postes de radio (et se servent de plus en plus de l’Internet) pour informer et aider leurs petites communautés. On peut trouver la même chose en Afrique, et probablement ailleurs.

On pense aussi aux personnes âgées qui, de plus en plus, se familiarisent avec l’ordinateur pour communiquer avec leur famille éloignée, pour voir leurs petits-enfants à l’écran et les entendre en temps réel.

En définitive, ce n’est pas la technologie qu’il faut accuser de tous les torts, mais plutôt notre attitude que l’on doit remettre en cause. Posons-nous la question : par notre comportement individualiste, portons-nous suffisamment attention aux autres, avec lesquels nous formons une société… et sans lesquels nous ne pourrions pas vivre ?

Autres textes sur l’Internet et le social

L’art d’écrire un blogue et d’être bien référencé, le livre!

Comment assurer d’être bien référencé pour votre blog ? Comment fidéliser les internautes ? Comment augmenter son trafic ? Comment interagir avec un Throll qui commente votre blog ?

guide-referencer-blog-referencement-naturel-livre Maintenant disponible, le livre Référencer son blogue, un mot à la fois. Un livre sur l’art d’écrire un blogue et d’être bien référencé.

Écrire pour un blogue est différent que pour un magazine ou un journal. Comment maîtriser une technique simple et efficace pour que votre billet soit bien référencé par les moteurs de recherche tout en étant pertinent et cohérent pour les internautes? Les techniques d’écriture qu’il faut maîtriser sont expliquées dans ce guide.

Le guide est accessible à tous et facile d’utilisation. Il est une bonne référence autant pour la personne qui veut débuter un blogue que celle qui travaille pour un média et qui veut augmenter son trafic et son rendement.

Pour commander le livre, par Internet aux Éditions TNT, par téléphone au (514) 256-9000 au coût de 9,95$ ou encore pour les dates des prochaines formations.

Autres livres pouvant vous intéresser:

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Stage international en Uruguay

Gabriel Alexandre Gosselin nous quitte

Études internationales en Amérique du Sud

Après plusieurs stages à Reflet de Société, après un retour aux études, après plusieurs stages internationaux au Costa Rica et en France, Gabriel Alexandre Gosselin nous quitte pour un stage d’une année en Uruguay.

Raymond Viger Dossiers  International , Francophonie Éducation

gabriel alexandre gosselin journaliste presse communautaireGabriel Alexandre Gosselin est un stagiaire de longue date à Reflet de Société. Je ne me souviens même plus de l’année exacte de son premier stage. Il était étudiant en journalisme à ATM (Art et Technologie des Médias) au Cégep de Jonquière.

Ensuite il a participé au premier stage en journalisme international que nous avions organisé au Costa Rica en tant que responsable du groupe de stagiaire.

Entre des camps d’été dans le bois et des voyages pour le travail au Yukon, Gabriel a de la difficulté à défaire ses bagages et à rester en place.

prix journalisme presse communautaire journaliste média écritIl a été journaliste régulier pendant une année et responsable du pupitre de Reflet de Société avant de décider de retourner aux études à l’Université Laval. Il aurait pu étudier à Montréal mais il lui manquait 35$ pour son inscription à Montréal et il était trop gêné pour me demander un emprunt!

Pour ses études à l’Université Laval, il a choisi un stage en Uruguay en Amérique du Sud. Pour nous donner des nouvelles, parce que c’est à peu près la seule façon d’en avoir, Gabriel a ouvert un blogue pour son stage. Vous pouvez donc suivre ses aventures et voir les photos qu’il nous offre.

Gabriel a gagné à plusieurs reprises des prix pour la conception graphique du magazine Reflet de Société.

À noter que Gabriel ne semble pas vouloir être lu par beaucoup de monde. Même s’il a suivi ma formation sur l’art d’écrire un blogue et d’être bien référencé, il n’utilise aucune des techniques que je lui ai enseignées.

Gabriel, malgré les 9000 kilomètres qui le séparent du Québec nous présentent sa position sur la nouvelle loi 78 du gouvernement Charest.

Bonne chance Gabriel dans tes études et amuse-toi bien dans tes études internationales.

Au plaisir de suivre tes aventures.

Blogue de Gabriel en Uruguay.

