Luca Patuelli, Lazy Legz et le breakdance

Pas d’excuses, pas de limites. Le t-shirt de Lazy Legz

ILLabilities, malgré les handicaps

Le breakdance sans limites

Luca Patuelli est atteint d’une maladie rare depuis l’enfance: l’arthrogrypose. Incapable de marcher, Luca a très peu de muscles dans les jambes. En 2007, Reflet de Société présentait ses rêves de conquérir le monde par le breakdance qu’il pratique sur des béquilles. Quatre ans plus tard, Luca consolide ses aspirations.

Dominic Desmarais Dossiers Break-danceHip Hop, Lazy Legz, Handicapés

lazy-legz-breakdance-danse-illabilities-break-b-boyComme nom de scène, Luca a choisi Lazy Legz. Des jambes paresseuses qui peinent à suivre la cadence imposée par la volonté du jeune homme. À 26 ans, Luca Patuelli ne déroge pas à son principe de vie qui l’a façonné: pas d’excuses, pas de limites. Ne jamais renoncer avant d’essayer. «Tout le monde peut se trouver des excuses pour ne pas affronter de défi. Pas moi. J’essaie toujours. Même si ça m’est difficile.»

Cette attitude lui a notamment permis de goûter aux joies du skateboard comme bien des jeunes, à l’adolescence. Au patinage également. «Je ne me suis pas amusé. Je tombais tout le temps. Mais au moins, j’ai essayé.» C’est pour se sentir comme les autres que Luca ne se met aucune limite. Car dès l’enfance, il ne se considère pas limité. «Je ne me suis jamais vu comme un handicapé. Jeune, je ne voulais pas être ami avec eux. Je me disais que si les gens me voyaient avec eux, ils m’associeraient à eux.»

lazy-legz-breaker-ill-matic-bequille-breakdance-breakdancing-hiphop-break-handicapAdolescent, le futur Lazy Legz s’intéresse à la danse. Aux pirouettes spectaculaires des b-boys. Contrairement au patinage, il persévère. Il vient de se trouver une passion sortie tout droit de l’impossible. De la haute voltige sur béquilles! Ses accessoires, qui lui permettent de tenir debout, deviennent le prolongement de son corps.

Luca, que rien n’arrête, ne réalise pas qu’il est limité physiquement. Sur le plancher de danse, au milieu des autres b-boys, il détonne. Ce n’est qu’à l’aube de la vingtaine qu’il prend conscience de son handicap. «J’ai accepté mon handicap grâce à la danse. Disons que c’est plus ma différence que j’ai acceptée. Mais ce n’était pas comme si je me libérais d’un poids, comme si ça m’avait affecté. Parce qu’au fond, on a tous des handicaps. On vit tous les mêmes choses.»

Compétition internationale de Breakdance

Lazylegz-luca-patuelli-breakdance-break-breakdancing-danseLazy Legz décide qu’il veut participer à la plus importante compétition de breakdance au monde à cette époque, en Californie: le Freestyle Session. Il va se mesurer aux meilleurs de la planète. C’est en 2004. Luca a 20 ans. Il n’est pas encore un danseur professionnel qui vit de son art. Il doit travailler pour s’offrir ce rêve. «J’ai payé mon billet d’avion en travaillant au Queue de Castor dans le Vieux-Port», se souvient-il en riant, les yeux illuminés, tel un gamin.

L’expérience renforce son plaisir de danser et de voyager. «À la compétition, il y avait plusieurs Canadiens parmi les inscrits. On ne se connaissait pas mais on a formé une équipe. Et on a fait partie des 16 finalistes sur 70 équipes. C’est incroyable!»

Au contact des danseurs de nationalités diverses, Luca adopte les valeurs du breakdance. La fraternité au sein de la communauté hip-hop ouvre ses horizons. Il fait des rencontres inoubliables. Ce qui l’aide à prendre conscience de son handicap sans douleur. Il se sent reconnu et épaulé par ses frères b-boys.

Partager le bonheur de la danse

lazy-legz-breaker-ill-matic-bequille-breakdance-breakdancing-hiphopLuca fait partie d’une culture qui partage ses expériences, ses valeurs. Il veut lui aussi s’impliquer. Sans trop savoir comment. Il se revoit, enfant, à l’hôpital. De longs moments passés dans sa chambre avec des visites sporadiques. «J’ai eu 16 opérations dans ma vie. J’ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux. Les visites de clowns, ce sont des moments dont je vais me rappeler toute ma vie. Je me suis dit que je ferais la même chose pour les jeunes.»

Il aborde de lui-même le sujet auprès de l’hôpital Shriner spécialisé dans les chirurgies pour enfants. Il propose ses services pour danser devant les jeunes patients. «Je me suis dit que si j’avais eu ça à l’hôpital, quand j’étais jeune, ça m’aurait aidé à guérir plus vite.» Les jeunes sont impressionnés de voir un «malade» virevolter avec des béquilles.

L’idée fait son chemin. Petit à petit, Luca reçoit d’autres invitations. Que ce soit dans les hôpitaux ou les  écoles, ses numéros de danse se changent en conférences de motivation sur son vécu, son approche de la vie. Sa passion pour la danse, qui lui a fait connaître les principes de la culture hip-hop, lui offre la chance de changer des vies en se racontant. Il commence à gagner un peu d’argent grâce à ces activités. Communiquer sa joie de vivre par la danse et la parole est un nouveau défi qui se présente à lui, l’homme qui raffole de se frotter à l’inconnu.

Premier obstacle, le français. Né au Québec, ayant grandi aux États-Unis où son père travaillait, Luca ne connaît du français que ce qu’on lui a transmis à la maison dans un environnement anglophone. «Je n’ai jamais fait l’école en français. À la maison, ma mère me parlait en italien, mon père en français. Je n’ai pas appris à lire et à écrire. Mais je comprends. Il fallait juste que je me pratique à parler.»

