La Cour suprême impose de discriminer les autochtones

Discrimination autochtone

Principe et rapport Gladue

Un homme passe devant le juge, ce n’est pas sa 1re comparution. En réalité, il est dans le système judiciaire depuis ses 13 ans, mais ce n’est que maintenant qu’une information importante émerge: il est à demi autochtone. Un rapport Gladue est demandé…

Delphine Caubet dossiers JusticeAutochtoneCriminalité.

Le principe Gladue fait référence à l’alinéa 718.2e) du Code criminel. Selon la loi, les autochtones doivent être confrontés à une discrimination systémique de la part du système judiciaire. Il s’agit d’une disposition réparatrice vis-à-vis des préjudices qu’ont connus les Premières nations par le passé.

Principe Gladue

Concrètement, cela signifie que pour diminuer la surreprésentation des autochtones en prison, les juges sont invités à modifier leur mode de détermination de sentences.

D’après le jugement Ipeelee de la Cour suprême du Canada, «la détermination de la peine est un processus individualisé», et le principe Gladue doit «encourager le juge à aborder la détermination de la peine dans une perceptive corrective.» L’objectif est de protéger la société, tout en réadaptant le contrevenant et en l’aidant à se réinsérer dans la collectivité.

Les juges doivent changer leur pratique de détermination de la peine pour répondre aux besoins des délinquants autochtones et de leur collectivité. Ils doivent porter une attention particulière aux circonstances dans lesquelles se trouve le contrevenant.

Les tribunaux doivent également prendre connaissance des valeurs du délinquant, de sa communauté, de l’Histoire de cette dernière et des traumatismes qu’elle a connus. Car si ces évènements sont anciens, les conséquences sont actuelles avec un faible de taux de scolarisation, de graves problèmes d’alcool, de chômage et de violence.

Dans l’arrêt Ipeelee, les juges de la Cour suprême précisent que «ne pas tenir compte de ces circonstances contreviendrait au principe fondamental de la détermination de la peine.» À noter que d’après ce jugement, rien n’empêche de tenir compte de ces mêmes facteurs historiques et systémiques pour les délinquants non autochtones.

Rapport Gladue

Toutes ces informations concernant le contrevenant sont la responsabilité de son avocat. Elles doivent être dans un rapport, appelé rapport Gladue. Ce document est préparé par l’agent de probation, le conseiller parajudiciaire ou l’avocat de service. Les informations nécessaires au processus de détermination de la peine sont: l’histoire et les circonstances du prévenu, et des mesures pénales de rechange à l’incarcération.

Toutes ces recherches et alternatives autour de la spécificité des autochtones ne réduisent pas nécessairement leur peine.

Lors du jugement de la Cour suprême dans l’affaire Gladue, les juges précisent que «l’alinéa 718.2e) ne doit pas être considéré comme un moyen de réduire automatiquement la peine d’emprisonnement des délinquants autochtones. Il ne faut pas présumer non plus que le délinquant reçoit une peine plus légère pour la simple raison que l’incarcération n’est pas imposée.» Les juges de la Cour suprême stipulent également dans l’arrêt Ipeelee que la «sanction pénale est le dernier recours.»

Malgré cette théorie, sur le terrain, seul le juge est à même d’utiliser adéquatement le rapport Gladue. D’après Lyne St-Louis, directrice de Taïga Vision (organisme de soutien aux communautés autochtones), «il est parfois frustrant de constater l’utilisation du rapport par les juges.»

Ces derniers, de même que les avocats, peuvent être mal informés sur la réalité autochtone et mal comprendre les problématiques. Les sanctions peuvent en conséquence être mal adaptées au contrevenant.

Contexte global

Malgré que la Cour suprême du Canada ait réitéré en 2012 sa volonté de diminuer la surreprésentation carcérale des autochtones, le contexte politique empêche de voir la réalisation de ses volontés.

Le magazine National constate que «le gouvernement fédéral a incorporé dans la loi des peines minimales obligatoires et limité le pouvoir discrétionnaire des juges à imposer des peines d’emprisonnement avec sursis qui permettent aux délinquants de purger leur peine dans la collectivité.»

Concrètement, même si le taux de criminalité est à son plus bas en 40 ans, la population carcérale, elle, augmente. Le jugement Gladue de la Cour suprême du Canada date de 1999, pourtant en 10 ans, le taux de femmes autochtones en prison a augmenté de 90%.

Autres textes sur Autochtone

Autres textes sur Justice

Bistro le Ste-Cath

bistro le ste-cath restaurant est montréal hochelaga-maisonneuveUn restaurant, une chaleureuse terrasse. Pour une rencontre entre amis ou en famille, les chefs du Bistro le Ste-Cath sauront vous offrir une cuisine réinventée et originale à un prix abordable.

Situé en plein coeur d’Hochelaga-Maisonneuve, au sud du Stade Olympique, à l’est de PIE-IX. 4264 Ste-Catherine est.

Bistro le Ste-Cath est opéré par l’organisme communautaire le Journal de la Rue. Tous les profits servent à financer notre intervention auprès des jeunes.

Pour informations et réservations: (514) 223-8116 ou bistro@le-ste-cath.com

Premières nations et justice

Pouvoir judiciaire des autochtones

Les comités de justice

Notre système judiciaire classe les personnes par catégorie: victimes et agresseurs. Mais bien souvent, la réalité n’est pas aussi simple. Si l’on observe le passé des contrevenants, des troubles peuvent s’ajouter. Les agresseurs ont pu être des victimes, et la victime d’aujourd’hui peut être l’agresseur de demain. Autant de mélange et de marasme dans une société qui aime l’ordre et le rangement.

Delphine Caubet dossiers CriminalitéAutochtoneJustice.