Autres textes sur Gabriel Alexandre Gosselin

Abonnement au magazine Reflet de Société

reflet-de-societe-magazine-drogue-prostitution-suicide-alcool-gang-de-rue-gambling Internet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

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  • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009   Par Internet: http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Manon Barbeau et la Wapikoni mobile

Le cinéma des oubliés

Le monde du cinéma est parfois fait de frime et de clinquant mais, d’autre fois, il nous offre une vitrine surprenante sur des mondes parallèles et méconnus. Manon Barbeau, cinéaste et documentariste, connue pour son documentaire sur les enfants du Refus Global, fait encore mieux.

Manon Barbeau et la Wapikoni mobile

Claudine Douaire   Dossier Cinéma, Autochtone

wapikoni mobile manon barbeau cinéma film dvd critique filmGrâce à son projet vidéo et musical ambulant, nommé la Wapikoni mobile, Manon Barbeau permet aux jeunes marginalisés, laissés pour compte ou isolés, de prendre la parole et de laisser libre cours à leur créativité.

La Wapikoni mobile est un véhicule doté de caméras vidéo, de tables de montage et d’unités d’enregistrement qui arpente les réserves amérindiennes du Québec et va à la rencontre des jeunes de ces communautés recluses.

Épaulés par des professionnels de l’industrie, les jeunes autochtones, caméra en main, sont libres d’aborder tout sujet qui les touchent. Ils font des films avec ce qu’ils possèdent : une tête pleine d’idées et la volonté de s’exprimer.

La naissance de la Wapikoni mobile

Cette aventure a débuté en 1999, lorsque Manon s’est intéressée de près au sort des enfants de la rue de Québec, dans son documentaire L’Armée de l’ombre. Elle avait alors impliqué des jeunes dans le processus créatif et éditorial de son documentaire. Ils ont décidé de quoi ils parleraient et comment ils le réaliseraient.

«Ces jeunes marginalisés obtenaient enfin l’écoute qu’ils n’avaient jamais eu ailleurs. Ils avaient beaucoup à dire et, en plus, ils s’exprimaient d’une façon très articulée», explique-t-elle. Ce fut un succès auprès des jeunes. De cette expérience est née l’envie d’écouter ce que les jeunes autochtones, qui vivent aussi beaucoup de détresse, ont à dire. manon barbeau wapikoni mobile film cinéma dvd critique film

La Wapikoni mobile, une voie autochtone

Manon Barbeau est allée à la rencontre de jeunes Atikamekw dans la communauté autochtone de Wemotaci, située à proximité de La Tuque, en Mauricie. La cinéaste ressentait une responsabilité morale envers ces jeunes. Elle voulait permettre à ces derniers, débordant d’inventivité mais souffrant d’isolement et d’un manque de perspectives, d’avoir un lieu de rencontre, d’échange, d’apprentissage et de création.

«Les jeunes des communautés autochtones sont très riches et possèdent beaucoup de talent. Il fallait trouver une manière de leur donner une chance de se faire entendre, que leurs voix portent.»

Des créations nécessaires

La Wapikoni mobile a pris la route pour la première fois en 2004 grâce à une persévérance à toute épreuve et avec l’appui financier de l’Office national du film. Depuis, ce projet itinérant a parcouru des dizaines de milliers de kilomètres et produit plus de 160 films réalisés par des jeunes de plusieurs communautés. Plusieurs créations ont été reçues et primées dans des festivals internationaux.

Manon Barbeau, aussi directrice pédagogique et artistique du projet, a eu plusieurs coups de cœur au cours de ces aventures. «Ces jeunes, en forte quête identitaire, doivent s’accrocher à quelque chose pour continuer à vivre. Cela passe beaucoup par la création, soit musicale ou vidéo. La Wapikoni leur offre la possibilité de se valoriser, de parler d’eux, de partager et de se trouver, se retrouver», commente la fondatrice.

Un art autochtone de qualité en expansion

La création musicale est beaucoup appréciée dans les communautés. La Wapikoni mobile permet d’enregistrer musique et chansons. Samian, le rappeur algonquin aujourd’hui célèbre, a enregistré sa première démo grâce aux studios itinérants de la Wapikoni. «Samian est devenu un exemple positif pour les jeunes des communautés. Il aurait pu continuer à s’autodétruire mais il a saisi la chance qui lui était offerte et il fait maintenant rayonner sa culture partout au Québec. Il inspire beaucoup de jeunes à se prendre en main», déclare-t-elle.