Si apprendre le français est difficile, ce n’est pas ce qui va décourager le jeune homme. Pas de limites, pas d’excuses. Par expérience, Luca sait qu’il lui faut de la patience pour arriver à communiquer dans la langue de Molière. «Moi, quand je veux quelque chose, j’y mets toute mon énergie. Si je le dis, je vais jusqu’au bout.»

Danseurs handicapés

lazy-legz-breaker-ill-matic-bequille-breakdance-breakdancing-hiphop-breakEn parcourant les évènements hip-hop du globe, Lazy Legz rencontre des spécimens rares comme lui. D’autres danseurs handicapés qui surmontent leurs limites physiques et adaptent leurs mouvements à leurs capacités. Le jeune homme, de plus en plus ouvert aux conditions de vie des jeunes handicapés, y voit une belle opportunité de réunir ces danseurs en une troupe.

En 2007, il crée ILLabilities, un groupe de 5 b-boys handicapés provenant du Chili, des États-Unis, du Canada et des Pays-Bas. Mais l’aventure commence lentement. L’éloignement de chacun limite les possibilités de tournées, de spectacles. L’organisation de ces évènements est difficile à distance. Et la troupe, qui vient à peine de naître, n’a pas encore les moyens de ses ambitions. La conquête du monde ne sera pas instantanée.

Lazy Legz, un breakdancer producteur

Luca organise tout. Il fait des démarches pour présenter des spectacles d’ILLabilities au Canada, cherche des commanditaires, loue un véhicule pour les déplacements. Il a tout à apprendre. Un autre défi à relever. Après la danse et les conférences de motivation, le voilà entrepreneur. «Financièrement, j’ai pris un gros risque. Et en plus, j’organisais tout.»

Avec la tournée canadienne, ILLabilities espère se financer pour se présenter à l’international. Le rêve de ces danseurs est de voyager grâce à leur art. En un mois et demi, ils donnent 25 spectacles. «Parfois, on faisait 3 spectacles en une journée. En 45 jours, on a fait plus de 10 000 km en voiture. C’était fou!»

Breakdance freestyle

Les retombées sont bonnes. Mais Luca est insatisfait de leur prestation. «On s’était vu 5 fois avant la tournée. Difficile de préparer un spectacle commun. On faisait du freestyle de 5 à 10 minutes chacun. Rien de plus.» L’équipe n’est pas encore soudée. Elle est trop dispersée pour passer à un niveau professionnel. Pour résoudre ce problème, Luca loue un loft à Montréal afin de rassembler la troupe. Pendant 2 mois, les 5 partenaires cogitent et assemblent leurs idées. Plutôt que de rabouter 5 parties différentes pour faire un show, ils mettent au profit du groupe leur créativité commune.

«Ensemble, en deux mois, on a monté une pièce de théâtre de 20 minutes. C’est l’histoire de nos vies. On utilise nos handicaps et la danse. Ce n’était pas évident d’harmoniser nos chorégraphies. Mais on y est parvenu. La chorégraphie est venue de chacun de nous. On a deux danseurs qui doivent rester au sol pour leurs mouvements. Il fallait que 5 différentes façons de danser puissent coexister en un tout.» Luca les fait plancher sur leur spectacle pour atteindre le désir de chaque membre. «Eux, leur rêve, c’était de voyager. C’est l’opportunité que je leur ai donnée.»

Luca leur offre beaucoup plus que la découverte de nouvelles cultures. Il leur offre de se découvrir eux-mêmes. Habitué depuis plus de 5 ans à intervenir auprès des enfants, le jeu-ne homme dirige ILLabilities dans ce sens. En plus de la pièce de théâtre, la troupe prépare des conférences de motivation. Un autre défi pour Lazy et ses protégés. «Les danseurs n’avaient jamais parlé devant les gens. Moi, je le faisais pour gagner ma vie. Les danseurs n’étaient pas conscients de l’impact qu’ils avaient sur les jeunes, sur les handicapés. Maintenant, ils savent. Ils ont compris qu’ils pouvaient porter un message. Soit d’utiliser son désavantage pour en faire sa force.»

ILLabilities, du breakdance international

Éventuellement, Luca aimerait voir ILLabilities accueillir de nouveaux membres. «Nous sommes presque les seuls au monde. Il y a 2 danseurs handicapés en France, un à Washington et un autre en Suède. Mais si on est plus, ça signifie moins d’opportunités pour chacun.» ILLabilities n’est pas encore assez solide pour penser s’agrandir. Mais la troupe respecte son rêve: voyager. Ils ont pris l’avion pour des tournées au Japon, en Corée, en France, aux États-Unis et au Canada. En parallèle, Lazy Legz a poursuivi des rêves personnels qui l’ont mené en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. À l’automne, il ajoutera la Russie à sa collection de visas.

«Je viens de signer un contrat avec une compagnie française de danse contemporaine mêlée avec le hip-hop. Je vais être en tournée avec eux pendant un an. Avec la possibilité de participer à des évènements avec ILLabilities.» Luca pense au B-Boy week, aux Pays-Bas, qui aura lieu à l’automne. Pendant une semaine, les 5 danseurs vont se fondre avec 10 000 autres danseurs dans un petit village près de Rotterdam. «Aujourd’hui, c’est devenu le plus gros évènement b-boy au monde.»

Marcher pour la cause

Luca pourrait se contenter de rejoindre les jeunes et les handicapés à travers ILLabilities et conserver du temps pour lui. Mais en vieillissant, il a pris conscience de l’impact qu’il a sur les gens lors de ses conférences. Il reconnaît que ceux et celles qu’il rencontre ont aussi un impact sur lui. Chacun sert de source de motivation.

