Les handicapés mentaux qui se retrouvent incarcérés

Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, le gouvernement provincial, par souci d’optimisation de ses ressources, à relâché une bonne partie des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Ces hommes et ces femmes qui furent longtemps institutionnalisés se retrouvèrent libres du jour au lendemain, sous une supervision réduite.

Un texte de Jean-Pierre Bellemare publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Chronique d’un prisonnier

Si plusieurs d’entre eux ont réussi à se trouver une place dans ce nouveau monde, ça n’a pas été le cas pour tous. Leurs problèmes de santé mentale ne se sont pas volatilisés comme par enchantement.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

La noirceur, c’est la noirceur

Il baisse la tête et fixe le vide, d’un regard las. Nous sommes en prison, dans le quartier commun des détenus. Une cuisinette, un téléviseur fixé au mur, quelques chaises, des divans. Une quarantaine d’années passées derrière les barreaux. La semaine dernière, seulement, a-t-il pu obtenir sa première permission de sortie.  Une activité hors les murs en compagnie de quelques autres prisonniers, chaperonnés par un civil.

Un texte de Colin McGregor publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Chronique d’un prisonnier

« La prison est un environnement dominé par la lumière. Il y fait jour constamment, comme dans un casino de Las Vegas. La notion du temps se dissipe comme celle du montant d’argent qu’on perd. Le fil de nos propres actions devient difficile à suivre. Les secondes se transforment en heures », découvrez sa réflexion complète dans la chronique d’un prisonnier.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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La pandémie en prison

Nous nous promenons dans la cour arrière de la prison, marchant lentement à sens contraire des aiguilles d’une montre. Un silence étrange pèse aux alentours. Aucun avion au-dessus de nos têtes. Quelques rares automobiles et camions passent sur la route adjacente. Le monde s’est arrêté. Mis sur pause. 

Un texte de Colin McGregor publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Chronique d’un prisonnier

« Nous devons porter nos masques chirurgicaux lorsque nous sortons, et rester à une distance de six pieds de nos pairs, ceux qui résident dans une unité différente de la nôtre. Nous sommes tous en état de choc. Les sorties, les cours, les activités à la chapelle, le programme des douze étapes, tout ça fait désormais partie du passé, tout comme nos bons souvenirs du temps d’avant la pandémie», révèle-t-il dans sa chronique du prisonnier.

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Réintégrer la société, une course à obstacles

Les prisonniers qui se retrouvent libres souffrent d’ivresse mentale, moi le premier. J’avais la certitude qu’enfin les choses se dérouleraient comme moi je l’entendais. À ma manière et au moment où moi je le déciderais.

Un texte de Jean-Pierre Bellemare, ex-tôlard – Dossier Chronique d’un prisonnier


Portant fièrement cette nouvelle liberté, je commençais par me trouver une compagne. Premier constat, ce désir de conquête fut loin d’être aussi facile et rapide, loin de là. Qui sait, le fait d’être affamé, trop entreprenant et surtout expéditif repoussait toutes ces jolies fleurs au parfum enivrant.

Emploi au rabais

Ce fut la première de plusieurs désillusions à ma sortie. La recherche de travail s’avéra tout aussi difficile. Avoir passé plus de la moitié de sa vie au pénitencier est loin d’augmenter votre charisme auprès d’un employeur. J’ai compris qu’il fallait se maquiller un peu pour intégrer le marché du travail. Seuls les emplois au salaire minimum que personne ne veut ou presque s’ouvrent à nous.

Là encore, j’ai dû rabaisser mes idées de grandeur, j’ai dû passer par une agence qui ferma les yeux sur mon passé (contre un pourcentage de mes gains). Je me suis retrouvé comme accrocheur dans une entreprise de fabrication d’étagères. Comme d’autres d’entreprises qui paient un moindre salaire, elles exigent le maximum d’effort. Et j’y ai sacrifié une partie de mes articulations. Un goût amer me monte dans la gorge, car les travailleurs les moins nantis, les plus démunis se retrouvent souvent à être les plus exploités physiquement et psychologiquement.

Triste réalité

Parce que je venais d’être libéré et que j’avais le désir sincère de sortir de ce cercle vicieux, je trouvais totalement injuste d’être traité de la sorte. Chaque difficulté que je rencontrais sapait mon travail de réussite.

