Un Blood remise son bandeau rouge et quitte le gang de rue

Spectacle hip hop au Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo)

Sortir d’un gang de rue

Les adieux de Général au gang de rue

Journal intime d’un membre de gang de rue qui veut s’en sortir. Général, membre très actif d’un gang de rue, change son fusil d’épaule et quitte le gang. À travers l’histoire de Général, Reflet de Société raconte la vie dans un gang de rue.

Dominic Desmarais Dossier Gang de rue, Criminalité

gang-de-rue-gangster-criminalite-criminel-generalGénéral a grandi au sein de la famille des Rouges. À 9 ans, il commence à les représenter. Adolescent, il mène la guerre contre les ennemis jurés de son clan, les Bleus. Puis, avec le temps, le soldat se mue en criminel lucratif. Un séjour en prison pour vol à main armée lui a fait comprendre qu’il est temps de quitter cette famille. Mais briser le lien est difficile. Changer de mentalité aussi.

Général sort de prison à 21 ans. Il vient de passer les trois dernières années de sa vie derrière les barreaux. Et il doit, pour les deux ans à venir, se soumettre à plusieurs obligations. Il est en sursis. Il doit garder la paix, se présenter à son agent de probation, faire des travaux communautaires, se trouver un emploi ou retourner à l’école. Il doit également respecter un couvre-feu qui l’oblige à demeurer chez lui de 22 heures à 6 heures du matin. «J’avais 21 ans. J’étais toujours un hors-la-loi. Je n’ai pas respecté mes conditions. J’ai travaillé pendant trois mois sur des ailerons de voiture. Pour le satisfaire, je donnais des papiers à mon agent attestant que je continuais de travailler. La seule chose, c’est que je devais être là pour recevoir son appel. Il le faisait entre 23 heures et minuit. Dès que je lui avais parlé, je partais. J’allais vendre. Ça ne m’a pas arrêté.»

Des appels, Général en rate plusieurs. Il doit retourner au tribunal s’expliquer. Il est mis à l’épreuve pour une période de 6 mois. «Je ne pouvais plus manquer d’appels et j’ai décidé de retourner à l’école pour terminer mon secondaire. Mais je n’y allais pas souvent. Je ne dormais pas de la nuit. Je vendais.»

Un blood se questionne

gang-de-rue-blood-crips-gangs-criminaliteGénéral continue son business. S’il se fait interpeller par un policier, la prison l’attend illico. Il fait davantage attention, fait  profil bas. Une fois son sursis terminé, il est arrêté pour extorsion. C’est le retour au pénitencier jusqu’au procès. Général y reste six mois avant d’être déclaré innocent. Mais ce deuxième rappel à l’ordre le bouleverse. «Là, j’ai commencé à me poser des questions. Je l’ai gardé pour moi. Je ne voulais plus faire d’activités flagrantes. Quand les gars voulaient faire une action grave et qu’ils m’appelaient, je n’y allais pas. Je ne voulais pas retourner en dedans. Mais j’étais toujours un blood. Je les représentais.»

Général est mal à l’aise. Il nage entre deux eaux. Il continue à frayer avec sa famille Rouge, à pousser pour faire encore plus d’argent. Mais quand il est question de livrer bataille, il se sent comme un étranger. Ce n’est plus pour lui. Il ne se reconnaît plus, lui le premier à vouloir se battre, à être de tous les coups durs.

Intérieurement, il se sent de plus en plus seul. Jusqu’à ce qu’un autre membre lui fasse part de son propre malaise. «J’avais un ami, un arabe, qui se questionnait aussi. On s’appuyait. On avait un emploi tous les deux, alors on restait plus souvent chez nous. Mais on se présentait aux événements et aux réunions du gang. On était moins présents, les autres savaient qu’on travaillait à l’extérieur. Mais on était toujours des membres.»

Fuir le gang de rue

Général décide de prendre ses distances pour quelque temps afin de comprendre ce qu’il vit. «Je suis allé chez ma sœur, à Ottawa. Je voulais m’en sortir. Mais j’avais toujours ma mentalité street.»