Ministère justice collaboration autochtone indiens réservesMais pour les autochtones, la justice prend un autre sens. Alors doucement, certaines communautés tentent de travailler avec les instances officielles pour adapter la justice à leur réalité.

La conception de la justice entre autochtones et allochtones est différente, comme l’explique Mylène Jaccoud, professeure au département de criminologie de l’Université de Montréal.

Au Québec, on a une justice punitive, avec une approche contradictoire, basée sur le modèle défense/accusation, et «ça n’a pas de sens», ajoute la professeure.
Au contraire, les autochtones mettent l’accent sur la responsabilisation et la guérison. Il est difficile de généraliser pour l’ensemble des communautés, certaines ayant une conception de la justice plus intransigeante que d’autres. Mais un point commun émerge: nombre d’entre elles émettent le souhait d’assister le système judiciaire.

Vision de la justice

Les comités de justice sont conçus en complément du système judiciaire traditionnel. Ils ne le remplacent pas. Car punir un crime n’est pas suffisant, il faut observer le contrevenant comme une personne, et comprendre comment il a pu en arriver là.

Maurice Bowen, animateur au Centre d’amitié autochtone de Montréal, donne l’exemple d’un homme passant devant les tribunaux pour agression. Sa famille n’était pas présente, et lui-même n’avait pas conscience du pourquoi de ses actes. Grâce au rapport Gladue (rapport destiné à éclairer la cour sur l’individu et son passé), il a été dévoilé que le contrevenant fut victime d’agressions sexuelles par le passé. Une simple détention ne résoudrait donc pas son problème.

Philosophie

Les comités de justice ont une approche réparatrice, et la discussion avec la victime et le prévenu y est très importante. Le contrevenant doit accepter la responsabilité de ses actes et réparer ses méfaits.

Pendant les séances, la victime et le contrevenant émettent des solutions et besoins pour résoudre ce conflit. Le comité de justice fait par la suite des recommandations au juge quant à la sanction à donner.
L’idée est de déjudiciariser les autochtones pour les infractions mineures ou d’accompagner le système judiciaire et le prévenu lorsque l’incarcération est inévitable. Les sanctions substitutives font partie des mesures que peuvent recommander les comités de justice.

Infractions

Mais tous les contrevenants ne peuvent pas éviter la détention. Pour les infractions mineures (moins de 5 000$, vol…) l’autochtone est guidé vers la déjudiciarisation. Le juge abandonne les accusations contre des mesures de rechange.

Mais lors de crimes sévères, les comités de justice font des recommandations, tandis que l’avocat du contrevenant peut demander un rapport Gladue pour éclairer la situation de son client, particulièrement s’il a de lourds antécédents.

Cris

Chez les Cris, les comités de justice sont répandus. Actuellement, 9 communautés ont des comités. Donald Nicholls, directeur du Département des services juridique et correctionnel du Grand conseil Cri, explique que la communauté choisit les membres qui représentent le mieux ses valeurs et ses normes pour siéger au conseil, où des formations leur sont offertes. Après quoi, ils peuvent travailler sur des cas de leur communauté.
Les comités de justice veillent à ce que la cour tienne compte de l’Histoire des autochtones. Par le passé, les Cris ont connu des problèmes de violence domestique. Mais d’après Donald Nicholls, grâce aux comités de justice et le panel de services qu’ils offrent, ils arrivent à résoudre eux-mêmes ces problèmes.

Travail d’équipe

D’après Jacques Prégent, du Bureau des affaires autochtones du Québec au Ministère de la Justice, toutes les communautés pourraient développer des comités de justice. Mais en pratique moins de la moitié l’ont fait. Environ 20 communautés sur 54, sans représentation homogène selon les peuples.

Les Innus, par exemple, n’ont pas mis en place de tels comités. Car il faut une volonté de la communauté, explique Jacques Prégent. Peu de ressources sont disponibles, et il faut de bons candidats sur place pour les mettre sur pied. Si tout le monde peut faire partie de ces comités, ils ne doivent en aucun cas devenir politiques.
En plus de candidats, les comités de justice ont besoin de fonds. Comme l’explique Lyne St-Louis, directrice de Taïga Vision (organisme d’aide et de soutien aux communautés autochtones), le fédéral n’a pas augmenté le financement depuis plusieurs années. Donc, même si de nouveaux comités voudraient se former, ils n’obtiendraient que peu ou pas de financement du gouvernement fédéral.

Dernier point pouvant expliquer que moins de la moitié des communautés aient des comités de justice: l’ordre des priorités.

Pour les Innus qui n’ont pas de comité, «ils ont d’autres préoccupations, explique Lyne St-Louis, ils ont des inquiétudes par rapport à leur territoire. Et peut-être qu’à l’époque, ils avaient mal compris de quoi il s’agissait.»

Sur les 2 dernières années, Jacques Prégent fait un constat positif des comités de justice. À quoi il conclut que «c’est un défi pour tout le monde.»

Autres textes sur Autochtone

Autres textes sur Justice

show_image

Après la pluie… Le beau temps. Recueil de textes à méditer. Chaque texte révèle un message, une émotion. Un même texte peut prendre un couleur différente selon notre état d’âme.

Le livre, au coût de 9,95$ est disponible

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: www.refletdesociete.com
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Survivre aux pensionnats autochtones

Entretien avec Alice Jerome

La douleur moteur de changement

Alice Jerome est algonquine. Elle a passé huit ans dans le pensionnat autochtone de Saint-Marc-de-Figuery (en Abitibi), un épisode qui a fortement marqué sa vie. Alors que beaucoup tentent d’oublier, Alice parle beaucoup et sublime ses souffrances grâce à l’art et à l’entraide.