Ces efforts exigés sur une base quotidienne me tuaient à petit feu. Ayant suivi une formation approfondie sur l’art de la paresse au pénitencier, où les excès de zèle pour un bon travail sont fortement déconseillés, les chances n’étaient pas de mon côté. Puis, une prise de conscience m’a permis de comprendre que d’autres travailleurs en arrachaient autant que moi… et n’étaient pas des criminels. Pourtant, ils étaient traités exactement de la même manière qu’un ex-bagnard. Plein de gens autour de moi étaient aussi célibataires ou cassés comme des clous et angoissés par le futur loyer ou la facture du téléphone, et pourtant n’avaient rien fait contre la société.

Mais je me victimisais et focalisais uniquement sur mon nombril. Moi, moi et moi. Difficile de briser ce carcan. Le temps passé derrière les barreaux nous infantilise et nous rend dépendants. Puis, la fréquentation des confréries anonymes est devenue mon pilier contre la récidive. Entendre ces histoires de réussite, de sacrifices et d’efforts constants pour s’en sortir fut la meilleure médecine.

Liberté à partager

La liberté n’est jamais acquise et elle doit être partagée avec un entourage pas toujours conciliant. Puis, ça prend beaucoup de temps pour se déprogrammer des idées vicieuses qui nous hantent. Quand chaque obstacle nous donne l’envie d’abandonner, il faut absolument garder confiance en la vie. Pour plusieurs d’entre nous, le sentiment d’être injustement traité nous amène à commettre toutes les cochonneries possibles. Moi, j’apprends encore à jouir de ces petits moments de plaisirs, de tendresse et d’amour qui croisent mon chemin.

Mais il reste des milliers d’ajustements à faire. L’accès à un permis de conduire, l’acquisition d’un véhicule, la compréhension de la signalisation routière. La location d’un appartement et sa gestion, l’ouverture d’un compte en banque… Tout ça sans oublier les voleurs, les fraudeurs, les tickets.

Ce qui compte lorsque vient le temps de réintégrer la société avec ses règles à n’en plus finir est de comprendre qu’il n’y aura pas de facilitateur pour vous. Que ceux qui n’ont rien fait de criminel en arrachent autant, sinon plus. Et qu’il y aura toujours des gens qui condamneront ce que vous êtes ou avez été. Tout comme plusieurs prisonniers condamnent sans essayer de comprendre les citoyens pour leur «aplaventrisme» devant les règles.

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Sexisme et mensonges; des mots dangereux


Lorsqu’une abeille veut dire au reste de la ruche qu’elle a trouvé une nouvelle source de pollen, elle le fait par une danse. Lorsque nous voulons communiquer entre nous, nous utilisons la parole. Et le genre de langage que nous utilisons produit un important effet sur notre entourage.

Un texte de Colin McGregor – Centre fédéral de formation (Laval) – Dossier Chronique d’un prisonnier

Dans les prisons canadiennes en dehors du Québec, traiter un détenu de goof (maladroit, loufoque) vous obligera immédiatement à vous battre. En effet, il est très mal vu de ne pas frapper celui qui vous a qualifié de ce terme. Un mot pourtant bien innocent dans le monde libre, et sans conséquence partout ailleurs, comme dans le cas du bon chien Goofy de Disney. Mais l’amical Goofy ne vivrait pas longtemps dans une prison ontarienne.

Cependant, nous sommes de plus en plus conscients de l’effet des mots. Le langage compte. Il peut refléter, par exemple, notre attitude envers les sexes et les ethnies. Certains disent que la langue française est sexiste, car en cas de pluriel avec des éléments mixtes, le masculin l’emporte sur le féminin. Ainsi, s’il n’y avait qu’un seul homme dans une foule d’un million de femmes, il faudrait tout de même dire «ils sont», plutôt qu’«elles sont».

Cette ancienne règle remonte au Moyen-Âge. On pourrait voir dans ce pluriel masculin le simple équivalent d’un neutre qui manque au français. Mais d’autres ont voulu voir dans cette «préséance du masculin sur le féminin» l’expression d’un ordre social.

Chemises unisexes

Quand les Normands venus de France conquirent l’Angleterre en 1066, ils y apportèrent leur langue, avec ses féminins et ses masculins. Par contre, les Anglais parlaient déjà des langues germaniques comportant 3 genres: le masculin, le féminin et le neutre. La langue anglaise a grandi, tant bien que mal, à partir d’un méli-mélo de français et de langues germaniques.