L’an dernier, il a marché 1 km pour les enfants aux prises avec la même maladie que lui, l’arthrogrypose. Une marche sans accessoire. Pas de béquilles ni d’orthèse. «Ça m’a pris 55 minutes, l’an passé. Et je suis tombé 55 fois! Cette année, toujours pour la même cause, je vais essayer 2 km. Je m’entraîne. Je marche, je m’étire beaucoup. Et je danse. Même si je ne suis pas actif des jambes. Le breakdance me garde en forme. Ce qui me permet d’avoir plus d’énergie pour marcher.»

Un corps fatigué

Enfant, Luca ne connaissait pas le sens du mot limite. Il ne se voyait pas comme un handicapé. La sagesse, les expériences de la vie et un corps pour qui il a été trop exigeant lui donnent un nouveau regard plus nuancé.

Il y a quelques années, lors d’une compétition relevée, Lazy s’est cassé la jambe. «J’ai vu que j’avais des limites. Avant, je n’en avais pas. Je ne connaissais pas la peur. Quand je me suis fracturé la jambe, j’ai commencé à avoir peur. Il a fallu que je la combatte, que je l’affronte. Ce qui m’a aidé à trouver de nouveaux mouvements pour danser, à mieux respecter mon corps.»

Le nombre incalculable d’heures passées à pratiquer le breakdance ont laissé des marques. Luca a des tendinites aux deux bras. Son attitude s’adoucit. «Plus jeune, les escaliers ne me dérangeaient pas. Là, je préfère prendre l’ascenseur pour ne pas faire souffrir mes bras pour rien. Montréal, ce n’est pas évident pour un handicapé. C’est tout un défi. Les boîtes de nuit et la majorité des métros sont difficilement accessibles. Mais bon, New York et Paris, ce n’est pas mieux.»

Si sa condition physique lui fait réaliser les difficultés pour un handicapé de s’intégrer à la vie quotidienne de la ville, son contact avec des handicapés suffit à lui ouvrir les yeux sur leur mise à l’écart. Les jeunes qu’il rencontre dans des écoles spécialisées ou dans les hôpitaux n’ont jamais pu s’offrir un vrai spectacle de breakdance. Luca voulait leur faire ce cadeau. «J’ai organisé une compétition. J’avais invité certains des meilleurs danseurs au monde. J’ai cherché pendant deux mois des locaux accessibles aux enfants handicapés. Je n’ai rien trouvé. J’ai loué le Club Soda car au moins, leurs toilettes sont au premier étage. Et j’ai loué une rampe d’accès.»

Pour encourager Lazy Legz dans son message de détermination dans les écoles: Pas d’excuses, pas de limites. Le t-shirt de Lazy Legz

Textes sur Lazy Legz

Autres textes sur Break-dance

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Lazy Legz présente son T-Shirt Pas d’excuses… pas de limites

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Un rapper a les blues

Le Rap en région

Quitter le Lac St-Jean pour rapper à Montréal

À 16 ans, Dali est mis à la porte par sa mère et son beau-père. Sous le choc, il quitte le Lac Saint-Jean pour aller rejoindre son père à Montréal. Excité de ce nouveau départ qui va l’immerger dans la scène hip-hop, le jeune artiste est confronté à un défi de taille: trouver sa place.

Dominic Desmarais Dossiers Hip-HopRap

rap-lac-st-jean-rapper-region-hiphop-chanteurDali était plein de bonnes intentions en quittant le Lac Saint-Jean. Il laissait derrière lui tout un pan de sa vie. Sa famille, sa mère, ses amis, son école, sa «patrie». Le jeune adolescent ne regardait pas ce qui lui manquerait. Il se voyait renaître. Une nouvelle vie s’offrait à lui. Il rejoignait son père et, surtout, se rapprochait de sa passion: le hip-hop.

Jeune, Dali rêvait de s’établir à Montréal. Mais pas à 16 ans. «Dans ma tête, je serais parti plus tard, vers 20 ans.» Son départ, précipité, chamboulait la vie de son père. «Il a travaillé dans la marine marchande pendant 30 ans. Il n’a jamais eu de domicile. C’était la première fois de sa vie qu’il avait un bail. Mais il n’a pas eu d’autre choix que de m’accueillir, il m’aimait!»

Le père, un marginal qui ne s’est jamais intégré à la société, doit s’adapter. Dali aussi. L’adolescent doit poursuivre ses études. Lui qui a toujours été en cheminement particulier depuis son entrée à l’école doit dénicher un établissement qui offre ce service. «Il n’y a pas beaucoup d’écoles qui offrent, à Montréal, un cheminement comme au Lac Saint-Jean. J’ai trouvé le collège Édouard-Montpetit mais ce n’était pas comme ce que je connaissais.» Dali a besoin d’être motivé pour apprendre. Il est habitué à avoir un seul professeur, à ne jamais changer de local. Dans cette classe, ils étaient 13. Il pouvait recevoir toute l’attention dont il avait besoin.

Intégration difficile d’un rapper
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«J’ai eu beaucoup de misère à m’adapter à Édouard-Montpetit. Je sens que ça m’affecte encore. Je suis facile d’approche mais là-bas, j’ai eu de la difficulté à me faire des amis. C’est très multiculturel et les cercles étaient très fermés. En plus, l’école est entourée de grillage. Il y a des agents de sécurité partout. Ça ressemblait à une prison. Ce n’était pas motivant.»

Dali erre seul. Il vit quelques beaux moments qu’il ne peut partager avec des amis. Il trouve son plaisir en animant une émission de radio étudiante le midi, une fois par semaine: que du hip-hop québécois pendant une heure.

Puis, il y a ce spectacle où il fait la première partie du groupe réputé L’Assemblée. Mais ces moments de réjouissance, ces victoires personnelles sont insuffisantes. Dali frôle la dépression. Il termine son année scolaire qui équivaut à un secondaire 3. Il a 18 ans et il ne peut retourner à Édouard-Montpetit. «De toute façon, je n’en avais pas envie. Au Lac Saint-Jean, si tu as de l’intérêt pour quelque chose, c’est facile de se faire des amis. Mais à l’école, je n’étais pas capable.»

