Le cerf-volant de ma vie

Un éditorial de Raymond Viger – Dossier Santé mentale

Je ne suis pas fou.

Je n’ai pas de problème de santé mentale.

Je suis juste différent.

Je ne pense pas comme toi.

Je n’apprends pas comme toi.

Je ne communique pas comme toi.

Mon cerveau ne réagit pas comme celui des autres.

Et c’est tant mieux.

C’est ce qui fait ce que je suis.

Ce qui explique le chemin parcouru.

Je suis différent et fier de l’être.

Quand tu commences à me parler et que je te dis arrête, je ne comprends pas.

Ou que je dois te poser une question pour mieux comprendre.

Ça ne te donne rien de continuer à essayer de me parler.

C’est totalement inutile de me crier après pour me dire que je ne t’écoute pas.

Prends le temps de m’écouter pour que je puisse rétablir la communication entre nous deux.

Pour que je comprenne mieux ce que tu essaies de me dire.

Parce que je deviens anxieux de ne pas avoir compris adéquatement.

Je dois reprendre ce que tu dis en te demandant : « Est-ce que tu veux dire…? », et te décrire les différentes interprétations que mon cerveau aura faites de ton discours.

Trop de chemins

Il m’est très difficile de lire un livre. Pour mieux comprendre les quelques bouquins que j’ai lus, je prenais des notes sur ce qu’il était important de retenir ou de comprendre de l’histoire. Un livre de 250 pages pouvait ainsi se résumer à une quarantaine. Cela me permettait par la suite de lire un condensé du livre sans que mon cerveau se perde dans toutes les distractions possibles.

 Je suis devenu un adepte des mots courts, des phrases courtes, des paragraphes courts… Des petites bouchées à apprécier une à la fois. Faut pas me donner le buffet au complet. Je m’y perds.

Dans mon cerveau il y a toutes sortes de ramifications. Jamais en ligne droite.

Ça lui arrive de devoir passer par la bande pour se rendre en avant.

Il faut que je respecte sa façon d’être et ce qu’il m’impose.

Apprendre un texte par cœur, ça se fait. Mais ça demande énormément de temps et d’énergie. Je dois mettre des images, des trucs mnémotechniques un peu partout. Ça fait un document lourd à porter. C’est pour ça que je ne peux vivre que par et pour l’improvisation.

Je suis aussi dyslexique. Non pas que j’inverse les lettres dans un mot, ça serait trop simple. C’est plutôt que je ne cesse de permuter les mots dans une phrase. Un sujet, un verbe, un complément, dit-on. C’est facile pour plusieurs, mais pas pour moi.

Le temps

La dyslexie est un monde à part. Je suis aussi dyslexique temporel. Je ne sais pas si c’est une différence reconnue en santé mentale, mais ça m’appartient. Je suis fait comme ça. Le lundi matin, je te donne une semaine pour remplir une mission. Je reviens en après-midi en te demandant si tu m’as oublié. Et c’est là que tu me réponds que nous sommes toujours la même journée et que la semaine prévue pour boucler le travail se termine… la semaine prochaine!

Le temps se bouscule dans ma tête. Ça ressemble à ces petites boules vitrées avec des flocons de neige dedans. On peut les brasser à l’infini et tout se mélange. Il y a des fois où j’ai l’impression que le bonhomme de neige dans le fond de sa cage, c’est moi. Un peu comme un phoque en Alaska pogné sur sa banquise. 

Je me considère du genre maniaco-dépressif. Je ne suis pas diagnostiqué, donc pas médicamenté. La médication peut être importante pour aider à stabiliser notre vie. Jusqu’à présent, j’ai eu la chance de pouvoir m’en passer. Ma vie est comme une montagne russe. Mais j’ai l’impression que je suis la plupart du temps dans une phase maniaque. J’ai aussi fait deux tentatives de suicide. Même si elle ne resurgit pas souvent, il doit y avoir une dépression latente, prête à refaire surface à tout moment.