Général observe la vie de la rue, à Ottawa. Il remarque qui contrôle la vente de la drogue. Tout naturellement, il se lie avec eux et les relie avec sa famille de Montréal-Nord. «À Ottawa, ça ne joue pas fort comme à Montréal. Ici, on allait tabasser le monde pour dire que c’était nous qui contrôlions le territoire. Ça ne se faisait pas vraiment à Ottawa… avant que je n’arrive!»

Général se bâtit un gang de Rouge dans la capitale fédérale. Il coupe les ponts avec eux aussitôt qu’il revient à Montréal. Une première rupture qui l’aidera plus tard à quitter sa famille de Montréal-Nord.

Pendant son séjour à Ottawa, son gang s’habitue à ne pas le voir dans les parages. Peu à peu, le lien se défait. «Ils me voyaient de moins en moins. Un gang, ce n’est pas comme les motards. On n’a pas de comptes à rendre. C’est plus facile de quitter. On ne me tirera pas parce que j’en sais trop. Quand je suis revenu d’Ottawa, on m’a juste dit Yo Général, t’étais où? J’étais parti habiter chez ma sœur à Ottawa.»

La désaffiliation d’un gang de rue

Général quitte graduellement les Blood et sa mentalité de criminel. Mais il vit seul son processus de désaffiliation. «Je ne l’ai pas dit à mes proches. Quand on me demandait pourquoi on ne me voyait plus, je répondais que j’étais relax. Je ne leur ai pas dit que je voulais partir. Ce n’est pas du monde attentif. Je n’ai pas peur de le dire mais ils ne sont pas réceptifs. Certains ne l’accepteraient pas. Ces dernières années, ils ont vu que j’avais changé. S’il fallait battre quelqu’un, faire peur à du monde, on m’appelait de moins en moins. Je disais que je voulais changer de vibe. Ils le voyaient. Mais certains ne comprenaient pas. Ils agissaient mal avec moi. Général nous laisse tomber? Il se prend pour qui? Dans un gang, tu dois toujours être présent, actif. Je m’éloignais encore plus d’eux.»

Son second séjour en prison le pousse à se questionner. Il n’a pas envie de passer ses jours derrière les barreaux. Il ne veut pas être ce genre de modèle pour ses parents, ses frères et sœurs. «J’en avais marre que le monde autour de moi souffre. Je voulais le meilleur pour ma famille, pour mon petit frère. Plus il vieillissait et plus je m’investissais auprès de lui. Il fallait que je lui montre l’exemple. Ce n’est pas la prison qui me donnerait l’occasion d’accomplir quelque chose.»

Mais changer de mentalité est ardu. Général en souffre. «Ça m’a pris subitement. J’avais peur de me faire prendre, peur du temps que j’avais à perdre en prison. Je «paranoïais»,  je voyais des morts, je vomissais. Je n’étais vraiment pas bien dans ma peau. J’ai réalisé que j’avais une vie devant moi. J’ai pris conscience que si je passais ma vie en dedans, je perdrais ma copine, ma famille et mes amis disparaîtraient.»

Après cette bataille avec la folie, Général reprend le contrôle de sa personne. «Je me suis réveillé un matin et j’ai décidé que c’était terminé. C’est la volonté. Comme un fumeur qui veut arrêter. J’étais tanné. Je ne voulais plus de cette vie. Je m’éloignais du monde qui pouvait m’apporter des problèmes.»

L’exil du gang de rue

Pour se faciliter la vie, Général quitte Montréal. Il accompagne sa petite amie qui part étudier à Sorel-Tracy. Il s’isole avec elle. «J’ai changé de numéro de téléphone. Seuls mes proches l’avaient. Pas de membres du gang. Ma copine allait à l’école et moi je voulais changer d’air. Au début, à Montréal, elle me voyait arriver avec beaucoup de stock. Mais quand j’ai décidé d’arrêter, je ne touchais plus à rien. J’ai fait des démarches pour me trouver un emploi et terminer mon secondaire. Je commençais à être dans ma bulle. Ma copine voyait que j’étais seul, que je ne sortais pas de la maison. J’étais toujours stressé. Couper sec, ce n’est pas facile. Je n’étais toujours pas bien. Je changeais de mentalité et le monde autour de moi ne comprenait pas. Je n’avais pas le goût d’aller voir mes amis parce que je savais que ça finirait mal.»