Flora LASSALLE, Dossier Autochtones

Le pensionnat a été un passage marquant de ma vie. Après l’avoir vécu, j’ai eu à choisir s’il se devait d’être destructif ou productif. J’ai choisi la deuxième option, même si elle impliquait des moments difficiles.

Vie au pensionnat

pensionnat_indien_autochtone residence amerindien ecole federalePendant huit ans, Alice a passé dix mois par an dans un pensionnat autochtone, de septembre à juin. «Quand le mois d’août arrivait, j’y repensais déjà avec horreur». Durant cette période, elle ne rentre pas chez elle et ne voit pas ses parents: «Une séparation fait toujours mal. Quand t’es jeune, tu ne le comprends pas vraiment, mais pour mes parents, ce fut très difficile. Nous étions trois enfants et les pensionnats ont détruit ma famille alors que nous n’avions aucun problème.»

Dans les pensionnats, les religieux n’ont qu’un seul mot d’ordre, celui de «tuer l’Indien qui réside dans chaque enfant». Tout est mis en place pour dénigrer leur culture et leurs traditions. Alice en témoigne: «Rien ne nous était expliqué, on devait faire les choses, sinon on était punis. Tout était fait par la force, nous vivions toujours dans l’angoisse de la punition. Régulièrement, on nous coupait les cheveux, tout le monde avait la même coiffure. Même à ce moment-là, les religieux ne faisaient preuve d’aucune douceur. On aurait dit qu’ils faisaient exprès de nous faire mal.»

pensionnat autochtone indien amérindien résidence«Les choses du quotidien, comme se brosser les dents, je n’ai jamais eu de plaisir à les faire parce que les religieux vérifiaient toujours si on l’avait fait comme il faut. On n’était jamais sûr de nous. Et puis rien n’était à notre portée, car on ne nous faisait pas confiance. Tout ce dont on avait besoin était enfermé dans des placards auxquels nous n’avions pas accès.» Alice reste pensive un moment: «Je me demande si j’avais une brosse à cheveux… non, je crois que je n’en avais pas. Une petite fille qui n’a même pas sa propre brosse à cheveux… C’est dire à quel point on manquait d’intimité!»

Dans ces écoles, les enfants n’ont pas le droit de se forger d’attaches. «J’ai été séparée de mon frère et de ma sœur, les religieux s’assuraient que nous n’avions aucun lien avec personne. On séparait les familles, les garçons des filles et les enfants d’âges différents. Ils faisaient tout pour casser les liens affectifs et familiaux. Ils ont bien réussi. Je n’ai plus de contact avec mon frère.» Les parents d’Alice vivent alors à une vingtaine de kilomètres du pensionnat dans la ville d’Amos, mais jamais ils ne viennent leur rendre visite. Alice le comprend, car selon elle, les religieux étaient très hypocrites. Accueillants lorsque les parents étaient là, ils écoutaient toutes les conversations et redevenaient violents à la seconde où la famille passait la porte pour partir.

pensionnat autochtone indiens amérindien résidenceAu fil des jours, ces pensionnats apprennent aux enfants à dénigrer leur identité. On dénigre leur culture en leur imposant les aspects les plus pompeux de la culture occidentale. On prie à genoux chaque jour, mais l’amour, l’art et la spiritualité sont prohibés. Les enfants n’ont même pas le droit de dessiner. «On éteint la créativité, car elle permet de trouver des solutions. Ils nous voulaient sans ressource, tristes et dépendants. Si j’ai plein de ressources aujourd’hui, c’est parce que je suis résiliente.» Pourtant, Alice garde en elle un traumatisme profond. Comme elle le dit elle-même: «Je ne me sens pas en sécurité, j’ai toujours peur et je me protège beaucoup, même à ce jour. Je me demande souvent: “Qu’est-ce qu’on va penser de moi?” J’ai peur d’avancer, de la façon dont les autres perçoivent mes différences.»

Les photos de classe de ces pensionnats en témoignent toutes: «Aucun enfant ne sourit jamais.»

«Dans mon entourage, peu arrivent à parler des pensionnats. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être ne sont-ils pas prêts à faire face à la douleur… c’est comme aller sur le bloc opératoire.»

Prendre du recul

fanny-aishaa-murale-graffiti-muraliste-street-art-urbain-culture-hiphopAprès le pensionnat, ses parents tiennent à ce qu’elle finisse l’école secondaire à Amos. À dix-huit ans, Alice part de chez elle. «Je voulais m’éloigner de tout ce qu’il se passait. Mes parents buvaient beaucoup et il y avait trop de violence.» Elle va rejoindre sa sœur qui travaille dans une manufacture aux États-Unis. «Je suis partie, mais je n’ai jamais oublié ma culture. Malgré les moyens mis en œuvre dans les pensionnats, l’Indien est invincible, car il est une partie inhérente de notre personne. Le tuer, c’est tuer le corps qu’il habite.».

«Lors de mon retour des États-Unis, en 1980, je suis revenue dans ma communauté. J’ai alors été intervenante en toxicomanie. Les aléas de la vie m’ont poussée à m’investir dans divers programmes d’aide et de soutien. J’ai voulu défendre les plus démunis.» C’est ainsi qu’Alice commence une longue carrière en intervention sociale. Elle a été directrice en santé communautaire dans un Centre d’amitié autochtone, directrice des services sociaux, directrice de santé et directrice au Wanaki Center, centre spécialisé entre autres dans les problèmes de drogue et d’alcool.

«Je suis grand chef depuis juillet 2012 et à ce titre, je participe au conseil tribal de la nation algonquine. Avant ça, j’ai eu un mandat de quatre ans en tant que chef. En 2007, j’ai pris une année sabbatique. C’est grâce à mes expériences professionnelles que j’ai pu m’investir autant dans ma communauté.».

