L’alcool et le tabac font plus de victimes que les drogues illicites

L’alcool et le tabac sont les substances les plus consommées dans le monde et celles qui font le plus de dégâts sur la santé humaine. C’est le constat révélé par le dernier rapport sur l’usage des drogues licites et illicites paru dans la revue Addiction.

Un texte de Alexandra Bachot – Dossier Toxicomanie 

Les cas de maladies recensés parmi la population adulte sont d’autant plus élevés pour la consommation excessive d’alcool, avec un taux atteignant 18.3%, suivi par le tabagisme quotidien avec un pourcentage de 15.2%. Les substances illicites telles que le cannabis (3,8 %) et la cocaïne (0,35 %) sont quant à elles reléguées au second plan, loin derrière les drogues licites

Géographiquement, des disparités se dégagent. Alors qu’en Europe centrale, orientale et occidentale la consommation d’alcool par habitant et le tabagisme sont prépondérants, les régions canadiennes et américaines affichent, au contraire, les taux les plus élevés de dépendance au cannabis, aux opioïdes et à la cocaïne.

« Les années de vie ajustées sur l’incapacité », une mesure présentée dans le rapport, correspond au nombre d’années de vie en bonne santé perdues à cause d’une maladie, d’un handicap ou d’une mort précoce. Au niveau des dégâts sur la santé humaine, les chiffres sont sans appel : 170,9 millions d’années de vie en bonne santé sont perdues à cause du tabac, 85 millions d’années du fait de l’alcool et 27,8 millions d’années en raison des drogues illicites. Pour résumer, en 2015, l’alcool et le tabac ont coûté à la population humaine plus d’un quart de milliard d’années de vie en bonne santé.

La disponibilité et l’acceptabilité culturelle de  l’alcool et du tabac sont des facteurs essentiels qui expliquent la consommation plus importante de ces drogues. « Leur consommation est culturellement considéré comme parfaitement normale dans les pays occidentaux », déclare Robert West, un des auteurs de l’étude.

Par ailleurs, le taux de mortalité attribuable à ces substances est également le plus élevé pour le tabac (110,7 décès pour 100 000 personnes), suivi de l’alcool et des drogues illicites (33,0 et 6,9 décès pour 100 000 personnes, respectivement). Pour le chercheur, « en Occident, nous aimons penser que nous avons des sociétés civilisées, mais des comportements que nous pensons tout à fait normaux tuent beaucoup plus de gens et causent plus de misère que des choses qui nous bouleversent comme le terrorisme ».

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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Covid : des vagues désastreuses pour la santé mentale

Un texte de Isabelle Burgun, Agence Science-Presse, dans le dossier Santé mentale

La deuxième vague ne fait que commencer, mais l’alerte est déjà lancée du côté des impacts psychologiques. Ils devront être traités avec la même vigilance que les impacts physiques des malades hospitalisés.

Les témoignages personnels et les reportages en parlaient depuis des mois, mais des chercheurs viennent de mettre des chiffres sur l’ampleur du problème en mai et juin, à travers huit pays, dont le Canada. Où le taux de dépression majeure aurait avoisiné les 25 %, une hausse de près de 7 %. « C’est énorme et il faudrait pouvoir dépister largement les adultes car nous constatons que les idées suicidaires ont également bondi avec près de 17 % qui affirment qu’ils se verraient mieux morts », s’alarme la médecin-conseil Mélissa Généreux, de la Direction de santé publique de l’Estrie / INSPQ. « C’est bien plus élevé que ce à quoi on s’attendait. »

L’étude qu’elle mène avec d’autres collègues vise à étudier les réactions psychologiques et comportementales à la pandémie dans ces huit pays — dont l’Angleterre et les États-Unis. L’enquête, à laquelle ont participé plus de 8800 personnes, dont 1500 Canadiens, s’intéresse aussi à l’incidence des nouvelles transmises par les médias traditionnels et les médias sociaux, parmi les autres facteurs de stress et de protection.

Une pandémie vient évidemment avec son lot de facteurs de stress. La menace pour le monde perçue comme élevée, l’auto-isolement ou la quarantaine, sans parler des pertes financières sont en tête des facteurs mentionnés par les participants. Pour y faire face, les Canadiens ont développé différentes stratégies, comme une activité physique élevée (64,3 % des répondants), une consommation d’alcool chez une personne sur trois (36,6 %), mais aussi la consommation de cannabis (15,6 %), plus élevée qu’ailleurs.

Pour l’ensemble du Canada, cela représente un taux de 19,6 % pour les troubles d’anxiété généralisée parmi les personnes interrogées et 19,2 % du côté du stress post-traumatique. C’est plus fort en Ontario : 23,4 % de troubles anxieux et 26,2 % de dépressions majeures.

Cette recherche entame sa seconde phase et les résultats complets seront publiés alors que le Québec sera peut-être au milieu ou à la fin de la 2e vague.

C’est aux États-Unis que la flambée des impacts fait le plus mal avec plus de 31 % d’anxiété et 31,6 % de dépressions majeures — une hausse estimée de 6,9 % par rapport à une étude américaine comparable, en 2011.

« Les États-Unis ont un président qui contredit les experts de la santé publique. C’est le pays qui va le moins bien du côté de l’anxiété et de la dépression majeure », note Mélissa Généreux.

L’étude pilote, dont les résultats avaient été publiés au printemps, avait déjà montré que les Québécois étaient légèrement moins susceptibles de souffrir d’anxiété et de stress post-traumatique liés à la pandémie que les Canadiens : un Québécois sur six contre un Canadien sur 4.