Général, dans son cocon à Sorel-Tracy, épuise toute sa paranoïa. Il se métamorphose. «C’était dur parce que je devais changer complètement mon mode de vie. Je devais tout changer. Refaire mon cercle social, trouver le moyen de faire de l’argent. Comment j’allais payer les factures? Ça me stressait. Avant, quand j’avais besoin d’argent, c’était facile. Juste à vendre. C’est là que j’ai commencé à m’investir dans la musique. J’y défoulais ma rage. L’énergie que j’ai mise dans la rue, je l’ai mise dans le rap. J’ai commencé la réalisation vidéo. J’ai fait un DVD de musique. Pour faire de l’argent. Et ça n’a pas été long avant que je m’intègre à la communauté hip-hop québécoise. Je sais comment vendre un produit. Je me suis bien débrouillé avec mon DVD. Ma mentalité de revendeur m’a aidé pour vendre ma musique!»

Le rap, sortie de secours à un gang de rue

Après son sevrage du monde, Général sort de l’ombre. Le plaisir qu’il avait de chiller avec les gars de son gang, il le retrouve avec la famille du hip-hop. Il crée des liens qui ne sont pas criminels. Et il se sert de son expérience de la rue pour s’exprimer dans sa musique. «Quand tu veux changer, le bon monde vient à toi. J’avais la volonté de changer, de faire mieux, de passer un message.»

Le passé de Général l’handicape. Il le limite dans ses mouvements. Il ne peut, par sa musique, rejoindre un public hostile à sa vie antérieure. «C’est sûr qu’il y a des secteurs où je ne peux pas aller. Je suis connu. J’ai encore des ennemis. Je suis fraîchement sorti de mon gang. Des jeunes des quartiers Pie-IX et Saint-Michel m’ont demandé d’aller tourner des vidéos chez eux. Je ne peux pas. Mon nom est encore gravé dans la tête de certains. Même si j’ai changé, je ne peux pas aller dans le camp ennemi pour dire que j’ai arrêté. Ils s’en foutent.»

Les remords d’un ancien blood

Général aimerait bien tourner la page de son parcours de blood. Mais pour y arriver, il faut d’abord qu’il fasse la paix avec lui-même. «J’aimerais m’excuser publiquement. Mais j’ai fait trop de mal à certaines personnes pour qu’elles acceptent. Comme pour moi. Je suis rentré à 9 ans dans les Rouges quand j’ai vu mon cousin se faire tabasser devant moi. Mais j’ai tapé du monde devant leurs petits frères et je les ai forcés à choisir leur camp. C’est la même histoire que j’ai vécue. C’est une roue. Je m’en rends compte. La violence engendre la violence. Tous les jeunes ont une histoire qui y ressemble. Ceux qui entrent solidement dans un gang, c’est qu’ils ont une raison sérieuse. Les autres, ils ne font que suivre. Ceux qui m’ont fait du mal, je ne les excuse pas nécessairement. Mais je dois en faire un deuil. Ce qui ne veut pas dire oublier. Ceux à qui j’ai fait du mal, je ne leur demande pas d’oublier. Mais qu’ils sachent que j’ai changé. Que je ne m’intéresse plus à la violence.»

Général sait bien qu’on ne peut réécrire le passé. Avec son expérience des gangs, il se met à rêver de ce qu’il aurait pu accomplir. «Si c’était à refaire, si je pouvais reculer de 15 ans, je ne serais pas entré dans les blood. Plutôt que d’amener des jeunes à faire du business, je les aurais fait rapper. J’en sors des gangs, des jeunes. Je leur montre qu’il y a d’autres manières d’arriver à s’exprimer, à sortir de la rue. Si j’avais fait ça dès le début, plusieurs en seraient sortis.»

