Une histoire centrée sur les Blancs

Ethnocentrisme *

Une Histoire trop blanche

Les concepts d’Histoire et de civilisation tels qu’on les a enseignés pendant longtemps ne sont pas aussi universels qu’on voulait bien le prétendre. Ils étaient fortement teintés par une vision européenne et blanche du monde.

Normand Charest – chronique Valeurs de société – dossier Interculturel, Mois de l’histoire des Noirs

réflexions sociales débats sociaux sociétéNous connaissons bien l’anthropologue Serge Bouchard par sa belle voix profonde et chaleureuse. Par ses propos éloquents que l’on a pu entendre à la radio ou à la télévision. Et aussi par ses écrits publiés dans Le Devoir et dans diverses revues, puis regroupés en de nombreux livres bien appréciés.

Son livre C’était au temps des mammouths laineux (2012), une collection de 25 essais, ne se lit pas nécessairement d’un seul coup. C’est un peu comme du sucre d’érable : très bon, mais riche et concentré. On en prend un morceau et on le laisse fondre dans la bouche. De la même manière, on lit un des essais de l’auteur, puis on y réfléchit.

Serge Bouchard nous fait réaliser à quel point l’Histoire, telle que nous l’avons apprise, ne correspond pas à ce qui a été réellement vécu par nos ancêtres. Comment la présence française aux États-Unis a été oubliée ou effacée. Comment les Amérindiens sont absents des mémoires, alors qu’ils peuplaient tout le continent que nous avons accaparé.

Ce que l’on nous a présenté comme une Histoire universelle objective et raisonnée n’était, en fait, qu’une épopée à la gloire des Blancs d’origine européenne qui se posaient en héros. Les autres peuples se fondant totalement dans le paysage.

Nos guides sur ce continent

On a occulté la présence des Noirs dans notre Histoire, comme le raconte Lilian Thuram dans son livre Mes étoiles noires, dont nous avons parlé dans le magazine Reflet de Société de février 2013.

Mais on a fait la même chose pour les Amérindiens, nos guides sur ce continent. Un Nouveau Monde pour les Européens, mais une vieille terre pour les Autochtones bien enracinés.

On a probablement sous-estimé, aussi, les effets du métissage sur notre société, des effets peut-être plus importants qu’on n’a pu le reconnaître jusqu’à maintenant. Métissage physique par le mariage, mais aussi culturel, par l’adoption de pratiques autochtones par les colons d’origine française.

L’Histoire telle qu’on l’a connue reposait sur une vision centrée sur l’Européen « civilisé » considéré comme supérieur aux autres « races », toujours inférieures à la sienne à divers degrés.

Cela faisait souvent partie du non-dit et de l’implicite, jusqu’à tout récemment. Tintin au Congo ou les films de cowboys et d’Indiens ne constituent pas que des exceptions, mais plutôt une norme encore présente dans les années 1950 et au début des années 1960, par exemple.

Le premier homme à se rendre au Pôle Nord, un Blanc américain ? Il dépendait plutôt de son assistant Noir sans lequel il n’aurait pas réussi. Et, encore plus ridicule, on ne parle même pas de la présence des Inuits dans ce pays qui était le leur.

Le premier homme à atteindre le sommet de l’Himalaya, un Blanc ? Grâce aux guides sherpas locaux, encore là. Sans eux, il ne se serait pas rendu bien loin.

Les explorateurs Lewis & Clarke aux États-Unis, les premiers à atteindre le Pacifique ? Pas sans leurs deux guides et interprètes, une Amérindienne et son conjoint Canadien français, qui faisaient le lien avec les peuples autochtones dont ils traversaient le territoire.

oiseau canard environnement foretEn 1534, Jacques Cartier découvre ce coin l’Amérique et en prend possession au nom du roi de France ? Il ne s’en est surement pas vanté devant les Amérindiens qui l’ont accueilli pacifiquement, dans ce qui était déjà leur propre pays. Ce sont aussi des « Indiens » qui les soigneront par les plantes, lorsque lui et ses hommes seront atteints du scorbut.

Dans une interview à la télé, Florent Vollant, lui-même innu, racontait que son père et son grand-père travaillaient comme guides pour les arpenteurs, les géologues, etc.  Tous les explorateurs ont reposé sur des guides locaux, sans vraiment leur donner crédit.