Si les Québécois sont moins anxieux — alors que c’est la province où l’on dénombre le plus de cas — ce serait en raison d’une plus faible exposition aux fausses nouvelles et théories du complot que le reste du Canada. Les chercheurs constatent également un plus haut niveau de confiance envers les autorités.

Cohérence et résilience

Traverser ce type d’épreuve de manière positive serait une opportunité, comme individu ou comme communauté : ça aide à développer un « sentiment de cohérence ». Il s’agit de la capacité à donner du sens aux événements et qui permet d’envisager des solutions pour sortir de la crise : elle serait le facteur majeur pour passer au travers des impacts psychosociaux. Ceux qui en sont dotés seraient trois fois moins susceptibles de présenter des troubles psychologiques.

« La perception qu’on a de l’événement et des risques va nous permettre de l’appréhender et de mobiliser des ressources et là, ce sont généralement les personnes plus âgées, avec plus d’expérience de vie, qui s’en sortent mieux », explique la chercheuse.

Pour un quart de la population, cela reste néanmoins une épreuve difficile à passer, qui pourrait avoir des impacts à long terme sur la santé mentale. C’est pourquoi il faut leur offrir du soutien, mais également créer des environnements favorables au bien-être de tous, en tenant compte notamment des inégalités sociales.

Pour stimuler la résilience communautaire, les autorités locales de santé publique peuvent prendre des actions identifiées par la recherche : favoriser une information juste et positive, susciter la participation, l’engagement citoyen et communautaire et encore, répondre aux besoins psychosociaux des membres de la communauté.

Mélissa Généreux a beaucoup appris de la tragédie de Lac-Mégantic sur l’importance et la manière de renforcer la résilience communautaire à la suite d’une catastrophe. « On voit beaucoup de colère et d’opposition en ce moment sur les réseaux sociaux. Ce dont on a besoin c’est de faire sens avec cette nouvelle réalité, de prendre soin des autres, de ses proches, et de soi. C’est le temps de se connecter, de penser au collectif et de se questionner : comment favoriser, par exemple, un réaménagement de l’espace public de manière sécuritaire et inclusive ».

Une initiative de Grande-Bretagne va dans ce sens avec la promotion des « prescriptions sociales » (social prescribing), des activités culturelles et sportives (chant, art, soccer, etc.), toutes financées par le gouvernement et utiles dans la lutte aux impacts psychosociaux de la pandémie.

Aller à la rencontre du monde

Depuis juin, un projet d’intervention psychosociale du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec propose des intervenants qui vont à la rencontre du grand public au sein de différentes municipalités de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Cette nouvelle approche vise à prendre le pouls psychologique de la population de ce large territoire.

« Nous donnons de l’information sanitaire et nous répondons aux questions tout en adoptant une approche ouverte pour cerner comment vont les personnes rencontrées, de la jeune maman à la personne âgée. Et même l’agriculteur, avec nos travailleurs de rang », explique Jovany Raymond, responsable du projet d’intervenants psychosociaux au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

Pour les plus vulnérables et ceux très isolés, les intervenants offrent une écoute et des références, en plus d’établir un suivi psychologique rapide. Avec les problèmes d’emplois et financiers, mais aussi avec l’isolement social, de nombreuses personnes vivent une augmentation d’anxiété et une diminution de leur bien-être émotionnel, et cela pendant une longue période.

Ce projet, qui se poursuivra jusqu’en mars 2021, vise à améliorer la résilience communautaire, selon l’équipe du CIUSSS. « Le moral des gens remonte avec le déconfinement, le retour à l’école et au travail. Les gens réalisent qu’on va s’en sortir. Et nous espérons aussi une contamination positive de la population pour faire face à la désinformation que l’on peut lire sur les médias sociaux », rappelle M Raymond.

À la lecture des premiers résultats de l’étude du Pr Généreux, et de ses collègues, il note que cela apporte des pistes intéressantes « pour bonifier notre approche communautaire, mais aussi évaluer si nous allons dans le bon sens, comme pour la lutte à la désinformation ».

Car il importe de bien informer les gens pour qu’ils puissent avoir des ressources pour contrer cette épidémie de fausses nouvelles et également avoir accès au bon service pour traverser la crise sanitaire et ses conséquences. « Il ne faut pas hésiter à consulter, les services sont là et les thérapies, disponibles. Ce sont jusqu’aux entreprises qui peuvent faire appel à ce service. Et nous allons continuer à ajuster nos pratiques selon les données probantes des études et surtout, les besoins de notre population », insiste Jovany Raymond.

Vous n’allez pas bien ? N’hésitez pas à rejoindre le service Info-Social en composant le 811.

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Lien vers l’article original : https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2020/10/02/covid-vagues-desastreuses-pour-sante-mentale

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Ressources sur le suicide

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
  • Canada: Service de prévention du suicide du Canada 833-456-4566
  • France Infosuicide 01 45 39 40 00 SOS Suicide: 0 825 120 364 SOS Amitié: 0 820 066 056
  • BelgiqueCentre de prévention du suicide 0800 32 123.
  • Suisse: Stop Suicide
  • Portugal: (+351) 225 50 60 70

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

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Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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Survivre, un organisme d’intervention et de veuille en prévention du suicide et en promotion de la Santé mentale. Pour faire un don. Reçu de charité pour vos impôts. Merci de votre soutien.

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Rester pour les sauver

«Dans le milieu, la plupart des gens se sauvent quand il y a une overdose, parce qu’ils ont des casiers judiciaires, des mandats d’arrestation, vendent de la drogue ou en ont sur eux», explique Julie (nom fictif), une ex-toxicomane dans la mi-trentaine. La loi sur les bons samaritains pourrait donc convaincre les toxicomanes de sauver leurs camarades.