Des drogues légales

C’est peut-être ce qui explique que je travaille 15 heures par jour, sept jours sur sept. Je ne pourrais même pas dire depuis combien d’années je n’ai pas pris de vacances. Genre sept ou huit ans. Je suis accro à l’adrénaline. Je n’ai pas le bonheur facile. Aucun photographe n’a réussi à immortaliser un de mes sourires.

C’est cette condition qui m’aura valu de compléter trois diplômes d’études collégiales dans trois écoles différentes. Ou, durant une autre période, d’être étudiant plein temps, travailleur plein temps et de m’occuper de ma mère et de ses traitements de chimiothérapie. Ou encore, pour m’acquitter de toutes mes responsabilités, de passer 148 heures sans dormir au moment de la naissance de mon garçon. Une époque où caféine et nicotine me tenaient éveillé et fonctionnel. Deux drogues légales, mais qui demeurent des drogues.

Quand tu consommes, chaque jour, une vingtaine de cafés et trois gros paquets de cigarettes, on peut dire que tu es dopé ben raide. J’étais malgré tout très vivable pour mon entourage… dans la mesure où ma drogue n’était pas loin. Quand je devais performer, ma drogue de choix était le café. Quand je devais ravaler mes émotions, je prenais une puff de cigarette. Pour demeurer viable dans ce monde, j’ai traversé 40 ans de ce régime, en ne dormant que quatre heures par jour et en passant une nuit blanche par semaine. Si vous n’avez pas encore pensé que j’ai un problème majeur entre les deux oreilles, sachez que je suis capable de me le dire tous les matins quand je me regarde dans le miroir.

Cerveau lent

Je pourrais me définir avec un peu de chaque maladie répertoriée en psychiatrie. Je dirais que, sans doute, ma principale différence réside dans la vitesse à laquelle certaines émotions ou certains échanges de communication se font dans mon cerveau. Étonnamment, en situation d’urgence, je peux réagir avec rapidité et froideur grâce aux particularités que me confère mon cerveau lent. Ne pas confondre avec un cerf-volant. Dopamine, sérotonine, adrénaline… La production de tout ce qui peut être in dans la vieet qui peut nous faire sourire ne s’effectue chez moi que lentement et difficilement.

Dans les parcs d’attractions, c’est à bord des manèges les plus intenses que je me sentais le plus vivant. Pendant que les autres criaient de peur à s’en déchirer les poumons, moi j’affichais calmement un sourire de complète béatitude. Les montagnes russes venaient de brasser mon petit bonhomme de neige intérieur et je voyais des flocons de neige partout.

Un cerveau lent peut s’avérer être une grande force. C’est dans l’aviation que je m’en suis rendu compte. Il y a près d’un demi-siècle, j’ai mené une carrière de pilote. La qualité des avions et la sécurité aérienne n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. En vol, quand un de tes moteurs prenait feu, tu n’avais que quelques minutes pour poser ton avion. Tu te posais là où tu pouvais. Des événements beaucoup plus fréquents à l’époque qu’aujourd’hui. En cinq ans, j’ai enterré 10 de mes confrères.

Atterrissage forcé

Un jour, je me retrouve au réservoir Gouin. On y voit des lacs à perte de vue. Un endroit peu invitant pour effectuer un atterrissage d’urgence avec un avion sur roues. La seule option qui s’offre à nous est un chemin en friche dans un état lamentable. Un long moment après l’atterrissage, mes passagers sont encore en état de choc. Difficile pour moi de comprendre leur réaction. En sortant de sa torpeur, un homme du groupe m’interpelle : « Raymond, quand tu faisais atterrir l’avion, tu n’arrêtais pas de siffler… Tu arborais un large sourire d’allégresse, comme quand un homme vient de faire l’amour à une femme pour la première fois… » Je n’ai jamais su s’ils m’avaient trouvé étrange, si je leur avais fait peur ou si j’avais accompli une bonne job.

Malgré tout, j’ai un cerveau en montagnes russes. Un cerveau lent, mais qui peut aussi être hypersensible à un rien. Pas n’importe quel rien, mais certains riens. Je suis capable de m’asseoir pour regarder pousser le gazon. Je l’ai fait avec une plante que, tous les matins, je regardais quelques instants. Comme si mon cerveau prenait une photo chaque jour. Et quand une feuille avait poussé, il me renvoyait toutes ces images en même temps pour en faire un film. Ce genre d’expérience m’inquiète parfois. Parce qu’on dit qu’avant de mourir, on revoit sa vie défiler devant soi.

