Visite à l’institut Leclerc

De la prison à la maison

Lettre à ma fille

Danielle et moi avons fait du bénévolat à l’institut Leclerc. Nous y avons rencontré des gens sensationnel. Un de ceux-ci, Robert Joncas, nous a demandé de publier une lettre pour sa fille.

Robert Joncas, Dossier Prison

À ma fille,

Comme j’aimerais te voir, te parler, te prendre dans mes bras. Ça fait 5 ans que l’on ne s’est pas vus. Tu me manques beaucoup. Peut-être est-ce ma faute? Je n’avais pas à partir comme ça et te laisser seule.

J’ai ma part de responsabilité dans ce temps perdu. 9 ans d’incarcération, ça fait des dommages. On aurait pu aller à la Ronde, faire du camping, aller à la pêche, faire un voyage… Toutes ces années gaspillées par ma faute.

Ce qui me fait le plus mal, c’est de ne pas savoir ce que tu fais. J’imagine le pire : la drogue, les mauvaises fréquentations, les mauvaises influences… Quand j’avais ton âge, je ne pensais qu’à tripper avec mes amis. Mon père me disait de ne pas conduire vite, de ne pas consommer de drogue, de ne pas voler, de travailler honnêtement… Ça ne me rentrait pas dans la tête. À 20 ans, il fallait que je bouge, il me fallait de l’action. Sans émotions fortes, je n’étais pas bien. La gang de chums, les parties, les femmes, c’est ce qui comptait. Maintenant, c’est à mon tour de faire comme mon père et de te dire la même chose.

Trop d’alcool, de drogue, le jeu et autres dépendances ne sont qu’illusions. Quand vient le jour où l’on se retrouve seul, tu diras: «Je me suis fait avoir, mon père avait raison.» Si tu penses que je ne t’aime pas, alors tu dois t’aimer toi-même. N’écoute pas ceux qui veulent t’entraîner dans le négatif. Tu dois rester forte. Je sais que ce n’est pas facile.

Ne scrape pas ta vie comme moi. Parce qu’un jour, après avoir haï tout le monde autour de toi, tu vas finir par te haïr toi-même. Et là, ça va faire mal. Comme moi présentement, je me hais parce que je suis en prison et que je n’ai pas été là pour tes 16, 17, 18 ans… Toutes ces années perdues par ma faute. Crois-tu que je ne le regrette pas? Je sais, tu me diras: c’est ma vie, on est en 2012, on n’est plus dans ton temps, 1970-80-90.

Je veux te dire, ma fille, que les problèmes de drogues, d’alcool et une vie criminelle n’apportent rien de bon. Un faux bonheur éphémère, un monde de misère, d’illusions qui mènent inévitablement à l’hôpital, en prison ou à la morgue. Les époques se succèdent mais les problèmes restent les mêmes : la pauvreté, la misère, la criminalité changent de visage mais c’est toujours la même bêtise humaine.

Maintenant, c’est à toi. Que vas-tu faire avec tout ce que je dis ? La même chose que moi quand j’avais ton âge ? Au moins, je te l’aurai dit. Tu es avertie. J’ai fait de mon mieux. Je t’ai dit ce qu’un père doit dire à son enfant. À toi de faire tes bons choix.

Je t’aime. Ton père.

Autres textes sur Prison

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Mon pire crime pour lequel je n’ai jamais été puni

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Chronique du prisonnier

Les racines de la criminalité

Je suis réveillé au milieu de la nuit à cause d’un horrible cauchemar. Ébranlé et tendu, je me mets à écrire ce mauvais rêve en souhaitant qu’au matin je pourrai y mettre un peu d’ordre. J’ai la certitude que je trouverai une explication qui m’éclaircirait.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

chaton chats félins félidésLa veille, en écoutant un documentaire, je découvre l’évolution de certaines espèces marines qui se transforment en espèces terrestres. Des scientifiques, grâce à l’étude de la morphologie, peuvent expliquer comment la nature a changé un poisson en un animal.

Un des rares exemples encore vivant de cette évolution est le coelacanthe. Un poisson à l’allure préhistorique. Là où ses nageoires apparaissent on peut distinguer en arrière-plan des futures pattes, essentielles pour l’adaptation à la vie terrestre. C’est alors qu’une réflexion me traverse l’esprit. Où et quand aurais-je bifurqué du droit chemin? Comment me suis-je transformé en criminel? J’étends ma fameuse question sur une couverture de papier «LES SOURCES DU CRIME». Puis, je tente de m’enfiler une nuit de repos, qui s’avèrera un véritable cauchemar.