Un texte de Mélina Soucy – Dossier Toxicomanie

Pendant les neuf années qu’elle a consommé, Julie ne s’est jamais enfuie lorsque les gens étaient en surdosage. Il y a cependant deux histoires qui l’ont marquée plus que les autres.

«La première histoire s’est déroulée au début de ma consommation de drogues. C’était la veille de Noël. Y’a un gars dans son char qui m’a abordée. Il cherchait du crack. On était une p’tite gang, on a embarqué avec lui et on est allés en chercher. Le gars me montrait les photos de ses deux p’tites filles, pendant qu’on était avec le vendeur».

Puis, ça a dérapé

«La crise est arrivée dans son char. Les autres toxicomanes ont eu peur. Ils ont poussé le gars en dehors de son char. Ils lui ont tout volé: sa voiture, ses clés, son portefeuille. J’suis restée avec le père de famille. C’était un toxicomane occasionnel, mais là ça faisait 2 jours qu’il était là-dessus».

Il y avait un homme en overdose sur le sol. Les gens l’ignoraient et faisaient comme si de rien n’était. Ç’a pas de sens de laisser quelqu’un dans cet état-là!

«J’ai appelé le 911 pour la première fois. Je me suis fait arrêter, car je n’étais pas allée comparaître pour un autre délit. Quand ils t’arrêtent, ils te fouillent. J’avais de la dope sur moi encore. Je leur ai dit avant qu’ils commencent à me fouiller. Ça sert à rien de mentir, ils vont la trouver». Cette fois-là, la police a emmené Julie au poste pour s’assurer qu’elle comparaisse. Elle est passée devant un juge et a reçu une libération sous caution.

«La deuxième fois date de la fin de ma consommation. À l’époque je consommais de l’héroïne, du fentanyl, du cannabis, bref, j’ai pas mal tout essayé. J’étais dans un crackhouse. Tout le monde était intoxiqué et n’était pas en mesure de réagir à une éventuelle crise. Il y avait un homme en overdose sur le sol. Les gens l’ignoraient et faisaient comme si de rien n’était. Ç’a pas de sens de laisser quelqu’un dans cet état-là! Il y avait une caserne de pompiers pas loin, donc j’ai couru jusque là-bas pour chercher de l’aide», raconte la trentenaire.

Après avoir placé le toxicomane en crise sur une civière, les policiers ont arrêté Julie. «J’avais encore de la dope sur moi, mais je pouvais pas le laisser de même», affirme-t-elle. Après avoir été amenée au poste, Julie a passé en cour. Le juge lui a donné une libération sous caution, encore une fois.

Aujourd’hui, Julie vit avec son chum et un autre coloc. Elle a arrêté les drogues dures depuis 1 an et demi et est retournée aux études. Après avoir réussi son équivalence de secondaire 5, elle veut étudier pour devenir travailleuse de rue pour aider ses pairs à s’en sortir.

Julie ne croit cependant pas que la loi qui protège les toxicomanes contre certains délits fera une différence pour l’instant, puisque personne ne sait qu’elle est en vigueur.

«Il va falloir que les organismes et les travailleurs de rue informent les toxicomanes pour prévenir les morts. La loi ne sera pas utile sinon», croit Julie.

Loi sur les bons samaritains

Cette loi donne l’immunité aux personnes qui appellent le 911 pour aider quelqu’un en état de surdosage. Elle donne une protection juridique contre plusieurs délits, dont les possessions simples. Grâce à cette loi, si une personne a de la drogue sur elle et qu’elle appelle les secours, la police ne peut pas l’arrêter. Cette protection juridique s’applique aussi si vous êtes en libération conditionnelle ou en probation en lien avec la possession de drogue.

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Légalisation de la Marijuana. Prenez position!

Prenez la parole et faites-vous entendre

Doit-on légaliser la marijuana?

Raymond Viger | Dossier Drogue

drogue cannabis marijuana légalisationMercredi, 24 août au Bistro le Ste-Cath (4264 Ste-Catherine est). Soirée de réflexions pour entendre vos opinions concernant la légalisation de la marijuana.

Sylvain Masse du Café Graffiti déposera un mémoire le 29 août, date de fin des consultations publiques qui avaient débuté le 30 juin dernier par le gouvernement fédéral.

La soirée débute à 18h00 pour se termines à 20h. Elle sera animée par Sylvain Masse. Soyez du nombre si vous voulez que votre opinion se rende jusqu’aux décideurs dans ce dossier dont on parle depuis fort longtemps.

Informations et réservations, Sylvain Masse au (514) 259-4926.

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Liberté… Un sourire intérieur

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Un livre de poésie de 128 pages. Liberté politique, liberté journalistique, liberté émotionnelle… Toutes les couleurs de la liberté, individuelle et collective. Une belle suite pour mon premier livre de poésie, Après la pluie… Le beau temps. Parce qu’après la crise… on peut trouver la liberté… sa liberté.

Liberté… Un sourire intérieur. Une façon de souligner les 5 000 exemplaires vendus du premier livre Après la pluie… Le beau temps. Même prix que le premier livre publié en 1992 avec le même nombre de pages et écrit avec le même amour: 9,95$.