À un certain point, on s’entendit pour ne garder que le genre masculin, de manière à ce que les conquis et les conquérants puissent au moins se comprendre. On a simplifié. C’est ainsi qu’on ne se soucie plus de savoir, en anglais, si une table ou une chemise sont du genre masculin ou féminin. Elles sont neutres.

Ça ne signifie pas que l’anglais est une langue idéale du point de vue de l’égalité des genres. Les anglophones débattent encore à ce propos. Ainsi, il n’y a aucune manière simple de parler d’une personne dont on ne connait pas le genre. Comme lorsqu’on dit: «Celui ou celle qui a appelé n’a pas laissé son nom (he or she didn’t leave a name).»

Sexisme anglophone

Le mot woman (femme) vient du vieil anglais wif (épouse) ajouté à man (une personne). Ainsi, l’anglais est aussi sexiste que les autres langues. La femme y apparaît comme un simple prolongement de l’homme.

En français, du moins au Canada, le fait de féminiser les noms de professions est considéré comme une bonne chose. Le fait d’écrire la présidente ou la docteure démontre du respect. Mais en anglais, si vous dites the doctorette, vous prenez un grand risque, puisque cela prend un sens péjoratif dégradant. Dans cette langue, les noms de professions demeurent au masculin, comme s’il s’agissait d’une sorte de neutre. Une professeure est un teacher et non a teacherette. Actress est maintenant considéré par certains comme sexiste: on dit plutôt actor sans considération de genre.

Pourquoi se préoccuper autant de sexisme dans la langue? Après tout, le banawa, parlé dans l’Amazonie, utilise le féminin pour parler des personnes en général. Pourtant, ses locuteurs traitent les femmes d’une manière horrible, nous dit le linguiste Dan Everett.

Le fait d’adopter des termes plus justes ne fait pas forcément de nous de meilleures personnes. L’auteur et psychologue torontois Malcolm Gladwell parle de «caution morale»: on utilise des paroles vertueuses, tout en continuant de se comporter de manière indigne.

Aux États-Unis, par exemple, on élit un président noir tout en continuant de maltraiter la population noire. «Nous avons élu un président noir», disent les États-Uniens, «nous ne sommes donc plus racistes!» On se donne ainsi la permission de faire du mal, tout en se cachant derrière de fausses façades.

Les actions parlent-elles plus fortement que les mots? Ce que nous disons a-t-il de l’importance? Il y a 2400 ans, le philosophe grec Démocrite, qui fut ridiculisé parce qu’il disait que toute chose était composée de minuscules atomes, avait aussi déclaré: «Les mots sont les ombres des actions.» Les mots importent, ils ont des conséquences. Pourtant, on peut aussi les utiliser pour cacher des actions contraires à nos paroles.

En complément à Reflet de Société +

Découvrez cette vidéo ludique sur les origines de la langue française. Un réalisation de 1 jour, 1 question.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Apprendre des fourmis pour mieux vivre ensemble

Comme des fourmis

C’est l’été, une journée radieuse et torride. Je suis étendu sur l’herbe, dans la cour de notre prison. Dans mon dos, je sens une bosse de sable. Je m’assois et me retourne: c’est une fourmilière.

Colin McGregor, prison de Cowansville | Dossier Chroniques d’un prisonnier

vivre ensemble, entrainde

Crédit photo: Troup Dresser

De petites créatures noires entrent et sortent de leurs tunnels finement creusés, des créatures bien organisées et occupées à leur survie. Je songe à m’en débarrasser. À la place, je me lève et me rassois un peu plus loin dans l’herbe.

Vous ne devriez jamais marcher sur une fourmilière, si vous pouvez l’éviter. Si vous le faites, vous détruirez peut-être le meilleur modèle nous permettant de comprendre comment vivre en société. En marchant sur une fourmilière, vous venez d’éliminer toute une communauté. Une communauté rassemblant plusieurs générations, dont chaque membre s’active à des tâches bien définies.

Laissée à elle-même, une fourmi, solitaire et fragile, n’aurait aucune chance de survie en ce monde cruel. Les cités et les villes, les écoles et jusqu’aux prisons s’organisent comme une fourmilière. En fait, en la piétinant vous détruisez notre plus grand espoir d’un avenir meilleur pour la Terre.

Parlez-en à Edward O. Wilson. Les vêtements froissés, l’air maussade, le professeur Wilson, un universitaire américain de 85 ans, est une sommité mondiale dans l’étude des fourmis. Sa main chassant une longue crinière blanche de son front, il rédige des ouvrages sur ce thème qui le passionne.