Dans mon rêve, je me retrouve au «super-max» (prison à très haute sécurité) entouré de 3 autres criminels à l’intérieur d’une petite cour. Histoire de tuer toute envie aux plus téméraires de prendre la poudre d’escampette, cette cour est entourée d’immenses murs de béton recouverts d’une couronne de barbelés tranchants. Nous étions considérés comme les criminels les plus dangereux.

Alors que je marche en solitaire, les gémissements d’une chatte captent mon attention. J’aperçois un de mes codétenus maintenir d’une main une petite chatte et de l’autre, lui enfoncer des carottes dans l’arrière-train. Celle-ci hurle de douleur suppliant de ses yeux terrorisés qu’on lui porte secours.

Personne n’ose intervenir. L’indifférence totale. Pour ceux qui désirent survivre dans cet environnement barbare, c’est une carte essentielle à maîtriser. Un simple commentaire pour mettre fin à cette torture pourrait faire renverser la rage du tortionnaire sur le fautif. Qui voudrait risquer sa vie pour sauver celle d’une chatte? Dans cet enfer, toutes les formes de gentillesse, de sollicitude sont plutôt considérées comme de la faiblesse qu’on tente d’éliminer à la première occasion. Elle nous rappelle peut-être notre propre sensibilité que nous tentons d’étouffer quotidiennement avec toutes les drogues disponibles.

Je m’approche discrètement. Je découvre que la chatte donne naissance à une portée de minous adorables. Évidemment, tous dans une condition de santé précaire. Mon incapacité à les sauver et les protéger me gruge de l’intérieur en me rendant complètement fou. Je ne fais rien. L’instinct de survie domine mon cœur. Je me sens déchiré de toutes parts et impuissant. C’est à ce moment que je me réveille tout en sueur.

Révélation

prisonnier prison crime criminalité tole bagne pénitencier tolard bagnard systeme carceralJ’avais lu qu’on pouvait trouver une réponse à une question difficile en écrivant sur un papier la question avant de s’endormir pour qu’au matin la réponse vienne spontanément. Sans même l’avoir planifié, j’avais mis en place une technique pour trouver une solution. Un problème vieux d’une trentaine d’années où se cachait un souvenir enfoui dans les abîmes d’un passé si douloureux que je l’avais littéralement effacé de ma mémoire.

Grâce à cet horrible cauchemar, je revisite une période significative de mon enfance avec suffisamment de distance pour y voir enfin clair. Ces images provenaient, en bonne partie, d’une époque bouleversante de ma vie où mes parents divorçaient. Ma mère eut l’ingénieuse idée de faire appel à nos professeurs pour nous héberger temporairement. Mes sœurs et mon frère furent tous recueillis par leur professeur respectif. Je ne sais pas comment ma mère a réussi l’exploit. Je lui lève mon chapeau.

Je me suis retrouvé dans une magnifique maison à Delson. Dès mon premier jour, je me souviens très bien de m’être fait épouiller (retiré les poux!). Un peu gêné, je me laissais faire. Jacqueline, la mère de cette famille, semblait bien au-dessus de ses vermines parasitaires. Rapidement, je me suis senti comme un membre à part entière de cette famille.

prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-pen-tole-bagnard-crime-criminaliteRien ne manquait: piano au salon, deux voitures, bibliothèque de rêve avec une collection de bandes dessinées que même l’école ne possédait pas. J’explorais ce nouvel univers magique. J’aidais le paternel à faire la vaisselle tandis que Marie-Claude, l’unique fille de Jacqueline, pratiquait son violon. Un environnement idéal à tous points de vue pour le développement d’un enfant.

Prenant conscience de ma chance d’être là, je faisais tout pour plaire, pour me faire aimer. Je croyais innocemment que l’amour devait se mériter comme le salaire d’un ouvrier sur une chaîne de montage. L’amour inconditionnel m’était inconnu et ne m’est jamais apparu comme quelque chose de réaliste, même aujourd’hui. Malgré tout, mon futur semblait prendre une tout autre tournure… C’est là qu’une partie de ma vie allait se jouer. Me sentant totalement en sécurité, j’exposais toute ma candeur d’enfant tel un trésor inépuisable, inébranlable. Jusqu’au jour où la réalité vînt fracasser cette naïveté avec une violence restée insurpassée jusqu’à ce jour.