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Victimes d’actes criminels

Agression sauvage

Le 21 mars 2004, Mathieu a été sauvagement battu dans une ruelle à Montréal. Nez fracturé, yeux pochés qu’il ne pourra ouvrir pendant deux jours, oreilles tailladées par des coups de poignard, ses assaillants l’ont laissé pour mort. Sans savoir comment il s’est déplacé, Mathieu s’est réveillé trois heures plus tard dans un banc de neige de la rue Prince-Arthur. Maculé de sang, mal en point, les passants de cette artère achalandée sont passés à ses côtés en l’ignorant.

Dominic Desmarais | Dossier Criminalité

Après un séjour à l’hôpital, Mathieu s’est rendu compte qu’il peinait à marcher. Un mois après l’agression, son état se détériorant, il doit déménager, incapable de grimper les escaliers le menant à son appartement au 3e étage. Moins de 6 mois plus tard, il doit se résoudre à passer le reste de ses jours en fauteuil roulant. Mathieu a développé la maladie de la sclérose en plaques qui affecte sa motricité. En l’espace de quelques mois, sa vie chavire. Il perd son emploi et la possibilité de subvenir à ses besoins. Encore sous le choc de l’agression dont il a été victime, il doit affronter sa dégénérescence qui le rend handicapé.

Justice à tout prix

Mathieu est amer. Il aimerait bien obtenir justice. Mais il n’a aucune idée de l’identité de ses agresseurs qui ne paieront jamais pour ce crime gratuit. Il en veut à tous ceux qui sont passés près de lui sans broncher, le laissant dans sa mare de sang. Il a été reconnu comme victime d’un acte criminel par l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) qui lui a accordé 17 000$ pour des consultations psychologiques. Il n’a rien obtenu pour son incapacité physique qui le rend invalide à vie.

À ses frais, au coût de 600$, il a produit une expertise médicale pour démontrer que l’agression a causé sa sclérose. «Mes médecins, quatre neurologues, ont dit qu’il y avait une très grande probabilité que l’agression ait causé cette maladie dégénérative. Ils ne voient aucun autre événement dans mon dossier médical.» Devant le tribunal administratif de l’IVAC, l’expertise médicale doit être certaine à 100%. Une exigence impossible à remplir au sujet de la sclérose en plaques, une maladie dont personne ne connaît la source. «Mon cas est incompréhensible. Je déjoue les diagnostics. Après trois heures dans la neige, je devrais être mort. Si j’étais décédé, l’IVAC m’aurait dédommagé.»

La décision de l’IVAC assomme Mathieu. Déjà en choc post-traumatique pour son agression et son handicap, chaque coup dur amplifie son ressentiment et sa colère. Le jeune trentenaire veut réparation, mais n’accumule que des échecs. On le refuse à l’aide juridique, il n’a pas les moyens de s’offrir un avocat. Sans vraiment y croire, il a laissé son dossier au Protecteur du citoyen. «Je veux justice. Je suis vraiment fâché. Je me sens comme une bombe humaine. Je suis endetté, mes cartes de crédit sont remplies.»

Mathieu reçoit 60% du salaire qu’il recevait en 2004 de sa compagnie d’assurance et 300$ par mois de l’IVAC pour ses soins psychologiques. Ses revenus s’élèvent à 19 000$ par année. Le jeune homme sait qu’il ne pourra jamais gagner sa vie. Sa bataille contre l’IVAC, c’est sa survie financière qui est en jeu.

Handicap onéreux

Devenu handicapé, Mathieu s’est rapidement aperçu du coût qu’engendrait son état physique. Il lui fallait un logement adapté. Il énumère quelques exemples de ce dont il a besoin pour sa vie quotidienne. «Pour se brosser les dents, ça prend un lavabo avec de l’espace en dessous pour le fauteuil roulant. Pour la douche, il faut un lève-personne et un banc pour s’asseoir. Ça me prend un lit pour handicapé. C’est super cher!» S’il s’est senti impuissant et ignoré devant le tribunal de l’IVAC qui a refusé de voir un lien entre l’agression et la sclérose, Mathieu n’était pas au bout de ses peines. Comme personne handicapée, il s’est aussi senti démuni devant le ministère de la Santé et le CLSC qui s’occupe de son cas. Avant d’avoir accès à sa douche, Mathieu a dû attendre un an et demi. «Je ne sais pas combien de malades il y a au Québec, mais le gouvernement n’a jamais de budget.»

Mathieu a eu droit à des complications, pour sa douche. Quand son lève-personne est enfin arrivé, il s’est aperçu qu’il n’était pas fait pour lui. «On en a commandé un autre pour moi. Ce n’était toujours pas le bon. Mais là, on me dit que le CLSC est hors budget. Ce n’est pas mon erreur, mais c’est moi qui paie pour. Aïe, j’ai passé 18 mois sans prendre de douche. J’ai tellement crié pour en prendre une!»

Ce genre d’irritants, Mathieu les accumule. «Mon fauteuil roulant est trop petit. Ça fait 5 ans que je l’ai. On m’a dit que j’en aurais un autre. Mais il faut que j’attende 6 mois. Pendant ce temps, c’est moi qui suis pris à l’étroit.» Depuis qu’il est handicapé, Mathieu a l’impression de se battre pour exister. Il se sent comme un miséreux abandonné à son sort qu’on aide par pitié quand il n’y a rien d’autre à faire.

Cette impuissance, il la vit avec son logement adapté. Pendant trois mois, il n’a pu ouvrir la porte qui donne sur son balcon. Personne n’est venu réparer la seule porte de son appartement qui donne vers l’extérieur et qui permettrait de changer l’air chargé de la fumée du cannabis qu’il consomme à longueur de journée. «On m’a dit que la porte n’était plus sous garantie. L’immeuble a été construit par une compagnie qui a fourni le prix le plus bas et le moins bon produit. Il n’y a rien de durable, ici!»