Valeurs algonquines

fanny-aishaa-muraliste-graffiti-mural-street-art-urbain-culture-hiphopAider les autres permet à Alice d’aller de l’avant et de réconcilier les Algonquins avec leur culture. À défaut d’avoir tué le petit Indien en elle, les pensionnats l’on ressuscité. «Quand je parle algonquin, je n’ai pas besoin de penser parce que ça vient du cœur.»

L’enseignement du français dans les pensionnats lui permet quand même de se libérer de ses maux et de les partager avec le plus grand nombre: «Pour rester saine, j’écris des poèmes dans lesquels je décris le cœur blessé, l’enlèvement. Je fais aussi des abat-jours en tipi sur du papier de soie et de la peinture. Tout cela, c’est sans but lucratif. Je le fais pour moi. Je participe aussi à beaucoup d’échanges, car ça m’encourage de voir que je ne suis pas la seule à m’épanouir. Le partage m’aide beaucoup.»

La libération par l’art, par l’entraide, c’est ce qui réconforte Alice. Des horreurs qu’elle a vécues, elle en tire le positif. On peut constater dans son témoignage que les valeurs de la culture algonquine l’ont beaucoup aidée. «Chaque nation contribue à la société. Il faut toutes les accepter. Moi, même en pensionnat, j’ai toujours été convaincue que j’avais quelque chose d’unique. J’ai toujours partagé, j’ai toujours aidé les autres. Et, surtout, je ne comprends toujours pas la destruction. Si tu respectes la nature, tu te respectes toi-même. Je crois en la force humaine, au pouvoir de l’union. On se met ensemble, car on a besoin des autres. Après, c’est au choix d’un peuple de voir s’il utilise cette force pour construire ou pour détruire. Les Premières Nations ont choisi de se construire parce que cette idée est très proche de leurs valeurs. Par exemple, l’éducation de quelqu’un se fait toujours à plusieurs. Montrer l’exemple, tous se doivent de le faire. Une erreur est nocive pour toi, mais aussi pour ceux qui te voient comme un modèle.»

À bon entendeur…

Alice exprime continuellement l’importance de la parole et de la mémoire. C’est pourquoi lorsque je lui ai demandé un entretien, elle l’a accepté de bon cœur. Mais son enthousiasme explose lorsque je lui propose, par l’intermédiaire de Reflet de Société, de faire passer son opinion concernant le gouvernement canadien: «Si j’avais un message à faire passer au gouvernement, ce serait le suivant: Pourquoi voulez-vous garder les Premières Nations pauvres? Le gouvernement se plait à conserver l’apartheid et il n’utilise jamais les bons mots pour décrire ses actions à notre encontre. Il nous ignore en utilisant la loi sur les Indiens, il se sert des subventions pour nous faire chanter et nous menacer. Il cherche à faire de nous des Indiens dociles.»

«Au Canadien qui ne nous connaît toujours pas, ni nous, ni notre histoire, je conseillerais de se renseigner sur son voisin. Quand tu pars faire du tourisme, tu te renseignes sur les peuples qui habitent le territoire que tu visites. Pourquoi ne pas le faire chez toi?

En raison des médias, beaucoup de Canadiens généralisent et ne voient en nous que des alcooliques à problèmes. C’est absurde!»

«Je voudrais que justice soit faite. Je veux une justice qui nous soit propre, car aujourd’hui, la balance est déséquilibrée. Je rêve chaque jour à l’égalité. J’ai une voix, je vais l’utiliser parce qu’on est chez nous. J’ai été enlevée de ma famille et personne ne s’est préoccupé de moi. Le système fait en sorte que les Autochtones soient ignorés. Pourtant, on a beaucoup à dire parce que nous sommes les premiers sur cette terre. Les ressources du pays nous appartiennent. Le gouvernement et les entreprises privées pillent ces ressources, détruisent la nature. Ils sont aveuglés par l’argent. Comment peux-tu être heureux d’être riche lorsque ton voisin est pauvre ? Ils pensent sans penser, leurs pensées sont vaines. La nature a besoin de se reproduire et un Autochtone raisonne beaucoup en fonction de ça. Pas besoin d’aller à l’école pour en avoir conscience!»

Toiles autochtones par Fanny Aïsha

Photos pensionnat autochtone Bibliothèque et archives Canada.

Autres textes sur Autochtone

Abonnement au magazine Reflet de Société

magazine revue journal édition journalisme presse écrite communautaireInternet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

  • Le citoyen est au cœur de notre mission
  • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
  • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
  • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
  • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009 Par Internet:http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Histoire des pensionnats autochtones

Ce que les autochtones ont subi de nos gouvernements

Je me souviens… et ne peut oublier

La loi sur les Indiens; Le gouvernement sud-africain s’est inspiré de cette législation canadienne pour créer l’apartheid en 1940. 

