L’économie, un château de cartes ?

Attention fragile

Économie et justice sociale

Apparemment, les sciences économiques ne sont pas des sciences exactes, pas plus qu’elles ne sont infaillibles. Cela ressemble à une grande expérience planétaire dont personne ne connaît réellement les enjeux.

Normand Charest – chronique Valeurs de société, dossiers Économie, Environnement

D’un côté, des spécialistes qui s’opposent. De l’autre, ceux qui n’y connaissent rien, mais en subissent les conséquences. Un jeu dangereux que l’on joue les yeux bandés, pendant que les chiffres peuvent servir à cacher des injustices sociales.

Depuis longtemps, l’économie ne repose plus sur des valeurs facilement identifiables, comme le nombre de bêtes dans un troupeau, les bonnes terres pour l’agriculture, la qualité du bois dans la forêt. Des choses comme ça, bien concrètes, qu’on peut toucher de la main.

L’argent illusoire

crise économique économie finance financiaire financierToutes les valeurs ont été graduellement changées en une unité abstraite que l’on appelle « argent ». L’argent, au départ, reposait sur son équivalent en richesse : de l’or ou la richesse du pays en général. Maintenant, on ne sait plus tellement comment cela fonctionne.

Si, comme moi, vous n’êtes pas un spécialiste de l’économie, vous aurez l’impression que toute la richesse du monde repose sur peu de choses, qu’il s’agit d’un mirage. Ou d’un château de cartes qui peut tomber au moindre vent. Des spécialistes tentent de nous en expliquer le fonctionnement, mais les équations qu’ils nous proposent ne sont pas claires.

Économiser ou consommer ?

crise économique économie endettement finance financière financierÀ une certaine époque, il fallait économiser, faire des provisions comme la fourmi, l’abeille, l’écureuil. Mettre nos sous dans le petit cochon, plutôt que de les dépenser en bonbons. À cette époque, on ne prêtait qu’aux riches.

Ensuite, ce fut le contraire. On nous a demandé de consommer de plus en plus. Cela faisait rouler l’économie et créait des emplois. Lorsque nous n’avions plus les moyens d’acheter, on nous a débloqué des crédits. Cela sentait déjà un peu la fraude.

Et puis (oups !) les cartes du château se sont mises à tomber. On nous a dit d’arrêter de dépenser, de faire des économies pour nos vieux jours parce que l’État ne pourrait plus payer nos rentes. Mais les prix augmentent, les gens perdent leurs emplois. Ceux qui travaillent doivent augmenter leur productivité, payer plus d’impôts.

D’un autre côté, on doit baisser les impôts des entreprises pour attirer les investisseurs qui créent des emplois. Résultat : les riches s’enrichissent, les autres s’appauvrissent. Ce qui réduit du même coup leur capacité d’achat.

Endettement des ménages

économie crise économique finance financièreÀ cause de cela, il n’est pas possible, pour beaucoup, d’augmenter leurs économies. Au contraire, l’endettement des ménages canadiens dépasse maintenant de taux de 160 % du revenu disponible. Un taux semblable s’est traduit en crise immobilière aux États-Unis et au Royaume-Uni.

En même temps, les problèmes d’endettement des pays augmentent. On le voit aux États-Unis, en Europe et ailleurs. Le seul remède à cet endettement, dit-on, est l’austérité. C’est-à-dire une plus grande misère pour beaucoup.

Mais les gens ne sont pas d’accord, ils sortent dans les rues. La situation devient « contre-productive », pourrait-on dire. Et puis, revirement : le Fonds monétaire international (FMI) surprend en proposant plus de souplesse dans les mesures d’austérité des pays (15 octobre 2012).

Les « naïfs ordinaires » que nous sommes ont parfois l’impression d’être à la merci des « experts » de toutes sortes. Comme des bouchons de liège sur l’océan, ballottés par les tempêtes. Or, comme les experts se contredisent souvent, il n’est pas facile de discerner le vrai du faux dans cette affaire.