Dali décide de s’inscrire à l’école aux adultes, à Hochelaga-Maisonneuve, pour terminer son secondaire. «Ça été moins pire. Mais je n’ai pas aimé ça. Je n’ai pas avancé. Il n’y a pas de professeurs, tu dois faire tes travaux toi-même. Je n’en étais pas capable. J’ai besoin d’être motivé par les enseignants. J’ai décroché.» Dali a 19 ans. Pendant cette année, il côtoie des adultes de tous âges. Certains se passionnent pour le rap. Mais personne pour se lier d’amitié avec lui. Le rappeur reste seul dans son coin, seul avec sa passion qui le dévore. Il assiste à tous les spectacles de hip-hop, travaille sur une démo de 18 chansons qu’il tente de vendre. Il parvient même à enregistrer une chanson sur une compilation d’artistes lancée par L’Assemblée qui encourage la relève. L’album Bouche à oreille, vol.5, est offert gratuitement sur le web.

Fuite au Lac Saint-Jean

raper-dali-lac-st-jean-rap-region-hip-hop-rappeur«Mon but, quand j’allais à des spectacles, c’était de me faire des contacts pour booker des shows. Pour en faire partie. Mais à Montréal, il y a plusieurs rappeurs dans un spectacle. Tu es un parmi plusieurs.» Dali participe à quelques shows mais trouve difficile de se faire une place. Après deux ans d’effort pour s’intégrer à la vie montréalaise, il capitule et retourne au Lac Saint-Jean où il sent un lien d’appartenance.

«Il y avait des ouvertures pour des spectacles, au Lac. Avec internet, j’avais envoyé mes chansons. J’existais là-bas. Les portes s’ouvraient aussi pour le Saguenay. Ça me motivait pour vendre mon CD. Je voulais organiser des spectacles, faire des premières parties d’artistes reconnus. Pour moi, je déménageais à Alma pour de bon.»

Son arrivée lui donne raison. Il obtient une certaine reconnaissance grâce à son implication sur l’album compilation Bouche à oreille, vol.5. Il est le gars du Lac Saint-Jean qui a travaillé avec un groupe connu et apprécié. «Ça m’a motivé. J’avais l’impression que je faisais une différence. Je n’étais plus un inconnu dans une jungle comme à Montréal. J’aidais, moi aussi, les autres pour qu’ils progressent dans leur carrière.»

Après 3 mois à Alma, Dali repart. Lui qui pensait s’y accrocher les pieds retourne à Montréal chez son père. «J’avais un coloc qui aimait pas mal faire le party. Je n’y étais pas habitué. J’ai toujours habité avec mes parents. Il fallait que je déménage. Plutôt que de me trouver un autre appartement, j’ai choisi la voie facile. Je suis retourné vivre avec mon père.» Dali assure qu’il ne quittait pas sa patrie désillusion-né. «Ça marchait correctement. Ça allait comme je le voulais», dit-il d’un ton impassible.

À Montréal, Dali reprend sa routine. Il écrit des chansons, assiste à des spectacles de rap et fait du démarchage pour performer dans des shows. Il anime une émission à CHOQ.FM, la radio de l’Université du Québec à Montréal, ce qui lui permet d’interviewer les artistes connus et émergents de la culture hip-hop. Dali parfait ses connaissances. «Je trouve que les régions sont influencées par Montréal et Québec. Dans la métropole, les jeunes écoutent davantage ce qui se fait à l’étranger que chez nous. L’Assemblée, Sans-Pression, c’est beaucoup plus fort en région. Les gens sont plus fiers de leur culture. Ils ont un lien d’appartenance.»

L’amour du Québec
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Son cœur est resté au Lac Saint-Jean. La jungle urbaine n’est pas faite pour lui. «Il y a trop de rappeurs à Montréal. C’est plus facile en région. C’est la même chose pour vendre des CD. À Montréal, c’est un projet parmi tant d’autres. Au Lac, il y a un intérêt, une fierté. Mon but, c’est de représenter le Lac Saint-Jean à travers le Québec. Parce que je suis un fan du Québec. C’est mon pays. Dans ma tête et dans mon cœur. Ce n’est pas une question politique. C’est dans mes valeurs.»

Dali encourage et achète ce qui est québécois. «Je mets mon argent ici pour faire rouler nos artistes. Pour faire avancer notre communauté à nous. C’est pour ça que j’achète des vêtements québécois de marque urbaine. Mes restos, mes films, mes CD, c’est du québécois.»

Pour la suite de sa carrière, Dali voit grand. «L’amour du Québec, je veux qu’il soit fort. Je veux que chaque région soit épanouie artistiquement. Que chaque région ait ses artistes hip-hop. Au Saguenay Lac Saint-Jean, il y a une relève. Mais je ne pense pas que quelqu’un va travailler assez fort pour représenter la région. Je veux pousser ma carrière et, en même temps, développer la relève en organisant des spectacles, en enregistrant des CD.»

À 23 ans, Dali en est à son 3ème CD. Il a mis certaines de ses chansons sur Youtube dans l’espoir de se faire connaître, de créer un intérêt. Il offre un téléchargement gratuit. L’album est un outil promotionnel pour qu’à moyen terme, il y ait une demande lui permettant d’enregistrer un album qui sortirait, comme Dubmatique et L’Assemblée, à travers la province. Dali veut faire entendre sa voix. Il veut promouvoir le Lac Saint-Jean comme Samian et Anodajay l’ont fait pour l’Abitibi. Il veut sortir du lot, de l’anonymat.