Wilson est le fondateur respecté de la «sociobiologie», une science qui étudie la sociabilité humaine, sans tenir compte des mythes et des légendes. Elle observe comment nous organisons nos vies et cherche à en comprendre le fonctionnement. Wilson en a eu l’idée en observant des fourmilières: de toutes les espèces vivantes qui peuplent notre planète, seulement une vingtaine s’organise de manière «eusociale». Ce terme signifie que plusieurs générations se rassemblent, divisent les tâches et travaillent en équipe pour survivre.

Les fourmis, les termites, les rats-taupes et les humains sont parmi les rares qui travaillent de cette façon. Selon le professeur Wilson, nous avons commencé à travailler de manière collective il y a deux millions d’années, lorsque nos premiers ancêtres sont devenus chasseurs-cueilleurs. Pour survivre dans un monde difficile, nous avons dû répartir les tâches: certains allaient à la recherche des mammouths laineux, alors que d’autres demeuraient au foyer.

À mesure que le volume de notre cerveau augmentait, nos outils, nos œuvres et notre langage se raffinèrent. Le langage nous permettait de mettre en garde nos semblables à l’approche d’un lion, de leur décrire ses dimensions et de leur dire à quelle distance il se trouvait… Nous, les humains, avons bien vite trouvé des raisons pour nous quereller, comme les différences raciales, les religions, la politique.

Mais les fourmis ne se soucient pas des croyances religieuses de leurs congénères. Elles se contentent d’aller au boulot pour la survie de la fourmilière. «Il nous faut nourrir la reine; trouver des feuilles; reconstruire la butte en un lieu plus sûr, lorsqu’un abruti vient de bousculer notre domicile.» Le succès du groupe devient celui de l’individu.

Le Café Graffiti est «eusocial»: rempli de danseurs et de travailleurs sociaux, d’écrivains et de poètes, de peintres et de rappeurs de tous les âges. Des adolescents cools tolèrent les plus vieux; les aînés orientent les jeunes, leur donnent quelques conseils et bien sûr, comme dans chaque famille, de l’argent et des provisions.

Mais la vraie bataille au cœur de l’humanité, nous dit Wilson, se fait entre les ambitions personnelles et les intérêts du groupe. Chacun vise ses propres objectifs en dehors de la famille ou du village. Si on vous pénalise parce que vous aidez quelqu’un, vous risquez de devenir moins serviable.

À l’école, les étudiants cessent de coopérer dès qu’on commence à les évaluer sur une courbe en forme de cloche. Dans cette forme d’évaluation, un enseignant doit couler certains étudiants, donner des notes moyennes à d’autres et n’octroyer qu’un nombre restreint de «A». Lorsqu’on insiste pour qu’il y ait ainsi des gagnants et des perdants, une salle de classe devient un nid de vipères et non plus une fourmilière. Les jeunes se dénoncent; ils trichent; ils cachent les meilleures sources d’information, afin d’en savoir plus que les autres.

Rien ne fonctionne mieux qu’une fourmilière. Les humains n’ont pas encore atteint ce niveau d’efficacité. Mais ils y travaillent. À l’école, des instituteurs enseignent aux plus jeunes qu’eux : les enfants, les jeunes adultes, mais aussi aux plus vieux. Je travaille dans une école pour adultes, à l’intérieur d’une prison. Il s’en trouve de tous les âges, des plus jeunes aux plus âgés, chacun d’eux s’efforçant d’obtenir le diplôme d’études secondaires.

Certains sortent de prison avant les autres, même lorsqu’ils ont commis le même crime. Cela nourrit le ressentiment et la compétition. Une prison peut être un nid de scorpions. Il y a d’autres facteurs qui expliquent cela, bien sûr. Mais il y a là aussi des gens qui essaient sincèrement de devenir meilleurs, beaucoup plus que vous ne pouvez l’imaginer.

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Crédit photo: Samantha Henneke

Il y a même des pays qui travaillent «eusocialement» mieux que d’autres. L’économiste parisien Thomas Piketty écrit, dans son livre au succès mondial Le Capital au XXIe siècle, que dans les sociétés anglo-saxonnes, les gens croient que le jeu de l’économie est faussé lorsque chacun prospère à l’intérieur du groupe.

