Une longue guérison

Une longue guérison

Dossier prostitution et Sexualité.

Anita entre comme un coup de vent au Café Graffiti. Impossible de ne pas la remarquer. Elle parle fort et interrompt tout le monde. Elle s’impose aux gens, leur laissant peu de place, comme si elle seule existait. La présence d’Anita est pesante. Elle traîne avec elle plus d’un traumatisme qui tardent à guérir.

Dominic Desmarais

Anita vient de passer cinq ans dans un monde de violence. Forcée par son petit ami à vendre de la drogue dans des bars miteux de Québec, elle a ensuite prit le chemin de la prostitution. Elle était quotidiennement battue et menacée de mort par son proxénète, jusqu’au jour où il a tenté de l’assassiner au couteau. Pour sauver sa vie, la jeune femme a dû sauter d’un deuxième étage.

Dans ses pensées, le temps semble s’être figé à cette période de sa vie. Anita pense beaucoup à cet homme qui l’a tant fait souffrir. Pour s’aider, elle s’ouvre par l’écriture, une façon pour elle d’exorciser ses démons. «J’ai réussi à affronter ma peur de me faire tuer. Je vivais avec ça, incapable d’en parler. Mais en m’ouvrant, le mal est sorti», raconte-t-elle fièrement en prenant soin d’ajouter qu’elle peut maintenant marcher sans se retourner.

La peur de mourir à tout instant s’est dissipée mais Anita n’est pas encore guérie. Elle a de la difficulté à écouter les autres. Sa tête est trop pleine de ses pensées qui la maintiennent en état d’alerte. Ça lui donne beaucoup de difficultés à gérer les épreuves que la vie lui envoie. Le stress la gagne rapidement, provoquant un état de panique qu’ amplifie son traumatisme antérieur. Chaque choc l’isole dans ses pensées et l’éloigne de la guérison.

Il y a un an, alors qu’elle prenait du mieux, la découverte d’un cancer la ramène à la case départ. Anita retombe alors dans ses vieilles habitudes de consommation de drogue. Elle ne voit rien d’autre pour se calmer. Du coup, elle s’apitoie sur son sort. Ses pensées la ramènent à ses mauvais souvenirs qui recommencent à la hanter.

D’un traumatisme à l’autre

Avant d’entrer dans le monde de la drogue et de la prostitution, Anita venait de vivre un épisode traumatisant majeur. Un accident de voiture survenue en Gaspésie l’a sérieusement blessée et a coûté la vie à deux de ses amis. C’est pour digérer son traumatisme qu’elle s’était réfugiée à Québec.

À cette époque, elle se promenait tel un zombie. En déambulant dans les rues de Québec, elle revivait sans cesse l’accident. Affectée psychologiquement, elle a mis le pied là où il ne fallait pas: dans le monde de la rue et de la drogue. Le choc subi suite à son accident s’est peu à peu transformé en stress. Celui que lui faisait vivre son petit ami maquereau, par la violence, en la forçant à se prostituer, empêchait sa guérison.

S’ouvrir libère une douleur encore plus profonde. Alors qu’elle se met à pleurer, Anita parle d’un autre épisode éprouvant. Un autre traumatisme, plus ancien encore que les autres, refait surface. Sa fille, aujourd’hui âgée de 15 ans, est placée en famille d’accueil depuis 12 ans déjà. Elle lui manque cruellement. Aveugle et atteinte de paralysie cérébrale à la naissance, sa petite est branchée sur une machine pour vivre. Anita a dû la laisser car, en la mettant au monde, elle faisait des arythmies cardiaques à répétition. Au cours de la dernière période des fêtes, Anita s’est effondrée. Pour calmer sa souffrance, elle s’est remise à consommer. Elle a d’ailleurs dû retourner en centre de désintoxication. Elle n’arrive pas à comprendre ce qui lui arrive.