Ce projet prend de l’ampleur. Manon Barbeau possède désormais deux véhicules motorisés qui sillonnent les communautés autochtones du Québec. Une initiative similaire sera mise en œuvre en Polynésie française.

Des échanges ont aussi eu lieu avec des pays comme la Bolivie et le Brésil. «Plusieurs jeunes ont rencontré d’autres autochtones des pays d’Amérique du Sud. Nous souhaitons créer un réseau de créateurs autochtones. Ils ont tellement à apprendre et à enseigner les uns aux autres», note Manon Barbeau.

Changer sa destinée par l’art

Manon tire beaucoup de fierté de ces jeunes capables de troquer leur détresse pour de l’inspiration. On s’imagine également le bonheur de ces jeunes autochtones. Ceux qui se retrouvaient devant rien sont désormais derrière la caméra et complètement maître d’œuvre de leur création…et sans doute un peu plus maître de leur destin.

Merci à Manon Barbeau d’avoir pris quelques minutes de son temps pour nous éclairer sur son projet.

Pour en savoir plus sur la Wapikoni mobile et ses jeunes créateurs : www.onf.ca/aventures/wapikonimobile/excursionWeb/index.php

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Prisons au Mexique pour touristes Québécois

Tourisme au Mexique

Trois semaines en prison pour deux Québécois

Lorsque Carlos Oliva et Fanny Parent ont traversé la frontière mexicaine en autobus en décembre dernier, ils dormaient à poings fermés. Conséquence : les deux étudiants en arts visuels de l’UQÀM sont alors entrés clandestinement au pays de Felipe Calderon. Plutôt qu’un séjour au bord de la plage et des expéditions en mode sac à dos, ils ont eu droit à une vingtaine de jours de prison et un retour forcé au Canada. Récit d’un périple pour le moins olé olé!

Marie-Josée Richard       Dossiers Prison, International

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-pen-tole Aux dires de Carlos, 26 ans, l’autobus a filé sans s’arrêter à la frontière mexicaine. «Si le bus s’est arrêté aux douanes, on n’en a jamais eu connaissance», renchérie Fanny. «On était épuisé, on avait peu dormi les deux nuits précédentes», poursuit la jeune fille de 22 ans.

Quelle que soit la version des faits, les deux jeunes sont entrés au Mexique illégalement. Une fois à destination, plutôt que d’aller chercher l’étampe requise à Mexico, les vacanciers se sont envolés pour les plages de Cancun. «Au diable la bureaucratie, on règlera ça à la sortie», se sont-ils dits. Un douanier de l’aéroport les avait pourtant mis en garde contre leur nonchalance, leur recommandant de faire étamper leur passeport dès leur arrivée dans cette ville de la côte ouest. «On ne l’a pas pris au sérieux», reconnaît Carlos.

Du Mexique aux États-Unis

Les deux aventuriers ont vite déchanté une fois arrivés à Cancun: les plages, remplies de touristes, ne sont pas aussi attrayantes qu’espérées. Ils décident de repartir aussitôt vers l’est, vers des villages isolés de la campagne mexicaine.

«C’est là que cela s’est corsé», raconte Carlos. «Les autobus qui traversent le pays sont bondés de Guatémaltèques, de Péruviens et de Boliviens désireux de traverser le Mexique pour rejoindre les États-Unis, l’eldorado des gens du sud.» Résultat? «Il y a de nombreux postes de contrôle pour vérifier si les papiers des voyageurs sont en règle.» À Oaxaca, un agent de l’immigration fait descendre les deux Québécois de l’autocar: pas de preuve d’entrée au pays, pas le droit de circuler. Leur terminus: le centre de détention Tapanatepec, situé à une quinzaine d’heures d’autobus de Cancun, non loin de la frontière avec le Guatemala. Après dix jours en sol mexicain, fini les vacances.