Racines de la criminalité
chat pont chaton félin félidé

La véritable maîtresse de la maison était une belle chatte angora qu’on couvrait de caresses et de bisous. Elle est enceinte, ce qui explique toute cette attention à son endroit. Par un beau matin, la petite princesse donne naissance à une magnifique portée de chatons. Marie-Claude et moi étions aux anges. Existe-il quelque chose de plus mignon que ces jeunes chatons?
La lune de miel prit fin quelques jours plus tard. Ces petites merveilles furent déposées dans un horrible sac brun en jute, puis transportées par les enfants à l’arrière de la voiture vers une destination inconnue. Marie et moi, nous faisions tout ce qui était en notre pouvoir pour tenter d’apaiser les minous qui ne cessaient de gémir, appelant leur mère. Malgré notre bonne volonté, nous n’y sommes pas parvenus.

Près d’un pont (mon père se suicidera plus tard en sautant d’un pont), la voiture ralentit en glissant légèrement sur l’accotement. Jacqueline se retourne puis m’or-donne sur un ton que je ne lui connaissais pas, de remettre les chats à l’intérieur du sac et de le refermer. Surpris par sa froideur, je m’exécute sans comprendre le but de la manœuvre. Dès que j’ai terminé, elle m’ordonne de prendre le sac et de le balancer avec sa précieuse cargaison en bas du pont. Dans ma tête, les fils se déconnectent, la lumière s’éteint pour les trente années qui suivirent. Le cours de ma vie venait de changer à tout jamais. À mon tour, je me transforme.

J’avais à peine neuf ans. Le crime grave que j’ai commis et pour lequel je n’ai jamais été condamné. Ce geste a profondément transformé ce que j’allais devenir. Et non pas pour le mieux.
Cette révélation a été tout un choc. Le voile avec lequel je percevais les décisions que j’avais prises durant ma carrière de mauvais garçon prit feu. Cette armure que j’avais construite se défaisait d’elle-même. Mon cœur d’enfant revoyait la lumière du jour avec une confiance renouvelée. Cet examen de conscience s’est avéré très fructueux pour mon épanouissement personnel. Je ne me sentais plus aussi coupable et responsable des choix et des gestes que j’avais commis au cours de ma vie.

J’avais pour la première fois une vision suffisamment juste de mon parcours et surtout de ma direction pour apporter les correctifs nécessaires à une transformation, à une évolution. Mes blessures noyées pendant autant d’années pouvaient maintenant sortir de l’eau pour marcher sur terre et se cicatriser.

C’est dommage qu’il m’ait fallu 25 ans d’incarcération pour comprendre cette partie de mon développement. Souhaitons que ma compréhension permette à d’autres d’éviter les mêmes erreurs. Mes plus plates excuses aux victimes.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

love-in-3dLove in 3D.

Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

social-eyes-web Magazine The Social Eyes

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Comportements d’un prisonnier

Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

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Système carcéral et pénitenciers

Au dessus de tout soupçon

Que cache la carapace criminelle? Par un excès d’orgueil ou de fierté, j’ai dû attendre de traverser mes quarante ans avant de déterrer et d’exposer à la lumière ce qui m’avait détourné de ma véritable voie.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

prison-prisonnier-penitencier-tole-bagnardDépassé et maintes fois ébranlé par mes propres comportements, je ne pouvais continuer sans trouver une explication claire. Comment m’étais-je transformé en cet être si méchant, un voyou? Pour comprendre, je décide de dévorer toute la documentation qui me passe entre les mains: psychologie, criminologie… Puis, je m’attarde sur des documentaires qui peuvent me diriger afin de reprendre mon chemin à reculons. À quel endroit ma route a-t-elle bifurqué. Et surtout, pourquoi?

La haine de l’autorité

Une première lumière attire mon attention. C’est l’incompréhension que j’ai de ma haine viscérale envers toute autorité. Un problème qui me rend la vie infernale. La police, les juges, les gardiens de prison: tout ce qui porte un uniforme et détient de l’autorité me rend fou et ce, sans raison apparente.

Mes lectures et mes discussions afin de comprendre cette haine m’orientent dans le même sens. Cette violente colère doit provenir de mon père. Violent et suicidaire, il cadrait bien avec cette hypothèse. Pourtant, dans mon for intérieur, je ne peux le croire. Mon père, malgré ses sérieux défauts, je l’ai aimé de tout mon cœur. Il m’a offert le mieux de ce qu’il avait, selon ses capacités. Quand je revisite mon conflit avec les uniformes, je ne pense pas à lui.