Ce que je suis n’est pas nécessairement reconnu en santé mentale. C’est normal. On est tous différents. À l’aide de quelques étiquettes, la science tente de nous catégoriser. Il serait illusoire de vouloir créer des noms pour toutes ces particularités qui font de nous des êtres uniques.

Je suis différent. Je suis fier de mes différences. J’ai besoin que l’on me respecte dans ce que je suis, mais, surtout, que l’on m’accepte tel que je suis.

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RESSOURCES SUR LE SUICIDE

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
  • Canada: Service de prévention du suicide du Canada 833-456-4566
  • France Infosuicide 01 45 39 40 00 SOS Suicide: 0 825 120 364 SOS Amitié: 0 820 066 056
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GUIDE D’INTERVENTION DE CRISE AUPRÈS DE PERSONNES SUICIDAIRES

Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

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Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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Briser les tabous

Dossier Santé mentale

Humain Avant Tout a été fondé durant l’été 2018 par Lysa-Marie Hontoy, doctorante en psychologie à l’Université de Montréal. C’est à travers cet organisme que la jeune femme comble son besoin de faire avancer la cause de la santé mentale au Québec.

Les difficultés psychologiques touchent un grand nombre de personnes qui souffrent en silence par crainte d’être jugées ou rejetées. L’objectif d’Humain Avant Tout est de réduire les tabous entourant la santé mentale, et inciter les gens à demander de l’aide.

Chaque semaine, l’équipe diffuse sur sa page Facebook des témoignages de personnes qui vivent ou qui ont déjà vécu des troubles psychologiques (diagnostiqués ou pas) ou des épreuves de vie difficiles (accident, maladie, peine d’amour, deuil).  L’intention derrière ces publications est de briser l’isolement et redonner espoir.

Des hallucinations troublantes

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Auteur : Sonia

J’ai reçu un diagnostic de schizophrénie à 18 ans. Dès l’âge de cinq ans, j’avais des phobies très intenses. J’avais peur que les objets bougent ou qu’ils m’attaquent. C’est aussi à cet âge-là que j’ai eu mes premières pensées suicidaires. Au secondaire, j’avais des hallucinations visuelles et auditives, comme voir des gens mourir ou se faire frapper par une voiture. J’essayais de le cacher parce que j’avais peur de me faire enfermer, c’est ce qu’on voyait dans les films. La solitude face à ce que je vivais, c’était vraiment ça, le plus difficile.

Ma médecin de famille m’a fait commencer à prendre des antidépresseurs. Ça ne fonctionnait pas bien pour moi et elle ne faisait qu’augmenter ma dose. Je ne me sentais pas écoutée. J’ai fait une tentative de suicide pendant cette période-là. À 18 ans, j’ai décidé d’arrêter la médication. J’ai vécu toutes sortes de nouveaux stress et j’ai recommencé à faire plus de crises. Je faisais des psychoses paranoïaques, où je m’imaginais que tout le monde était contre moi, puis des psychoses catatoniques, c’est-à-dire que je perdais le contrôle de mon corps.

Je me suis un jour retrouvée à l’hôpital, en crise. On m’a renvoyée chez moi en me disant que j’étais sur une liste d’attente. Ça a pris des mois avant qu’on ne me rappelle. Puis, j’ai finalement trouvé un nouveau médecin de famille, un miracle qui s’est présenté sur ma route. C’est la personne qui m’écoute et avec qui ça marche. On y est allé graduellement avec la médication et j’ai éliminé des choses qui me stressaient dans ma vie.

Quand ç’a commencé à mieux aller, je me suis mise à avoir plus de projets. J’ai pu entrer à l’université en philosophie. J’ai écrit une dissertation sur cette façon de voir les personnes psychiatrisées comme étant des personnes irrationnelles. Aujourd’hui, je suis en train de rédiger un mémoire de maîtrise sur les injustices en psychiatrie. J’aimerais en faire une conférence accessible au grand public et aux professionnels de la santé. Ça fait 10 ans que ma vie est plus stable. Le jour de mes 30 ans, je me suis regardée dans le miroir en me disant que je n’aurais jamais pensé me rendre là…

Ma bipolarité, une job à temps plein!