L’économie n’est pas une science exacte, visiblement. La notion même de science exacte est déjà discutable, quand on sait qu’en physique, par exemple, on n’a pas encore trouvé une théorie unifiée qui s’appliquerait à tous les aspects de l’univers.

La vraie qualité de vie

Un des problèmes modernes, c’est qu’on a cru à l’objectivité des mathématiques et des sciences. Il y a quelques années de cela, il suffisait d’inviter un expert à la télévision pour nous dire qu’il n’y a aucun danger à utiliser le nucléaire ou tel pesticide, et le problème était résolu.

Cela ne fonctionne plus maintenant, parce que depuis longtemps on a compris que les experts n’avaient pas tous la même opinion. Dans l’affaire de Gentilly-2, on a vu s’opposer des scientifiques qui disaient, d’un côté, que les femmes enceintes devaient quitter Bécancour et qu’il ne fallait pas que les habitants consomment les légumes de leurs jardins – et de l’autre qu’il n’y avait aucun danger.

Tant que la science servait à justifier le travail de l’industrie et les politiques gouvernementales, on la tenait en haute estime. Maintenant qu’elle s’y oppose souvent, elle devient un peu moins crédible pour les pouvoirs qui l’utilisaient jusqu’alors.

La conception actuelle de l’économie dépend d’une croissance constante… comme dans le cas des ventes pyramidales. Mais on sait qu’il y aura toujours des perdants, dans ce genre de « fraude ». En fait, toute la conception économique actuelle est à revoir parce qu’elle repose sur des bases erronées.

Il est impossible de sauver ce château de cartes, et il nous faudra, en fin de compte, reconstruire l’économie mondiale sur des bases plus solides. Sur des bases qui respectent les lois naturelles et qui nous offrent une qualité de vie qui n’a rien à voir avec l’accumulation de biens matériels.

Dans une entrevue accordée au Devoir, le 16 octobre dernier, l’écologiste David Suzuki s’élève contre cette croissance sans frein :

Tout ce que nous faisons doit nous permettre de protéger la qualité de l’air, de l’eau et du sol. C’est la base. Ensuite, on peut se demander comment bâtir une économie en tenant compte de ces éléments essentiels. Mais ce n’est pas ce que nous faisons. Nous élevons l’économie au-dessus de tout en disant que tout le reste doit servir l’économie. Et la nature en paie le prix. C’est suicidaire.

Y a-t-il d’autres solutions ?

Pour être plus positifs, il faudrait parler de tout ce qui se fait de bien en marge de l’économie dominante. Des économistes dissidents qui travaillent à l’économie sociale ; des investissements responsables qui sont en pleine progression ; de l’entraide, de l’échange de produits et de services qui remplacent l’argent ; de l’austérité ou de la simplicité volontaire, et ainsi de suite. Nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

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Pour sauver l’économie: appauvrir les pauvres et enrichir les riches!

Économie

Justice sociale, occupons les espaces publics

Pour sauver l’économie, il n’y a pas d’autres solutions, selon la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international, que d’appauvrir les pauvres et d’enrichir les riches. D’où l’indignation populaire, le mouvement des Indignés et l’occupation de lieux publics dans les villes pour manifester son opposition à une telle conception de la vie en société.

Normand Charest    Dossiers Économie, Communautaire

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Bien sûr, les dirigeants de ces institutions n’expriment pas leur opinion de manière aussi directe, car elle se révèlerait contraire à l’argument de «justice sociale» dont ils se réclament, eux qui se présentent simplement comme les serviteurs des États démocratiques.

Or, si le terme «démocratique» signifie un gouvernement du peuple, il ne convient plus à la réalité actuelle où tout le pouvoir est aux mains de la finance. Et il serait bien difficile de soutenir que celle-ci œuvre au service du plus grand nombre.

Comment appauvrir le peuple?