Introspection douloureuse

Je veux comprendre. Armé de ma pelle, je me suis mis à creuser en moi avec acharnement. Durant cette introspection, je rencontre bien des obstacles: des roches de préjugés et d’impressions très difficiles à déloger. Plus je creuse, plus les roches deviennent dures et grosses. Puis, j’atteints une muraille qui me semble infranchissable. Je ne sais pas comment, mais je dois faire exploser ce mur. Peut-être cela m’a-t-il coûté une dépression ou un burn out, pour fissurer le ciment qui maintient la muraille. Tout ce que je sais, c’est qu’il m’a fallu vivre un évènement de taille pour déboulonner mes anciennes certitudes. J’imagine que cet évènement était incontournable pour que je puisse faire sauter ce mur. Qui sait, peut-être était-il imaginaire!

Passé cet obstacle, j’atteins mon but. Ce lieu où les évènements prennent tout leurs sens. On m’a toujours enseigné de faire confiance à mon ressenti, parfois même en faisant abstraction du rationnel. Je réalise que les deux se marient très bien et durent beaucoup plus longtemps en couple que seul. Finalement, je rassemble toutes les composantes de ma vie pour en faire un tableau harmonieux. Cela nécessite des sacrifices qui en valent cent fois la peine. Je reprends le développement de mes propres idées pour ensuite entreprendre le rétablissement d’une véritable identité.

Retour à l’enfance

J’ai commencé à bifurquer de mon chemin dès mon très jeune âge. Incapable de m’imaginer une personne en autorité indiquant la mauvaise direction à prendre, je me suis laissé guider dans un cul-de-sac. Je n’étais pas assez mature et développé pour distinguer les bons des mauvais comportements.

Malléable et influençable comme un enfant peut l’être, j’ai cru en toute innocence que j’étais seul responsable de ce qui m’était arrivé. Que ceux qui m’avaient fait des attouchements ne répondaient qu’aux réactions mécaniques de mon corps d’enfant de 12 ans. Ils avaient réussi à me convaincre. Pendant plus de 30 ans, je me suis empoisonné la vie avec ces préjugés d’universitaires.

J’écoute à la télé des émissions qui donnent la parole à d’ex-victimes. J’y entends des pédophiles justifier leurs gestes par le fait d’avoir été eux-mêmes agressés dans leur enfance, qu’ils ne font que répéter ce qu’ils ont subi. Quelle magnifique façon d’effrayer les victimes à s’ouvrir!

J’ai la certitude que plusieurs victimes ont pris la ferme décision d’enterrer encore plus profondément cette blessure. Il serait préférable de mourir avec ce secret odieux que de laisser planer un doute sur sa capacité à devenir à son tour un agresseur. Je n’en reviens d’ailleurs toujours pas. Des agresseurs sexuels qui diminuent la portée de leurs gestes en se proclamant victimes eux aussi!

Tabou carcéral

Pour un criminel, admettre que des blessures du passé alimentent la soif de violence ou l’aversion envers l’autorité est tabou. C’est inadmissible. Ces souvenirs sont parfois si bien enterrés qu’ils semblent ne jamais avoir existés. J’ai dû moi-même attendre plus de 30 ans avant de comprendre. Je traverse cette muraille qui bloque l’accès à cette partie fragile de moi. Je sais très bien ce qu’ils peuvent vivre et comme le chemin est long. Combien d’hommes hyper violents qui maudissent toute forme d’autorité ont perdu de vue l’origine de ce mal qui les ronge de l’intérieur, silencieusement, tel un cancer? Ils deviennent leurs pires ennemis.

Dans le domaine du droit, on perd de vue une partie des conséquences qu’engendrent l’abus sexuel. Une fraction des dommages collatéraux passe inaperçue. Au pénitencier, il est exceptionnel pour un homme étiqueté «gangster», «motard» ou «braqueur», d’être soupçonné d’être le produit d’un agresseur.

Fierté criminelle

Le titre de criminel intimide, éloigne et repousse les questions. Ce titre se porte avec ravissement et fierté dans le milieu carcéral. Avouer qu’une carrière dans le crime a pris naissance dans la réaction d’un drame vécu à l’enfance serait impensable. Le prestige que retirent certains criminels de leur saga judiciaire disparaîtrait automatiquement si la vérité se savait. C’est l’une des raisons pour lesquelles plusieurs victimes préfèrent disparaître sans révéler leur secret.

L’agression sexuelle à l’endroit d’un enfant par un être en autorité déclenche une rébellion, une violence vis-à-vis tout ce qui porte un uniforme et qui prétend agir pour le bien. C’est ainsi que je me suis fait piéger. Ce qui m’a donné bien du mal à accéder au bonheur.