Rapper son rêve

Au sein de la communauté hip-hop, Dali est un rappeur parmi tant d’autres. Mais quand il sort de son milieu, il se sent différent. «Du point de vue de la société, je ne me sens pas à la même place que les gens de mon âge. Ils ont des emplois, des appartements, des chars, des blondes. Je sens l’impact de la société: je ne suis pas au même endroit que la société. Mais quand je m’écoute, je me dis que je n’ai pas besoin de tout ça pour être heureux. Ce que je veux, c’est m’épanouir artistiquement. Sentir que mes projets avancent. Me faire connaître. J’écris au quotidien et je fais la promotion de mes chansons sur Internet. Grâce aux réseaux sociaux, j’essaie d’avoir le plus de visibilité possible.»

Dali n’a pas encore accompli son rêve. Il a vécu longtemps le rejet. Mais au moins, il a un rêve et il travaille à tous les jours pour le réaliser. C’est peut-être ça, sa différence.

Les 3 reportages sur le rapper Dali:

Le rap du Lac-St-Jean

Un rapper a les blues

Rap et homosexualité: intimidation dans le rap music

Autres textes sur le Rap:

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Breakdance Call Out

Bistro le Ste Cath, restaurant socialement engagé dans Hochelaga-Maisonneuve

Quoi voir et quoi faire ce week-end?

Call-Out: B-Boy and B-Girl battles

Call Out est un événement de battles de breakdance organisé par Johnny Skywalker. Plusieurs compétitions entre B-boys et B-girls. Le public décide des gagnants.

Raymond Viger  Dossiers Hip-hop, Culture, Break-dance

call out flyer[1] Pour le prochain Call-Out, Johnny Skywalker nous a préparé des battles de Krumping, Popping, Electro. Le Dj sera DJ Neekikilla et votre maître de cérémonie, Oktofoot

Call Out sera présenté le 16 avril 2011 à 19:00 heures au Urban Element 910 Jean-Talon est.

Autres textes sur le Break-dance

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Graffiteur international à Montréal

Importation de graffiteur Suisse

Mark, le graffiti et le social

Mark est originaire de Suisse. Très jeune, il est initié à l’art du graffiti et s’ouvre à la culture hip-hop. 20 ans plus tard, il épouse plus que jamais les valeurs de ce milieu qui l’a fait voyager de par le monde. Il porte un nouveau regard sur cette philosophie de vie qui a évoluée avec les générations.

Dominic Desmarais  Dossier Graffiti, Hip Hop, Sterling Downey

graffiteur suisse graffiti montréal hip hopAvec sa casquette, son long toupet qui s’incline sur le côté pour laisser de l’espace à ses yeux rieurs, Mark ne paraît pas ses 33 ans. Graffer depuis l’âge de 13 ans, il a voué sa vie à une culture qui lui a tant donné: le hip-hop. Attiré par le dessin depuis sa plus tendre enfance, le jeune homme ne se doutait pas que l’art lui procurerait un mode de vie.

Graffiteur Suisse amoureux du Québec

Mark découvre la belle province en 1999. Habitué des tournées européennes de graffiti qui le mènent en Allemagne, en France, en Espagne et en Angleterre, il débarque au festival Under Pressure à la demande d’un gros commanditaire qui lui paie le voyage. Il peint des fresques lors de l’événement et, plutôt que de repartir deux semaines plus tard, il s’incruste un mois de plus. L’ambiance de la culture hip-hop québécoise le galvanise. «J’ai fait un saut dans le temps. Ça ressemblait à nos débuts, en Europe. L’intérêt des médias, de la publicité pour le graffiti, le hip-hop… J’arrivais à un moment où il y avait une dynamique incroyable!»

Le Suisse aime tant le contact avec les artistes québécois qu’il décide de revenir, à ses frais, l’année suivante. Sterling Downey, l’organisateur de la convention graffiti Under Pressure et graffer de la première heure, lui ouvre les portes de son réseau. «Il m’a dirigé vers les personnes influentes. Les boutiques de linge, le milieu du graffiti. Il a un énorme réseau! Ça m’a permis d’aller peindre des murales avec d’autres artistes!»

Grâce à l’ouverture de Sterling Downey, Mark peut assouvir sa passion. «C’est enrichissant de voir d’autres artistes internationaux. Moi, quand je fais une fresque, je suis rarement seul. J’aime partager avec un autre, dans un autre pays, avec des gens de styles différents, qui ont une expérience de vie différente. L’échange est valorisant. Au niveau de la langue, de la culture. Le graffiti est très international. C’est là son énorme pouvoir social.»

Mark utilise le graffiti comme une façon de voyager, de fraterniser. Grâce aux médias, à Internet, il apprend à connaître des artistes d’un peu partout sur la planète. «En 3 courriels, si je veux aller en Australie, je peux être hébergé par d’autres graffers. Il y a un lien. On a ça en commun.»

Mark, à travers les œuvres des autres artistes qu’il n’a jamais rencontrés, peut voir s’ils épousent, comme lui, les valeurs de sa culture. Comme il l’a vécu avec Sterling Downey. «La base du hip-hop, c’est de changer le négatif en positif. Au lieu d’aller dans la criminalité est venue l’envie de faire un battle de rap ou de danse. La grosse valeur du hip-hop, c’est le respect. Même si certains l’oublient. Dans le graf, il y a des codes. Mais les jeunes ne les respectent pas. Sterling Downey aimerait les éduquer. Je le comprends. Mais de par mon expérience, je sais que certains jeunes n’en ont rien à foutre.»

Des ados qui se cherchent

Mark a constaté que le graffiti est un art qui rejoint les adolescents qui s’y adonnent quelques années. «Tu commences quand tu es jeune, dans la période où tu te cherches. Vouloir transgresser les règles ou d’en créer soi-même, vient à cet âge. Il faut en être conscient. Je ne dis pas de le cautionner. Certains font des murales, d’autres des tags. Certains vont respecter les autres, mais pas tous. Même s’ils font partie du même milieu. À cet âge, on cherche à socialiser, à appartenir à un groupe. Les jeunes suivent des modes et celles-ci changent. Ce n’est pas grave. Le hip-hop des années 2000 n’est pas le hip-hop des années 1980 qui a créé une contre-culture pour revendiquer. Ça évolue, à l’image de la société.»