L’expérience du sud en prison

profils-meurtrier-prison-prisonnier-systeme-carcéral «C’était surréaliste; je ne comprenais pas ce qui se passait», explique Fanny, qui ne parle pas aussi bien espagnol que son compagnon de voyage. La jeune fille prend du temps pour comprendre qu’ils doivent être détenus le temps que leur dossier soit étudié. «Je pensais qu’on en aurait pour quelques minutes», dit celle qui séjournera dans une cellule avec son ami pendant une vingtaine de jours. «On nous a permis d’appeler l’Ambassade canadienne, mais rien ne pouvait être fait puisque c’est nous qui n’avions pas respecté les règles», reprend Carlos.

Fanny l’admet aussi: «C’est notre faute, on aurait dû être à l’affût.» L’étudiante n’en était pourtant pas à son premier voyage à l’étranger, elle avait visité la France, le Pérou, la Bolivie ainsi que quelques villes américaines.

Rien dans les poches

suicide-assiste-euthanasie-decriminaliser-decriminalisation-legaliser-legalisation-2 Les jeunes auraient pu être libérés s’ils avaient payé une amende de 600$ chacun. Mais ils n’auraient alors plus assez d’argent pour revenir au Canada. N’aurait-il pas été possible de prélever la somme demandée avec une carte de crédit? Aucun d’eux n’en possédait une. Emprunter de l’argent à leurs parents? Pour Carlos et Fanny, ceci était hors de question: «Ce voyage, c’était notre initiative; on avait pris la décision de partir même si on n’avait rien en poche. On voulait se débrouiller seuls.»

Après une semaine de détention, Fanny, devenue fébrile, décide d’aviser sa mère. Carlos a mis quelques jours de plus avant de contacter les siens à Montréal. Encore une fois, le couple se bute à un mur: même leurs parents sont impuissants. Il faudra se montrer patient.

Heureusement, ils ont bien été traités : ils mangeaient trois repas par jour, avaient accès à une salle commune, pouvaient circuler dans la prison et disposaient d’une chambre pour deux. De plus, les autres détenus et les agents d’immigration étaient très aimables et courtois. Cependant, le temps leur a paru long derrière les barreaux; pour se distraire, ils jouaient au bonhomme pendu. Mais être gardé entre quatre murs contre son gré est loin d’être le scénario idéal pour des vacances à l’étranger.

Après trois semaines, les autorités mexicaines prennent enfin leur décision: ce sera l’expulsion. Des agents de l’immigration les conduisent en voiture jusqu’à Mexico, où ils doivent être détenus le temps qu’on organise leur vol jusqu’en terre canadienne.
Ils ont ensuite pris place dans un a-vion commercial en direction de Toronto, escortés de deux gardes mexicains.. Une semaine plus tard que ce qui avait été planifié initialement, ils atterrissent enfin à Montréal. Les étudiants ont manqué deux semaines de cours, mais leur session n’est heureusement pas en péril.

Voir le bon côté des choses

«Cette mésaventure m’a appris qu’avant de partir en voyage, il faut s’informer un minimum et être conscient que si l’on ne respecte pas les règles, il peut y avoir des conséquences.», poursuit Fanny. Pour une prochaine escapade, elle compte bien avoir un coussin financier pour faire face aux imprévus. Ce qu’elle retient de tout cela? «Ça m’a appris aussi à me contrôler pour garder le moral; je crois que je suis une personne beaucoup plus positive aujourd’hui.»

Pour Carlos, son principal regret est d’avoir été obligé de retourner au Canada alors qu’il comptait se rendre ensuite au Chili, pour visiter sa parenté et prendre quelques photos, lui qui est photographe.

On se compare, on se console

Être témoin de la misère dans laquelle vit certains Mexicains a beaucoup fait réfléchir Fanny: «Je trouve qu’au Québec, on est vite négatif et on se plaint souvent pour pas grand-chose. Les Mexicains sont hyper positifs, même si parfois, ils n’ont rien».

Carlos, quant à lui, a été marqué de constater à quel point de nombreux habitants de l’Amérique du Sud veulent se rendre aux États-Unis dans l’espoir d’une vie meilleure. «Plusieurs n’y arrivent par car ils n’ont pas les papiers nécessaires, bien qu’ils soient à leur troisième ou quatrième essais. Certains passent leur vie à essayer de se sortir de leur pauvreté et de gagner les États-Unis ou le Canada. Ça m’a attristé de voir ça.»

Fanny et Carlos admettent avoir appris la leçon qui a été riche en émotions. L’on dit que les voyages forment la jeunesse? On ne pourrait pas mieux dire!

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