Médicaments coûteux

Comme bien d’autres malades, le coût des médicaments grève son mince budget et fait monter son stress. Son médicament à lui, c’est la marijuana. Sans ce remède, Mathieu serait confiné à se tordre de douleur dans son fauteuil roulant. Il ne consomme pas pour fuir le cauchemar qu’est devenue sa vie. Mathieu fume joint par-dessus joint pour délier ses doigts. Pour lui, tout geste est un effort. De son fauteuil roulant, il égraine son herbe sur un plateau poussiéreux de pollen. Il utilise une rouleuse où il glisse son papier à rouler. Cette simple tâche lui demande un effort et une concentration considérables. Des gestes qu’il répète pourtant plusieurs fois par jour. Pour fumer, il enserre son joint entre des ciseaux, plus faciles à tenir, mais qui l’éteignent plus souvent. Et chaque fois qu’il le rallume avec son briquet, sa main lui fait mal.

Sa consommation lui coûte 15 000$ par année. Le gouvernement lui rembourse 20%, soit 3000$. Avec des revenus de 19 000$, il lui en reste peu pour vivre. L’endettement, pour Mathieu, est un problème omniprésent et les pistes de solution sont nulles.

Pour obtenir ce remboursement de 20%, Mathieu va chercher son cannabis dans des centres de distribution autorisés. Mais les descentes policières dans les centres Compassion, en 2010, l’ont empêché de recevoir cette déduction. «La police a conservé tous les dossiers. C’est injuste. Je pète les plombs, je n’en peux plus.» Mathieu est furieux contre le gouvernement du Québec qui accepte de rembourser une partie de ses dépenses de marijuana tout en fermant les endroits qu’il accepte pour remettre ses déductions.

Mathieu ne sait que faire. «Je n’ai plus de vie, je l’ai perdue dans l’accident. Je suis emprisonné dans ma chaise roulante. Je sens que je vais bientôt mourir. Je ne suis plus capable de rien, plus rien ne bouge. Mes mains, mes jambes, mes pieds: je suis comme un spaghetti. Mon tronc est en train de s’enfoncer. Ça va vite, la maladie.»

L’amour fout le camp

Dans une autre vie, Mathieu était le plus heureux des hommes. Il filait le parfait amour avec une jeune femme avant d’être tabassé sévèrement. Par amour, ils se sont mariés après l’agression. Ils auront une fille. Un enfant conçu comme un don offert à la vie.

Mais la maladie qui affecte Mathieu aura raison de cette vie idyllique. Après 6 ans passés à prendre soin de son époux immobile et démoralisé, sa conjointe le quitte et demande le divorce. Mathieu est dévasté. Il pense mettre fin à ses jours.

«Elle m’a dit qu’elle n’était plus capable. J’étais trop malade: incontinent, dur à laver, incapable de marcher. Pour les raisons du divorce, elle a indiqué que j’étais trop handicapé. Pas qu’elle ne m’aimait plus. Simplement que j’étais trop difficile à vivre.»

Mathieu encaisse le coup difficilement. «Elle a commencé à me faire de la violence physique et psychologique. Elle levait mes jambes bien hautes et les laissait retomber. C’était rendu que j’avais peur d’aller me coucher. Car c’est là qu’elle pétait sa coche. Elle vivait une dépression.» Sa conjointe est débordée. Elle doit s’occuper d’un enfant en bas âge et d’un adulte invalide qui n’est d’aucun secours pour les charges familiales.

L’appartement est dans un état insalubre. En découvrant des couches sales dans le linge à laver, des préposés portent plainte. La conjointe de Mathieu est au bout du rouleau. «Ce n’était pas sa faute. Elle partait travailler à 7 heures et rentrait à 19 heures. Elle devait se lever la nuit pour la petite, elle s’occupait de moi.»

Mathieu est totalement dépendant de sa conjointe. Il est incapable de garder leur enfant, faire à manger, le ménage ou rapporter de l’argent à la maison. Il n’arrive même pas à se laver seul. Il marche constamment sur des œufs pour éviter la catastrophe. Surtout, il veut épargner à sa fille les crises conjugales. Il doit refouler ses plaintes, sa colère, et encaisser les débordements de son épouse.

Le 12 juin 2010, Mathieu dit adieu à sa petite famille et quitte l’appartement de Longueuil. Il comprend la décision de sa conjointe. «Elle m’a donné un bon support. Je ne lui en veux pas, je sais que c’est terminé. Mais mon amour pour ma fille, lui, ne disparaîtra jamais.»

Si Mathieu est rejeté par sa conjointe, il sent la même attitude auprès de ses proches et de sa famille. Mathieu pense être devenu un objet de honte pour sa famille. «C’est comme si on m’en voulait. Comme si c’était moi le criminel. Mes proches sont écœurés de m’entendre me plaindre.»

Traité comme un bébé

Mathieu s’est déniché un loyer dans un immeuble adapté pour personnes handicapées à Montréal. «J’aurais préféré à Longueuil pour être plus près de ma fille mais je n’ai rien trouvé. C’est super dur. Je suis passé à un cheveu d’aller en centre d’hébergement. Là, tu ne décides de rien. Ce n’est pas ta bouffe, tu es lavé deux fois par semaine. Toi, tu prends ta douche à tous les jours? Pourquoi un handicapé ne le pourrait pas?»

