Musée national des beaux arts du québec et le street art

Après le Château Frontenac, le Musée national des beaux arts du Québec

Bernard Lamarche et le street art

Le graffiti est aujourd’hui reconnu comme une pratique artistique à part entière identifiée sous l’appellation «street art»

Raymond Viger | Dossiers Hip-hop, CultureGraffiti, Vidéos

musée beaux arts québec fresque street art graffitiPendant 10 ans, Bernard Lamarche a été critique d’art au quotidien Le Devoir. En plus des arts visuels, Bernard Lamarche couvre la musique émergente. Avec une maîtrise en histoire de l’art du 20e siècle, il est très attiré par la peinture sous toutes ces formes.

En janvier 2012, Bernard Lamarche quitte le Musée régional de Rimouski où il occupait le poste de conservateur de l’art contemporain. Il débute au Musée national des beaux-arts du Québec comme conservateur de l’art actuel. Son premier mandat : un projet de fresque sur une palissade de construction de 75 mètres de longueur, une idée de sa directrice, Line Ouellet.

Une murale de 75 mètres

La palissade cache les travaux d’agrandissement du Musée qui s’achèveront en 2014. «Nous subissions la présence d’une énorme clôture. Ça prenait quelque chose pour embellir. Nous avons décidé de la traiter comme s’il s’agissait d’un immense mur sortant du musée, une nouvelle salle du musée directement dans la rue», nous raconte la directrice Line Ouellet.

Après avoir ratissé large et rencontré plusieurs artistes établis, Bernard Lamarche décide de retenir le street art. Lorsqu’il œuvrait au Musée de la Gaspésie, il avait eu l’occasion de voir le travail d’un collectif d’artistes de Québec, le Morgan Bridge. La commande de sa directrice était une belle occasion de faire équipe avec ce collectif habitué à travailler sur des murs.

«Nous avions eu un contrat d’une firme de design pour peindre le Musée de la Gaspésie. Nous devions représenter sur quatre murs les vagues de la mer avec quelques illustrations. Celles-ci devaient réagir au black light. Le musée avait le choix entre une firme qui l’imprimerait et notre projet. Nos budgets étaient similaires, et nous avons été choisis», s’exclame Alexandre Lemay, le directeur du collectif Morgan Bridge.

Morgan Bridge

galerie morgan bridge gallery street art contemporain québecDu côté du Morgan Bridge, Alexandre Lemay attendait impatiemment l’appel de Bernard Lamarche. «Je savais qu’une murale allait être en chantier. Je savais que le Musée national des beaux-arts allait nous appeler. Des informations avaient coulé. Nous sommes habitués à réaliser de grands formats. Finalement, j’étais très content de recevoir le téléphone de Bernard Lamarche.»

«Les artistes du Morgan Bridge étaient cools. Plus désinvoltes que les artistes professionnels avec qui je travaille habituellement. La journée de l’événement, ils ont bien manœuvré, au-delà de nos attentes», nous confie le conservateur du Musée qui ne cache pas le stress qui l’envahissait pendant la préparation du projet.

Et le stress était, malgré les apparences, partagé par Alexandre Lemay. «C’était la première fois que nous avions à travailler avec un échéancier à respecter. Le court laps de temps était un défi de taille pour nous, ainsi que d’avoir une activité publique», raconte humblement Alexandre Lemay.

«Une murale de 75 mètres de longueur, sur papier, ça a l’air immense. Mais devant les panneaux, en fin de compte, on aurait pu en prendre encore plus», raconte avec intensité Alexandre.

Un impact réussi

«Le projet a dépassé les résultats prévus. Nous devions accueillir le public pour peindre sur la murale jusqu’à 16 h 30. Une centaine de personnes étaient déjà là à midi! Nous avons dû repeindre sur les premières couches pour terminer la journée», confie un Bernard Lamarche fier de la réalisation de son premier projet avec le Musée.

«Nous avons été surpris et débordés par le nombre de personnes intéressées à laisser leurs traces sur la murale. Nous avions préparé des espaces, un peu comme de la peinture à numéro, mais tout était rempli après quelques heures. Nous avons décidé de laisser libre accès à la murale et nous allions décider par la suite ce que l’on conserverait», raconte simplement le directeur du Morgan Bridge.

«Les artistes ne sont pas habitués de travailler avec les grandes institutions. Chacun de nos départements a son propre emploi du temps. Sécurité, transport, déplacement sur le site, gestion de foule… Pendant la planification du travail, nous nous sommes rendu compte que nous avions oublié de planifier les barrières de sécurité», confesse-t-il candidement.

«J’ai appris beaucoup avec Alexandre Lemay, le directeur du Morgan Bridge. Ça a été une belle partie de plaisir. Certaines personnes qui avaient peint le matin sur la fresque étaient déçues de réaliser que leur création avait déjà disparu en après-midi», confie humblement Bernard Lamarche. Après tout, le graffiti n’est-il pas un art éphémère?

Une murale participative, avec des réalisations graffiti, peut choquer certaines sensibilités. La fresque se retrouve tout de même sur les terrains du Musée, en face des Plaines d’Abraham. «Un passant était choqué. Alexandre Lemay l’a rencontré et lui a expliqué le projet et le concept. Le passant est reparti content», affirme avec fierté le gestionnaire.

Selon Alexandre Lemay, cette expérience lui a permis de faire appel à ses amis graffiteurs pour qu’ils viennent lui donner un coup de main. Un contrat dont la liberté de création compensait l’humble budget du projet.

«Ce fut une expérience fantastique. Cela aura permis au Morgan Bridge de mieux se faire accepter par le public et de l’aider à trouver d’autres contrats», nous résume Bernard Lamarche. Cette expérience lui aura permis de reprendre contact avec ses racines de la contre-culture.

Pour la directrice Line Ouellet, il était approprié de travailler ce mur extérieur avec des artistes du street art, une façon de soutenir par la même occasion des artistes de Québec. Le défi résidait dans une installation extérieure avec la participation du public, un concept qui a fait sortir le musée de sa zone de confort.

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En 2004, Patrick crée sa marque de vêtements, Avive, qui lui permet de vivre à plein temps de son art depuis 2007. Il a été un des cofondateurs du collectif Morgan Bridge en 2008. Mais il a dû quitter pour se concentrer sur sa petite entreprise.

«Vu qu’on ne pouvait pas clouer sur les murs du Château Frontenac, le défi technique a été de construire tous nos murs et de les faire tenir», souligne Patrick, un des artistes qui a trouvé l’expérience super intéressante, un lieu «qui faisait changement, qui était différent».

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