Introduction Histoire des gangs de rue

Autres textes sur Gang de rue

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Un membre de gang de rue en prison

Survivre en prison pour un Blood

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Dominic Desmarais Dossier Gang de rue

Général est membre des Rouges de Montréal-Nord. Il a fait son chemin par la violence et le crime. Valorisé par ses pairs pour son séjour derrière les barreaux, Général y a trouvé la volonté de changer de vie.

gang-de-rue-comment-sortir-gangs-de-rue-criminelGénéral célébrait son 18ème anniversaire en grand. Lui, le caïd sans peur et au portefeuille sans fond, méritait une fête digne des rois. Dans un hôtel loué pour l’occasion, ses amis et lui se promettaient un party qu’aucun n’oublierait. Il a reçu son gâteau par l’entremise de gens qu’il n’avait pas invité : le SWAT, l’unité policière spécialisée dans les interventions risquées. «On a entendu un hélicoptère. Puis les forces spéciales ont pointé leurs lasers sur nous.» En dehors de l’hôtel, Général est accueilli par une troupe de curieux. Les journalistes de TVA, TQS et d’autres médias sont là pour marquer la postérité. Général et ses amis deviennent des stars dans leur milieu.

Un Rouge parmi les Bleus

Général est arrêté pour un vol à main armée en 2002. Il passera 3 ans en prison. En attente de son procès, il est envoyé à Bordeaux. Il cohabite avec des criminels de tous les horizons. Mais les gens de son clan sont rares. Il est en territoire ennemi, chez les Bleus. «J’étais toujours sur le qui-vive. Je n’arrivais pas à bien dormir. Ce n’était pas mon monde qui avait le contrôle.» Général est chanceux. Son cousin, un Bleu qui habite Saint-Michel, est aussi à Bordeaux. Avec ses comparses d’origine africaine, il prend Général sous son aile malgré son affiliation ennemie. «C’est ce qui m’a sauvé. Mon cousin et les Africains des Crips.»

gang-de-rue-general-gangs-de-rue-criminalité-montreal-nord-gangBien que sur ses gardes, Général laisse sa nature s’exprimer. Lui, leader à l’extérieur, observe qui exerce le pouvoir dans le secteur de 180 criminels. Il remarque le président du comité des détenus, l’organe décisionnel après les gardiens, et rentre dans ses bonnes grâces. «Quand je suis arrivé, j’ai fait mes preuves avec le président. Quand il y avait un problème avec des prisonniers, j’étais avec lui, derrière lui.» Général s’intègre à ce point qu’il est élu sur le comité. Il en reçoit des avantages qui valorisent sa nature de chef.

«Comme j’étais dans le comité, tout allait bien pour moi. On me donnait des cigarettes, je pouvais me servir en premier à la cafétéria. S’il y avait un événement, une friction, je m’en mêlais. Une fois, j’ai organisé une réunion. Tous les gars sont venus. Les skinheads, les Noirs, les motards, les Italiens. J’avais une chanson. Nous on danse le disco! Je les ai tous fait chanter. Les 180 gars!»

Mais les jours paisibles de Général à Bordeaux s’achèvent. Un de ses frères, un Blood, vient le rejoindre en prison. Cette fois, le cousin et les autres Africains des Bleus ne veulent pas le protéger. Ils veulent sa peau. «Les Crips ont voulu le passer. Mais c’était un de mes amis. Je n’ai pas voulu. Alors je me suis battu contre eux pour l’aider. J’avais les Bleus et les blancs contre moi. Les skinheads étaient bien contents de voir des Noirs s’entretuer. Ils le disaient ouvertement. Et les Italiens, eux, s’en foutaient. La prison, c’est la prison. Un criminel, ça reste un criminel.» Général se retrouve seul contre la majorité. Son instinct de survie l’exhorte à la violence. Ce qui lui vaut un passage de cinq jours en isolation. Le trou, comme Général le surnomme.

