Les handicapés mentaux qui se retrouvent incarcérés

Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, le gouvernement provincial, par souci d’optimisation de ses ressources, à relâché une bonne partie des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Ces hommes et ces femmes qui furent longtemps institutionnalisés se retrouvèrent libres du jour au lendemain, sous une supervision réduite.

Un texte de Jean-Pierre Bellemare publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Chronique d’un prisonnier

Si plusieurs d’entre eux ont réussi à se trouver une place dans ce nouveau monde, ça n’a pas été le cas pour tous. Leurs problèmes de santé mentale ne se sont pas volatilisés comme par enchantement.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 625 De La Salle Montréal, Qc. H1V 2J3.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

Rites de passage

Des éclats de lumières provenant d’une petite lampe de lecture en métal jettent des ombres sur le pêle-mêle d’une chambre en fouillis. L’air y est chaud et dense. Un homme, habituellement impeccable, toujours bien coiffé, est couché dans son lit, les cheveux en désordre, regardant distraitement la télévision. Une couverture cache un sac attaché à son abdomen.

Un texte de Colin McGregor publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Chronique d’un prisonnier

Quand la mort et la maladie frappent en prison, découvrez l’histoire d’un codétenu à Colin McGregor. «Dans la chapelle de la prison, disposée sur un support de lecture une grande photo. Je peux l’apercevoir de la porte de la chapelle, mais ma cataracte m’empêche de voir qui c’est. Oh, merde ! C’est ce qu’ils font quand un détenu est mort. J’espère que ce n’est pas l’homme que j’ai visité. Ce n’est pas lui. Mais quelqu’un d’autre que je connaissais.»

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La noirceur, c’est la noirceur

Il baisse la tête et fixe le vide, d’un regard las. Nous sommes en prison, dans le quartier commun des détenus. Une cuisinette, un téléviseur fixé au mur, quelques chaises, des divans. Une quarantaine d’années passées derrière les barreaux. La semaine dernière, seulement, a-t-il pu obtenir sa première permission de sortie.  Une activité hors les murs en compagnie de quelques autres prisonniers, chaperonnés par un civil.

Un texte de Colin McGregor publié pour les abonnés de RDS+. Un abonnement à Reflet de Société soutient notre intervention auprès des jeunes.

Dossier Chronique d’un prisonnier

« La prison est un environnement dominé par la lumière. Il y fait jour constamment, comme dans un casino de Las Vegas. La notion du temps se dissipe comme celle du montant d’argent qu’on perd. Le fil de nos propres actions devient difficile à suivre. Les secondes se transforment en heures », découvrez sa réflexion complète dans la chronique d’un prisonnier.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

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Après 25 ans, ma première sortie

Il est 17h30 par un soir de semaine. Le soleil est encore haut dans le ciel — c’est le temps de l’année où les jours sont les plus longs. Quatre d’entre nous attendent au Carrefour, le point central de la prison, sous un puits de lumière aux vitres graisseuses.

Un texte de Colin McGregor, Centre fédéral de formation – Dossier Chronique d’un prisonnier 

Notre chauffeur pour la soirée traverse le hall. Une sortie supervisée. «Êtes-vous prêts?» Oui, pourquoi pas? Je n’ai rien d’autre à faire. Sortir de la prison pour quelques heures et me rendre à une réunion dans une église du centre-ville. Voilà le programme.

Bouche bée, comme un labrador, j’observe le paysage par la fenêtre de la fourgonnette gouvernementale. Que de choses à voir! Cet édifice n’y était pas, à l’époque… celui-là y était… le Stade olympique est entouré de deux grues maintenant, plutôt qu’une seule, qui le surmontait lorsque je suis allé aux Olympiques en 1976… L’état des routes semble plus douteux que jamais… Et pourquoi tous les moins de 30 ans tiennent-ils un bout de plastique noir et brillant devant leur nez? Ah, c’est vrai… nous sommes en 2017.

