Forum jeunesse France-Québec

Projet Cultures urbaines France-Québec

Quand l’urbain montréalais débarque en France

Le Café Graffiti, organisme montréalais d’intervention auprès des jeunes, et le centre social de la commune française de Tonnerre ont uni leurs forces au printemps dernier pour organiser un forum spécialement dédié aux jeunes. Le but était de redonner confiance à cette nouvelle génération prometteuse, mais souffrant d’un manque d’activités évident.

Estelle Gombaud   Dossier: Forum Jeunesse France-Québec

fluke-art-graffiteur-muraliste-murale Dans le cadre du Forum jeunesse 2010, 9 professionnels graffiteurs et breakdanseurs québécois ont traversé l’Atlantique pour venir à la rencontre de leurs jeunes cousins français. Pendant deux semaines, la pratique de ces arts urbains a réveillé une jeunesse endormie en plus de donner des idées aux différentes instances politiques et sociales qui se sont réunies pour l’occasion afin de réfléchir à leur avenir.

L’événement, qui avait pour thème «Une année pour se préparer. Un Forum pour s’éclater», s’est déroulé du 19 au 25 avril.  Comme l’explique la directrice du centre social de la commune française de Tonnerre, Christine Burtin Lauthe, l’objectif était avant tout de donner la parole aux jeunes.

Quant au fondateur du Café Graffiti, Raymond Viger, il a souhaité envoyer des jeunes artistes à l’étranger «pour les stimuler dans leur cheminement et leur permettre de vivre différentes expériences».

Pour profiter pleinement de l’échange, ces artistes québécois sont arrivés une semaine avant la date officielle du début du forum afin d’offrir aux jeunes du centre social des ateliers de breakdance et de graffiti. Suivant un rythme des plus effrénés, c’est à raison de 5 à 7 heures par jour que les 32 stagiaires français ont appris les bases de ces deux arts urbains.

Lancé officiellement le 19 avril, le Forum a proposé une foule d’activités aux petits et aux grands de la commune en prenant soin de toujours rester axé sur la jeunesse.

tonnerre-france-forum-jeunesse-jeunes Musique, théâtre, cinéma, expositions de toiles, sports, pique-nique géant et plénière publique du Conseil Municipal des Jeunes étaient au menu de cette semaine riche en activité. C’est aussi à cette occasion que les instances de la commune ont échangé sur les moyens mis à leur disposition pour exploiter au maximum les talents de leurs jeunes.

«Les partenaires locaux, institutionnels, associatifs se sont questionnés vis-à-vis des attentes et des besoins de la jeunesse. Ils ont voulu leur apporter des projets faits avec et pour eux», résume Mme Burtin-Lauthe.

Ses temps forts? L’exposition « Me Voici », où 20 jeunes tonnerois ont présenté leurs autoportraits réalisés lors de leur stage de graffiti.

Le spectacle de créations musicales et artistiques a également suscité un grand engouement. Les apprentis breakdanceurs ont pu montrer leur nouveau savoir-faire en montant sur les planches de la scène pour présenter une chorégraphie apprise la semaine précédente.

Preuve du succès de l’entreprise, un des partenaires de l’événement a même déclaré ceci : « si un habitant de Tonnerre dit ne pas avoir été au courant du Forum, c’est qu’il n’était pas à l’écoute et qu’en fin de compte cela ne l’intéressait pas! »

Un échange enrichissant

Pour les 12 stagiaires de breakdance, l’expérience fut productive. À la différence des cours de danse qu’ils prenaient habituellement avec un seul professeur, ils ont eu la chance de bénéficier des compétences des 7 danseurs québécois lors des différents ateliers.

tonnerre-france-forum-jeunesse-jeunesMais les artistes n’ont pas seulement appris aux jeunes à bouger, ils ont aussi endossé un rôle de grand frère. Alliant à la fois le côté artistique et le côté humain, cette rencontre a permis à plusieurs jeunes de trouver les réponses à leurs questions.

«Après chaque pratique, on gardait du temps pour parler des problèmes que les jeunes rencontraient dans leurs vies de tous les jours afin de pouvoir leur apporter des solutions», explique Johnny Skywalker, le leader du groupe de breakers. «Les jeunes ont vite compris que la danse était un bon moyen de se défouler face aux frustrations de la société», ajoute-t-il. Cet échange a également permis aux breakeurs de prendre conscience de certaines réalités.

Un des danseurs, qui n’avait jamais donné d’ateliers auparavant, fut surpris de se découvrir une passion. «En rentrant à Montréal, j’aimerais trouver un travail qui allie danse et animation avec les jeunes, ça serait vraiment le top !», a confié Patrick Jean Charles alias B-boy Prototype.

