Le pétrole et l’environnement

Enbridge et Plan Nord

Sauver la planète ou l’économie?

Normand Charest Dossier Environnement

Suite à son séjour chez les Haïdas en Colombie-Britannique, où Fanny Aïshaa travaillait avec eux sur une murale, elle raconte:

À la fin de ce voyage, j’ai passé 2 jours à écouter les témoignages, lors des audiences publiques fédérales auprès des Haïdas et des habitants de l’île (en Colombie-Britannique) qui refusent le projet controversé de Enbridge. Les gens pleuraient d’émotion, d’amour du territoire. Ils se sont unis et ils ont tous partagé leur cri du cœur pour protéger le monde naturel. Ils n’ont attaqué personne dans leurs mots. C’était un hymne à la beauté du monde, affirmant qu’aucun argent ne pourrait acheter la valeur de l’océan. Un hymne dans lequel les Autochtones et les nouveaux arrivants ne faisaient qu’un. Ça m’a fait penser au Plan Nord qui va trop vite, et à ces voix qui ne sont pas écoutées.

Le Projet Enbridge

Le projet en question propose de construire un pipeline de 1 170 km afin d’acheminer le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta, vers le nord de la Colombie-Britannique où il serait chargé dans de superpétroliers à destination de l’étranger.

La société Enbridge fait miroiter, sur son site Web, de nombreux avantages pour les habitants de cette province. Elle promet 4 000 emplois sur 3 ans dans la construction, ainsi que d’autres emplois à long terme. Et puis des centaines de millions en revenus de taxes et de grandes retombées économiques.

De plus, la majorité des emplois pourrait être réservée aux Autochtones, auxquels la société offre une participation de 10% des actions. Enbridge prétend aussi avoir conclu de nombreuses ententes de principe avec des communautés autochtones, le long du corridor proposé pour le pipeline.

Les Premières Nations

Selon les représentants de plusieurs Premières Nations, il est faux de prétendre que ces ententes ont été nombreuses. D’ailleurs, plusieurs de ces représentants, rassemblés en mai dernier, ont déclaré : « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre nos terres et nos eaux contre cette menace de Enbridge. »

Mais les Autochtones ne sont pas les seuls à vouloir défendre leurs territoires, car les environnementalistes se joignent au mouvement de résistance.

Les deux groupes mettent en garde la population contre la destruction d’écosystèmes riches, mais fragiles, que la circulation des pétroliers menace. La faune et la flore indigènes sont à risque, autant les baleines que les rares «spirit bears» (les grands ours de couleur claire), autant les fonds marins que la forêt pluviale.

Les audiences publiques

Le gouvernement fédéral a lancé des audiences publiques qui doivent se terminer en septembre 2012. La commission remettra son rapport en décembre. Selon The Economist de Londres, en même temps, le gouvernement canadien s’empresse d’enlever tous les obstacles bureaucratiques afin de faciliter l’avancement du projet. Ce qui pourrait accélérer, en même temps, la réalisation d’autres grands projets de développement dans diverses provinces, dont le Québec.

C’est le ralentissement des exportations de produits pétroliers vers les États-Unis, causé par l’exploitation du gaz de schiste américain, qui explique la hâte du fédéral. Ce que notre voisin du sud n’achètera plus devra être vendu ailleurs au plus tôt. Et pour cela, la construction de nouveaux pipelines est considérée comme essentielle.

Dans ce cas, le sentiment d’urgence des impératifs économiques risque encore de reléguer à l’arrière-plan la prudence écologique, la logique du développement durable. Et puis, tout simplement, l’amour de la nature, le sentiment d’appartenance avec elle que partagent les Premières Nations, c’est-à-dire la qualité de vie dans son sens le plus pur.

Le danger qui plane sur le nord de la Colombie-Britannique menace aussi le Nord québécois. En période de précarité économique, les milliers d’emplois et l’enrichissement que le Plan Nord québécois fait miroiter, par exemple, risquent d’occulter complètement la prudence écologique. Et de noyer les protestations sous la propagande économique.

Grand vernissage sur l’environnement les 28, 29 et 30 septembre prochain au Café Graffiti. 4237 Ste-Catherine est. Infos: (514) 259-6900.