Anita tombe pour mieux se relever. Ses traumatismes, qui l’affectent depuis tant d’années, ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Elle a besoin d’aide professionnelle pour relâcher la pression. La compréhension et l’écoute de ses proches sont primordiales. Et elle doit s’aider. Ce qu’elle fait par l’écriture. «Aussitôt que j’ai de quoi à l’intérieur, j’écris, j’écris, j’écris. Je passe mon temps à me vider le cœur. J’écris sur la violence que j’ai subie, sur la musique que j’ai composée, mes spectacles dont je me souviens, sur ma consommation de drogue, sur ma prostitution.»

Reflet de Société, Vol 18, No. 1, Septembre/Octobre 2009, p. 9

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Lettre d’un jeune à sa consommation

Lettre d’un jeune à sa consommation

J. Star, garçon de 16 ans des Laurentides     Dossiers Toxicomanie  et Alcool et drogue

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Ça fait environ un mois que je n’ai pas fumé de crack, d’héroine (smack) ou bu de l’alcool. Depuis que je suis entré en traitement au centre Jellinek, je ne veux plus consommer. Mais je suis inquiet. Je ne sais pas si mes barrières sont assez puissantes. Voici une lettre que j’ai écrite à ma consommation pour lui dire comment elle m’a fait sentir, alors que je pensais qu’elle m’aidait.

Cher consommation,À nos débuts, je n’avais pas beaucoup besoin de toi. Tu me soulageais de mes blessures et tu changeais mes pensées. Du moins, je le croyais. Jusqu’au jour où mon système s’est habitué à toi. Il m’a donc fallu augmenter les doses pour être bien dans ma peau.Je me suis rendu compte que j’étais encore le même: peu importe la quantité que j’ingérais, je ne ressentais aucun changement bénéfique. Ça m’a donc poussé à fumer du crack et de l’héroïne (smack). J’ai plongé dans un monde obscur où mes pensées sont devenues irréelles et destructrices.

Dépendance et vulnérabilité

Je me sentais vulnérable comme un mollusque sans coquille. Je continuais à noyer mes souffrances dans cette eau trouble. Je marchais dans le long couloir de l’enfer où la spiritualité et le rétablissement sont absents. Cette brume dispendieuse m’avait attaché dans le fond du néant. Je creusais inconsciemment ma tombe dans les ténèbres.

La foi comme rétablissement

Un jour, une petite lueur d’espoir est sortie de mon trou: Dieu m’a pris par le fond du cœur. J’ai décidé de prendre mon peu de courage et la foi qu’il me restait pour investir mon énergie dans quelque chose de positif pour mon rétablissement. Je savais que je valais mieux que ça.Aujourd’hui, je suis conscient que j’aurai toujours un lien de dépendance et d’attirance envers vous, crack, héroïne et alcool. En thérapie, j’ai réalisé que vous vous foutiez de moi. Je suis maintenant prêt à vous dire: «je ne veux plus de vous trois dans ma vie. Trouvez-vous d’autres victimes que moi. Car je suis un winner

Reflet de Société, Vol.17, No 2

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Site d’injections supervisées pour toxicomanes: Insite de Vancouver

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Raymond Viger   Dossiers Alcool et drogue, Site d’injections supervisées

Érik Desbois est coordonnateur du département de travail social de l’organisme La Boussole. Suite aux généreuses démarches qu’Érik a faites auprès de la Santé  publique de Colombie-Britannique, Reflet de Société est invité à visiter le seul site d’injections supervisées en Amérique du Nord. Nous rencontrons un des intervenants du Insite de Vancouver, M. Russ Maynard. Son accueil est chaleureux et très passionné.

Les règles d’intervention doivent s’adapter aux gens que l’on veut desservir, explique-t-il. «Avec 15 000 personnes alcooliques-toxicomanes concentrées dans le même quartier dont 50% sont psychiatrisées, les barrières doivent être le plus bas possible pour rendre l’intervention accessible.»