Un blood parmi les siens

Le jeune criminel est transféré au pénitencier de Rivières-des-Prairies, un établissement à sécurité maximum. Général est mis dans une aile, une wing, de Bogars: huit hommes de son clan. «J’étais avec mes gars, chez moi. Sauf qu’on est en prison… Il y a toujours un stress. Même s’il y avait des problèmes entre nous, je savais qu’ils représentaient Montréal-Nord, les Blood. Alors parce qu’on fait partie de la même famille, on réglait nos chicanes plus facilement. Mais si un détenu arrivait et qu’il n’était pas un membre, c’était plus difficile pour lui. Il devait faire le ménage le matin, nettoyer les tables. Sinon, on le tabassait.»

gangs-de-rue-jeunes-criminels-gang-de-rue-taxage-prostitution-dopeLa vie en prison est régie par des règles. Ceux qui les transgressent se font rappeler à l’ordre sévèrement. «Certains entrent en prison sans en avoir la mentalité. Ils pensent qu’ils doivent faire leur place. Mais tu ne peux pas quand tu es isolé, avec des Bogars. Il y en a un, super musclé, qui a voulu montrer qu’il ne se laisserait pas intimider. Qu’il n’avait peur de personne. Il s’en est pris au plus petit de la wing. Mais c’était un des nôtres. Il s’attaquait à nous! On lui est tous tombés dessus. Il avait beau être grand et fort, il n’as pas pu faire sa place. Plusieurs se sont fait rosser pour ça.»

Ce qui est vrai en territoire des Bogars l’est aussi chez les Bleus, les motards, les maffieux. «En dedans, les motards se font taper. Ce n’est pas parce que tu es patché que tu ne te feras pas tabasser. Tout comme ce n’est pas parce que tu es un membre influent d’un gang que tu ne te feras pas corriger. En prison, c’est la loi du plus fort. Et le plus fort, c’est le groupe le plus nombreux.»

L’air frais

Général sort toutes les semaines de son univers carcéral. Quatre fois par semaine, il reçoit des visiteurs pendant une heure: ses parents et ses grandes sœurs ainsi que ses copines. «J’avais beaucoup de copines! C’est elles qui venaient me voir. En prison, c’est juste les filles qui viennent. Tu peux compter sur les doigts de ta main le nombre de gens qui sont là pour toi. Ça me faisait sortir de la wing. C’est ce que j’appréciais le plus. Surtout quand mes copines venaient. Le plus dur, c’est quand ma mère me visitait. Elle pleurait tout le temps. Pourquoi tu m’as fait ça?»

Après les entretiens avec sa mère,  Général retournait à la cellule le cœur déchiré. Sur le coup, il ne réalise pas quel impact les larmes de sa mère ont sur lui et sa volonté de changer de vie. Malgré les moments pénibles qu’il vit en sa compagnie, il se considère privilégié d’avoir une famille qui tient à lui. Il compare sa situation avec celle de ses co-détenus qui ne reçoivent aucune visite.

«Dans le milieu des gangs, il y en a beaucoup qui n’ont pas de famille. C’est pour ça que le phénomène est difficile à arrêter. Les jeunes y trouvent la famille qu’ils n’ont jamais eue. À Montréal-Nord, on était un bon groupe. Au moins une trentaine des gars n’avaient pas de famille ou avaient été reniés par leurs parents. Ils dorment dans la rue ou squattent chez des amis. Ils n’ont pas une cenne. Tout ce qu’ils recherchent, c’est un lien d’appartenance. Ils vont être les premiers à descendre quelqu’un qui cause problème. Ils sont plus dangereux parce qu’ils n’ont rien à perdre. Pour eux, faire de la prison, ça leur donne un break.»

Le magouilleur

Si les visites de sa famille font naître chez lui un début de questionnement, Général n’est pas encore au stade du changement. Il est aussi business en dedans qu’au dehors. «Je vendais, en prison. J’ai essayé de faire entrer du stock par une copine. Je le faisais mettre par un ami dans des chaussures que je lui avais demandé de m’apporter. Elle s’est fait prendre… et elle ne le savait pas! Elle m’en veux encore pour ça! J’ai tout admis. Elle n’a pas eu de conséquences. Ce n’était pas la première à qui ça arrivait. Les gardiens sont habitués!»