Afin que le système capitaliste fonctionne convenablement, croient les Anglos, il doit y avoir des gagnants et des perdants, des très riches et des très pauvres. Selon eux, il serait sain que de grands manoirs côtoient les ghettos. Pourtant, de nombreux pays riches ne partagent pas cet avis: les Scandinaves, les Allemands et même les Français ne pensent pas ainsi. Ils considèrent, au contraire, que ces grandes disparités de revenus nourrissent le crime et la corruption. Ils ne voient pas, dans l’existence des quartiers pauvres, la preuve que les dés ne sont pas pipés.

Edward O. Wilson croit que nous pouvons vivre comme des fourmis. En suivant leur exemple, nous pouvons unir nos forces, jeunes et vieux, riches et pauvres, noirs, blancs et bruns… pour faire face au réchauffement de la planète, à la menace nucléaire et à la pauvreté. Un jour, croit-il, nous apprendrons la leçon des fourmis. Nous n’allons pas nous éteindre comme les dinosaures. Nous allons survivre.

Ses idées en ont fait la risée du milieu universitaire américain. «Ça n’arrivera jamais», soutiennent ces lettrés. «Nous aimons trop la compétition. Vous êtes un rêveur. Tenez-vous-en à vos fourmis.» Parvenir au sommet au détriment des autres, voilà le «rêve américain». C’est une croyance commune chez les Anglos. Winston Churchill, l’Anglo par excellence, a dit un jour: «Je sais que nous ne sommes que des vers, mais je suis un ver luisant.»

Tous ceux qui œuvrent au sein du système scolaire québécois savent surement qu’une classe remplie d’Anglophones sera plus bruyante, turbulente et beaucoup plus compétitive qu’une classe de Francophones. Et les Deux Solitudes se sont toujours comportées ainsi. Qui a raison? Avez-vous besoin de voir vos semblables échouer pour donner un sens à votre vie? Pouvez-vous être heureux simplement en aidant les autres?

L’historien britannique Yuval Noah Harari souligne, dans son nouveau livre Sapiens : une brève histoire de l’humanité (Sapiens: A Brief History of Humankind), que la plus grande lacune du savoir humain réside dans le peu d’études consacrées au bonheur et à la souffrance. Personne ne sait vraiment ce qui nous rend heureux. C’est ce qu’il nous faudra découvrir, si nous voulons évoluer en tant qu’espèce. Espérons que les fourmilières comme le Café Graffiti deviennent la norme, et non l’exception. Et la prochaine fois qu’on me traitera de fourmi, je remercierai cette personne du compliment.

Autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Les livres de Colin McGregor

    Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

    Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

    love-in-3dLove in 3D

    Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

    This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

    Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

    teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

    Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

    This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

    Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

    quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

    Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

    Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

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    La fin d’une incarcération!

    Retour à la vie « normale »

    Suis-je vraiment libre?

    Jean-Pierre Bellemare | Dossier Prison

    LIBERATION prisonnier pénitencier prison système carcéralCela ne fait pas encore un an que je suis totalement libre et pourtant je me considère comme extrêmement privilégié par la vie. Est-ce le fait d’avoir été privé de tout pendant autant de temps, qui me permet de m’émerveiller plus facilement?

    Je redécouvre la société québécoise avec un regard meurtri de souvenirs carcéraux. Vingt-six ans de pénitencier! Ce fut long, très long, immensément long, incommensurablement long pour une personne.

    Libération conditionnelle

    J’ai eu à quêter à plusieurs reprises une libération conditionnelle. Lorsque je me suis retrouvé devant ces individus, une question massue vint fracasser mon assurance. Pas ce que j’avais changé. Pas comment je règlerais mes problèmes à l’avenir. Pas mon abstinence aux drogues ou à l’alcool. Même pas de questions reliées aux programmes suivis. Non. Quelle place prenait la spiritualité dans mon incarcération après plus de vingt ans passés derrière les barreaux?

    Des larmes lourdes et beaucoup trop précieuses pour être exposées s’exhibèrent alors dans toute leur splendeur. Des sanglots, que je ne me connaissais pas, apportaient malgré moi une touche de sensiblerie que j’avais réservées aux miens, à ceux qui comptent dans ma vie. À ce moment-là, je réalisais tout ce qu’il m’avait fallu pour traverser tant de fourberie, d’hypocrisie et de violence.