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Auteur : Frédéric

Il y a cinq ans, j’ai reçu un diagnostic de bipolarité. Les affaires roulaient bien au travail…J’étais conseiller pédagogique, formateur, conférencier et j’avais une charge de cours à l’université. Mais du jour au lendemain, ça a complètement dérapé. J’ai été hospitalisé pour la première fois à ce moment-là.

Pendant la première année suivant l’hospitalisation, j’ai été en arrêt de travail parce que je vivais une dépression majeure. Je ne voyais pas le bout…je pensais vraiment que c’était fini pour moi. J’ai fait une tentative de retour au travail après deux ans d’arrêt, mais j’ai rapidement dû m’absenter à nouveau. Récemment, j’ai été invalidé par les assurances parce que mes fluctuations d’humeur sont trop rapides et trop violentes. Ça a été un deuil difficile à vivre parce que je m’identifiais beaucoup à mon travail.

À la suite de mon diagnostic, j’ai aussi vécu beaucoup d’anxiété sociale. Pendant plusieurs années, je me suis isolé parce que je ne savais pas comment expliquer mon état aux autres… j’avais honte. J’ai toujours projeté une certaine image de force et de confiance, mais, me sentir à ce point vulnérable, c’était difficile à porter.

Depuis quelque temps, je me permets de parler plus ouvertement de ma maladie et je réalise que ça fait du bien, de passer par-dessus ce tabou qui est tellement pesant. Malgré tout ce que je fais pour garder mon humeur stable – et c’est une job à temps plein –, les idées suicidaires reviennent fréquemment; mais maintenant, je suis capable de me répéter que ça va passer.

J’ai la chance d’être suivi toutes les deux semaines par un psychiatre extraordinaire qui fait preuve de compassion. Ma blonde assiste à toutes les rencontres, elle est là pour moi depuis le début. Mes trois enfants ont aussi été d’une patience et d’une maturité inouïes à travers les années. C’est vraiment ça qui m’a sauvé… ma blonde, mes enfants et mon réseau social.

L’année prochaine, je commence un doctorat en éducation, dans l’espoir de me reconstruire. Selon mon psychiatre, ça fait partie de mon plan de traitement. J’ai aussi envie de contribuer positivement à la société en donnant des conférences sur la santé mentale. Je ne veux plus rester isolé et je n’ai plus envie de me cacher…j’ai le désir d’aider les autres en leur partageant avec eux mon histoire.

Survivre à un viol

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Auteur : Corinne

Quand j’avais 25 ans, pendant que je dormais, quelqu’un est entré chez moi par effraction et m’a agressée sexuellement… Quand ça m’est arrivé, je me suis dit qu’à part la mort, y’avait pas grand-chose de pire. Après l’agression, ça a été une pente descendante. J’ai perdu du poids, j’ai arrêté de manger, de dormir et de travailler … J’étais mal tout le temps. J’ai consommé excessivement parce que je croyais que ça allait m’aider à arrêter d’avoir peur. Toute ma vie était basée autour de ça : la peur d’avoir peur. Ça a déconstruit ma vie et je suis devenue complètement dépendante des autres. Mais, petit à petit, j’ai commencé à remonter la pente et à me faire confiance à nouveau.

Ça fait 15 ans que je suis en thérapie, et j’ai arrêté de consommer il y a bien longtemps. La maternité m’a permis de m’accrocher à la vie et de retrouver une certaine paix intérieure. Mon fils a 6 ans, c’est mon soleil. Il me comble de joie et me ramène à l’essentiel, malgré la solitude d’être une mère monoparentale. La course m’a aussi vraiment aidée et m’aide encore aujourd’hui. Ça me permet de libérer toutes les émotions qui sont bloquées en moi.