Seul dans son appartement, Mathieu ne peut subvenir à ses besoins sans l’aide de préposés qui le lèvent et le couchent à tous les jours. Le jeune homme ne choisit pas l’heure à laquelle il se lève ni quand il va dormir. «Le soir, il vient à 20h30. Même si je voulais me coucher plus tard, je ne pourrais pas. Et le matin, on vient me lever à 8h. Si j’avais envie de faire la grasse matinée, ce serait impossible.» Mathieu a beau être un adulte, il est traité comme un enfant qui ne décide de rien.

Pour prendre sa douche, il a besoin d’aide. «J’ai besoin de la prendre une fois par jour. Je n’ai pas le choix, j’ai un problème d’incontinence majeur. Je me réveille la nuit avec des cauchemars. Dormir, c’est l’enfer. J’ai mal, je tremble, j’ai des spasmes. Et je suis seul.» À chaque jour, Mathieu appréhende le moment d’aller au lit, période d’angoisse extrême pour lui. «Chaque fois que je me couche, je me demande si je vais me réveiller le lendemain. Et quand je me réveille, je me pose toutes sortes de questions. Suis-je encore en vie? Est-ce vrai ce qui m’arrive?»

Un matin, il a attendu la venue de son préposé jusqu’à midi. Il téléphone au CLSC pour y apprendre qu’on l’avait oublié. Quatre heures prisonnier d’un lit, à attendre pour éviter d’avoir l’air de se plaindre. Lorsque le préposé, dépêché à toute vitesse, est débarqué, Mathieu s’est senti intimidé. En se faisant demander comment il allait, d’un ton menaçant, il a répondu qu’il avait envie de se jeter en bas du 3ème étage. Le préposé a appelé au CLSC pour qu’un intervenant s’occupe de ses idées suicidaires. «Comment j’aurais pu me jeter par la fenêtre? Je suis en chaise roulante, j’ai besoin d’aide pour me sortir du lit… » Mathieu en profite pour dire à l’intervenant qu’il trouve le préposé violent. Le préposé l’a mal pris. «Je suis violent moi? Tu vas voir quand je vais te laver», lui aurait-il dit. Mathieu a eu peur. Il s’est senti à la merci d’un homme qu’il ne connaît pas.

Le CLSC lui accorde un préposé pour 6 heures de nettoyage par semaine, incluant le lavage. Il fait coïncider les visites de sa fille avec la présence de ce préposé, incapable d’assurer une supervision parentale minimale.

Mathieu songe à une opération miraculeuse. Au coût de 6800$, la chirurgie qui, croit-il, lui permettrait de retrouver ses sens, est offerte aux États-Unis. Ottawa vient de s’ouvrir à l’idée de financer des essais cliniques. Pour combler un mauvais drainage sanguin au cerveau, les traitements à l’étude débloqueraient des veines à l’aide d’une prothèse vasculaire. Mathieu ne voit aucune autre issue. Il compte sur l’opération pour se rétablir. Il vit d’espoir, c’est tout ce qui lui reste. Et, encore une fois, il ne décide pas de son sort.

Mais il s’accroche en pensant à sa petite fille. «Je pense que je vais m’en sortir, mais c’est long.»

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Après la pluie… Le beau temps

croissance personnelle développement personnel cheminement guide recueilRecueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

Le livre, au coût de 9,95$ est disponible dans toutes bonnes librairies au Québec.

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À la croisée de deux buzz

Toxicomane à 10 ans

Dans son habit de danseur hip-hop, Kenhell, 32 ans, est venu avec sa compagne Nikou, son ange. Après 20 ans de consommation, 16 thérapies et une sacrée dose de persévérance, il voit le bout du tunnel. C’est la musique qui l’a sauvé.

Lucie Barras | Dossier Drogue

drogue toxicomanie thérapie toxicomane junkie sevrage dépendance consommation«J’avais 10 ans lorsque j’ai touché à la drogue pour la première fois. J’ai pris des champignons hallucinogènes avec des amis. J’y ai pris tant de plaisir! Mais, mon premier contact avec la drogue, j’avais 3 ans. Ma mère m’a fait garder par des personnes qui consommaient du cannabis. J’ai cru, ce jour-là, qu’elle m’abandonnait. J’ai arrêté de manger et de dormir. Je suis devenu hyperactif.»

À trois ans, une rage s’empare de Kenhell. En grandissant, il la canalise en jouant de la batterie. Mais ses parents ne veulent pas en entendre parler. Très vite, la musique ne lui suffit plus. À l’entrée dans l’adolescence, il se tourne vers la drogue, pour combler le manque.

Drogues et suicide

«J’ai commencé avec du cannabis. Un ou deux ans plus tard, je suis passé à la cocaïne. Ça a été le coup de foudre. J’y ai trouvé mon calme. La coke apaisait mes angoisses et mon hyperactivité. À cette époque, je réussissais, j’avais ce que je croyais être des amis. J’étais loin d’être conscient de ma dépendance. Comment la drogue aurait-elle pu m’arrêter? En même temps, mes idées suicidaires faisaient leur chemin, tranquillement. Je voulais vivre ma vie à fond, et la terminer à fond.»

«À quinze ans, ma famille tentait d’avoir un peu d’autorité sur moi. Je ne voulais rien écouter. J’ai perdu la tête. J’ai fini en centre d’accueil pour voie de fait contre mes parents et vente de stupéfiants. Puis, on m’a envoyé en centre de thérapie. J’y ai fait une tentative de suicide.»

À sa sortie, Kenhell rencontre le groupe de punk rock Impact. «J’avais une faible estime de moi, ils m’ont donné ma chance. Impact m’a fait comprendre que la musique pouvait devenir un métier et me sauver la vie. Mais entre temps, j’avais remis le nez dans la drogue.