Le graffiti fait partie de la culture hip-hop mais Mark le considère différent du rap, du breakdance, des MC, DJ, des skaters et du slam. «Historiquement, le graffiti vient avant le hip-hop. Il s’y est assimilé mais comme un électron libre. C’est la seule composante de cette culture qui peut créer des problèmes. Tu n’iras pas en prison parce que tu danses ou que tu chantes. Le graffiti est un art marginal, qui attire des jeunes qui veulent se distinguer dans leur milieu. C’est long et difficile d’éduquer le public. Nous les graffers, nous sommes assimilés à des vandales. Mets un public devant une murale graffiti ou peinte normalement, il va la voir comme un acte de vandalisme. C’est comme ça que le public reçoit le message du graffiti : des jeunes à problèmes, qui se droguent, qui sont violents. Bien sûr que la violence chez les jeunes existe. Mais vient-elle du graffiti? Du hip-hop? Moi, je connais des jeunes qui font du graffiti. Mais leur finalité, c’est la violence gratuite. Leur trip, c’est de casser des vitres. C’est dans la démarche artistique et personnelle du jeune qu’on peut remarquer s’il s’intègre à la culture ou pas.»

Du hip-hop communautaire

La culture du hip-hop, telle que vécue au Québec, faciliterait l’intervention auprès des jeunes. «Ici, il y a une intervention collective et communautaire. Ce qu’on retrouve peu en Europe. La convention graffiti Under Pressure met de l’avant et regroupe toutes les composantes du hip-hop. Chez nous, les gens ne se mélangent plus trop. Au Québec, les jeunes peuvent comprendre qu’il n’y a pas qu’eux. Ils s’ouvrent aux autres, aux modes d’expressions différents des leurs. C’est une façon de les éduquer», affirme-t-il en répétant comprendre la volonté de Sterling Downey de sensibiliser la jeune génération qui gravite dans le milieu hip-hop.

L’implication des plus vieux, Mark y croit. Il le vit. «Une des valeurs du hip-hop, c’est de transmettre aux plus jeunes. Le graffiti, c’est un acte où tu parles de toi. Tu t’exprimes. Tu le fais pour toi. Alors ce n’est pas tous les jeunes qui vont redonner à la culture. C’est comme dans la société. On n’invente rien. Pour moi, c’est une philosophie de vie. Je me suis construis là-dessus: solidarité, expression, transmission de valeurs, éducation.» Ce n’est pas pour rien que le graffiti a mené Mark au travail social, en Suisse. Il peut suivre les valeurs apprises depuis sa tendre adolescence.

Photos de Murales et fresques urbaines.

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Arpi: Muraliste et designer d’intérieur

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Vidéo murale graffiti pour l’agence de communication ID3 (idées aux Cubes)

Murale graffiti, animation de foule, peinture en direct, T-shirt

Mural de Michael Jackson au Festival de Jazz avec les graffiteurs Fluke et Omen

Mural graffiti en direct par Fluke

Fluke pour Oxygen

Video clip graffiti hiphop et breakdance gratuit

Projet graffiti pour Oakley

Graffiti calligraphie El Seed

Le mural Jean Talon

Rencontre avec Nawlz: Graffeur du monde

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Gangstérisme, Hip Hop et gang de rue

Adeptes du Hip Hop ou membre d’un gang?

Hip Hop: mode ou gang de rue?

Ils sont «yo». Ils rejettent les normes. Ils ont adopté la culture hip-hop. Ce sont parfois des Québécois d’origine étrangère, haïtienne, latino-américaine, chinoise, parfois des Québécois dits de souche. Ils font des «fuck you» à la police. Ils ont l’air de petits truands. Ces jeunes sont-ils des membres de gangs de rue?

Murielle Chatelier             Dossier Hip Hop et Gang de rue

Les adeptes de la culture hip-hop ne passent pas inaperçus. Pantalons au ras des fesses, chandails amples aussi longs que des robes, bijoux style «bling-bling», démarche trop cool pour être naturelle, avec en prime une attitude de hors-la-loi. Ils passent encore moins inaperçus quand ils sont impliqués dans des actes de nature criminelle et qu’ils font les manchettes. Mais ils trouvent que les médias les associent trop vite aux gangs de rue, comme lors de la mémorable émeute de Montréal-Nord, en août dernier. «Dès qu’on parle des jeunes qui adoptent le style hip-hop, tout est classé gang de rue», s’exapère Dub-D, un producteur de musique hip-hop qui vit dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Avec sa peau blanche et son style «yo» plutôt décent, il ne se sent pas moins opprimé que les jeunes issus de communautés culturelles. «On est peut-être des jeunes de rue, mais pas nécessairement des membres de gangs de rue!» Tatoué de toutes parts, il revendique constamment haut et fort son statut de contribuable, mérité à la sueur de son front.

Gang de rue: stéréotypes tenaces

Charles Ali Nestor, le fondateur de l’école d’arts martiaux Ness Martial – et aussi le personnage principal du premier documentaire de Dan Bigras, Le Ring intérieur – ne comprend pas non plus pourquoi on parle tant des membres de gangs de rue dans les médias. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’en a répertorié qu’entre 300 et 500 sur toute l’île de Montréal. « Les événements de Montréal-Nord et les débats sur les gangs de rue qui s’en sont suivis sont un bon exemple du mauvais lien que font les gens avec les gangs de rue.»

Ayant lui-même fait partie de gangs de rue dans son adolescence, le boxeur de 34 ans – et son âge rappelle du même coup que le phénomène des gangs n’a rien de nouveau – en a ras le bol de ces équations. « Aujourd’hui, on ne peut plus associer la culture hip-hop aux gangs de rue. Quand il y a eu l’émeute, on a parlé de gangs et de Noirs, et ça n’avait rien à voir! Les jeunes qui ont fait de la casse étaient des frimeurs. Et le vandale qui transportait une grosse télé volée sur sa tête et qu’on a tous vu dans les médias n’était pas un Noir!»