Nous arrivons à l’église. Le clocher penche toujours autant qu’avant. L’édifice a été construit il y a près de 200 ans sur un marais. La famille responsable de sa construction le voulait près de leur demeure, au bas de la pente du mont Royal. Le clocher est toujours aussi de travers qu’il l’était dans mon enfance, alors que j’allais à l’église deux fois l’an (à Noël et à Pâques, pour des raisons sociales plutôt que religieuses).

Voilà le baptistère, une petite annexe ronde en pierre. Ma mère ne voulait pas que je sois baptisée. Mais en 1961, les femmes n’avaient pas beaucoup de droits. Cette année-là, le premier membre féminin de l’Assemblée nationale québécoise, Mme Claire Kirkland-Casgrain, venait d’être élu. Malgré cela, le mari de Mme Casgrain avait dû signer l’hypothèque de leur maison; elle n’aurait pas pu le faire elle-même.

C’est ainsi que mon père a fait endormir ma mère par un médecin. Puis il m’emmena à cette même église, juste assez longtemps pour y être baptisé par un prêtre, un confrère d’études à McGill. Ce religieux a fini par être renvoyé de l’Église pour indiscrétions conjugales. Ce qui était considéré comme beaucoup plus grave, en ce temps-là, que de droguer des mères pour baptiser en secret leurs enfants. Heureusement, la société a changé.

Nous nous joignons à la réunion. Les personnes présentes sont de tous les âges, silhouettes, sexes et ethnies. Beaucoup sont des prisonniers, ex-prisonniers ou quelque part entre les deux. D’autres sont des membres de la communauté qui souhaitent aider.

Les «civils» sont accueillants, chaleureux, mais à la manière réservée des Anglos. Nous sommes toujours dans le Montréal anglais, comme me le rappellent les fenêtres géantes qui occupent un côté de la pièce où nous sommes.

Les fenêtres donnent sur les murs de pierre rouge richement sculptés d’un édifice ancien. Il y a plus d’un siècle de cela, les navires rapportaient d’Europe cette pierre écossaise utilisée pour la construction des maisons des anglophones, pour leurs commerces, leurs bureaux et les casernes de pompiers. Un matériau fonctionnel, sobre, irradiant la stabilité et le pouvoir. Une pierre facile à sculpter, qui ne se dissout pas dans la neige — au contraire du Stade olympique.

«Tout le monde est là? Bien, nous pouvons commencer.»

Nous faisons un tour de table pour nous présenter. Beaucoup de sourires.

Quelqu’un récite un poème dans lequel on raconte comment c’est bien d’être en prison pour une nuit.

On donne une présentation sur le sujet des Palestiniens de Cisjordanie. Eux aussi habitent une sorte de prison. Ça leur prend des heures à passer des postes de contrôle pour aller travailler à des salaires de misère. Pour chaque litre d’eau utilisé par les Palestiniens, les colons israéliens en utilisent sept. Le taux de chômage est incroyablement élevé. Il existe une carte en damier de la région où tout est divisé, apparemment au hasard, entre les «in» et les «out». On se demande à quoi pourrait ressembler une carte de ce genre pour Montréal. Notre société cache un peu mieux ces frontières. Qui sait laquelle de ces cultures, la leur ou la nôtre, est la plus transparente?

Le présentateur fait partie d’un groupe qui tente d’aider les «out» dans leur malheur par un dialogue pacifique, le travail social et un peu de lobbying politique. En ce moment, il heurte des murs, mais n’a pas l’intention d’abandonner son approche. «La violence n’est jamais une bonne réponse», dit-il. Une bonne leçon.