C’est ainsi que pour sauver l’euro il faudrait, selon la Banque centrale européenne (BCE), appauvrir le peuple. Comment? En augmentant les taxes, en réduisant les retraites pour tous, en reportant l’âge de la retraite (les ouvriers fatigués pourraient ainsi aider l’économie en mourant avant de toucher leurs rentes), en réduisant les salaires (mais pourra-t-on faire «rouler l’économie» si on ne peut plus consommer?), en augmentant le chômage par les licenciements, en réduisant les aides médicales et sociales (dont n’ont pas besoin les riches)…

Pendant ce temps, les impôts sur les sociétés qui étaient de 50% dans les années 1980 sont maintenant de 33,3%, selon les taux affichés, mais en réalité ils ne sont souvent que de 7%. La hausse des dividendes est de 13%. Et les dirigeants bénéficient de généreux bonus, alors qu’ils licencient ou appauvrissent les employés et qu’ils augmentent sans cesse leur charge de travail. On justifie cela par la nécessité d’offrir une taxation aussi faible dans les pays développés qu’elle l’est dans les pays émergents, afin d’attirer les investissements.

Enrichir les riches

En rendant tout cela abstrait, mathématique, on s’enlève toute responsabilité personnelle, politique ou sociale. On parle même d’«intérêt supérieur» auquel il faudrait se sacrifier et tant pis si cela coïncide, par hasard, avec celui des classes supérieures, ironise le Monde diplomatique (11/2011, p. 10).

Pour que l’on accepte plus facilement de se sacrifier à «l’intérêt supérieur», il faudrait au moins que toutes les classes sociales participent à l’effort de sobriété, y compris celles qui bénéficient des plus grands surplus.

Les réformes économiques

Mais les réformes qui nous sont présentées en ce moment constituent une injustice sociale que l’on cache sous un langage abstrait et inaccessible. On veut cacher la réalité sous un mirage de mots. Sinon, il serait bien difficile de l’assumer dans toute sa nudité.

Plus que jamais «l’argent mène le monde» et contrôle les gouvernements des États qui en dépendent. Une vraie démocratie n’est donc plus possible dans de telles conditions, puisqu’il n’est plus question de défendre les intérêts des populations, mais bien ceux de la finance.

Les manifestations

En réaction à cette perte de pouvoir sur leur destinée, les populations manifestent, en Grèce, en Espagne et ailleurs. On voit des «Indignés» occuper les lieux publics à Francfort (siège de l’économie européenne), à New York, Londres, Paris, Toronto, Montréal…

Il est clair que toute l’économie et le système monétaire actuel reposent sur de fausses bases qui accordent plus d’importance à la spéculation qu’au travail lui-même, qu’à une compensation équitable entre les individus.

Comment pouvons-nous changer ce système, qui résiste à tous les changements puisqu’il détient tous les pouvoirs matériels ? Nous ne le savons pas encore. Mais ce système monétaire risque de se détruire par lui-même, s’il nous demande de consommer davantage tout en gagnant moins par exemple, une aberration que l’on a soutenue temporairement par un crédit qui a lui aussi atteint ses limites…

Illustrations Mabi

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Un bémol à la reprise économique

Un bémol à la reprise économique

Ariane Aubin           Dossier Économie

Les indices de croissance économique sont peut-être à la hausse, mais ne sabrez pas le champagne trop tôt. Des dommages durables ont été infligés au système économique mondial et ils subsisteront même lorsque la récession sera officiellement terminée, a déclaré l’économiste en chef du Fonds monétaire international, Olivier Blanchard.

Le chroniqueur économique Jean Gagnon a repris ses propos dans son dernier billet, en rappelant que le calcul permettant d’évaluer la santé d’une économie nationale peut être faussé par le fait que le gouvernement prend le relais des consommateurs en temps de crise. Difficile de réduire un système  complexe à une formule aussi simple que C+I+G+(X-M)!

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Air Canada vers une 2e faillite!

Air Canada vers une 2e faillite!

Raymond Viger                                 Dossiers Économie

Avec les banques qui ont encore trop d’actifs problématiques, l’aviation civile est aussi dans une périlleuse situation. On annonce même une 2e faillite d’Air Canada!!!

Pas de quoi nous remonter le moral. Faut-il être sadomasochiste pour suivre l’activité économique et financière ou encore suicidaire?

Il y a de bons actifs malgré. Comme les aéroplans. J’espère, je ne veux pas perdre tous les petits points si durement accumulés.

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