Les mêmes amis m’attendaient à la sortie… Je sentais la pression de mes parents. Ils voulaient que je gagne ma vie. Je ne voyais pas d’autre option que vendre. Le jour de mes 16 ans, je suis allé voir le directeur de mon école pour lui demander à combien s’élevait son salaire. Il gagnait autant que moi avec mon deal. Je lui ai dit adieu.»

Kenhell poursuit ses activités musicales. Il se tourne vers les drogues dures. Le crack et l’héroïne, surtout. «J’ai commencé à fuguer pour éviter mes parents et la police. Je partais pendant des mois. Je revenais seulement pour me laver et manger lorsque tout le monde était au travail. Je dormais à droite, à gauche, dans des squats ou chez des compagnons de trips

Psychose et prison

Un soir, Kenhell voit la police débarquer dans l’immeuble où il se trouve avec des amis. Il a sur lui une grosse quantité de drogues. La police vient pour les autres mais Kenhell ne le sait pas. Pris au piège, il consomme tout, one shot… et fait une psychose.

Il a 20 ans. C’est un choc, pour Kenhell qui perd ses repères, pour ses proches également, qui perdent confiance en lui. «On me croyait fou. Les membres de mes groupes de musique sont devenus suspicieux. Alien Fœtus, pour qui je jouais, m’a fait porter le chapeau d’un vol de guitare qui n’avait en fait jamais été volée, elle a été retrouvée par la suite. J’ai voulu me défendre. J’y ai été un peu trop fort. L’un des membres du groupe a porté plainte. Il m’accusait de cannibalisme pour une morsure. J’ai atterri en prison, pour voie de fait aggravé. La drogue m’avait rendu psychiquement vulnérable. Je n’avais pas la force de comprendre ce qui m’arrivait, encore moins de me défendre. Le juge a réalisé que j’étais intoxiqué, il m’a envoyé en thérapie. J’en étais déjà à ma huitième.»

À sa sortie, Kenhell est sobre. Et seul. Alors qu’il cherche un job, il est engagé comme DJ dans un club de danseuses. Un univers sombre. Il retombe subtilement dans les stupéfiants, la vente de coke, d’ecstasy, de speed ou encore du viagra. «J’étais un bon DJ. On m’a offert plus de travail, un plus gros salaire, et plus de responsabilités. Je n’ai pas supporté cette pression.»

Un pied dans la tombe

Kenhell a 22 ans. Il fait la rencontre du groupe Whisper et commence une double vie, entre les clubs et le groupe. «Jouer avec eux aurait pu me sauver. Mais j’avais déjà un pied dans la tombe. Je ne pouvais plus faire marche arrière.»

Un jour, alors qu’il rentre d’une fugue, il retrouve la maison familiale vendue. Ses parents, endettés, ne pouvaient plus faire tourner leurs 3 commerces. «J’étais déraciné. Je m’étais toujours vu reprendre cette bâtisse plus tard. Je ne suis pas le seul à ne pas l’avoir supporté. En un an, ma famille s’est effondrée. Ma mère est partie.

«Deux loyers et des dettes sont retombés sur mes épaules. J’ai dû vendre le dépanneur familial pour un prix infime. Je me suis retrouvé à la rue. Je travaillais comme aide-cuisinier, dormais sur les terrasses des restaurants que mes patrons avaient la gentillesse de chauffer par grands froids. Ils savaient que j’étais shooté. Mais, je faisais mon boulot. Je travaillais uniquement pour ma consommation de drogue, et ce jusqu’à épuisement.»

Peu après le décès de son père, le chanteur de Whisper et ami de Kenhell meurt subitement. «J’ai pleuré de toutes les larmes de mon corps. Ça m’a désinfecté. C’est comme si après ce chagrin, la drogue ne me satisfaisait plus. La dépression était trop forte.

Je suis allé en thérapie, de mon plein gré cette fois. À reculons, certes, mais je l’avais promis à cet ami. J’espérais y trouver un peu de sécurité aussi. Enfermé, j’ai commencé l’écriture de ce qui allait devenir mon album solo.»

À l’issue de cette thérapie, Kenhell trouve une certaine stabilité. Il continue ses activités de DJ et de vendeur. Plusieurs années passent, il entre comme chanteur dans le groupe de hip-hop Addiktion.

«En deux jours, quatre de mes amis ont perdu la vie dans un accident de voiture. Et mon ami de toujours s’est suicidé. Il était bassiste pour le groupe Arqueslange, comme nos noms de famille: Arbour, Quesnel, Bélanger. Je lui avais présenté sa femme. C’est sa fille de quatre ans qui l’a retrouvé. J’ai pleuré trois jours sans m’arrêter. J’en avais le visage noir. Cette peine m’a fait renaître. Kenhell allait être mon nom, je devenais moi-même. Je ne voulais plus entendre parler de suicide.»

L’album d’une vie

Il y a un an, il rencontre Nikou dans un bar-restaurant. Elle va lui redonner confiance, le pousser à aller au bout de son projet: l’album solo. «Avant, les questions d’argent, de droits, me décourageaient. Mais ça y’est, il est bel et bien sorti. Le double album que j’avais imaginé est devenu deux albums distincts. J’y ai tout mêlé. Mon côté sombre et mon côté clair, mon côté métal et mon côté reggæ, mon côté hip-hop et ma part plus sentimentale.»