On remercie le présentateur. Avec envie, je surveille la table derrière lui, que l’on s’apprête à garnir de douceurs et de bouchées diverses. Je calcule le meilleur angle pour m’approcher, le plus nonchalamment possible, de ce banquet gratuit pour m’en mettre plein la bouche.
En chemin, des gens m’arrêtent pour me remercier de mon bavardage autour des tables pliantes. Je me fais prendre par les conversations, toujours reconnaissant d’être traité comme un être humain. Mais j’apprends à dialoguer, tout en m’emplissant les joues de biscuits et de fromage. Ça peut se faire. Avec quelques hochements de tête et un peu de mime.

Chacun fait ses adieux. Nous promettons de nous revoir, quand la loi le permettra. Tous semblent sincèrement heureux de notre présence.

Retour à la fourgonnette, en marchant sur un trottoir où je suis déjà passé des milliers de fois. Une ancienne librairie, un de mes lieux favoris sur Terre, repose maintenant sous une tour de verre; en m’étirant le cou, je peux voir l’immeuble où je travaillais autrefois; et quelque part sous nos pieds, dans le centre commercial souterrain où je ne peux me rendre, se tient ce qui reste de l’entreprise familiale depuis longtemps déchue. C’est peut-être le seul foyer qu’il me reste.

C’est un magnifique soir d’été. Les couples marchent main dans la main; les touristes prennent des photos; une jeune femme contrariée, habillée de noir, crie dans un petit bout de plastique noir. Comment un si petit objet de plastique peut-il agacer à ce point? Ah, c’est vrai, nous sommes en 2017.

Nous nous entassons dans la fourgonnette. Retour à Laval: une ville sur laquelle j’ai déjà refusé d’écrire, lorsque je travaillais comme pigiste au bureau montréalais du Financial Post, en disant au siège social qu’il n’arrive jamais rien d’intéressant à Laval.

Comme au Monopoly: Retourner en Prison. Ne pas passer sur Départ, ne pas recevoir 200$.

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Rétrospective d’un détenu


Ce qui représente un demi-siècle. C’est aussi le pourcentage indiquant un parfait équilibre. Plusieurs hommes sont déjà morts d’infarctus à cet âge. L’annonce d’un cancer lors d’examen périodique monte en flèche aussi après la cinquantaine. C’est le moment où les excès alimentaires ou les habitudes de vie turbulentes réclament leurs dus. Tour de taille, tour de rein, tour de conscience entre autres.

Un texte de Jean-Pierre Bellemare, ex-tôlard – Dossier Chronique d’un prisonnier

Une réflexion sur le chemin parcouru et les buts atteints nous oblige à réfléchir autrement, différemment. La douceur, les petites attentions, la qualité de vie prennent de plus en plus d’importance. Même si l’espérance de vie augmente de plus en plus, la qualité de cette extension est loin de faire l’unanimité.

Faire un bilan de nos réalisations nous rassure ou, au contraire, nous presse d’avancer. Le temps devient de plus en plus précieux lorsqu’il diminue. Je réalise que ma vie qui ressemble parfois à un véritable conte de fées, n’est pas vraiment ce que j’avais planifié.

Cependant, j’embrasse les tournures du destin qui ont embelli mon parcours. Je me sais extrêmement privilégié malgré mes 26 ans derrière les barreaux. Cette période très sombre m’a servi à développer mon émerveillement, un peu comme un aveugle qui retrouve la vue. Je me délecte de tout ce que je peux voir, ressentir, toucher et goûter. Que puis-je demander de plus? Une seule chose peut-être. Que ceux que je rencontre puissent en jouir de la vie autant que moi.

Je n’ai rien fait d’éclatant, mais j’ai au moins essayé. Le théâtre, la radio, la réalisation de film, les entrevues télés, l’écriture de livres et de chroniques, sont des médiums qui m’ont généreusement servis.

Je me suis réapprivoisé, j’ai renoué avec cet adolescent insouciant qui croyait posséder le monde. Il est maintenant un jeune adulte plutôt sage et serein dans un corps beaucoup trop vieux. J’assure cette calvitie galopante, ces rides qui grafignent un peu mes yeux et ces cheveux blancs qui rassurent mes interlocuteurs. Je m’occupe d’un magnifique domaine en location où des gens célèbrent leurs anniversaires de naissance, de mariage et autres.

