Apprendre à vivre avec un handicap

 Amputation et réhabilitation

Un handicap… Quel handicap?

Se faire amputer une jambe: le prélude d’une vie ennuyante de dépendance? Pour Guillaume Thériault, de Québec, c’est plutôt l’inverse. Escalade, hockey sur glace, snowboard… Rien n’est à l’épreuve de ce jeune homme qui s’est fait faucher le pied droit lorsqu’il était encore enfant. Reflet de Société l’a rencontré.

Gabriel Alexandre Gosselin   Dossier Santé, Famille, Éducation, Handicap

handicap-amputation-jambe-guillaume-theriault À 6 ans, Guillaume vit dans un appartement, entouré de sa famille. De temps en temps, il tond la pelouse avec le propriétaire de leur logement. L’enfant ramasse aussi les bouteilles vides du coin pour empocher quelques sous.

Alors qu’il est assis sur le tracteur avec le proprio, comme à son habitude, une dame du quartier lui apporte des bouteilles à consigner. Emballé par le présent, il descend rapidement du tracteur et glisse sur le marchepied. Son pied est aspiré par les lames tranchantes. Le mal est fait. Après une tentative des médecins pour lui sauver le pied, les parents de Guillaume se rendent à l’évidence: leur fils aîné doit se faire amputer la jambe droite.

Une enfance comme les autres

Lorsque ce grand gaillard de 21 ans raconte l’événement, il n’évoque ni la douleur ressentie au moment où son pied est déchiqueté, ni la tristesse d’avoir perdu sa jambe. Rieur, Guillaume se souvient plutôt de sa naïveté. «Le lendemain de l’accident, j’étais aux anges parce qu’à l’hôpital, ils avaient Canal Famille, un poste de télévision pour enfants que je n’avais pas à la maison.» Après la délicate opération, sa première réaction est étonnante: «Elle n’est pas si courte que ça ma jambe!»

Petit, ses proches le surnomment «le singe» à cause de son esprit farceur et de la bougeotte qui l’anime. L’enfant turbulent reprend ses habitudes très vite après l’opération. Béquilles sur le guidon, il enfourche son vélo et pédale avec sa seule jambe. À Noël, il déconcerte sa famille qui s’attend à retrouver un enfant traumatisé et abattu. La surprise est générale quand Guillaume s’amuse à montrer son moignon en le déposant sur la table. Un an plus tard, on lui installe une jambe artificielle. Il n’en faut pas plus pour que le garçon rechausse ses patins et saute sans hésiter sur les glaces extérieures de sa municipalité, bâton de hockey à la main.

Parents d’un amputé

handicap-amputation-membre-artificiel-prothese-réadaptation Pour Suzanne, la mère de Guillaume, ce n’est pas l’accident qui a été le pire, mais l’amputation: «En tant que parents, on se demandait comment on allait faire pour qu’il ne se sente pas trop mal.» C’est avec une attitude forte, mais non sans tourments intérieurs, que les parents soutiennent leur fils. Le médecin soupçonne même Suzanne de ne pas être assez émotive. Ce à quoi elle répond sans hésiter: «Il faut passer au travers, docteur. Ça ne servirait à rien de brailler devant lui. Ça ne veut pas dire pour autant que je ne pleure pas le soir, quand je rentre à la maison.»

Pendant sa réhabilitation, Guillaume connaît ses premières frustrations. Au centre de réadaptation, apprendre à marcher avec une prothèse est un défi de taille pour le gamin. C’est son père qui le soutient lorsqu’il se décourage et est prêt à tout abandonner. Pour détourner l’attention de Guillaume, Jacques engage une longue conversation avec son fils, tout en lui faisant monter et descendre des marches. Captivé, Guillaume en oublie ses difficultés et discute avec son père sans geindre un seul instant.

Quand les parents parlent de leur fils, on sent la fierté éprouvée envers celui qui a su s’en tirer sans complexe psychologique ni physique. Ceux-ci ont largement pris part à la réhabilitation de leur fils et à l’acceptation de son membre manquant. Mais lors de l’entrevue, les souvenirs qui surgissent leur permettent de comprendre autre chose: grâce à la joie de vivre et au goût du défi de Guillaume, ils ont eux-mêmes traversé les épreuves beaucoup plus facilement.