Mais, j’ai réalisé cette année que j’avais beau courir trois fois par semaine et faire toutes les thérapies du monde…je ne serai pas capable de tout guérir. Il y a des choses qui restent quand tu subis un choc post-traumatique. Je me sens toujours en état d’hypervigilance et je fais aussi beaucoup d’insomnie. Ça a été vraiment difficile parce que l’agresseur est encore en liberté… ils ne l’ont jamais retrouvé.

Mais, à un moment donné, j’ai arrêté de résister et de vouloir tout régler. J’ai accepté que j’allais être une personne anxieuse toute ma vie. Ça ne m’empêche pas de dire que je me sens heureuse aujourd’hui et que j’ai le sentiment de m’en être sortie. Je suis rendue à un point où je ne suis plus du tout dans la honte, mais plutôt dans l’acceptation et le pardon. Je ne me sens plus comme une victime et je suis fière de la femme que je suis devenue. À mes yeux, c’est mon plus bel accomplissement. Je souhaite que mon témoignage aide d’autres femmes à se libérer de la honte qu’elles peuvent ressentir et à parler de ce qu’elles ont vécu…

Des compulsions pour exorciser l’anxiété

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Auteur : Myriam

J’ai toujours été une personne anxieuse…j’ai vu beaucoup de psychologues et de travailleurs sociaux dès le primaire. Mon anxiété était très reliée à la performance et, au secondaire, j’ai juste explosé. Je faisais du cirque, du violon, du bénévolat, j’allais à l’école…c’était trop intense. J’avais aussi beaucoup de compulsions…ça pouvait me prendre une heure avant d’aller me coucher parce qu’il fallait que je touche à plusieurs objets dans la maison. Je faisais ça parce que ça me donnait l’impression d’être protégée contre quelque chose de grave qui aurait pu m’arriver.

J’ai commencé à me mutiler vers 15 ans et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre des antidépresseurs et à aller un peu mieux. Mais quand je suis arrivée à l’université, j’ai réalisé que j’avais juste mis un band-aid sur le bobo et que je ne l’avais pas guéri. À travers les années, j’ai développé des troubles alimentaires…c’était et c’est encore aujourd’hui un symptôme de mon anxiété. Être grosse et avoir un trouble alimentaire, c’est comme impossible dans la tête des gens…c’est souvent très associé à la minceur, qu’on valorise d’ailleurs beaucoup dans la société.

Moi je fais des crises d’hyperphagie quand je sens des bouffés intenses d’anxiété. Je peux manger n’importe quoi en grandes quantités et ça m’apaise, sur le coup. Ça peut être dur à comprendre, mais c’est comme un vide que j’essaie de remplir. Quand ça m’arrive, je me sens super coupable et vraiment honteuse. Avant, je me faisais beaucoup vomir après les épisodes d’hyperphagie, mais maintenant c’est plus rare. Je trouve que l’hyperphagie c’est encore vraiment tabou… les gens peuvent percevoir ça comme de la gourmandise ou quelque chose de stupide à faire, mais c’est plus fort que moi. Des fois, mon corps me dit « go, mange tout ce que tu trouves » et je le fais.

Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de ressources pour m’aider… J’ai quand même été échaudée par le système de santé…même si j’avais des idées suicidaires, on m’a dit qu’il y avait huit mois d’attente. J’ai eu la chance d’avoir un bon médecin de famille qui m’a bien accompagnée pendant cette période-là. Et j’ai finalement vu une psychologue au privé qui a changé ma vie. Elle m’a aidée à comprendre ce que je vivais et tranquillement, je me suis reconstruite.

Des highs et des downs trop intenses

Auteur : Mikaël

Autour de l’âge de 16 ans, j’ai commencé à avoir des moments plus sombres qui alternaient avec des moments où je me sentais pas mal plus enjoué. Je ne me posais pas de questions, j’y allais avec le flow. Mais plus ça allait, plus les highs et les down devenaient intenses. Après 12 ans à rouler comme ça, je me suis ramassé en crise à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas et c’est là que j’ai eu un diagnostic de trouble bipolaire de type 1.