Pour se faire accepter par la société, Nestor s’est résolu à changer de style, à remonter ses pantalons et à couper ses cheveux. «Dans mon jeune temps, à la fin des années 80, je n’avais pas le choix de changer pour faire ma place. À cette époque, le hip-hop était un mouvement de rébellion des Noirs. Aujourd’hui, c’est une vaste culture urbaine qu’on retrouve dans le monde entier,. Il y a des groupes de Blancs qui adhèrent à la culture hip hop et qui ne se tiennent pas avec des Noirs.»

Profilage gang de rue et hip-hop

Se faire arrêter constamment par la police, les jeunes au style hip-hop en ont marre. « Les policiers outrepassent leurs droits d’agents de la paix, estime Dub-D. On dirait qu’ils se croient tout permis.»

Malgré son statut de personnalité publique, Charles Ali Nestor a déjà fait l’objet de profilage racial. «J’allais à un gala de boxe avec des jeunes, et je m’étais habillé comme eux pour la circonstance. Je conduis une Jeep de l’année, et on m’a arrêté sans raison. Un Noir avec des vêtements hip-hop au volant d’une belle voiture, c’est souvent suspect. Quand les policiers ont vu mon nom sur mes pièces d’identité, ils ont dit : «Ah, vous êtes le boxeur». Et ils m’ont laissé aller, sans autre forme de procès.»

Dub-D affirme avoir lui aussi été victime de ce genre de discrimination. «Le problème du profilage  touche tous les jeunes, dans tous les quartiers. J’ai déjà été à un party dans un appartement situé sur la rue Mont-Royal, et les policiers sont arrivés sans aucune raison pour nous disperser. C’était pourtant une soirée «relax» bien ordinaire.»

Charles Ali Nestor estime que les médias ont une part importante de responsabilité dans cette vision négative du hip-hop. «Souvent, les médias ne rapportent pas la bonne information. Ils sont les premiers à faire du profilage en associant continuellement les Noirs habillés selon le style hip-hop aux gangs de rue. Ce serait bien qu’ils commencent à parler plus des différents organismes qui sont là pour écouter ces jeunes qui vivent dans la marginalité.»

Gangstérisme et Hip Hop

L’un des traits caractéristiques des «jeunes de la rue» est leur besoin de se masser en gang. Rencontré dans une pizzéria de Montréal-Nord, Général, un jeune rappeur d’origine africaine, ne voit rien de mal à se regrouper entre amis et à boire sur le coin d’une rue en fumant un joint. «Dans notre langage, on appelle ça un «chilling». C’est comme un 5 à 7, sauf que c’est dans la rue et que ça dure peut-être plus que 2 heures.»

No Luv, un infographe rencontré au cours d’un de ces «chilling» dans le nord de la ville, croit que le style vestimentaire ne peut pas déterminer une personnalité. «Tu me vois là comme ça avec mon allure de «gangster», mais demain matin, je vais travailler de 9 à 5 comme tout le monde.» Propriétaire d’un condo, il dit avoir dû verser plusieurs mois d’acompte avant d’en prendre possession. «À cause de mon apparence.»

Tous des enfants de chœur et des travailleurs honnêtes alors? «Euh, non, peut-être pas, bafouille Général, mais ce n’est pas une raison pour nous associer inévitablement à un gang.» Combines, trafic d’armes et de drogue sont des termes pourtant courants dans leur langage. Et les activités illicites semblent faire partie de leur quotidien. «Pourquoi veux-tu que je travaille pendant une semaine pour 500 $ si je peux faire le même montant en un jour», me questionne un «chilleur».

Bien que ces jeunes refusent obstinément d’être identifiés à des gangs de rue, ils correspondent aux profils dressés par le Service de police de la Ville de Montréal qui indique que «lorsque la violence et la criminalité prennent le dessus sur la vie de groupe, on s’approche, selon divers degrés, vers le profil d’un gang de rue».

Parole de jeunes sur le Hip Hop et les gangs de rue

Les jeunes adeptes du hip-hop se sentent victimes de profilage par les policiers en raison de leur habillement, identique à celui des membres de gangs de rue qui font eux aussi partie de la même culture.

Qu’en est-il des crimes commis par des gens vêtus de veston-cravate? Issus d’une culture qui implique le port du costume, les Vincent Lacroix de ce monde forcent-ils les policiers à arrêter tous les biens vêtus de la province? Y a-t-il profilage de la part des policiers dès qu’une personne bien habillée, conduisant une dispendieuse voiture, passe sur leur chemin? Les policiers, de même que la société, sont-ils en mesure de différencier les Vincent Lacroix des hommes d’affaires honnêtes? Les policiers débarquent-ils chez les fraudeurs à cravate, dont les dommages se comptent par centaines de millions, pour associer à leurs combines toutes les personnes qui gravitent autour d’eux?

Autres textes sur Hip Hop

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L’habillement, les gangs de rue et le Hip Hop

L’habillement, les gangs de rue et le Hip Hop

Raymond Viger Dossier Montréal-Nord, 2e billet

Une question a été lancée par Carole Beaulieu dans sa Lettre aux jeunes de Montréal-Nord dans son éditorial de L’actualité de septembre. Sur ce blogue, Martin Dufresne, dans notre dossier Montréal-Nord, a critiqué cette affirmation de Carole Beaulieu : « Pourquoi vous habillez-vous parfois comme de petits truands de Los Angeles si vous êtes de si gentils garçons? »

Je connais plusieurs de ces jeunes. Certains sont des artistes de la culture Hip Hop : graffiteurs, break-dancers, rappeurs et DJ. D’autres sont membres de gang de rue. Quel est le rapport qu’ils entretiennent avec l’habillement?