Ses copines sont surveillées, Général développe une autre stratégie pour fournir les autres détenus en pot. «J’allais voir d’autres prisonniers qui n’avaient rien à manger, qui n’avaient pas d’argent. Je passais par eux pour qu’ils reçoivent des gens qui leur apportaient mon stock. Et si jamais ils se faisaient prendre, ils me devaient la valeur de ce qui était saisi!» Général devient plus fort. Les autres détenus lui doivent leur niveau de vie amélioré. Et s’ils ne veulent pas le perdre, ils doivent répondre aux demandes du jeune caïd.

Général écoule sa drogue contre des cigarettes qui remplacent le dollar, à l’intérieur. Ou le détenu demande à un ami à l’extérieur de déposer de l’argent dans le compte du jeune Blood. «Je fumais beaucoup! Mais je faisais pas mal d’argent! Je faisais fumer toute la wing!» Avec cet argent et les cigarettes, Général s’offre de la nourriture au marché noir de la cantine, comme on l’appelle: du riz, des nouilles gattuso et du thon.

Le soir, Général et ses amis se regroupent pour une bouffe collective. «Même les motards mangeaient leur riz et leur gattuso avec nous! J’ai fait beaucoup de contacts, en prison. Surtout avec les patchés. On les protégeait, dans notre wing. Ils sont devenus des frères. Et ça m’a aidé, une fois sorti de prison. Quand mon monde avait des problèmes d’approvisionnement, qu’on ne trouvait pas de fournisseurs, j’allais voir mes contacts personnellement. C’est sûr que tu as plus confiance quand tu as passé du temps avec quelqu’un en dedans.»

Enfin libre

Arrive le jour tant attendu. Après trois années, Général est libéré. Il a 21 ans. Il ne connaît rien d’autre que la dure réalité de la rue. «Je suis revenu assez vite à ma vie. Dès que je suis sorti, dix de mes gars m’attendaient. On a fêté ça! Mais on a failli être arrêtés parce qu’on faisait trop de bruit!»

Général retournait dans sa famille. Mais insidieusement, l’expérience de la vie carcérale venait de le changer à jamais. Il ne le comprenait pas encore. Avec le recul, il réalise que c’est de là que son questionnement sur son mode de vie a pris naissance. C’est la prison qui lui aura fait quitter les Blood. Même s’il lui a fallu des années pour y parvenir.

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Spectacle Hip Hop: Rap et poésie urbaine

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Spectacle de Rap et de poésie urbaine

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gang-de-rue-montreal-nord-gang-rue-pascal Le 4 juin, le rapper Général, présente un spectacle de rap dans l’environnement graffiti du Café-Graffiti. Général introduira 5 rappers qui ont hâte de prendre le micro.

Seulement 100 billets sont disponibles pour ce spectacle bénéfice du Café-Graffiti. S’il reste des billets à la porte, le coût sera à 15$ chacun. Pré-vente à 10$.

Samedi le 4 juin, les portes ouvrent à 20:00 heures. Réservez vos places et profitez de la pré-vente. (514) 256-9000.

Spectacle sans drogue et sans alcool, juste de la poésie urbaine! Le spectacle se donne dans la galerie du Café-Graffiti. L’exposition en cours présente 47 nouvelles toiles des 14 graffiteurs ayant réalisé plus de 60 murales pour les 10 étages des bureaux administratifs de Desjardins.

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Autres textes sur le Rap:

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Histoire des gangs de rue

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Chronique des gangs de rue à Montréal

Général, membre d’un gang de rue

Sous la plume de Dominic Desmarais, le magazine Reflet de Société a débuté en février dernier la publication de l’histoire de Général, un ex-membre des Bloods, un gang de rue de Montréal-Nord. Pour le blogue, tous les mercredi, nous vous présenterons une partie de cette histoire de Général et des gangs de rue.