Pendant longtemps, d’ailleurs, les Blancs ont pris le crédit de tout ce qu’ils ont appris des guides locaux et des « primitifs ».

En fait, l’Histoire telle que nous la connaissons est une histoire de Blancs, et non pas une véritable histoire du monde. Une histoire qui s’est approprié tout ce qu’elle a touché, et qu’il est grand temps de remettre en question. Pas pour se flageller, mais pour voir les choses telles qu’elles sont et pour repartir du bon pied.

L’humanité est belle et elle est multicolore, multiculturelle.

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* Ethnocentrisme : « Tendance à prendre comme modèle le groupe ethnique auquel on appartient et à ne valoriser que la culture de celui-ci. Une interprétation historique teintée d’ethnocentrisme » (Dictionnaire Antidote).

Illustration de Normand Charest

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Protégeons le français… mais contre qui ?

L’envahissement de l’anglais

Protégeons notre langue… mais contre qui ?

chronique société presse communautaire média écrit journalismeMais qui est vraiment responsable de cette menace contre notre langue française ? Peut-être bien nous-mêmes…

Normand Charest – Chronique Valeurs de société. Dossier Francophonie

Au Québec, nous voulons protéger notre langue, qui est menacée de toute part par la domination de l’anglais. Or, quand on pense à cette menace, beaucoup l’imagine venir de l’extérieur. Des Anglos qui ne veulent pas reconnaître nos droits, des nouveaux immigrants qui glissent trop facilement vers l’anglais…

Mais si l’ennemi se terrait plutôt en nous, bien caché derrière notre nationalisme et notre fierté fleur-de-lysée, passé le jour de la Fête nationale ?

Un exemple de cela nous est offert par les contre-cultures (souvent associées aux jeunes, mais pas seulement à eux) qui ont souvent été de grandes consommatrices d’anglais. Génération après génération, nous y sommes tous passés.

Menacée de l’intérieur

francophonie drapeau logo francophone francais langue francaise francophileQu’il s’agisse de nos pères ou grands-pères qui prenaient déjà des surnoms anglais, des hippies avec leurs groovy, too much, out of sight, en passant par le chill d’aujourd’hui… nous avons toujours été friands de mots anglais à la mode, toujours influencés sans remords par les cultures anglo-saxonnes.

La situation n’a pas changé de nos jours, et le hip-hop ne fait pas exception. Les pseudonymes anglais des artistes en font foi, les termes spécifiques aussi : battles, writers, graff, old-school, free style ; stump, waacking, krump, popping, breakdance… Et les gens du milieu adhèrent à ces courants sans se poser de questions sur la place de l’anglais dans leur vie.

Au bout du compte, quelle que soit leurs justifications pour agir de la sorte, la soumission à l’anglais y est préoccupante. On se demande bien comment défendre cette anglicisation, tout en imposant aux Anglos une loi sur l’affichage en français.

Reprocher aux autres de menacer notre langue, alors qu’on la mine soi-même de l’intérieur ? Il y a là une contradiction qui devrait nous donner au moins un peu d’urticaire.

Pendant ce temps, chez les « Français langue seconde »…  

Pendant ce temps, dans l’actualité, ce sont des étudiants d’un collège anglophone de Montréal, le collège Vanier, qui ont été choisis pour représenter le Québec au « Goncourt des lycéens » en 2012 (le 4e prix littéraire de France, après le Goncourt proprement dit, le Renaudot et le Femina). Et cela, au grand bonheur de leur professeure de français, Catherine Duranleau.

Des  anglophones qui passent avant des étudiants  francophones ? « Sobering », comme on dit en anglais. Même si certains prétendent qu’il s’agit là d’une exception peu significative.

Le retour de la poésie orale en français par le slam

Sur une note plus encourageante, soulignons le retour de la poésie orale, par le biais du slam. Le slam est d’origine américaine. Mais le bonheur, c’est qu’on le pratique parfaitement bien en français, et avec beaucoup de créativité.

Disons-le franchement, c’est un souffle d’air frais, un souffle de vrai sur la poésie française. Voilà comment la contre-culture peut apporter du sang neuf à la langue, sans faire appel aux termes anglo-saxons.

À ce propos, Grand Corps Malade nous en fournit des exemples éclatants. Si on ajoute à cela son action sociale dans des quartiers difficiles, par le biais de cours de slam offerts à des gens de tous âges et de toutes origines… on peut le saluer bien bas, pour le rôle positif qu’il joue à l’intérieur de la francophonie.