Flora Lassalle, Dossier Autochtones

  • pensionnat_indien_autochtone-amerindien-residencesEn 1831, le gouvernement canadien décide d’instaurer des pensionnats pour les enfants autochtones afin de «tuer l’Indien en eux». Dirigés par des religieux, les pensionnats avaient pour but de les assimiler à la culture des Blancs. Pendant 167 ans, 150 000 Autochtones, soit cinq générations, ont passé leur enfance dans ces institutions.
  • Dans la version de la Loi sur les Indiens adoptée par le Parlement canadien en 1876, l’État criminalise les cérémonies spirituelles, empêche les Indiens de sortir de leur réserve sans autorisation, impose des lois sur la chasse, les ventes, la culture des Autochtones et réprime considérablement leurs droits d’expression.
  • pensionnat autochtone indiens amérindien résidenceEn 1907, une enquête réalisée par le périodique Montreal Star prouve que 24% des enfants mourraient dans les pensionnats et que ce chiffre s’élevait à 42% si l’on comptait aussi les enfants qui mourraient dans leur famille, après avoir été renvoyés à cause d’une maladie grave.
  • Les Inuits subissent des déplacements en Arctique à partir de 1934 sous l’ordre du ministère de l’Intérieur du Canada pour des raisons économiques, puis militaires. Un bouleversement énorme pour ce peuple vivant sur les mêmes terres depuis 6 000 ans! insécable
  • pensionnat autochtone indien amérindien résidenceMise à mort de 20 000 chiens huskies en 1950 sans consultation préalable de leurs maîtres inuits afin «d’assurer la protection des collectivités contre les maladies et les attaques attribuées aux chiens» (Fondation autochtone de guérison, 2007).
  • «À mesure qu’on découvre l’ampleur de l’abus sexuel commis sous le régime des pensionnats, certains avancent même que le régime des pensionnats n’était rien de moins que de la “pédophilie institutionnalisée”» Vivian Tait, 2003.

Le Gouvernement du Canada reconnaît le rôle qu’il a joué dans l’instauration et l’administration des écoles. Particulièrement pour les personnes qui ont subi la tragédie des sévices physiques et sexuels dans les pensionnats et pour celles qui ont porté le fardeau en pensant, en quelque sorte, en être responsables, nous devons insister sur le fait que ce qui s’est passé n’était pas de leur faute et que cette situation n’aurait pas dû se produire. À tous ceux d’entre vous qui ont subi cette tragédie dans les pensionnats, nous exprimons nos regrets les plus sincères (Gouvernement du Canada, 1998).

Pensionnats autochtones et clergé
La loi sur les indiens et l’apartheid

Photos bibliothèque et archives Canada

Autres textes sur Autochtone

Abonnement au magazine Reflet de Société

magazine revue journal édition journalisme presse écrite communautaireInternet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

  • Le citoyen est au cœur de notre mission
  • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
  • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
  • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
  • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009 Par Internet:http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Canada, nation métisse ?

Le Canada, une nation métisse qui s’ignore ?

« Nos garçons se marieront à vos filles et nous ne ferons qu’un seul peuple » (Champlain)

Selon le penseur John Ralston Saul,* le Canada serait une nation métisse qui s’ignore. Une nation fortement influencée par les notions autochtones, mais qui ne le reconnaît pas encore.

Normand Charest – chronique Valeurs de société – dossier Autochtones

Un nouveau peuple

société social communauté communautaireIl s’agit d’une thèse surprenante, qui pourrait soulever des passions de part et d’autre. Mais la thèse est aussi séduisante à plusieurs points de vue, puisqu’elle permet d’assumer ce que nous sommes devenus au cours des siècles, et non plus ce que nous étions à notre arrivée de France ou d’Angleterre, ou d’Irlande ou d’Écosse.

Nous sommes devenus autres, et nous ne pouvons plus seulement parler de nos origines européennes, desquelles nous nous sommes éloignées. Notre pays est définitivement métissé. Et nos quatre siècles de cohabitation avec les Autochtones ont laissé plus de traces que nous le croyons habituellement. Et cette influence grandit.

Un métissage autant culturel que physique

L’auteur cite cette phrase surprenante de Champlain, lorsqu’il disait à ses alliés amérindiens : « Nos garçons se marieront à vos filles et nous ne ferons qu’un seul peuple. »

« Je ne peux imaginer aucun autre gouverneur, fût-il français, anglais ou autre, qui affirme une telle chose entre le seizième et le dix-neuvième siècle. Dans cette phrase, il révèle la véritable nature des relations franco-amérindiennes d’alors, basée sur l’égalité des deux parties » (John R. Saul).

The_Trapper's_Bride Alfred Jacob Miller (1810-1874), «L’épouse du trappeur», 1845

Alfred Jacob Miller (1810-1874), «L’épouse du trappeur», 1845

Durant tout le Régime français, entre le tiers et la moitié de tous les hommes en Nouvelle-France vivaient de la traite des fourrures. Et beaucoup d’entre eux marièrent des Amérindiennes.Les Autochtones ne se préoccupaient pas de pureté raciale. À partir du moment où vous étiez accepté dans la communauté, par mariage, adoption ou autrement, c’est comme si vous y étiez né.

Aux 17e et 18e siècles, le métissage ne causait aucun problème, ni chez les Indiens, ni chez les Blancs. Il était même nécessaire à la collaboration et au commerce entre les deux groupes. Les Français s’adaptaient aux conditions des lieux en adoptant les moyens de transports autochtones : canots d’écorce, traîneaux à chiens, raquettes ; les vêtements de cuir et de fourrure, dont les mocassins ; le mode de vie en plein air, la nourriture sauvage abondante, les herbes médicinales. Les Canadiens français apprenaient les langues amérindiennes et faisaient la guerre comme eux. La popularité de ce mode de vie fut si populaire que les autorités tentèrent d’ailleurs de s’y opposer.

Mais ce n’est qu’au 19e siècle, et particulièrement à l’époque victorienne, qu’on voulut affirmer la supériorité européenne, en même temps que les populations indiennes déclinaient, à cause des territoires qui se rétrécissaient et des maladies apportées d’Europe.

Selon l’auteur, nous faisons fausse route en prenant des modèles européens ou états-uniens, à mesure que nous nous éduquons ; les mythes américains et parisiens ne correspondent pas à notre réalité canadienne.

Nous faisons aussi fausse route en donnant la prédominance à l’écrit sur l’oral. D’ailleurs la Cour suprême du Canada a déjà reconnu la valeur des traditions orales.