S’injecter sous supervision de la Santé publique

Les personnes toxicomanes qui veulent s’injecter doivent sonner à la porte sécurisée. Elles s’identifient à l’accueil par leur prénom et leur date de naissance. Notre guide se nomme maintenant Russ61. Cette identification permet de recueillir des données sur l’utilisation du service et de créer un dossier pour chaque utilisateur. Ce dossier recense les interventions médicales ou psycho-sociales et permet de justifier les résultats du travail réalisé à Insite.

Lorsqu’une des 12 cabines d’injection se libère, l’utilisateur suivant est appelé. Il s’installe dans la cabine qui a été stérilisée. Il fait face à un grand miroir. Des murs le séparent des autres usagers. «Les personnes toxicomanes, habituées à surveiller l’arrivée de la police, sont devenues paranoïaques, explique Russ61. Le grand miroir leur permet de savoir si quelqu’un se trouve derrière elles. Un des avantages secondaires est de permettre à la personne de se regarder. Cela peut l’aider à prendre conscience de sa situation et le motiver à changer son mode de vie»­­­.

Chaque personne toxicomane doit amener la drogue qu’elle veut consommer. Le centre d’injections supervisées n’a pas le mandat de vendre de la drogue. Les règlements sont stricts sur ce point. Aucun usager ne peut remettre quelque chose directement à un autre. Même une simple cigarette sera remise à son destinataire par un intervenant.

Insite site d'injection supervisé

Avantages d’un site d’injections

Russ61 nous fait la démonstration du mode de consommation dans la rue. L’utilisateur s’installe à même le sol, mélange le crack avec de l’eau et se l’injecte. S’ils sont pressés, 2 utilisateurs n’utiliseront qu’une seule seringue.

Les avantages du site d’injection sont multiples, nous explique Russ61. «Les vendeurs de crack cachent la drogue à l’intérieur d’un plastique. Ces petits sachets se camouflent dans la bouche en haut des gencives. Lorsque vous achetez votre dose, le vendeur la crache dans sa main pour vous la remettre. Sachant que 80 à 90% des gens vivant dans la rue sont porteurs de l’hépatite C et que la drogue est cachée dans la bouche du vendeur, cela représente un premier risque de contagion. L’échange de seringue en représente un deuxième à ne pas négliger. De plus, la drogue, souvent mal diluée dans l’eau, cause des problèmes aux veines et au cœur»­­­.

Site d’injections supervisées: épargner l’argent des contribuables

Hépatite C, VIH, infections des veines, crise cardiaque, détresse respiratoire, AVC… ne sont que quelques-unes des complications médicales liées à une consommation de rue. Russ61 nous rassure sur les coûts du site d’injection. «Le Insite coûte 3 millions par an. Nous sommes cependant convaincus que la diminution des coûts de traitement et d’hospitalisation permet d’économiser encore plus d’argent. Pour les overdoses seulement, dans 60% des cas, nous réussissons à traiter la personne avec une simple bouteille d’oxygène. Notre intervention directe permet d’épargner au système de santé un transport ambulancier et une hospitalisation.»

«Lorsque le traitement avec l’oxygène ne suffit pas, il faut faire une injection de Naxolone. Le Naxolone supprime les effets des opiacés tels que l’opium et l’héroïne. Cela permet d’éviter la dépression respiratoire en cas d’overdose. Nous sommes autorisés à faire des injections de 0,4 mg. Si cela n’est pas concluant, nous appelons les secouristes qui, eux, peuvent faire des injections allant jusqu’à 0,8 mg. La majorité des overdoses ne nécessiteront pas d’hospitalisation.»

Le taux de mortalité par overdose ne cessait d’augmenter avant l’arrivée du Insite, dépassant une overdose mortelle par jour dans Vancouver. Près de 400 morts par année. Le Canadian Journal of Public Health publiait en 2006, 3 ans après l’ouverture du Insite, ces résultats: «après les fortes hausses enregistrées, site-injection-supervise-vancouver-insite les taux de décès par surdose en Colombie-Britannique ont baissé, en raison d’importantes baisses des cas de surdose à Vancouver».