Alors, qui dit que l’on doit s’angliciser pour être dans le coup, pour être de son temps, pour exprimer la réalité urbaine actuelle ? Qui dit qu’on ne peut le faire en français… ou en arabe, en russe, en espagnol, en innu ou en inuktitut ?

  • Voir l’article « Goncourt des lycéens – Un collège anglophone pour représenter le Québec », par Fabien Deglise, dans Le Devoir du 29 septembre 2012.
  • En écrivant ces mots, j’écoutais le CD déjà classique mais toujours inspirant de Grand Corps Malade, Midi 20 (2006).

Autres textes sur la Francophonie

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Stanley Vollant, médecin Innu de Betsiamites

Médecin autochtone

Stanley Vollant, médecin Innu de Betsiamites

Parce qu’il n’y avait pas d’école secondaire dans son village autochtone de Betsiamites, Stanley Vollant, comme bien des jeunes Innus, a dû s’expatrier au «Sud» à l’âge de 12 ans pour poursuivre ses études. Il s’est alors dirigé vers Québec où il avait une tante qui l’a mis en pension au village de Wendake et inscrit en secondaire 1 à la Polyvalente de Loretteville.

Luc Dupont   Dossier Autochtone

stanley-vollant-medecin-innu-betsiamites-medecine-autochtoneLes sarcasmes et les moqueries des autres élèves à son endroit ne furent pas longs à se faire entendre: «Ah, ah, ah, regarde le p’tit kawish… KAAAA-WISH ! KAAAA-WISH!»…

«Je me faisais traité de kawish – de p’tit sauvage – à cause de la couleur de ma peau, se rappelle Stanley Vollant. J’avais un gros accent innu, on me disait que je parlais drôle. Ça a été dur à supporter. J’ai souffert de solitude. Je me réfugiais dans mon lit sous mes couvertures, avec une petite radio, pour oublier mes peines.»

Deux fois par mois, et pendant les vacances de Noël ou d’été, Stanley Vollant revenait passer du temps dans sa communauté d’origine, sans réussir pour autant à échapper au même enfer qu’il subissait à l’école. Car, là aussi, on s’était mis à lui «pitcher» des injures par la tête: «R’garde-toé l’traître… maudit traître, t’es rien qu’une pomme!», lui criait-on.

Ses «anciens» amis n’avaient pas digéré qu’il aille étudier à Québec plutôt qu’à Baie-Comeau, comme la plupart des adolescents innus qui s’expatrient. En le traitant de «pomme», ils lui signifiaient par là que même si sa peau d’autochtone est «rouge», en dedans il était devenu «blanc» à l’intérieur, donc qu’il avait trahi ses racines.

Naître d’une sauvagesse

Le moins que l’on puisse dire c’est que le petit Stanley Vollant ne l’a pas eu facile. Il est né en 1965 à Québec dans une «crèche» – une espèce de centre d’accueil – d’une mère de 19 ans et d’un père inconnu.

À l’âge de deux jours, il est enlevé des bras de sa mère et mis en adoption. «C’est ce qu’on faisait à l’époque avec les enfants illégitimes, à plus forte raison si ces enfants étaient nés d’une sauvagesse comme on appelait alors ma mère», raconte-t-il.

Fort heureusement, le grand-père de Stanley Vollant ne l’a pas accepté et il s’est fâché tout noir. Il a emprunté de l’argent à la Compagnie de la Baie d’Hudson et s’est rendu en avion à Québec où il a annoncé aux autorités en place qu’il était tout disposé à signer les papiers qu’il fallait pour ramener l’enfant dans son village natal. Car c’est lui, désormais, qui serait son «père».

Cours d’anatomie en plein air

Dès ce moment et jusqu’à son départ pour Québec, Stanley Vollant a vécu dans les bois de la Côte-Nord avec ses grands-parents. Comme tous les enfants innus, il a appris à pêcher, à trapper et à chasser. Mais plus encore, très jeune, on lui a enseigné, avec des couteaux tranchants, à dépecer les animaux sans endommager leur fourrure. Il en a gardé une habileté manuelle stupéfiante qui ne sera d’ailleurs pas étrangère à son désir de devenir chirurgien.