Je me suis questionné sur la façon dont je voudrais célébrer mon demi-siècle. Mon père s’est suicidé il y a 35 ans à Sherbrooke en sautant d’un pont. Ma dernière vision de lui fut à la morgue, dans un garage miteux situé dans un sous terrain. J’avais à peine 15 ans. C’est ce jour-là que l’enfant cessa de grandir et commença à pourrir.

Prochainement, je vais refaire un pèlerinage sur son départ pour marquer mes 50 ans. Je ne sais pas ce que ça signifie et je ne veux pas la réponse. Je veux uniquement vivre ce moment marquant en refaisant le chemin en sens contraire.

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Ressources sur le suicide

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
  • Canada: Service de prévention du suicide du Canada 833-456-4566
  • France Infosuicide 01 45 39 40 00 SOS Suicide: 0 825 120 364 SOS Amitié: 0 820 066 056
  • BelgiqueCentre de prévention du suicide 0800 32 123.
  • Suisse: Stop Suicide
  • Portugal: (+351) 225 50 60 70

L’émission Deuxième chance; La réflexion

Un miroir nous renvoie l’image que nous présentons aux autres, mais pas notre condition mentale. Un peu comme à l’épicerie, où l’emballage influence notre choix alors que nous savons que l’intérieur est parfois à des années-lumière. Voilà ma réflexion, cette partie de moi qui n’est pas représentative du reste de mon corps est mon esprit. L’emballage est digne des CD de musique: sous une transparence fragile, son ouverture est difficile.

Un texte de Jean-Pierre Bellemare – Dossier Chronique d’un prisonnier

Un jour, lors d’un meeting des Narcotiques anonymes au pénitencier du Centre Fédéral de Formation, j’écrivis spontanément au tableau: L’armure, qui nous protège de l’extérieur, nous isole autant de l’intérieur. C’est sorti sans réfléchir, c’était une première piste, une clé pour ma libération éventuelle. Un de mes blocages venait d’être défoncé.

J’avais également cette tendance à me comparer aux autres. Pourtant, je connaissais l’adage qui dit que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. À nouveau, une réflexion vint briser cette attitude qui m’empoisonnait: Nous sommes tous le voisin de quelqu’un d’autre.

Je crois que mon envie de ressentir au lieu de comprendre prenait la mesure de son importance. Depuis des événements de mon jeune âge, j’avais essayé, par instinct, d’éliminer tout ce qui me faisait mal… émotions incluses. Lorsque que je fus arrêté, condamné et incarcéré, tout ce que je voyais me prouvait que j’avais raison: moins tu ressens, mieux tu te portes et couper les ponts avec amis et famille te rend intouchable. Je venais de construire mon propre pénitencier dans ma tête: plus rien ne pouvait m’atteindre, mais je ne pouvais plus en sortir non plus. Le temps passa, les réflexions aussi, un seul constat: le jour où les portes s’ouvriraient… les miennes resteraient fermées.

Je savais dans mon for intérieur que ma vie n’avait aucune valeur. Mais après une évasion manquée où j’ai passé trois heures à me faire recoudre, un trou explosa dans mon armure pour enfin voir les choses autrement. Je pris la décision que la douleur que j’aurais à vivre était le prix à payer pour retrouver mon droit à l’amour.

Ma plume devint un outil de libération. Je donnais vie, transformais et modifiais l’histoire. Je réalisais que sous ma plume, je pouvais retrouver mon essence d’amour. Celle qui donne sans compter. Celle qui anime sans contrôler. Mes réflexions s’approfondissaient, je donnais du sens à ce qui ne semblait pas en avoir. Pour comprendre les autres, je devais d’abord me comprendre.