Vaincre ses démons

Ma souffrance me transformait en un animal sauvage et blessé. Ma vérité était trop douloureuse pour être domestiquée. Voilà en bonne partie la décortication de ma criminalité. C’est pourquoi il m’apparaît essentiel de rappeler aux juges de ne pas oublier le nom de ceux qui se suicideront, ceux qui deviendront des junkies, ceux qui saboteront leur vie familiale de ceux qui deviendront des criminels violents. Pour que leurs jugements correspondent vraiment à la gravité des actes commis.

Je ne peux pas revenir en arrière. Mais j’aimerais bien fermer cette piste boueuse et la transformer en un magnifique jardin d’enfants. Si j’ai vaincu mes démons, je sais aussi que les mauvaises habitudes ont la vie dure. Il faudra que je demeure vigilant jusqu’à la fin de mes jours.

Si à vaincre sans effort, on triomphe sans gloire, je rajouterais qu’à se laisser berner trop facilement par les autres, on finit par se berner soi-même.

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Les livres de Colin McGregor

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La violence dans les prisons

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Prisonnier et système carcéral

Le bouc émissaire

La violence et la rage de chaque individu se multiplie et peut devenir hors de contrôle. Les gens copient les autres.

Colin McGregor, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

bouc_emissaire-prison-prisonnier-penitencierLe philosophe français René Girard prétend que la société humaine est remplie d’émotions négatives. Les gens copient les autres. C’est la nature humaine.

La violence et la rage de chaque individu se multiplie et peut devenir hors de contrôle. Pour éviter l’anarchie, les sociétés, depuis des temps immémoriaux, se sont organisées autour de ce que Girard appelle le bouc émissaire. Toute une communauté canalise son agressivité envers une seule personne qui doit prendre le blâme.

«Débarrassons-nous de cette âme malade», dit la populace, et tout ira bien, comme avant. Cette approche fonctionne. L’expulsion du bouc émissaire unit tout le monde et dissous tous les désagréments. Des citoyens qui vivent sans se connaître se collent ensemble comme des aimants.

La communauté se doit, pour garantir la paix et l’ordre, de procéder au procès du bouc émissaire et de le punir. Est-ce important de savoir si le bouc émissaire est coupable ou innocent? La culpabilité aide mais elle n’est pas nécessaire. Le plus important est de trouver un bouc émissaire. Un individu qui peut symboliser une maladie de la société ou tous ses maux.

Sacrifice perpétuel

L’histoire se répète depuis toujours. Si ce n’était pas le cas, la communauté se désintégrerait, croit René Girard. Aidez le bouc émissaire et vous devenez vous aussi un ennemi. Les amis disparaissent dans la foule dès les premières accusations. L’ordre social repose sur l’alchimie du sacrifice perpétuel.
Les Incas sacrifiaient les leurs pour recevoir de la pluie. Les Hawaïens poussaient une vierge dans un volcan pour en arrêter l’éruption. Un prince médiéval typique, en temps de mauvaise récolte, cherchait une vieille femme pour la brûler en disant que c’était une sorcière. Dans le livre 1984, de George Orwell, l’État Big Brother rassemble la société sous le couvert d’une menace jamais démontrée de combattants qui risquent d’attaquer à n’importe quel moment. Les pages de nos journaux ou les images de nos médias sont remplies de boucs émissaires.

Climat de peur

En 1970, nous, les anglophones, avons été informés que Castro avait une base secrète dans les Laurentides pour y entraîner des guérilleros du FLQ afin de prendre Montréal. Un homme en uniforme est venu dans mon école le dire aux élèves plus âgés. Ça nous a rassemblés. On faisait confiance aux autorités pour nous protéger. Cette année-là, dans notre chalet familial de Sainte-Adèle, à chaque fois qu’on entendait le son d’un fusil de chasse en provenance de la forêt, mon père murmurait: «Maudits Cubains!»

Une prison est pleine de gens qui rassemblent les communautés ensemble. La peur devient capitale: les politiciens se questionnent pour durcir la loi ou l’adoucir. Chacun devient le bouc émissaire de l’autre. Ils blâment les pauvres, les immigrants, les femmes voilées, les jeunes, l’artiste graffiti qui personnifient tous ce qui va mal au Québec. Les barreaux de la société sont plus larges que ceux de nos prisons.

Les sauveurs

Les psychiatres sont apparus à la télévision en offrant de guérir la société de tous ses maux. Leur engagement: donnez-nous le pouvoir de garder et de droguer les gens, non pas ceux qui ont commis des crimes, mais ceux que nous soupçonnons de pouvoir en commettre un, un jour. Ainsi, vous serez sauvés.