    Les bénévoles de la prison

    prison-systeme-carceral-prisonnier-penitencier-cowansvilleSans l’aide de ceux qui viennent en prison pour transmettre leur amour de Dieu, j’aurais coulé au fond du lac, comme un vulgaire caillou qu’on pousse du pied lorsqu’on s’ennuie. Ce Dieu qu’on m’a offert par dévotion avait la saveur d’un chocolat chaud savouré durant la tempête.

    Tout cela est maintenant derrière moi, malgré que survienne parfois de petites crises d’angoisse. Pour pallier, je fréquente la messe à tous les dimanches, accompagné par des bénévoles anglophones que j’ai rencontrés à la prison de Cowansville. Ils se montrent toujours aussi soucieux de ma personne, de mon rétablissement, et leurs yeux pleins de Dieu pansent encore des plaies qui guérissent plus lentement. Voilà Dieu dans sa plus belle expression: des hommes et des femmes qui au lieu de prêcher donnent, visitent, écoutent et aiment avec une bienveillance sans borne.

    Soutien et sécurité

    Peace_dove paix journée internationaleCes gens représentent un environnement sécurisant, accueillant et spirituellement apaisant. Ils ont joué un rôle très important dans ma réinsertion. Des croyants qui, malgré plusieurs déceptions, persistent à croire. Moi qui n’ai pas le pardon facile, j’en prends pour mon rhume avec eux. Ils sont de véritables exemples de dévotion qui en jetteraient plus d’un par terre. S’ils savaient tout le bien qu’ils accomplissent!

    Ces personnes contribuent significativement aux rétablissements de brebis égarées. Ils ont choisi de consacrer une partie de leur vie à ramener sur le droit chemin ceux qui avaient perdu la foi. Pourtant, par leur dévotion désintéressée, ils accomplissent de petits miracles qui méritent sérieusement notre attention. Et je crois fermement faire partie de leur réussite.

    Spiritualité et prison

    En me comparant à ceux qui ont passé par les mêmes ruelles (cellules) que moi, je sais que je devrais normalement être en train de m’injecter une dose d’héroïne, histoire de rendre supportable une souffrance galopante. Ou pire encore, penser à tuer quelqu’un parce qu’il a osé me manquer de respect. Voilà à quoi ressemblent ceux que j’ai côtoyés, mais qui ont rarement fréquenté la chapelle.

    Pour la majorité des prisonniers, la chapelle n’est pratiquement jamais considérée comme un investissement positif ou constructif. Ils évitent d’aller y perdre leur temps.

    Un nouveau travail

    J’ai maintenant un travail stable, l’entretien d’un énorme édifice résidentiel et commercial. Étrangement, je me suis familiarisé très rapidement avec cette population de 600 personnes. Des caméras partout ainsi que des portes à n’en plus finir: cela ressemble à bien des points de vue au pénitencier Leclerc, mais en plus luxueux.

    Il est vrai que dans le cas présent, c’est moi qui porte les clés, ce qui procure une impression un peu grisante. La perte de trois précédents emplois, malgré des efforts soutenus ainsi que des sacrifices consentis, m’a demandé beaucoup d’énergie, au point de remettre en question ma détermination.

    Puis après réflexion, je crois que ces mises à pied m’ont simplement préparé à mon emploi actuel. J’avoue que ces pertes d’emplois pour des motifs nébuleux (identification d’un casier judiciaire) m’ont sérieusement découragé. Je reste un homme fragile avec des limites peut-être pas aussi élastiques que les experts de la criminologie prétendent.

    Le commandant Piché

    Notre fameux héros national, le commandant Piché, qui s’investit à faciliter l’embauche d’ex-prisonniers, sait à quel point il peut-être difficile de se trouver un emploi avec un lourd passé judiciaire. J’en profite pour lever mon chapeau à cet homme qui a su s’élever au rang de gentleman en poursuivant une croisade digne d’un chevalier. Choisir une cause aussi louable et d’aussi mauvaise presse nécessite une audace hors du commun.

    Beaucoup de choses m’échappent depuis mon retour dans ce monde libre. Tout cela pour vous dire que je suis véritablement choyé par ces gens qui m’entourent. J’y vois le visage de Dieu qu’on blasphème constamment. Ma spiritualité a transformé le poison que j’étais en une sorte de vaccin.

    Autres textes de Chroniques d’un prisonnier

      Les livres de Colin McGregor

      Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

      Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

      love-in-3dLove in 3D

      Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

      This is a tale for everyone, young and old, prisoner and free.

      Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

      teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

      Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

      This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

      Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

      quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

      Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

      Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

      Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
      4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4. 

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