Si la majorité des gens qui passent par le pénitencier ont le besoin de s’identifier par un tatouage, moi j’en suis sorti sans aucun. J’ai souvent fanfaronné auprès des fonctionnaires, qu’ils n’existaient pas de gens mauvais, mais que des hommes mal-aimés. Car du jour où un homme se sent aimé d’amour, il se transforme en une chose magnifique…

L’émission Seconde Chance, à laquelle j’ai participé, déclencha (beaucoup) de réflexions en moi. Tous ceux j’aime ou que j’ai aimé étaient maintenant capable de revisiter ma relation avec eux d’un œil lucide, en toute connaissance de mon histoire. Plusieurs m’ont demandé ce qui m’avait incité à me jeter en pâture aux lions. Je fus touché par leur sollicitude, mais mon objectif était de démontrer qu’une erreur monumentale pouvait se transformer en leçon sur les bénéfices du pardon.

Que celui qui n’a point péché jette la première pierre. Cette citation biblique a perdu de sa force parce que trop souvent prêchée. Mais le pardon ne vient pas de Dieu, il vient de l’amour. Celui qui nous pousse à nous dépasser, à faire des choses que nous n’aurions jamais faites autrement. L’amour n’est pas juste ce qui nous permet de procréer, il nous aide, supporte et permet de comprendre et de ressentir ce que l’autre est, sans nécessairement être en accord.

Cette expérience médiatique avec des gens bien intentionnés a permis de transformer sur pellicule une crapule en une personne déconstruite. De me présenter sans emballage, sans coloration, ni parfum fut bénéfique. Est-ce que je me suis senti mieux? Pas de doute. Est-ce que je me suis senti misérable ? Pas de doute non plus. Est-ce que cela va me conduire ailleurs dans mes réflexions ? Seuls mes futurs textes en témoigneront.

Cette page de vie marquante fut rendue possible par tous ceux et celles qui, sans nécessairement accepter, comprennent qu’il y a des choses qui nous permettent d’élever notre esprit au lieu de s’abaisser à la condamnation. Merci.

En complément à Reflet de Société +

Entrevue avec Martin Comeau, directeur des communications de l’organisme en promotion de la santé mentale, Survivre, sur le pardon authentique à soi et aux autres. 

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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D’une prison à l’autre, l’isolement du transfert

Dans le bus qui fait la navette entre les pénitenciers Cowansville et Sainte-Anne-des-Plaines, peu importe qu’il fasse jour ou nuit, on ne peut le savoir. C’est l’isolement total. Assis à l’arrière dans une cage – enchaîné, menotté et dans le noir total –, j’entends le rythme de la suspension qui réagit à la route; je sens le camion accélérer et ralentir ; et je ne peux contempler que le vide. Les pensées vont et viennent, sous forme de rêves.

Un texte de Colin McGregor, Centre Fédéral de Formation – Dossier Santé mentale

C’est à ça que doit ressembler un caisson d’isolation sensorielle, me dis-je. On trouve de ces caissons partout. Une paroi de fibre de verre contenant de l’eau salée à la température du corps. Aucune lumière, aucun son. Vous y plongez nu et, sans ressentir votre corps, vous y descendez jusqu’aux profondeurs de votre esprit.

Ces caissons sont devenus populaires, il y a des années de cela, grâce au livre fondateur du psychologue John Lily, Au centre du cyclone. Le docteur Lily était obsédé par les dauphins, qu’il considérait comme aussi intelligents que nous. Si vous pouviez comprendre comment ils pensent, comment leurs cerveaux fonctionnent, vous pourriez communiquer avec eux. Il croyait que le caisson d’isolation sensorielle permettrait à l’homme de pénétrer le cerveau du dauphin.