La peur du jugement

Un de mes amis d’enfance hésite à venir me voir en prison. Il a peur de perdre son emploi, que ses voisins ne lui parlent plus si on en vient à apprendre qu’il est venu me visiter. Il a passé sa vie à aider les pauvres, à promouvoir les droits humains. Je ne le blâme pas d’hésiter. Personne ne comprend mieux le sens de l’exclusion qu’un prisonnier. On sait qui nous sommes. J’ai déjà été un professeur et un écrivain, qui a déjà vécu au sein de la société, à aider, à payer l’hypothèque. Je ne visitais pas de prisonniers quand j’aurais pu le faire. Si quelqu’un que j’avais connu à l’école primaire avait été accusé de meurtre en état d’ébriété dans un bar, j’aurais probablement changé de trottoir en le voyant.

Se défaire du syndrome du bouc émissaire est difficile. C’est dans notre ADN. Mais c’est possible. Les bénévoles de la prison le font. Pensez à ceux qui travaillent avec les itinérants ou les femmes battues ou pour n’importe quelle cause de charité. Il existe des âmes braves qui croient qu’en termes de relations humaines, il peut y avoir de l’attraction sans répulsion.

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Les livres de Colin McGregor

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Condamné à mort

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Sentence et condamnation à vie

Mourir en prison

Luc Blain, âgé de 55 ans et condamné à la prison à vie en 1993 pour meurtre, s’est vu condamné à nouveau. Lors d’un examen des poumons à l’hôpital de Sherbrooke, on lui a rendu un verdict de mort. Un cancer rendu à un stade avancé devenu irréversible. Il lui restait moins de 60 jours à vivre. Le choc.

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

mourir-prison-deces-prisonnier-mort-penitencierDéjà emprisonné, il devait accepter de rendre son dernier soupir entre les murs d’un pénitencier.  Loin de tout ce qu’il chérit, dans un environnement froid et hostile.

Luc se déplace depuis peu en chaise roulante. Il a commencé à fréquenter la chapelle. Je me suis demandé d’où lui venait ce soudain intérêt pour les « bondieuseries».

Diagnostic ou jugement de cour?

Ce changement de comportement a piqué ma curiosité. Je me suis rapproché de lui pour comprendre. Il m’a mis au fait de son diagnostic. Je lui ai demandé de m’accorder une entrevue pour le magazine Reflet de Société.  Il a accepté malgré son état de santé qui ne cesse de péricliter. Depuis l’annonce de cette terrible nouvelle, trente jours sont déjà passés.  Au moment où j’écris ces lignes, il lui reste moins d’un mois à vivre, et lorsque vous lirez ce texte, la mort aura réclamé son dû.

Je voulais savoir, dans une situation semblable, ce qui pouvait se passer danstetoscope-mort-mourir-en-prison-prisonnier-deces-penitenciers sa tête et dans son cœur. Pour son corps, la réponse est déjà écrite.

Rencontre avec Pacha

Engager la conversation avec Luc, alias Pacha, est difficile.  Sa façade extérieure dégage une colère sourde qui bouscule, intimide et effraie. Mais c’était avant… de savoir que toute cette mécanique de défense ne pourrait plus le protéger devant cette implacable fatalité.

Je lui ai décrit un peu mon travail et le genre de lectorat que nous avons. Je trouvais important qu’il laisse quelque chose d’autre qu’un numéro de dossier derrière lui.  Je l’ai averti que ce texte devait obtenir l’approbation de mon rédacteur et du comité de rédaction.

Il sait que cet article ne sera publié qu’après sa mort. Il a accepté. Assis sur le coin de mon lit, il m’a indiqué sa seule exigence: envoyer une revue à son frère pour qu’il  la remette à sa fille unique.  Son premier legs s’adresse à sa fille: malgré ses absences durant son incarcération, il n’a jamais cessé de l’aimer de tout son cœur.

Quelques questions m’ont paru importantes à lui poser mais j’ai respecté au mieux la manière et le langage utilisés.

Les actes du passé

sexualite-prison-sexe-prisonnier-pénitencierLuc est souvent revenu sur les regrets de ses actes passés. Plus particulièrement sur le meurtre commis. La victime, vendeur de drogue comme lui, le terrorisait à tel point qu’il en a perdu sa capacité de raisonner; une bagarre qui a dégénéré en meurtre. «C’était lui ou moi.» La réponse s’est exprimée à travers son instinct de survie. Vous pouvez le juger mais pas le condamner, car c’est déjà fait.