Je vais dépeindre quelques portraits de jeunes que j’ai rencontrés pour illustrer certaines de ces différences. Enfants d’immigrants, insécures, non scolarisés, habitant Montréal-Nord, Hochelaga-Maisonneuve ou tout autre quartier. Pour montrer qu’ils ont réussi, ils ont besoin de montrer tout leur attirail : bijoux, lunettes signés, linges exclusifs… Leur réussite, leur estime de soi passent par le nombre de carats qu’ils peuvent exhiber. Même de fausses dents en or font parti de leurs habits de sortie.

Certains se paient tout cet artifice par des activités illicites telle que la drogue, la prostitution, le taxage ou encore différentes formes de fraude. D’autres sont des artistes et se font commanditer leurs apparats pour créer une mode. Parce que derrière tout ce linge et ces bijoux on retrouve des commerçants: habits, cravates et cheveux gris et qui font leur argent à mousser la tenue vestimentaire de tout ce beau monde.

Finalement, il y a des blancs qui sont aussi des artistes et qui font parti du même milieu, de la même culture et chantent les même chansons. Mais ils n’ont pas besoin de bijoux pour sentir qu’ils ont réussi. Au contraire, un chanteur m’a confié qu’il a décidé de s’éloigner de ce type d’habillement parce que cela lui amenait trop de troubles, que l’habillement était devenu un stéréotype trop lourd à porter.

Vous allez croiser un groupe de jeunes, tous habillés de la même façon. Le premier est membre d’un gang de rue, le second est un artiste, le troisième veut être un artiste mais se finance à partir d’un gang de rue pour montrer qu’il en est un et le dernier fait partie du fan club qui veut s’habiller comme ses idoles. Et ce dernier, il peut demeurer chez ses parents à Outremont, Westmount ou ailleurs. C’est peut-être votre fils qui ne cesse de vous harceler pour avoir ces vêtements griffés.

Comme quoi l’habit ne fait pas le moine.

Ce billet est le 2e du Dossier Montréal-Nord. La suite traite de la prévention gang de rue. Le premier billet fait la présentation de la réalisation d’un reportage sur les événements de Montréal-Nord qui ont amené à la mort de Freddy Alberto « Pipo » Villanueva. Le 4e traite du soutien à offrir à l’occasion de la présence de Kent Nagano dans Montréal-Nord. Le 5e billet est la présentation d’un clip du rappeur Général qui témoigne de ce qu’il a vécu à Montréal-Nord.

Autres textes sur Montréal-Nord

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La Société de développement commerciale, un mur et l’art graffiti

La Société de développement commerciale, un mur et l’art graffiti

Notre organisme, le Journal de la Rue, intervient auprès des jeunes depuis 1992. Nous avons débuté au moment même où le graffiti de la culture Hip Hop faisait son entrée à Montréal.

Sous la demande des jeunes que nous accompagnons, en 1997, nous avons créé un milieu de vie pour les graffiteurs: le Café-Graffiti, situé dans Hochelaga-Maisonneuve.

Nous avons été très impliqué dans la vie communautaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Organisation de festivals jeunesse, réappropriation du Parc Morgan, réalisation de murales… Nous avons même été administrateur de la Société de développement commerciale. Plusieurs de nos jeunes artistes ont réalisé bénévolement et à leurs frais des murales.

Les dirigeants de l’artère commerciale décident de continuer dans la direction artistique déjà en place et d’augmenter le nombre de murales que nous retrouvons sur Ste-Catherine. Le nouvel employé en charge de ce projet repère des murs et donne le contrat à un entreprise de gérance d’artistes de faire un certain nombre de murale sur l’artère commerciale.

La sauce se gâte le jour où un de nos artistes graffiteurs se rend compte que deux personnes sont en train de passer le rouleau sur une des murales d’un graffiteur. Frustrés, plusieurs téléphones se donnent et nous faisons arrêter les travaux. Nous rencontrons le jeune responsable qui a pris cette décision pour lui partager les raisons de notre frustration.

Nous avons travaillé très fort pour éduquer les jeunes artistes du graffiti à demander l’autorisation aux propriétaires d’un mur avant de réaliser une murale. D’un art vandale, nous avons transformé le graffiti sauvage en un art urbain accepté et négocié.

L’artiste, connu dans le quartier, avait signé son travail et avait laissé le numéro de téléphone sur la murale. Compte tenu que la recherche de murs est exigeante, quand un artiste graffiteur en trouve un et réalise à ses frais un travail qui a pris 3 semaines à faire, il s’attend à être respecté.

Si un groupe veut augmenter le nombre de murales, pourquoi détruire une murales déjà en place? Il serait plus logique d’en faire de nouvelles sur de nouveaux murs, ainsi le nombre de murales augmenteraient. Quelqu’un avait jugé que la murale était trop violente. La représentation d’un requin ne faisait pas consensus.

Au lieu de rencontrer l’artiste, les dirigeants ont décidé de détruire la murale. Si l’artiste avait été rencontré, quelques changements auraient pu être négocié. Au lieu de cela, on détruit une oeuvre qui valait tout de même 5 000$! De plus, qui sommes-nous pour juger de la qualité d’une oeuvre artistique?

Si, en tant que société, nous n’acceptons pas que des jeunes vandalisent nos murs et que nous les éduquons à demander l’autorisation, pourquoi ne pas faire la même chose avant de détruire une oeuvre d’un jeune artiste? Simple question de respect. Question d’être cohérent avec ce que nous exigeons des jeunes artistes.

Les dirigeants ont été rencontré. L’artiste va reprendre son mur. Un événement qui nous a causé beaucoup de frustrations et exigé un branle-bas de dernière minute.

Pour rejoindre les artistes du Café-Graffiti: (514) 259-6900

Photos de Murales et fresques urbaines.

Dossier Graffiti et commentaires du rédacteur sur le graffiti.

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