Moins d’hospitalisation

Outre ces économies importantes, on évite des complications plus sérieuses. «Les infections non traitées amènent souvent une amputation d’un bras ou d’une jambe. En fournissant du matériel stérile, en permettant à l’utilisateur de chauffer sa drogue pour mieux la diluer et en traitant rapidement les cas d’infections sur place, nous évitons plusieurs amputations aux coûts médicaux élevés.»

Il faut aussi tenir compte de la réalité des personnes touchées. «Pour une infection à un bras, il faut faire des injections d’antibiotiques, soir et matin, pendant 2 semaines. Nous réussissons à le faire au Insite, mais les utilisateurs décrocheraient vite s’ils devaient se présenter à l’hôpital.»

Le site d’injection supervisée compte 2 intervenants en santé mentale et 2 infirmières pour répondre aux différents besoins des utilisateurs. Des tests pour le VIH et des tests de grossesse sont aussi disponibles sur place.

Lorsque l’utilisateur a terminé, il traverse une dernière pièce pour prendre un café. «Les consommateurs qui ont leur high se retrouvent facilement en plein milieu de la rue, complètement désorientés. Nous avons remarqué qu’en leur offrant un café et en leur permettant de vivre le début de leur trip au site d’injections supervisées, cela diminue drastiquement le nombre d’utilisateurs frappés par une automobile.»

Prévu pour recevoir 600 personnes par jour, le centre d’injections supervisées en reçoit maintenant jusqu’à 1100.

Centre de désintoxication sur demande

Des intervenants profitent de la pause-café des utilisateurs pour offrir leur service et vérifier les besoins qu’ils peuvent combler: recherche d’un logement, d’un travail ou encore d’une cure de désintoxication, un téléphone peut être mis à leur disposition.

Les utilisateurs de drogue injectable sont des gens impatients. Quand ils veulent quelque chose, c’est tout de suite. Il s’agit d’une éternelle gestion de crise. Ils n’attendront pas 2 semaines qu’une place se libère dans un centre. C’est pourquoi un centre de désintoxication de 9 lits est disponible au 2e étage du Insite, nommé le Onsite. La personne toxicomane qui montre un intérêt pour arrêter de consommer peut être prise en charge rapidement en attendant de pouvoir être transférée dans un autre centre. Au 3e étage, 12 autres lits sont offerts pour ceux qui ont fait une démarche et sont en attente d’un logement supervisé ou d’un programme d’aide.

Avant de nous séparer, nous croisons Troy, un ex-consommateur connu d’Érik et de Russ. Troy demeure au 3e étage. Il a suivi une thérapie. Il veut maintenant travailler, ce qui l’obligera à retourner aux études. «Tout est une question d’attitude, de la façon dont on se regarde. Je souhaite qu’il y ait à l’avenir plus de programmes comme le site d’injections supervisées Insite.»

En continuant notre visite du quartier avec Érik, nous recroiserons Troy. Il revient du marché avec quelques fruits qu’il s’apprête à manger. Suivre une thérapie et vivre encore dans le même quartier, croiser ses anciens copains de consommation, n’est pas chose facile. Mais comme nous disait Troy, c’est une question d’attitude.

Survie du Insite, compromise?

Le gouvernement fédéral et la GRC, contre la volonté du gouvernement de la Colombie-Britannique, celle de la mairie de Vancouver, de la police municipale et des organismes communautaires ont été en cour afin de ne pas renouveller le permis exemptant le site d’injections supervisées de se conformer aux lois sur l’usage des drogues.

La cour a tranché en faveur du Insite. Le gouvernement fédéral de Stephen Harper a décidé d’aller en appel.

Reportage sur le quartier chaud de Vancouver Downtown Eastside

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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