Le mythe du progrès

Il y a aussi un mythe du progrès. Comme si celui-ci ne reposait que sur l’évolution technologique, sur l’accumulation de biens matériels et l’exploitation de la Nature. Comme si les arbres, la terre et les animaux n’étaient que des matières premières à notre disposition

La Terre n’est pas qu’un vaste entrepôt réservé au marchandage. Elle est avant tout un milieu de vie plein de beauté. Et cette beauté n’est possible que dans la relation respectueuse des humains avec toutes les formes de vie et tous les éléments.

«Place de la Grande-Paix», dans le Vieux-Montréal, commémorant le traité de la Grande Paix, signé en 1701, par les représentants de 39 nations amérindiennes et le Sieur de Callière au nom de la France.

«Place de la Grande-Paix», dans le Vieux-Montréal, commémorant le traité de la Grande Paix, signé en 1701, par les représentants de 39 nations amérindiennes et le Sieur de Callière au nom de la France.

__________________________

* Livre cité, de John Ralston Saul,  A Fair Country: Telling Truths about Canada, 2008 – Mon pays métis : quelques vérités à propos du Canada, 2008.

Autres textes sur Autochtone

Boutique des jeunes artistes

fanny aishaa muraliste peuple autochtone première nation Trois mots peuvent décrire le cheminement artistique de la muraliste Fanny Aïshaa: Unité, biodiversité et diversité des peuples.

Visitez la boutique de Fanny Aïshaa. Fanny y présente des reproductions de quelques-unes de ses oeuvres. Que ce soit avec une affiche 8.5 » X 11 » à 5$, une carte de voeux à 4$, un T-Shirt à 20$ ou encore un Sweat-Shirt à 40$, les reproductions de Fanny sont une façon originale de la soutenir dans ses différents projets de création avec les peuples autochtones tout en ayant une partie de son oeuvre chez vous.

Autres artistes de la boutique des Éditions TNT:

 

    Justice et valeurs sociales autochtones

    La justice et les Premières Nations

    Des valeurs qui peuvent nous inspirer

    Normand Charest Dossiers Autochtone, Environnement, Santé

    Logo_chronique 2 (ajusté)Pour comprendre des valeurs culturelles différentes, il est nécessaire de sortir de notre « zone de confort » et des valeurs habituelles que nous avons tendance à croire universelles.

    Pour comprendre l’autre, il faut véritablement l’écouter sans préjugés, c’est-à-dire sans le juger d’avance. Dans le cas des Premières Nations, nous nous sommes côtoyés et influencés mutuellement depuis des siècles, tout en nous méconnaissant.

    Les Autochtones sont soumis, comme nous tous, aux lois du pays. Mais ils ne se reconnaissent pas dans ces lois « coloniales » et dans les valeurs de la société « blanche » en général.

    autochtone indienRupert Ross est procureur de la Couronne auprès des communautés autochtones du Nord-ouest ontarien, des communautés ojibways et cris. Dans son livre Dancing with a Ghost (1992, 2006), un bestseller au Canada anglais, il raconte ses expériences et ses efforts pour comprendre les comportements, à première vue inexplicables, des Amérindiens lors de leurs contacts avec la Justice.

    C’est ainsi qu’il a découvert une manière d’être et des valeurs sociales totalement différentes des nôtres et de notre approche judiciaire, sans la connaissance desquelles il ne pouvait que mal interpréter le comportement des victimes, des témoins et des criminels.

    Parmi ces comportements qui pouvaient mener à de fausses conclusions, il mentionne des témoins qui refusent le contact visuel, des victimes qui ne veulent pas témoigner devant l’accusé et des parents qui n’interviennent pas lorsque leurs enfants agissent mal.

    Les règles traditionnelles

    Avec l’aide d’enseignants spirituels, il a pu apprendre les règles traditionnelles, qu’il résume en cinq points : non-intervention, ne pas montrer sa colère, respect de la gratitude, prendre le temps d’observer ou d’écouter avant d’agir, attendre le bon moment.

    On peut aussi noter quelques éléments de ce que l’on pourrait appeler la « justice à l’amérindienne » :

    • Une recherche du consensus dans la communauté, plutôt que l’imposition d’une solution ;
    • Un sentiment de responsabilité de la communauté envers l’individu (« Qu’avons-nous fait ou omit de faire pour qu’il devienne ainsi ? ») ;
    • Pour celui qui est trouvé coupable d’un crime : guérison plutôt que punition, compensation plutôt que châtiment.

    La lecture de ce livre nous enrichit de deux manières. Premièrement, en nous aidant à mieux nous comprendre mutuellement, et ainsi à nous rapprocher. Deuxièmement, en nous montrant des valeurs sociales amérindiennes que nous pourrions très bien transposer dans notre société pour le bien de tous, comme ce pourrait être le cas pour les trois éléments précédents.

    Car, en définitive, tout en conservant nos différences locales et culturelles, notre monde est constamment en train de se métisser et de partager des valeurs. De plus, les traditions des peuples autochtones comportent des sagesses naturelles utiles à tous. Des traditions que nous avons peut-être délaissées, au cours de notre évolution technologique qui nous éloignait de la nature.

    Illustration de Normand Charest

    Autres textes sur Autochtone

    Boutique des jeunes artistes

    fanny aishaa muraliste peuple autochtone première nation Trois mots peuvent décrire le cheminement artistique de la muraliste Fanny Aïshaa: Unité, biodiversité et diversité des peuples.

    Visitez la boutique de Fanny Aïshaa. Fanny y présente des reproductions de quelques-unes de ses oeuvres. Que ce soit avec une affiche 8.5 » X 11 » à 5$, une carte de voeux à 4$, un T-Shirt à 20$ ou encore un Sweat-Shirt à 40$, les reproductions de Fanny sont une façon originale de la soutenir dans ses différents projets de création avec les peuples autochtones tout en ayant une partie de son oeuvre chez vous.