Pendant mes highs, j’étais « surconfiant » … j’étais le King. Je me souviens, des fois je me regardais dans le miroir en me disant à quel point j’étais hot…avec le recul, je trouve ça ben drôle (rires). Je parlais avec tout le monde, j’avais 56 000 projets, rien ne m’arrêtait. Quand j’étais vraiment dans mon peak, je perdais la voix parce que je parlais trop vite et trop fort. Mais quand je redescendais, je redescendais en tabarnane. Pendant mes phases dépressives, je me retirais complètement de la map. Je remettais tout en question parce que je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’avais pu le goût d’interagir avec le monde parce que j’en avais peur. J’étais vraiment confus, mes idées n’étaient pas claires et je n’avais plus de repères…j’ai déjà pensé au suicide.

Une chance que mes parents et ma sœur ont été présents et ont cru en moi. L’entourage est tellement important. Si j’avais été dans un autre milieu, je serais peut-être itinérant, aujourd’hui.  Depuis que j’ai été diagnostiqué et que je prends du lithium, j’ai l’impression de vivre ma vie pleinement. Les médicaments m’aident à réguler mon humeur et ça me permet aussi de prendre soin de mes relations…pis ça, c’est vraiment important pour moi. Depuis maintenant un an, je partage ma vie avec ma copine Catherine. Sans cette stabilité, je n’aurais pas pu envisager une relation saine et remplie d’amour. J’aurais envie de dire aux autres de pas avoir peur de demander de l’aide. On est tous humains, on peut tous s’entraider.

Photos prises sur le site internet Humain Avant Tout

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Ressources sur le suicide

  • Québec: 1-866-APPELLE (277-3553). Les CLSC peuvent aussi vous aider.
  • Canada: Service de prévention du suicide du Canada 833-456-4566
  • France Infosuicide 01 45 39 40 00 SOS Suicide: 0 825 120 364 SOS Amitié: 0 820 066 056
  • BelgiqueCentre de prévention du suicide 0800 32 123.
  • Suisse: Stop Suicide
  • Portugal: (+351) 225 50 60 70

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

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Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 9,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4260 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X6.

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Le jeu compulsif chez les jeunes

Taux de joueurs compulsifs chez les jeunes

La perception des conséquences et des impacts du jeu compulsif pour un jeune est différente de celle d’un adulte. Avec moins de responsabilités familiales, on pourrait croire que le jeune est moins à risque.

Gabriel Alexandre Gosselin | Dossier Gambling et jeu compulsif

Les adultes ont une sorte de patrimoine, explique une spécialiste en prévention pour le jeu chez les jeunes de l’Université McGill, Isabelle Martin. Leurs problèmes de jeu ont un impact sur leur conjoint ou leur conjointe, sur leurs enfants, et même sur leur famille élargie. Ils vont aussi pouvoir parier leur voiture, leur maison, ce qui peut avoir un plus gros impact sur une vie. Les jeunes n’ont pas ces responsabilités. Il se sentent moins à risque.

Cette insouciance qu’ils ont à l’égard du jeu ne rend les jeunes que plus vulnérables à développer une dépendance. Des études de l’Institut de la statistique du Québec le démontrent: il y a plus de joueurs pathologiques chez les jeunes (2,5 %) que chez les adultes (environ 1 %).

“C’est connu, les jeunes de 16-17 ans peuvent entrer dans les bars. Ils aiment spécialement les appareils de loterie vidéo”, donne en exemple Isabelle Martin, qui croit qu’une prévention est de mise auprès des jeunes, mais aussi chez les parents, qui ont grandi dans un univers de normalisation du jeu.

Ressources pour le jeu compulsif

  • Gamblers Anonymes et Gam-Anon (514) 484-6664 ou 1-800-484-6664
  • Narcotiques Anonymes (514) 249-0555 ou 1-800-463-0162
  • Nar-Anon (514) 725-9284
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Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
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Témoignage: de campagne à la ville

Témoignage de Pikajo | Dossier Alcool

drogue-toxicomanie-3 Je suis née à la campagne, j’étais pour ainsi dire une petite fille modèle, je ne dérangeais pas beaucoup, je ne parlais pas fort…Quand on est la dernière d’une famille de cinq, avec un tempérament comme le mien, on devient vite invisible. Lorsqu’on est déménagés en «ville», j’avais 11 ans, j’étais très naïve et surtout très gênée.