Le premier album, Légitime démence, est en vente depuis juin 2010. Plusieurs artistes y ont collaboré: Fatal, Bumperman, Arabouish d’Alien Fœtus, Morin de V-ztoars, Critical Raf, Leaving for LA ou encore le groupe de Kenhell Ogotaï.

Lutte quotidienne

Kenhell n’a pas touché à la drogue depuis plusieurs mois. Son combat, il le mène «un jour à la fois». Il est bénévole pour les Émotifs, Narcotiques et Alcooliques Anonymes. À côté de sa carrière solo, il enseigne la batterie. Il est également batteur pour le groupe de rock progressif V-Ztors qui produit son 1er album, et  DJ… pour les évènements seulement.

«Pour évacuer ma rage, j’avais le choix entre les trois T: la tombe, la tôle ou la thérapie. J’ai choisi. Mon deuxième album porte un message pour les découragés. Il est dédié à ceux qui ont des problèmes de dépendances.

«Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Aux services anonymes, aux structures médicales, et même à Dieu. Il faut s’accrocher à un but, y aller petit pas par petit pas. On peut juste rencontrer un ange.»

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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Plantation et production de cannabis

Plantations de pot

Au pays de l’or vert

Pendant plusieurs années, le seul revenu d’Anna provenait de la culture du cannabis.

Claire Gaillard | Dossiers Drogue, Criminalité

Anna a 30 ans et travaille à temps plein pour la même compagnie depuis 3 ans. Elle vit une relation amoureuse stable et est entourée d’amis fiables. Son entourage a pourtant toujours pensé qu’elle ne mènerait jamais cette vie «normale». Pendant plusieurs années, le seul revenu d’Anna provenait de la culture du cannabis.

À chaque nouvelle récolte, Anna part travailler dans différents coins du Québec.

Selon la taille de la récolte, on restait de 2 à 5 jours. Il y a des gens de vraiment tous les milieux, de tous les âges. Il y avait même un comptable qui arrangeait mes impôts pour que tout soit officiellement correct. Le transport et les repas étaient fournis et l’on dormait où on pouvait sur place. Je gagnais environ 150 $ par jour, raconte-t-elle.

Son employeur la prend sous son aile pour lui apprendre à faire pousser elle-même, jusqu’à ce qu’un conflit interrompe leur coopération. Elle a ensuite commencé à trimer pour un autre. À deux reprises, Anna se voit confier une maison de pousse. Elle y vivra, éloignée de la ville et sans voiture, jusqu’à ce que la place devienne chaude.

La première fois, le propriétaire réclamait de plus en plus d’argent pour se taire. Mais ça a été pour le mieux: le lendemain du déménagement, la police est venue.

La fois suivante, elle est interpellée par les autorités au moment où elle déménage ses affaires personnelles. Elle décide de retourner récupérer la totalité du stock et du matériel la nuit même. Elle explique que cultiver du pot implique surtout de changer tout son mode de vie.

L’isolement est difficile, surtout au début. En plus, il faut que tu mentes à tout le monde, sauf à ton entourage très proche. Tu dois t’inventer une vie et être cohérente dans tes histoires. Je vivais dans une très belle maison mais je ne pouvais recevoir personne, soit pour garder le secret, soit pour ne pas risquer de leur créer des problèmes.

Elle a aussi dû apprendre à gérer l’argent autrement.

Ton nom vaut rien pour les banques, tu peux faire ni prêt ni gros dépôt. Ta paye, c’est une épaisse liasse de billets. Je les cachais. Il fallait toujours que j’aille dans un dépanneur différent pour pas attirer les soupçons.

Anna rencontre ensuite quelqu’un qui veut acheter son propre entrepôt. Elle s’associe au projet.

Ça m’a coûté environ 15 000 $ sur nos premières ventes. Ensuite, on faisait nos propres profits et on a commencé à embaucher des employés. On payait aussi quelqu’un pour utiliser son nom sur le contrat de propriété.

Elle se rend quotidiennement sur place comme si elle avait un emploi traditionnel. Un jour où il n’y avait personne, la plantation est découverte par la police.

Le gars dont on utilisait le nom a bien essayé de me soutirer plus d’argent sous peine de me dénoncer, mais je n’ai pas cédé.

Consciente qu’elle a failli se faire prendre trois fois d’affilée, Anna décide de raccrocher. «Je voulais pas pousser ma luck. J’ai pris ma retraite. J’ai vécu un temps sur mon cash puis je suis retournée à l’école.» Elle a alors 24 ans. Aujourd’hui, Anna se félicite de s’être si rapidement construit une vie plus traditionnelle quand personne ne l’en croyait capable.

Tout ce qu’il me reste de cette période c’est un char, entièrement payé, et 1000 $ dans mon compte. Arrêter, ça n’a pas été difficile parce que j’avais toujours gardé en tête que ça ne durerait pas. Ça a juste fini soudainement. J’aurais peut-être fait 10 000 $ de plus pour être confortable.

Depuis quelques mois la jeune femme ne consomme plus de drogue. Elle souligne qu’il aurait été facile de devenir accro à de nombreuses substances auxquelles elle avait accès gratuitement en côtoyant le milieu.

Je ne voulais pas de ça pour mon avenir. C’était juste une manière de faire de l’argent facilement, d’arriver à mes fins plus rapidement qu’avec une job normale.

Après avoir cessé ses activités, la plus grosse difficulté d’Anna a été de voir son niveau de vie baisser.

Mais au final, ç’a été un gros soulagement d’arrêter. Le stress tombe. Tu ne passes plus ton temps à checker tes arrières pour pas te faire stooler. Quand tu fais ça, tu prends le risque de ne pas rentrer chez vous le soir.

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