J’ai manqué ma vie. Un constat d’échec: j’ai tout manqué. J’espère que ma fille ne fasse pas des choix pour se faire accepter par les autres. Qu’elle mène une bonne vie, qu’elle trouve sa propre voie. Je n’ai jamais cessé de l’aimer de tout cœur.

J’espère que les toxicomanes arrêtent tout de suite avant qu’il ne soit trop tard, qu’ils suivent une cure. J’aimerais dire aux jeunes de ne pas toucher à ça, ils vont rater leur vie. Restez vous-mêmes, restez normal.

Mourir en prison

J’ose lui demander s’il va mourir en prison. Pacha change rapidement d’attitude, il essaie de se convaincre qu’il sera libéré pour cause humanitaire. La réalité est que plusieurs meurent en prison sans obtenir de libération. Je le lui rappelle avec maladresse. L’administration d’un pénitencier transige avec un ordinateur et non avec un cœur. Je vois très bien dans ses yeux qu’il voudrait être ailleurs. Je ne sais pas quoi répondre…

Exténué, Pacha est reparti dans sa cellule pour se reposer. Le temps passe si vite quand il en reste si peu.

Pacha est décédé au milieu d’août 2011. Un reportage que je n’aurais pas pu mettre à terme. Je voulais tout de même prendre ce court instant pour souligner son départ et permettre de lancer son message d’amour à sa fille unique.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Les livres de Colin McGregor

Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

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Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

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quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

social-eyes-web Magazine The Social Eyes

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Prisons et suicides, rêves ou réalité?

Rêves et suicides dans les prisons

Colin McGregor, prison de Cowansville Prison, Criminalité, Suicide

chronique-de-prisonniers-penitencier-tole-bagne-prison Je me réveille étourdi et désorienté. Je retourne mon oreiller du côté où il est encore frais et sec et je réfléchis. Il y a quelques secondes, je déambulais la rue Sherbrooke par une journée ensoleillée et je bouquinais dans les magasins de livres usagés. Mais plus maintenant. La réalité me rattrape. Mes yeux doivent s’habituer à la faible lumière, je distingue les petits sillons qui parcourent les blocs de ciments peints du mur de ma cellule. Je suis toujours en prison.

Le rêve

Les rêves de prisonniers peuvent être décevants. Ils existent dans une réalité au-delà des murs gris et ternes qui nous gardent captifs. Le monde des rêves est attrayant et séduisant. Lorsque je dors, mon esprit voyage ailleurs. Les rêves me ramènent ceux que j’aime et que j’ai aimés. Les univers de mes rêves n’ont pas de limite, j’ai la capacité de réparer mes tords, au contraire de maintenant. La prison vous isole non seulement des victimes réelles ou potentielles de crimes, mais aussi de vos amis. Partout où je vais, je porte, tel un boulet, mes regrets et ma mélancolie.

Le suicide

Dans ces brefs moments de répit, est-il normal de se demander si le suicide me transporterait, pour de bon, dans le monde sans douleur des rêves? Est-ce qu’en me dépouillant de mon enveloppe humaine, je serais transporté dans un monde meilleur? C’est une solution que plusieurs choisissent.

Un détenu âgé, qui n’avait plus beaucoup de temps à purger en prison, se plaignait pendant des mois de ses douleurs physiques. Mais lorsqu’il visitait l’infirmerie, il était souvent congédié par les autorités médicales. Les autres prisonniers, qui avaient d’abord tenté de l’aider, ont fini par le rejeter: ses lamentations étaient devenues chroniques et répétées. Il s’est mis à dormir sur le plancher de sa cellule pour tenter de calmer son agonie. Je me suis habitué à le croiser, alors qu’il traînait son corps le long des corridors de la prison. Occasionnellement, il me jetait un regard vif et allumé.

C’était dans l’après-midi. Un lundi où il faisait gris. Les sirènes d’urgence ont retenti. J’ai rangé mes outils dans la fabrique de la prison où je travaille et j’ai battu en retraite dans ma cellule. Lorsqu’on nous a finalement laissé sortir, l’on a appris que le vieil homme était délivré de ses douleurs.

La culpabilité

Cette soirée-là, plusieurs prisonniers se sont assis en cercle dans la chapelle de la prison. Nous étions vingt détenus, un bénévole et un aumônier. Le religieux nous a invité à discuter de ce que nous ressentions. Un détenu avait vu, trop tard, le corps du vieillard qui se balançait dans sa cellule. Plusieurs hommes ont exprimé un vague sentiment de culpabilité. J’étais parmi eux. Aurait-on pu faire quelque chose de plus pour l’aider?

