Manifestation de casserole et mobilisation étudiante

Dossiers Éducation, Culture, Économie

La vulgarisation des casseroles

Ils sont sortis dans la rue. Ils ont tapé sur des casseroles. C’est au Québec, ça aurait pu être ailleurs dans le monde. La capacité des gens à croire en leur pouvoir de changer les choses est un puissant stimulant. Mais pour les nourrir, il faut de l’information.

Pascal Lapointe, Agence Science Presse. Dossier Éducation

casserole manifestation étudiant greve ggi greve générale illimitée« Plus grand est le sentiment d’auto-efficacité, plus élevés sont les objectifs que s’impose la personne et l’engagement dans leur poursuite. »

Une phrase compliquée pour définir une chose à laquelle nous avons tous été confrontés : plus nous croyons en nos capacités, et plus nous sommes prêts à aller loin.

Si les gens ne pensent pas qu’ils peuvent produire les résultats qu’ils désirent par leurs actions, ils ont peu de raisons pour agir ou persévérer en face des difficultés.

La confiance de manifester

C’est l’éminent psychologue d’origine canadienne Albert Bandura, de l’Université Stanford, à qui on doit ces phrases. Mais le concept « d’auto-efficacité » qu’il a développé à partir des années 1980, est bien davantage qu’une simple confiance en soi. C’est ce qui fait le pont entre l’individu et les groupes.

C’est qu’à la base, « croire en ses capacités », peut être individuel —oui, je suis capable de faire 100 km à vélo!— mais arrivent des circonstances où l’individu, tout seul, atteint ses limites —améliorer les conditions de travail des journalistes pigistes, par exemple. Du coup, le gros bon sens dicte de passer à une action collective. Et pour passer à cette étape, il faut croire en notre « auto-efficacité », selon les travaux de Bandura.

Les casseroles dans la rue

Comment passe-t-on à l’étape où des gens se sentent prêts à descendre dans la rue avec des casseroles? Le sentiment d’identification à un groupe compte pour beaucoup : les juristes se sentiront plus enclins à protester contre une loi si d’autres juristes le font, et les gens d’un quartier riche se sentiront autorisés à taper sur des casseroles si leurs voisins ont l’audace de le faire.

C’est là une leçon pour les journalistes et les scientifiques qui croient erronément qu’il suffit de prendre un bloc de connaissances complexes et de le vulgariser de la « bonne » façon pour que tout le monde « comprenne ». Parce que l’argument qui va stimuler les juristes n’est pas le même qui va stimuler les artistes. Et aussi parce que dès qu’on parle de « changer le monde », il y aura inévitablement des groupes qui, par biais idéologique, refuseront d’observer les faits provenant de ce qu’eux perçoivent comme étant « l’autre camp ».

Vulgariser la manifestation étudiante

Du coup, le défi du vulgarisateur —tentant par exemple d’expliquer la hausse des coûts d’inscription à l’université, le pourquoi de l’évolution « entrepreneuriale » de la recherche ou même l’évolution de l’économie depuis les années 1970— devient de présenter un discours adapté à chaque groupe. De la même façon que ces environnementalistes du Kansas ont mobilisé des citoyens pourtant climatosceptiques, en employant une vulgarisation à saveur économique : comment se libérer de la dépendance au pétrole, comment faire baisser la facture d’électricité…

En vertu du principe voulant qu’il leur sera plus facile de croire à leur capacité de changer le monde si cette perspective de changement se calque sur leurs valeurs personnelles. Et ce, même si ces valeurs peuvent paraître superficielles à d’autres. Puisque ce n’est pas en faisant sentir à quelqu’un qu’on le trouve superficiel qu’on le convaincra d’écouter, même avec la meilleure présentation multimédia du monde.

Qui peut-on mobiliser?

L’enseignement d’une pensée critique devrait aussi devenir quelque chose de fondamental à l’école et à l’université, ne serait-ce que pour apprendre à distinguer un fait d’une opinion —mais pour ça, il ne faudrait pas juste en reparler une fois tous les 20 ans, lorsque surgit une crise.

Bien sûr, il y aura toujours des groupes plus faciles à mobiliser que d’autres —les jeunes— et il y aura toujours des gens effrayés par toute forme de changement. Mais même les plus vieux ou les plus réactionnaires ou les plus individualistes sont tôt ou tard touchés émotivement par quelque chose de rassembleur —l’importance d’une meilleure éducation, l’argent de leurs impôts dépensé plus judicieusement, la possibilité d’un plus dans leur qualité de vie… La tâche du vulgarisateur consiste à trouver cette corde sensible.

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Frais de scolarité: contre la hausse et pour la gratuité

Manifestation des étudiants

Réactions aux discours de Jean Charest

Suite à l’échec des négociations entre la Ministre de l’Éducation Michelle Courchesne et les leaders des mouvements étudiants, le Premier Ministre Jean Charest a pris la parole et a tenté de démontrer que son gouvernement avait raison. Sauf que…

Raymond Viger Dossiers Éducation, Culture, Économie, Politique

Suite à l’impasse des négociations entre la Ministre de l’Éducation Michelle Courchesne et les leaders étudiants, le Premier Ministre Jean Charest a fait un point de presse pour résumer la situation.

Un discours savamment préparé pour tenter de nous convaincre que le gouvernement Libéral a fait plusieurs concessions depuis le début des négociations et que les étudiants ne veulent pas négocier mais tout simplement s’obstiner tant et aussi longtemps que la hausse des frais de scolarité ne sera pas aboli.