Apprendre à se surpasser

Guillaume ne se considère pas comme un handicapé. Intransigeant, il s’emporte lorsqu’il est question de certains de ses semblables: «Je suis dégoûté de voir des gens dans la même situation que moi qui abandonnent avant même d’avoir essayé.» Une mentalité inculquée par ses parents: «On n’a jamais voulu mettre Guillaume dans une « ambiance de handicapé », parce qu’il le serait devenu», affirme tout naturellement sa mère.

Guillaume vit aujourd’hui en appartement et termine ses cours de cégep. Il cumule plusieurs emplois liés aux jeunes et à l’activité physique. L’été, sa passion pour le plein air le transporte dans un camp de vacances où il anime des groupes d’enfants et d’ados. Guillaume pratique tous les sports qui lui plaisent, jambe en moins ou pas: hockey sur glace, snowboard, canot, kayak, escalade, etc.

Les gens qui côtoient Guillaume pour la première fois prennent parfois des jours, voire des semaines à se rendre compte qu’il lui manque une jambe. Il se fait plutôt remarquer par son entrain et par les prouesses qu’il accomplit. Mais lorsque le sujet arrive sur la table, Guillaume désamorce rapidement le malaise autour de son amputation. Grand farceur, il adore jouer des tours avec son membre artificiel. Plusieurs fois, il a scénarisé des accidents où sa jambe se détache d’un coup et fait paniquer ceux qui ne sont pas au courant. Cet humour, que certains perçoivent comme déplacé, Guillaume l’utilise pour libérer le tabou autour de son handicap: «Maintenant, je me rends compte que ma jambe manquante me définit. J’ai grandi avec ça, et je ne l’ai jamais caché», conclut-il, songeur.

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La prison n’est pas un camp de vacances

La prison n’est pas un camp de vacances

François Richard          Dossier Journal de Montréal

Une lettre signée par un détenu anonyme a été publié dans Le Journal de Montréal le 6 mars dernier. Dans cette  «confession», l’auteur affirme avoir accès en prison à des services de santé et des installations de loisir d’une qualité qu’une grande partie de la population n’est pas en mesure de se permettre. Il compare même son incarcération à un camp de vacances et affirme que, dans ces circonstances, la peine infligée n’a aucun effet dissuasif sur lui.

La lettre a fait réagir plusieurs lecteurs du Journal de Montréal, indignés des propos de l’auteur ou en désaccord avec lui. Jean-Pierre Bellemare, détenu de la prison de Cowansville qui signe la Chronique du prisonnier dans le magazine Reflet de Société, a souhaité lui aussi répondre à l’auteur de ce texte.

Un prisonnier répond

Je m’appelle Jean-Pierre Bellemare. Je suis prisonnier depuis plus de 22 ans et chroniqueur au magazine Reflet de Société depuis deux ans. Des codétenus, surpris par la confession d’un prisonnier anonyme publiée dans Le Journal de Montréal, m’ont demandé mon opinion.

J’apporte d’abord une correction à ce qui a été décrit dans la «confession». Effectivement, les détenus ont accès aux services décrits. Ce qui n’est pas dit, c’est que tous ceux travaillant en milieu carcéral aussi, qu’il s’agisse de l’équipement sportif, du terrain de tennis, de l’hôpital, etc. Et vous pouvez me croire, lorsqu’un achat d’équipement est fait, ce n’est pas pour satisfaire les caprices des détenus. Notre pouvoir décisionnel est nul.

Pauvreté et mort en prison

De plus, le salaire des détenus est le même depuis plus de 20 ans et cela malgré la fait que les prix aient augmenté et qu’une bonne partie de la population carcérale paie des frais d’hébergement à même son salaire. Si les détenus ont accès à certaines commodités, elles doivent toujours être approuvées par un comité de gestionnaires et de citoyens.

En dernier lieu, plusieurs détenus passeront leur vie entière en prison et y mourront. La comparaison avec les camps de vacances est donc faible puisque l’on paie pour y aller, alors que la prison, on paierait cher pour ne pas y aller.

Regrets pour les victimes de crime

Je veux profiter de la publication de ce texte pour présenter mes regrets, ainsi que ceux de plusieurs de mes codétenus, aux victimes de nos actes. C’est le maximum que nous puissions faire pour l’instant. En terminant, je souhaite rappeler qu’il n’y a pas plus de prisons sur terre que nous pouvons en trouver en nous et que la liberté reste le pouvoir de choisir ses barreaux.

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