«À chaque fois qu’on ouvrait un castor, ou un ours ou un autre animal, mon grand-père me disait: «Ça c’est le cœur, ça c’est le foie, ça, les reins, ça les poumons’, dit-il. Si bien que quand je suis arrivé plus tard dans mes cours d’anatomie à la Faculté de médecine, je n’ai eu qu’à transposer mes connaissances de l’animal à l’humain: j’avais déjà une longueur d’avance sur les autres!»

Mais comment le garçon, qui se faisait écœurer sans bons sens à la polyvalente, a-t’il pu non seulement s’en sortir, mais aussi devenir médecin ? Tout simplement à cause de sa première «paire» de lunettes…

«Jusqu’en secondaire 2, je n’étais pas bon à l’école, poursuit-il. Je m’asseyais tout seul dans le fond de la classe et je ne voyais plus rien au tableau… Je pensais que c’était normal,  jusqu’à ce que ma tante m’envoie passer un examen de la vue et qu’on réalise que j’étais myope.»

Dès lors, la vie de Stanley Vollant change radicalement. Il a commencé à jouer au hockey, s’est fait quelques amis et, surtout – surtout! – grâce à ses lunettes, il a pu laisser éclater son immense talent pour les études. Au cours des trois dernières années de son secondaire, il obtint non seulement les plus hautes notes de sa classe mais se classa également parmi les trois meilleurs élèves de la polyvalente. «J’allais leur prouver qu’un autochtone peut faire autre chose que jouer au bingo et recevoir le bien-être social», m’a-t-il dit en me regardant droit dans les yeux.

Après avoir rêvé d’être archéologue, ingénieur de barrage, puis pilote d’avion, il fixa son choix sur la carrière de chirurgien. «Chirurgien parce que j’avais commencé jeune, à la chasse, à aimer le travail manuel; chirurgien aussi parce que je voulais un métier où je pourrais prendre des décisions importantes: par exemple, quand le sang gicle, on ne se pose pas de question, on doit suturer la plaie au plus vite!»

Devenir médecin autochtone?

Il s’est passé 14 ans déjà depuis que le docteur Stanley Vollant a acquis son diplôme de chirurgien. Aujourd’hui, il partage son temps entre l’enseignement à l’Université d’Ottawa, sa pratique en laparoscopie (une technique chirurgicale non invasive) à l’Hôpital Montfort d’Ottawa, et son engagement en faveur des autochtones. À l’Université d’Ottawa, il est responsable du Programme autochtone dont l’objectif est de favoriser l’inscription de jeunes autochtones en médecine. Chaque année, la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa réserve huit places à des étudiants autochtones afin de faire augmenter leur nombre au pays.

Un Innu à Compostelle

Au mois d’avril dernier, le docteur Stanley Vollant a tenu un blogue où il témoignait, au jour le jour, d’une aventure extrêmement marquante pour lui: une «petite excursion» de 800 km dans les Pyrénées françaises et espagnoles. Il a marché sur le chemin de Compostelle, une vieille route qu’empruntent à pied depuis des siècles des hommes et des femmes désireux de vivre une expérience spirituelle.

Un jour, alors qu’il était très fatigué, il s’est mis à fixer ses pieds tout en marchant. Et, soudain, il eut une étrange vision: «J’ai vu non plus mes pieds d’adulte, dit-il, mais mes pieds d’enfant… les petits pieds que j’avais lorsque je marchais à la chasse, dans le bois, avec mon grand-père. J’ai alors senti autour de moi une présence. Même s’il est mort depuis longtemps (en 1982), j’ai senti qu’il était là pour me soutenir, comme il l’avait fait lorsque j’avais deux jours et qu’il était venu de Betsiamites en avion pour m’aider à commencer ma vie. «Tschima utshi, nikan nantem itete mium tshemushunnut ka aitet! Sois fort et va de l’avant, comme l’ont toujours fait nos grand-pères!»

On peut en apprendre davantage sur le Programme autochtone en communiquant avec l’Université d’Ottawa: autochtone@uottawa.ca  (613) 562-5800 poste 8657.

Repères Innus

Les Innus, appelés aussi Montagnais, sont l’une des 11 nations autochtones du Québec.
L’innu, langue amérindienne appartient à la famille linguistique algonquienne.
Betsiamites, village innu de 1442 habitants, situé à 50 km en amont de Baie-Comeau. Dans tout le Québec, on compte 54 villages autochtones pour un total de 108 425 individus. (Statistique Canada, 2006)

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Disponible Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
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