Pour qui se battent les étudiants?

Jean Charest lance une question importante: pour qui les étudiants se battent-ils? L’argumentaire de Jean Charest est que les leaders étudiants ne se battent pas pour les étudiants pauvres. Le nouveau système de prêts et bourses permet, pour un revenu familial allant jusqu’à 51 000$ d’avoir l’équivalent de la gratuité scolaire. Jusqu’à 100 000$ de revenu familial, des prêts étudiants permettent de diminuer les frais de scolarité. Passé 100 000$, Jean Charest considère qu’il est normal de payer des frais de scolarité et que les familles en ont les moyens.

À première vue, les arguments de Jean Charest peuvent en rallier plusieurs et sembler logique et acceptable. Moi même qui est en faveur d’une gratuité scolaire complète ait été ébranlé.

Sauf que…

1- Tenir compte du revenu familial suppose qu’il y a une bonne relation de l’étudiant avec sa famille. Ce qui n’est pas toujours le cas. Est-ce qu’on marginalise l’étudiant qui est en rupture familiale pour une quelconque raison?

2- Comment définit-on le revenu familial quand les parents sont séparés, les familles reconstituées? Est-ce que cela peut créer des situations où le calcul du revenu familial devient discriminatoire pour certains étudiants?

3- Que fait-on quand un des parents ne veut pas subvenir aux besoins d’un étudiant pour ses frais de scolarité?

4- Quand un étudiant quitte les études pendant 2 ans, il est considéré indépendant de ses parents et le revenu familial ne compte plus. Est-ce que cela discrimine l’étudiant qui continue ses études? Est-ce une façon de favoriser un décrochage scolaire de 2 ans pour être indépendant du revenu familial? Après un arrêt de 2 ans, combien d’étudiants pourront réellement revenir aux études?

5- Comment l’étudiant peut-il continuer ses études lorsqu’au moment du calcul de revenu familial ses parents travaillaient pour GM Ste-Thérèse avec 150 000$ de revenu familial et qu’à son entrée à l’université ses 2 parents ont perdu leur emploi parce que GM Ste-Thérèse a fermé les portes et que ses parents n’ont plus de revenus. Le revenu familial sera ajusté l’année suivante. Mais pour l’année en cours, l’étudiant fait face à une crise financière majeure qui pourrait mettre en péril son année scolaire.

Discrimination et injustice du système de prêts et bourses

Ce ne sont que quelques exemples de discrimination et de situations complexes que les frais de scolarité peuvent engendrer. Je suis sensible à ces discriminations parce que lorsque j’ai été aux études, personnellement, le gouvernement m’a remis trop d’argent en prêt et bourses. J’en n’avais pas besoin tant que ça. Mais dans le cas de ma conjointe, Danielle en a manqué et le système de prêts l’a discriminé avec des montants ridicules et tout ça, malgré qu’autant elle que moi, étions déclaré indépendant du revenu familial.

Le systême de prêts et bourses coûtent cher à opérer. Le système de prêts et bourses créent de grandes injustices. Pour certains étudiants, le système de prêts et bourses n’est pas suffisant pour compléter ses études tandis que pour d’autres, c’est un revenu inutile et non essentiel. L’objectif d’abolir les frais de scolarité est d’en arriver à abolir les système de prêts et bourses qui ne répond pas aux besoins réels des étudiants.

Réduire la taille de l’État pour financer les universités

Abolir le système de prêts et bourses, c’est réduire la taille de l’État, c’est récupérer de grosses sommes d’argent, non seulement qui est remis aux étudiants pour faire face aux frais de scolarité mais surtout de couper dans de nombreux postes de fonctionnaires. L’argent qui n’est pas versé aux étudiants pour payer les frais de scolarité peut être versé directement pour le financement des universités. Les salaires des fonctionnaires qui géraient les prêts et bourses deviennent une économie qui peut servir à augmenter le financement des universités et même plus.

Quand ils seront médecins, ils auront les moyens de rembourser leurs prêts

Jean Charest, d’une façon directe et indirecte, entretient un sentiment de jalousie envers les finissants des universités: quand ils auront terminé leurs études et qu’ils auront un gros salaire, ils leurs sera facile de rembourser leurs prêts. C’est normal qu’un étudiant investisse sur cette  »grosse job » qu’il va avoir.

Je suis parfaitement d’accord avec cet argument mais je propose une façon très différente atteindre cet objectif.

Quand l’étudiant aura sa  »grosse job », c’est par les impôts qu’il paiera qu’il remettra à la société ce qu’il a reçu. Pourquoi stigmatiser les étudiants plutôt que de taxer les gros salaires? Que ce soit un étudiant qui après une longue scolarité ou un homme d’affaire sans étude qui fait 250 000$ par année, il est normal dans notre système social qu’ils paient des impôts proportionnellement à leurs revenus… indépendamment que ces revenus soient attribués à leur scolarité, à leur bosse des affaires ou encore à l’héritage du commerce familial. C’est la façon simple et économique de gérer le tout.

La peur de faire payer les riches

Nos gouvernements ont peur de faire payer les riches pour les choix sociaux que nous endossons. Nous considérons que les études et les universités sont importantes. Soit. Nos impôts sont là pour payer les choix sociaux que l’on veut se donner.

Plus nous créons des systèmes d’exception, plus nous créons des départements de fonctionnaires qui coûtent chers pour gérer ces systèmes d’exception et plus nous créons des injustices dans l’interprétation de ces exceptions.

Assumons nos choix sociaux et arrêtons de tourner autour du pot.

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