    Autres artistes de la boutique des Éditions TNT:

     

    Val d’Or: des Indiens dans ma ville

    Val d’Or: des Indiens dans ma ville

    Ariane Aubin    Dossier Autochtones

    ville indiens autochtones premieres nations autochtone On y trouve les Mohìgan – les loups –, puis les Kigos – les poissons –, les Amik – les castors… Tous des animaux emblématiques des Premières nations, qui prêtent leurs noms aux salles de jeu colorées du Centre de la petite enfance (CPE) Abinodjic-Miguam, à Val-d’Or. Dans ce bâtiment attenant au Centre d’amitié autochtone (CAAVD), 130 enfants de toutes origines – plus de 40 sont cris ou anishnabek («le vrai peuple», terme par lequel se désignent les Algonquins) – fabriquent des capteurs de rêve, chantonnent des comptines en anishnabe et surtout, apprennent à apprécier et respecter la culture de leurs camarades.

    En deux décennies, la population autochtone à Val-d’Or a plus que doublé. Les membres des communautés de Lac-Simon, de Pikogan ou de la Baie-James qui «descendaient en ville» de temps à autre pour faire le plein de victuailles sont de plus en plus nombreux à s’y installer pour de bon. Dans cette ville de 32 000 habitants très homogène, l’arrivée de ces voisins aux familles nombreuses est souvent perçue comme une menace. Blancs et Autochtones ont beau fréquenter les mêmes lieux, les mêmes écoles, ils se mêlent encore peu les uns aux autres, ce qui contribue à nourrir les préjugés de chacun.

    Centre d’amitié autochtone de Val d’Or

    Née d’un père québécois et d’une mère algonquine, la directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or (CAAVD), Édith Cloutier, sait à quel point la méconnaissance de l’autre peut faire des ravages. Cette femme énergique, qui dirige le CAAVD depuis 20 ans déjà, multiplie les projets d’intégration culturelle: la marche contre le racisme Gabriel-Commanda (un héros anishnabe, trappeur sans peur et sans reproche), les portes ouvertes au centre, l’université nomade sur les questions autochtones et surtout, le CPE Abinodjic-Miguam, sont toutes des initiatives qu’elle a appuyées, portées et défendues.

    C’est d’ailleurs à sa demande que la chercheuse Suzanne Dugré, du réseau d’études des Premières nations DIALOG affilié à l’Université du Québec en Abitibi Témiscamingue (UQAT), a initié en 2006 la première étude universitaire extensive sur le sujet des relations entre amérindiens et non-Autochtones à Val-d’Or. Rendus publics en juin dernier, les résultats de cette recherche et les recommandations qui en découlent devraient faire de Val-d’Or une référence en matière d’intégration urbaine des Autochtones… si l’on en tire les leçons adéquates.

    capteur de rêves autochtones indiens autochtone indien Combien y a-t-il d’Autochtones à Val-d’Or?

    En apparence toute simple, la question posée par les chercheurs de l’UQAT a généré des réponses révélatrices. «Les Blancs interrogés croyaient qu’il y avait 4000 Autochtones en ville, et même plus, explique Suzanne Dugré. Comme les  chiffres officiels variaient énormément d’une source à l’autre, nous sommes allés véri-fier par nous-mêmes et n’en avons recensé que 1100.»

    Quatre fois moins, donc. Mais comme la population autochtone est jeune et en pleine croissance démographique, cette proportion est appelée à augmenter dans les prochaines années. Pour le meilleur et pour le pire, explique Édith Cloutier. «Le fait que les jeunes sortent davantage des communautés a accéléré l’évolution des relations entre Autochtones et Valdoriens. Il y a 20 ans, on parlait de deux mondes parallèles où les uns n’étaient pas obligés de parler aux autres. Maintenant, les contacts sont inévitables même s’ils sont parfois conflictuels.»

    Ce sont surtout des événements ponctuels, comme l’ouverture de la Piaule ou les protestations récentes de certaines communautés face au projet de mine à ciel ouvert Osisko à Malartic, qui raniment les tensions, croit Édith Cloutier. «Ce sont des relations en montagnes russes, très influencées par la conjoncture. L’image des Autochtones qui se plaignent le ventre plein est encore très tenace.»

    Mais comme l’enquête de l’UQAT l’a confirmé, l’ambiance ne changera pas à Val-d’Or à moins que les institutions politiques et les forces de l’ordre ne s’impliquent. Et le chemin à parcourir est assez long.

    Bienvenue en quatre langues

    Après les kilomètres d’épinettes cordées du parc de La Vérendrye, les visiteurs qui arrivent sur la 3e avenue à Val-d’Or sont accueillis par des oriflammes leur souhaitant la bienvenue en quatre langues: français, anglais, algonquin et cri. Mais le «Mino Pijak» (bienvenue, en algonquin) n’a été ajouté que tout récemment au-dessus du «Wachiya» cri.

    Pour certains partisans de l’échange interculturel, cette omission était la preuve que le maire Fernand Trahan, en poste depuis neuf ans, n’accorde pas la même importance aux Anishnabek qu’aux Cris. «Le maire est un homme d’affaires, explique l’ancien député péquiste d’Abitibi-Est, Alexis Wawanolath. Il est très en contact avec les Cris et les Inuits, a fait de nombreux voyages dans le Nord. Mais les Anishnabek, eux, se sentent laissés pour compte.»

    Autochtones inexistants

    L’équipe du réseau DIALOG a confirmé cette impression en dépouillant les procès-verbaux municipaux des cinq dernières années. Aucune référence aux organismes autochtones n’y est faite, à l’exception d’une subvention de quelques dizaines de dollars accordée pour une fête de quartier. La conseillère municipale Céline Brindamour, très impliquée au sein de DIALOG et d’autres tables de discussion entre Autochtones et non-Autochtones, précise toutefois que la Ville est consciente du problème et a pris le parti de l’ouverture. Mais les projets de logements sociaux que réclament Édith Cloutier et Suzanne Dugré se font toujours attendre.