Dominic Desmarais  Dossier Gang de rue

general-blood-gang-de-rue-montreal-nord-gangs_thumbLes gangs de rue ont pris naissance à Montréal dans les années 1980.

Blood (les rouges)

La première génération des Rouges s’appelait les Master B en l’honneur de celui qui les a créés, un dénommé Beauvois. Ils ont formé la deuxième génération du clan, les Bogars.

Les Bogars ont à leur tour formé des plus jeunes, les Outlaws. Général fait partie de cette génération, la première métissée. Les Blancs, les Latinos et les Arabes se sont mélangés aux Noirs, à l’image de l’immigration québécoise.

Crips (Les Bleus)

Du côté des Bleus, le premier clan se prénommait le gang des Bélanger. Leur relève a pris le nom de CDP pour Crack Down Posse. Puis sont apparus les Crips. Fait inusité, Emmanuel «Mano» Zéphir, fondateur des Crack Down Posse et membre très influents des Bleus était un grand ami de Beauvois de la première génération des Rouges.

La guerre des gangs a pris son envol entre les Bogars et les CDP au milieu des années 1990.

La semaine prochaine débute la grande histoire des gangs de rue.

Introduction Histoire des gangs de rue

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Comment sortir d’un gang de rue?

Un membre de gang de rue s’en sort

La vie d’un Blood en Général

Dans le numéro de février dernier du magazine Reflet de Société, nous avons présenté l’adhésion du rapper Général dans les gangs de rue de Montréal-Nord.

Raymond Viger   Dossier Gang de rue 

general-blood-gang-de-rue-montreal-nord-gangsCe premier texte de notre journaliste Dominic Desmarais est le début d’une série qui sera présentée tout au long de l’année dans Reflet de Société.

À travers les yeux de Général, vous pourrez y vivre son adhésion au Blood, la guerre contre les motards, la mafia et les Crips, les impacts sur la famille, la sortie de Général des gangs de rue ainsi que son avenir.

Nous avons déjà reçu beaucoup de commentaires de lecteurs qui voulaient en avoir plus sur le vécu de Général.

À compter du 6 avril, l’histoire du rapper Général sera ramené sur ce blogue. Nous espérons que cette série saura satisfaire les lecteurs de Reflet de Société et les internautes.

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Dossier Montréal-Nord. Vidéo-clip pour: Fredy Villanueva

Vidéo-clip pour: Fredy Villanueva

Raymond Viger Dossier Montréal-Nord.

Général est un rappeur de Montréal-Nord. Avec K-Nice, il a réalisé une chanson en l’honneur des disparus. Patparazzi a produit le vidéo-clip.

Cette chanson mérite d’être écouté et réécouté. Elle mérite aussi qu’on prenne le temps d’écouter le message et l’expérience de la rue que Général nous présente. Depuis l’âge de 13 ans, Général a vu plusieurs amis mourir sous les balles, dont un dans ses bras en le protégeant. Ce n’est pas par hasard que Général nomme les rues Pascal et Matte, qu’il parle de ses amis en prison…

Cette chanson en l’honneur de ses amis disparus n’est pas opportuniste, mais plus une témoignage d’une réalité qui fait rage dans Montréal-Nord et dans plusieurs quartiers de Montréal. Découragé ou désabusé de voir que la violence est partout, même entre membres d’un même gang de rue!

Général dédie cette chanson à Freddy Villanueva. À la demande de ses amis qui le soutiennent, nous présentons son clip dans le Dossier Montréal-Nord.

Merci Général pour ce message que tu nous livres humblement et simplement.

Ce billet est le 5e du Dossier Montréal-Nord. Le premier billet fait la présentation de la réalisation d’un reportage sur les événements de Montréal-Nord qui ont amené à la mort de Freddy Alberto “Pipo” Villanueva. Le deuxième traite de l’habillement, culture Hip Hop et gang de rue. Le troisième traite des pistes de solutions. Le 4e traite du soutien à offrir à l’occasion de la présence de Kent Nagano dans Montréal-Nord.

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