«Nous leur avons montré nos mouvements, mais ils nous ont aussi donné beaucoup, confie Handy «Monstapop» Yacinthe. On a compris qu’on était des modèles pour ces jeunes. Je ne savais pas que l’on pouvait changer le cours de la vie de quelqu’un de cette manière-là», ajoute-t-il.

Même son de cloche du côté des graffiteurs, où l’expérience avec la jeunesse tonnerroise a été tout aussi formatrice. Parmi les artistes montréalais présents au forum, le muraliste-graffiteur Fluke n’est pas passé inaperçu. Du haut de ses 6 pieds, ce jeune homme d’origine polonaise est devenu en quelques années l’un des plus grands graffiteurs de la métropole québécoise.

Durant 5 jours de cours intensifs, il a partagé sa passion avec les jeunes tonnerrois afin que ceux-ci réalisent leur autoportrait sur toile. En parallèle, il a eu pour mission de créer une immense fresque colorée à l’effigie de la ville recouvrant ainsi les murs défraîchis du tunnel de la gare. Tout en ayant donné une nouvelle identité visuelle aux murs du tunnel, cette réalisation aura fait prendre conscience aux Français  de la commune que le graffiti peut être un acte légal et apprécié.

«Cette fresque m’a demandé plus de 100 heures de travail, explique Fluke. J’ai donné tout ce que j’avais. C’était vraiment très sympa de discuter avec les voyageurs qui passaient. J’ai eu beaucoup de retours positifs», ajoute-t-il. Pour le responsable de la gare, Alain Boeuf, le résultat est magnifique. « Nous cherchions à donner plus de vie à ce passage. Grâce au forum, ça a été possible».

<«Une fois dans le train du retour, tous les artistes se sont mis à pleurer. Ils auraient voulu apporter plus que ce qu’ils ont donné. Cindy, une des danseuses professionnelles, aurait souhaité ramener un des petits chez elle pour le ‘‘sauver’’», se souvient le chef du groupe, Johnny Skywalker.

Un pas vers l’avenir

Les artistes québécois,  les élus de Tonnerre ainsi que le personnel du centre social s’étaient donnés pour objectif de se concentrer davantage sur la jeunesse pour lui donner les moyens de continuer à faire vivre l’art du graff, du breakdance et de toute autre forme d’expression au-delà de la durée du Forum.

Pour le plus grand bonheur des jeunes stagiaires tonnerrois, une salle de danse a récemment été ouverte afin de leur permettre de parfaire leurs techniques de danse hip-hop. La troupe compte désormais 15 jeunes tonnerrois qui se retrouvent quotidiennement pour préparer de nouveaux spectacles. Les quelques pas de danse de plus de ce groupe d’adolescents sont autant de pas en avant pour la jeunesse de la région.

La 1re édition du Forum de la jeunesse a connu un tel succès que celui-ci sera reconduit l’année prochaine. Pour que le forum ne soit plus un événement ponctuel, Christine Burtin Lauthe a décidé de renouveler, tout au long de l’année, les rencontres dédiées à la jeunesse, tout en conservant la dimension internationale du projet. La collaboration entre la France et le Québec pourrait donc bien se poursuivre et permettre à d’autres artistes du Café Graffiti de partir.

Le forum a permis à la jeunesse de Tonnerre de reprendre confiance en un avenir qu’elle pensait perdu. Il eut l’effet d’un tremplin donnant ainsi aux jeunes l’envie de construire de nouveaux projets.

PHOTOS: Joseph Elfassi

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Mois de l’histoire des Noirs 3

Mois de l’histoire des Noirs 3

François Richard

Dossier Mois des Noirs

Mathieu Da Costa Afin de souligner le Mois de l’histoire des Noirs, Reflet de Société vous offre une série de quatre articles portant sur des personnages d’origine africaine marquants, souvent méconnus, de l’histoire nord-américaine. Troisième personnage, Mathieu Da Costa, interprète africain, ou d’origine africaine, pour les navigateurs français et hollandais auprès des autochtones canadiens au début du 17è siècle.

3. Mathieu Da Costa

Avant de raconter l’histoire de Mathieu Da Costa, il est important de préciser qu’il existe très peu d’informations à son sujet. Son nom n’apparaît en effet que dans quelques documents juridiques français et hollandais datant du dix-septième siècle et sa biographie est essentiellement inconnue. L’histoire de Mathieu Da Costa est donc intéressante surtout en ce qu’elle permet de prendre conscience d’une présence noire méconnue en Amérique du Nord aux tous débuts de la colonisation européenne, soit avant l’avènement de la traite des Noirs à grande échelle qui marquera l’histoire américaine au cours des deux siècles suivant. Mathieu Da Costa était un homme libre, venu travailler en Amérique en échange d’un salaire qui, pour l’époque, était élevé.