L’un des participants, qui était visiblement informé du fait que le vieil homme souffrait de problèmes psychologiques sévères plutôt que de douleurs physiques, a livré un plaidoyer enflammé, dans lequel il a réclamé de meilleurs soins psychiatriques pour les détenus. Ensemble, nous avons prié.

Plusieurs semaines après le suicide, un psychiatre spécialisé dans les affaires criminelles a fait une apparition aux nouvelles. Le sujet: comment gérer certains criminels? À travers ses lunettes rondes et métalliques et en fixant la caméra de ses yeux de poisson, il a déclaré sans détour que tous les détenus devraient être médicamentés selon le diagnostique rendu par le psychiatre de l’établissement carcéral – comme lui-même -, et si le besoin est, de les castrer chimiquement.

«Et qu’arrive-t-il si les prisonniers refusent la médication?», lui a-t-on demandé. Un sourire s’est dessiné sur son visage. «Hé bien, a-t-il répondu, ils ne devraient jamais être libérés». Ils peuvent croupir dans leur cellule et méditer sur les douleurs qu’ils ont causés à leurs victimes. Le psychiatre a laissé entendre qu’il espérait que ces détenus récalcitrants finiraient par s’enlever la vie. Le spécialiste a gentiment été remercié pour avoir partagé son opinion avec le public.

Rêves ou réalité?

Est-ce la vie qui est illusoire ou est-ce que ce sont les rêves qui sont réels? Les philosophes et les différentes religions débattent de cette question depuis des centaines d’années. Moi, c’est le livre de Raymond Moody qui me permet de rester sur cette planète. Cet urgentologue a été le premier à évoquer que les patients qui vivent l’expérience de la mort clinique et qui sont ensuite ramenés à la vie rapportent des expériences essentiellement similaires, racontant les mêmes séquences, et ce, peu importe leur sexe, leur âge ou leur religion.

Les témoignages rapportés par des suicidaires qui ont ressuscité sont tous uniformément horribles. Ils ne quittent pas pour de meilleurs cieux. Leurs blessures et leurs douleurs psychologiques les suivent dans l’au-delà. Ils seront confrontés aux mêmes problèmes pour l’éternité. Conséquemment, lorsqu’ils sont ramenés à la vie, explique le docteur Moody, ils choisissent plutôt de rester vivants plutôt que de revivre ce cauchemar.

Pendant cinq ans, le blocage à la vésicule biliaire dont je souffrais était diagnostiqué par les autorités carcérales comme une maladie mentale, une douleur que je feignais. Je me suis accroché à la vie comme une sangsue sur un nageur qui plonge dans un lac glacé des Laurentides. Je serrais la mâchoire à chaque attaque de douleur: j’ai écrit des lettres et je me suis plains jusqu’au moment où un chirurgien célèbre passe me voir. Une opération plus tard, j’étais libéré de ma douleur.

Je ne suis pas à la veille d’être libéré. Si tu meurs ici, m’a dit un psychologue de la prison, personne ne versera de larmes. Mais il y a la lecture, l’écriture, le sport et la télévision, des correspondants, la lumière du jour et les quelques rares visiteurs. Il y a même la possibilité, peut-être un jour, de réparer mes tords. J’ai tendance à penser que le monde est un rêve qui représente tout ce que nous avons. Et nous trouvons toujours une raison de vivre.

suicide suicidaire prévention intervention Ressources pour prévenir le Suicide:

Pour le Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.

La France: Infosuicide 01 45 39 40 00. SOS Suicide: 0 825 120 364   SOS Amitié: 0 820 066 056

La Belgique: Centre de prévention du suicide 0800 32 123.

La Suisse: Stop Suicide

Textes de prévention pour le suicide. Nous autorisons la publication et les photocopies de ces textes pour un usage non pécuniaire à condition d’en mentionner la source. Pour une publication sur un site Internet ou un blogue, nous demandons d’en mentionner la source et d’en faire un lien sur le texte original. Pour les enseignants ou les intervenants, si l’un des textes peut vous être utile pour sensibiliser les gens avec qui vous intervenez, n’hésitez pas à les photocopier et les distribuer.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

Autres textes sur le Suicide:

Survivre, un organisme d’intervention et de veille en prévention du suicide et en promotion de la Santé mentale. Pour faire un don. Reçu de charité pour vos impôts.

Merci de votre soutien.

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