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Sylvio Lamarre au Vietnam

Stage en journalisme international

Construire son paradis au milieu de la jungle

Dire au revoir à la routine, bâtir un havre de paix pour les voyageurs afin de partager sa vision des choses et vivre sans trop penser à demain. Sylvio Lamarre a choisi un parcours unique. Il ne sait pas où il terminera ses jours, mais le Vietnam est désormais sa terre d’accueil.

Martin Thiboutot  Dossiers Journalisme, International, Journalisme international

vietnam-sylvio-lamarre-journalisme-internationale-stage-journaliste Vêtu d’un paréo coloré et d’un collier où se côtoient grenouilles et singes, Sylvio Lamarre, 52 ans, accueille depuis près de huit ans des touristes de partout dans le monde. On ne peut plus accueillant, cet homme de Granby est poli et attentionné envers ses visiteurs qui auront voyagé plusieurs heures avant d’arriver à Jungle Beach, son resort en pleine forêt. Cet endroit, il l’a créé de A à Z.

Installé en Colombie-Britannique pendant plusieurs années, il part à la conquête de l’Asie du Sud-Est. Il débute par la Thaïlande en 1992 et dit adieu au froid: «J’ai décidé que plus jamais je ne passerai l’hiver au Canada», affirme-t-il sans regret. C’est d’abord en 1996 qu’il découvre les terres vierges qu’il allait plus tard transformer en havre de paix.

Au cours des années suivantes, sa route croise Singapour, les Philippines et l’Indonésie, mais c’est le Vietnam qu’il choisit en 1998. Sa passion d’alors: le kayak de mer.

Ses années passées dans l’Ouest canadien n’auront pas été qu’une folle aventure. Sylvio Lamarre y a notamment étudié l’agronomie. Suivant ses convictions, le passionné de jardinage est passé du secteur industriel au développement d’engrais et de terreaux biologiques.

Aujourd’hui, il applique ces principes environnementaux à Jungle Beach. Le Vietnamien d’adoption ne manque pas de travail. «Je suis à la fois architecte, ingénieur, balayeur et électricien», plaisante-t-il. Il est effectivement impressionnant qu’une seule personne ait pu concevoir la quinzaine de bâtiments que compte aujourd’hui Jungle Beach. À cela s’ajoute le mobilier des constructions principales. «On fait tout ici», assure-t-il. Il reçoit même des commandes de propriétaires hôteliers ayant remarqué la qualité de ses chaises en bois. Côté achalandage, ces 18 derniers mois, toutes les nuits sauf une, il a affiché complet.

Amoureux de la flore et de la faune

vietnam-sylvio-lamarre-journalisme-internationale-stage-journaliste Comme si la gestion d’un hôtel en pleine nature n’était pas suffisante, Sylvio Lamarre collabore, depuis 2005, avec la Frankfurt Zoological Society. Quelques mois auparavant, son équipe et lui-même avaient remarqué la présence de singes dans les montagnes environnantes. Une fois les photos reçues, la Société leur a appris que les macaques en question étaient des langurs à mollets noirs, une espèce classée vulnérable par le Endangered Primate Rescue Center. Depuis, des observations sont notées quotidiennement par un biologiste du centre et c’est Sylvio qui paie l’employé. «Peut-être qu’on va réussir à faire une réserve naturelle», espère-t-il.

Toujours considéré comme un résident temporaire, cette implication bénévole lui a valu un certificat de mérite qui pourrait bien l’aider celui à obtenir sa citoyenneté vietnamienne. Mais les démarches sont longues: «Ça en prend, des papiers!», affirme le Canadien. Les autorités du pays exigent entre autres une biographie complète du demandeur, ses diplômes remontant au primaire ainsi que les raisons justifiant sa demande. Son mariage avec une Vietnamienne et la naissance de leur fille devraient jouer en sa faveur.

Même s’il parvient à obtenir sa citoyenneté, rien n’assure que Sylvio Lamarre terminera ses jours dans ce pays. «Je n’en ai aucune idée», avoue-t-il. Chose certaine, il ne reviendra pas au Canada. Parions que son nouveau mode de vie, son petit paradis et surtout les deux femmes de sa vie sauront le retenir sur la côte vietnamienne.

Photos équipe ENDIRECTion du Vietnam.

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