Je me suis quand même fait de nouveaux amis. Surtout une, qui était, paraît-il, comme moi avant notre rencontre. Alors, avec ma nouvelle chum et sa sœur, un peu plus vieille, on a exploré le pot et le hasch. Naturellement, on est devenues toutes les deux des adolescentes rebelles et très curieuses envers tout ce qui était défendu.

Début de la toxicomanie

Rendue à la polyvalente, je fumais pratiquement tous les jours. Ça n’allait pas fort à l’école et j’étais presque toujours absente.  La plupart du temps, ma famille ne savait pas où j’étais ni ce que je faisais.

C’est sûr que durant mes années d’adolescence, dans le monde que je côtoyais, il m’est arrivé plusieurs mésaventures: être initiée par des motards, être violée à l’âge de 13 ans…  Toutes ces choses, je les ai vécues en les confiant seulement à ma meilleure et fidèle amie.

Premier amour

À 16 ans, je suis tombée amoureuse d’un type très sérieux, plus vieux de quelques années. Comme il travaillait, nous sommes allés vivre ensemble. Mes parents croyaient que mes problèmes étaient du passé et moi aussi. Je travaillais et je jouais aux quilles le samedi. Aux yeux de mes proches, sans vivre le bonheur parfait, j’étais entrée dans le moule. Cependant, j’étouffais dans cette situation…  À 19 ans, j’ai plié bagage et c’est là que ça c’est gâté…

Amour et toxicomanie

Dans un bar clandestin, j’ai connu un homme dans la trentaine, toxicomane, alcoolique et très violent. Avec lui, j’ai appris à me shooter à la cocaïne. La première fois, je ne vous cacherai pas que j’ai adoré ça. Mais, après?  Naturellement, travailler au salaire minimum et se shooter, ça ne fonctionne pas longtemps sans avoir de dettes.

Après quelques années, beaucoup de déboires judiciaires et amoureux, j’ai réussi à me libérer de lui et j’avais arrêté de consommer de la drogue. Mais, j’ai vite recommencé à sortir seule et à me piquer. Je suis allée vivre avec mon vendeur (c’était pratique). Ça n’a duré qu’un mois et demi.

Dans un bar, j’ai fait la connaissance d’un alcoolique abstinent, il m’a dit que si j’étais mal prise, je pouvais l’appeler. L’air de rien, il m’a aussi dit: «Tu vaux mieux que ça.» Sur le coup, je m’en foutais.

Prostitution et toxicomanie

Quelques jours plus tard, j’étais chez mon nouveau dealer et j’y avais passé la nuit à me piquer. Je crois bien qu’il essayait de me pousser à me prostituer pour lui. Pendant un moment d’inattention de la part de mon dealer, je ne sais pas pourquoi moi-même, j’ai appelé ce type, l’ex-alcoolo. Il est venu me chercher à 8 heures du matin sans me demander d’explication. Je suis restée avec lui et je n’ai fait qu’une rechute en 15 ans avec la coke.

Hépatite C

Malheureusement, on ne mène pas ce genre de vie sans que cela laisse des séquelles physiques. En 1996, j’ai appris que j’avais l’hépatite C. J’ai été prise en main par un excellent médecin.

La morale de cette histoire: le pot inoffensif?  pas pour tout le monde. Je crois pour ma part qu’il l’est de moins en moins.

Je vous lègue mes écrits car c’est tout ce que j’ai. Mais attention! je rebondis et je crois que je suis prête à demander de l’aide avant d’avoir 40 ans. Entre-temps, je me suis remplie de livres de psychologie et ça me redonne confiance. J’ai aussi découvert que j’avais des talents cachés. Et surtout, je lis Le Journal de La Rue et ça me fait du bien. Merci!

Mes auteurs: Dan Millman, Lise Bourbeau, Anthony Robbins et plusieurs autres. Une petite pensée: L’amitié commence dans le plaisir et continue aussi dans la joie et non dans la souffrance.

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Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicideLe guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$. Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009. Par Internet.

Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: Quebec Suicide Prevention Handbook.

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