Enfants soldats: les anges de la guerre

Enfants soldats au Sri Lanka

Les anges de la guerre

Au Sri Lanka, le Jardin de la paix soigne par le jeu et les rituels les enfants traumatisés par la guerre et les catastrophes naturelles.

Patrick Alleyn Dossiers Enfants-soldats, International

(Batticaloa, Sri Lanka) — Le petit de 5 ans raconte son histoire, avec toute sa colère. «Mon oncle tenait ma main et celle de ma maman, mais il l’a lâchée. Je l’ai vue emportée par la mer.» Depuis, il affirme détester son oncle et refuse de dire ses prières.

Le révérend Paul a emmené l’enfant au nid des coucous, dans la maison-chariot, après le pont-serpent. «Je suis le papa coucou», lui dit le Père Paul. Le nid des coucous est le lieu des confidences. Le thérapeute du Jardin de la paix y soigne par le jeu et le rituel le petit garçon traumatisé par le tsunami qui a ravagé son village le 26 décembre 2004.

«Le Jardin de la paix (Butterfly Peace Garden) accompagne les enfants affectés par la guerre, mais nous y avons intégré des enfants du tsunami», rapporte Paul Hogan, un peintre torontois, qui a créé ce projet avec le psychologue Paul Satkunanayagam, un père jésuite tamoul, et dix jeunes militants pacifistes. L’Agence canadienne de développement international (ACDI) a aidé à mettre sur pied le Jardin. L’Entraide universitaire mondiale du Canada leur a fourni plus tard un autobus.

«Plusieurs ont vu leurs parents emportés par la vague», rajoute-t-il. Sur les côtes du Sri Lanka, le raz-de-marée géant a fait 31 000 morts et 500 000 sans-abri.

Le Jardin de la paix

Aujourd’hui, dans le verger où est installé le Jardin de la paix, 50 enfants se ruent dans une montagne de costumes. Ils réapparaissent en lions ou en coucous; l’un en moine bouddhiste, l’autre en karaté kid à longues moustaches; là-bas, une petite fille est magnifique avec ses ailes de papillon roses. Certains jouent avec Samathanam, un pélican devenu le «gourou» du Jardin. Durant neuf mois, ces enfants s’amuseront dans un grand bateau de bois, bricoleront, prendront soin des animaux, feront de la peinture et des contes. Les animateurs sont formés pour se laisser guider par l’imaginaire des enfants et non pour gérer un programme d’activités. Une fois la confiance des enfants gagnée, les animateurs dialogueront seuls à seuls avec les plus troublés d’entre eux.

Depuis dix ans, l’autobus du Jardin de la paix parcourt les zones de conflit dans l’est du Sri Lanka. Il recueille les enfants éprouvés par une guerre civile de 20 ans entre les Tigres tamouls, qui luttent pour l’indépendance de la minorité tamoule du nord-est, et les forces gouvernementales de la majorité cinghalaise. Le Jardin accueille des petits provenant des villages où la violence éclate entre Tamouls et Musulmans. Le Jardin veut favoriser la réconciliation entre les communautés du Sri Lanka.

La guérison dans les camps

«En ce moment, la majorité des gens de la région de Batticaloa vivent dans des camps. Aux réfugiés de la guerre s’ajoutent ceux du tsunami», observe Shantiepan Sivarajah, un jeune pacifiste engagé depuis les premiers pas du Jardin.

Au camp de Thiraimadu, un millier de familles vivent sur un vaste terrain sans arbres, dans des abris de tôle ondulée, et rôtissent au soleil, un an après le tsunami. Shantiepan y supervise l’installation du Studio des contes du singe. Inspiré du Jardin, il viendra en aide aux enfants perturbés par le tsunami, directement dans le camp.

«Après dix ans, j’ai envie de retourner à la pêche, à la vie sur la mer, avoue Shantiepan. C’est un travail douloureux.» Sa conjointe, Mary Heather, coordonnatrice d’une ONG canadienne à Batticaloa, l’a plutôt convaincu de venir vivre au Canada, pour éventuellement y développer d’autres jardins de la paix ailleurs dans le monde.

Avec le temps, les enfants du Jardin deviennent eux-mêmes des «agents de guérison» pour toute la communauté — parents, professeurs, leaders religieux, soldats —, croit le père Paul. «Nous organisons des défilés de paix dans la ville, dit-il. Devant les campements militaires, les enfants collent leurs créations artistiques aux fenêtres de l’autobus — fleurs de papier multicolores, bannières, etc. Certains des soldats acceptent ce cadeau de paix et leur répondent en agitant la main. Ils sont touchés au cœur.»

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