    L’administration municipale n’a pas été la seule institution pointée du doigt par le rapport de l’UQAT. Si les efforts d’intégration de la minorité autochtone dans les domaines de la santé et de l’éducation ont été reconnus, les services sociaux et les forces de l’ordre ont été encouragés, eux, à modifier leur approche. Ces conseils n’ont pas toujours été bien reçus par les principaux intéressés.

    «Quand nous avons expliqué aux travailleurs sociaux que les Autochtones les voyaient comme ces Blancs qui viennent leur arracher leurs enfants, ils nous ont accusé de ne pas avoir compris leur façon de travailler», explique Suzanne Dugré. La chercheuse et travailleuse sociale de formation a rencontré à plusieurs reprises ces intervenants afin d’élaborer avec eux une nouvelle approche qui soit mieux perçue.

    Autochtones sans eau courante et sans électricité

    val d'or autochtone capteur de rêve indien urbanisation Certaines communautés peu nanties comme celle de Kitcisakik, située dans la réserve faunique de La Vérendrye, n’ont ni eau courante, ni électricité. Les familles qui y vivent ont donc beaucoup de difficulté à convaincre les travailleurs sociaux qu’elles sont aptes à élever leurs enfants dans ces conditions. Résultat, les jeunes autochtones restent en famille d’accueil six fois plus longtemps, en moyenne, que les jeunes blancs. Et dans 90% des cas, ceux qui les accueillent sont non-Autochtones et francophones.

    Une acculturation forcée que tentent désormais d’éviter les services sociaux en trouvant des solutions moins radicales: placement chez un proche ou alors meilleur accompagnement des parents pour qu’ils soutiennent leurs enfants pendant leurs études. Au CAAVD, par exemple, les programmes d’aide aux devoirs se multiplient et des cours de langues algonquines sont prodigués aux jeunes autochtones urbains, afin qu’ils apprennent tout en préservant leur culture. Les magnifiques locaux du centre sont d’ailleurs décorés de sculptures, lithographies, peintures et autres œuvres amérindiennes.

    À l’école de la tolérance

    Le nouveau mot d’ordre: éduquer pour mieux comprendre. Cette approche, dont la pierre angulaire est le respect de la culture d’autrui, pourrait changer du tout au tout les relations conflictuelles qu’entretiennent les Autochtones avec les autorités locales.

    On reprochait aux policiers de ne pas respecter la culture des communautés avec lesquelles ils transigeaient ? Qu’à cela ne tienne, certains agents de la Sûreté du Québec ont commencé – sur une base volontaire mais encouragée – à suivre les cours d’un nouveau microprogramme en études autochtones offert par l’UQAT.  Au menu, des cours d’histoire, de langue et de culture anishnabe, ainsi que des rencontres avec des aînés qui transmettent leur savoir aux étudiants. Une formation qui s’ajoute au cours sur l’histoire des cultures autochtones, donné par l’anthropologue Serge Bouchard depuis plus de 25 ans aux policiers de la S.Q.

    Le lieutenant Jean-Pierre Pelletier, ainsi que l’un de ses collègues, a fait partie de la première cohorte formée par l’UQAT et est ravi de son expérience. «Le cours de langue algonquine, en particulier, me permet de mieux communiquer  avec ceux qui parlent moins bien français. Ils trouvent ça assez drôle de voir des Blancs suivre cette formation, d’autant plus qu’il est parfois difficile pour eux d’intéresser leurs propres enfants à leur culture!»

    L’urbanisation autochtone

    Dire que la recherche menée par l’UQAT a transfiguré Val-d’Or serait pourtant exagéré. Ses résultats n’auront pas appris grand-chose à ceux qui, comme Édith Cloutier, avaient anticipé depuis longtemps le phénomène de l’urbanisation autochtone. Elle aura toutefois permis aux partisans du multiculturalisme d’ajouter à leurs arguments, basés sur l’expérience, des faits obtenus de façon méthodique et impartiale. Et surtout, de forcer les institutions valdoriennes – et les communautés autochtones – à faire leur examen de conscience et amorcer un pas vers l’autre.

    Reste qu’au CPE Abinodjic-Miguam, de tout petits pas semblent pouvoir mener très loin. Les premiers enfants qui y ont grandi sont rendus à la petite école et les enseignants n’en croient pas leurs yeux. Blancs et Autochtones jouent ensemble sans discrimination… et échangent même quelques mots d’algonquin et de cri. «Les enfants sont très ouverts, très curieux, explique la directrice du CPE, France-Claude Goyette. Ce sont les plutôt les parents, peu importe leur origine, qu’il faut éduquer, car ce sont leurs comportements et leurs croyances que les enfants reproduisent.»

    Une observation en accord parfait avec ces mots empruntés à la sagesse de leurs ancêtres: «Dis-moi, et j’oublierai. Montre-moi, et je me souviendrai peut-être. Implique-moi, et je comprendrai.»

    Autres textes sur Autochtone

     

    Photos Ariane Aubin et François De Lagrave

    Montage Juan Carlos Sanchez

    PUBLICITÉ

    quand-un-homme-accouche-roman-cheminementQuand un homme accouche. Roman de cheminement. Le personnage principal accouche de son enfant intérieur qui devient son ami et son thérapeute tout au long du roman. Ce livre est le premier d’une trilogie qui a été reprise dans L’amour en 3 Dimensions. 9,95$

    Disponible Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
    Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

    Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

    %d blogueurs aiment cette page :