Le maître bouddhiste zen Brad Warner, de Californie, n’est pas de cet avis. Le leader mondial de l’ancienne secte Dogen Sangha, natif de l’Ohio, a visité l’université McGill, il y a quelques années, et il y a fait l’essai d’un de ces caissons. Cela ne l’a pas beaucoup impressionné. Les bouddhistes zen croient que nous sommes unis à l’univers, que nous ne formons ensemble qu’un seul grand tout. Par conséquent ils pensent, comme l’exprime Warner, «qu’un état d’esprit indépendant du corps n’existe pas dans la nature». Et il ajoute: «Au cours de cette expérience, j’étais certainement conscient de mes, hmm, organes intimes qui ballottaient comme un saucisson imprudemment lancé dans le Grand Lac Salé.»

Warner s’était endormi. Il se réveilla sur une musique qui pour lui, en tant que bassiste punk rock pour le groupe Zero Defex, ressemblait à la bande sonore du film culte de science-fiction Voyage vers la planète des femmes préhistoriques. Il sortit du caisson étourdi, en pensant à des femmes préhistoriques, légèrement habillées de coquillages.

Lily n’a jamais conversé avec des dauphins, dans ces caissons. Les dauphins pensent à beaucoup de choses: trouver de la nourriture, trouver l’amour, élever leurs petits… beaucoup de leurs préoccupations ressemblent aux nôtres. Mais ils ne demeurent jamais seuls avec leurs pensées.

Et moi non plus, dans ma cage d’isolation sensorielle, au fond du bus qui m’emmenait de Cowansville à Sainte-Anne-des-Plaines. Il y avait le cognement de la suspension; les bruits de la circulation à l’extérieur; la radio qu’écoutaient les officiers à l’avant. Mais c’est vrai, ce que Warner écrit dans son livre, Zen Wrapped in Karma Dipped in Chocolate (Le zen enveloppé de karma et trempé dans le chocolat): lorsque vous n’avez rien à regarder parce que vous êtes dans le noir, «votre cerveau part à la recherche de tout ce qu’il peut trouver, afin de se tenir occupé – un peu comme l’employé qui fait semblant de travailler, parce que le patron surveille». C’est incroyable, tout ce qui peut s’accumuler dans le grenier de notre mémoire.

De la musique déjà entendue, d’anciennes relations, des mauvais films, des traumatismes d’enfance et des choses que vous n’auriez jamais crut qu’elles fassent partie de vous, comme des toilettes qui débordent. Une grande partie de cela a un sens profond; une grande partie de cela n’a aucune importance.

Finalement, on me conduit hors du camion, une fois arrivé à destination. On détache mes chaînes. Un homme me demande si j’appartiens à un gang criminel. Non. On me mène à une cellule de détention, pour regarder dans le vide encore un peu.

Encore des choses sans valeur. La toilette semble sans fin.

Pour ceux d’entre vous que l’on a laissés seuls dans un lieu sombre – il peut s’agir d’une chambre d’hôpital ou d’une brute vous ayant enfermé dans un placard –, voici quelques conseils pour vous permettre de supporter cette journée:

  1. Inventez-vous un ami invisible, un grand écureuil de six pieds.
  2. Donnez-lui un nom. Le mien se nomme Doug. Vous ne pouvez pas utiliser ce nom pour votre écureuil. Il m’appartient.
  3. Soyez bon avec votre ami écureuil.
  4. Thèmes à éviter : les chats (ils chassent les écureuils), les pesticides, l’hiver.
  5. Dansez avec votre écureuil invisible.
  6. Si, disons, une infirmière ou un gardien de prison vous demande ce que vous faites, ne répondez jamais: «Allez-vous-en, je danse avec Doug l’écureuil, mon ami invisible.» (Quoique, votre écureuil ne se nommera jamais Doug – voir le point 2).

Ou vous pouvez simplement regarder dans le noir et méditer comme je l’ai fait. Et comme les bouddhistes l’enseignent. Mais dans tous leurs textes sacrés, il n’est jamais fait mention d’écureuils. Pas une seule fois.

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