Existence officielle de Mathieu Da Costa

Le nom de Mathieu Da Costa apparaît dans le compte-rendu d’un procès qui a eu lieu à Amsterdam au cours du mois de février 1607. Le litige porte sur un crime commis à Tadoussac quelques mois auparavant. Le bateau de l’explorateur français Pierre Dugua De Mons, qui a travaillé avec Samuel Champlain à l’époque, est alors attaqué par une flotte hollandaise. Selon le peu d’information disponible, l’interprète Mathieu Da Costa aurait à cette occasion été pris par les Hollandais, qui souhaitaient l’avoir à leur service. Il fait parti de ce que De Mons réclame au tribunal hollandais en réparation de l’attaque dont lui et ses hommes ont été victimes. Ces documents permettent d’établir que Mathieu Da Costa n’était pas d’origine européenne, puisqu’il y est affublé du qualificatif « nègre ». Son statut d’interprète entre les Européens et les Autochtones d’Amérique y est également précisé.

Mathieu Da Costa en prison

Le nom de l’interprète apparaît ensuite sur un contrat d’embauche pour des voyages en Amérique qu’il a conclu avec De Mons à Amsterdam en 1608. Mathieu Da Costa est mentionné deux dernières fois sur des documents européens, au cours des années 1608 et 1609, notamment lorsqu’il purge une peine de prison dans la ville normande du Havre pour « insolence ».

S »il n’existe pas de preuve qu’il ait effectivement foulé le sol américain, le fait qu’il ait été à l’emploi de De Mons lors de l’attaque de Tadoussac permet de penser qu’il a accompagné l’explorateur dans ses voyages en Acadie et dans la vallée du Saint-Laurent.

Interprète et Africain

La question qui surgit à l’esprit lorsque l’existence de Mathieu Da Costa est évoquée est : mais comment un Africain pouvait-il servir d’interprète entre les Européens et les Amérindiens? La côte Atlantique de l’Afrique est à cette époque visitée depuis près de deux siècles par les navigateurs et marchands portugais. Ces derniers ont établis des comptoirs de commerce permanents en Afrique et un dialecte de commerce, à mi-chemin entre le portugais et les langues africaines, s’y est développé. Comme les autres métiers à l’époque, celui d’interprète se serait transmis de père en fils, dans ce cas-ci de père en fils métis, issus des unions entre portugais et africaines. Ces métis étaient les mieux placés pour faire le pont entre deux cultures ayant peu à voir l’une avec l’autre et sont devenus au fil du temps autant des commerçants professionnels que des interprètes. Le nom Da Costa a d’ailleurs une consonance latine et permet de penser que Mathieu pourrait avoir eu des ancêtres portugais.

Il faut savoir de plus que les équipages des navires d’exploration européens étaient composés de gens d’origines diverses. Les « professionnels » de l’exploration étaient rarement attachés à leur pays d’origine et vendaient plutôt leurs services au plus offrant, à l’instar de l’Italien Christophe Colomb, qui a découvert les Antilles au nom de la couronne d’Espagne.

L’embauche d’interprètes africains procurait plusieurs avantages aux explorateurs européens, dont leur expertise de négociants interculturels professionnels, les similitudes entre les patois de commerce d’Afrique et d’Amérique et le fait que, puisqu’ils n’étaient pas Blancs, ils pouvaient constituer un équilibre dans les relations qui, déjà à l’époque, se dégradaient rapidement entre Européens et Amérindiens.

Gouvernement du Canada

Si les historiens se montrent extrêmement prudents quant à l’existence et au rôle historique de Mathieu Da Costa, le gouvernement canadien n’hésite pas, pour sa part, à en faire un symbole de sa politique multiculturelle. Ainsi, un concours scolaire intitulé le Défi Mathieu Da Costa, visant à souligner le Mois de l’histoire des Noirs, se déroule depuis 1996 dans les écoles du pays. En 2009, la Chambre des communes a institué la Journée Mathieu Da Costa, à être célébrée à travers le pays la première journée de février. La mémoire de l’interprète africain est aussi soulignée au musée de l’Habitation du lieu historique national du Canada de Port-Royal à Annapolis, en Nouvelle-Écosse.

Ce billet est largement inspiré du texte Mathieu Da Costa et les débuts du Canada: possibilités et probabilités de A.J.B. Johnston, que vous pouvez consulter gratuitement en ligne.

Mary Ann Camberton

Le dernier personnage présenté dans le cadre de cette série sera Mary Ann Camberton, réfugiée américaine au Canada qui a vécu au dix-neuvième-siècle. Elle fut journaliste, fondatrice d’un journal en Ontario, recruteur pour l’armée du Nord durant la Guerre de Sécession, enseignante et militante de la cause noire.

Autres textes sur le Mois de l’histoire des Noirs

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