Milieu carcéral, des prisons ouvertes à la réhabilitation

Prisons sans barreaux, détenus sans menottes, gardes souriants se liant d’amitié. Les prisons ouvertes et «humanisées» pourraient quasiment passer pour des lieux de villégiature. Mais pourquoi avoir adopté ce modèle? Favorise-t-il la réhabilitation et un risque moindre de récidive chez les criminels? Plusieurs exemples semblent le prouver.

Un texte de Justine Aubry – Dossier Justice


Construite en 2010, la prison norvégienne de Halden, surnommée «la plus humaine du monde», fonctionne selon le principe d’une incarcération ouverte appuyée par une «humanisation des pratiques carcérales». Ce système est aujourd’hui utilisé dans d’autres centres de détention à travers la Scandinavie. En Finlande, ce type de prisons existe depuis le milieu des années 1930. Plusieurs principes ont semé le doute dans l’esprit des défenseurs d’un système rigide: absence de cellules et de barbelés, prisonniers sans menottes et gardes sans armes.

Dans la prison à sécurité minimale de Bastoy, située sur une île norvégienne de 2,6 km², les 115 criminels (du trafiquant au meurtrier) vivent dans de jolies petites maisonnettes en bois. Ils évoluent dans un environnement similaire à celui d’une vie normale en société, la surveillance étant uniquement électronique.

Les détenus sont libres de circuler à pied ou à vélo, s’ils le souhaitent. Ski de fond, baignade et randonnée sont également au menu à la fin d’une journée de travail dans les champs ou à la serre. Ils ont la belle vie, ces criminels, diront certains. Pourtant, depuis les années 1960, des chercheurs scandinaves étudient l’efficacité de la sanction punitive sur la propension à reproduire des actes criminels. Et selon eux, aucune réelle corrélation ne peut être établie. La réhabilitation constituerait une solution beaucoup plus favorable autant pour le détenu que pour la société.

Selon plusieurs spécialistes, il y aurait effectivement moins de récidives de la part de prisonniers ayant fréquenté une prison ouverte aux valeurs humanistes. Le docteur John Pratt, enseignant en criminologie à l’Université de Wellington en Nouvelle-Zélande, est aussi de cet avis. Les statistiques rapportées par le chercheur sont révélatrices: le taux de récidive avoisinerait les 20% pour les résidents de ce type de prisons alors qu’il frôlerait les 65% pour un prisonnier purgeant une peine aux États-Unis. Au Canada, les récidivistes représenteraient plus de 50%.

Mais si ce fonctionnement est réellement aussi efficace, à quand un modèle similaire pour les prisons canadiennes? Depuis plusieurs années, elles sont en constante surpopulation. Alors que le taux de criminalité diminue, les milieux carcéraux débordent toujours.

Pourquoi? Principalement parce que les libérations conditionnelles sont souvent limitées et que beaucoup de criminels récidivent. Les politiques punitives ont pourtant été de maintes fois démontrées comme non concluantes.

Selon le Service correctionnel du Canada (SCC), «des efforts pour mieux préparer les détenus à réintégrer la société dans le but ultime de réduire le recours à l’incarcération comme principale mesure correctionnelle» seraient déployés en plus de la mise en place d’un programme favorisant «les aptitudes et le comportement compatibles avec la réinsertion sociale». Mais la situation ne s’améliore pas. Le Protecteur du citoyen constate la détérioration des conditions de détention des établissements carcéraux québécois alors que le ministère de la Sécurité publique (MSP) du Québec ne sait plus où donner de la tête pour trouver des places supplémentaires.

La solution résiderait peut-être dans une réforme pénale qui cesserait progressivement de voir l’emprisonnement comme une fin en soi. Mais plutôt de considérer cette phase comme un passage obligé vers la réhabilitation et la réinsertion. L’amélioration de la transition vers les centres résidentiels communautaires (CRC) à la suite d’une libération pourrait également être la clé contre la récidive.

En complément à Reflet de Société +

Retrouvez ce reportage de France 24 sur les prisons ouvertes en Finlande.

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Volonté de performer, obsession du succès, désir d’exceller dans tous les domaines… Notre société valorise grandement l’atteinte d’une vie parfaite, combinant bonheur et réussite. Chez les femmes, cette volonté perfectionniste est souvent lourde à porter.

Un texte de Justine Aubry – Dossier Santé mentale

Zoé, une jeune femme de 28 ans, sait depuis longtemps qu’elle est une grande perfectionniste. «Je ne peux être satisfaite quand les choses ne sont pas parfaitement accomplies, et exécutées de façon organisée», admet-elle.

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«Depuis un très jeune âge, je ressens cette pression. Que ce soit de la part de mes professeurs, de mes employeurs, de ma famille ou même de la société en général.»

Zoé souhaite ardemment obtenir une brillante carrière dans le domaine du cinéma, un milieu qu’elle juge très compétitif. La jeune femme croit devoir mettre la barre très haute afin d’obtenir le meilleur d’elle-même. Malheureusement, elle finit par percevoir les défis qu’elle s’impose comme étant démesurés et en vient finalement à se sentir déprimée.

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Une histoire de genre

Il n’existe pas à ce jour de recherche scientifique sur la différence de perfectionnisme entre les hommes et les femmes.

«Je crois qu’il y a plus de domaines dans la vie qui mettent de la pression aux femmes perfectionnistes qu’aux hommes perfectionnistes. Elles doivent être performantes au travail, à l’école, à la maison, dans leurs relations sociales et leur apparence. Si on prend le mythe de la mère parfaite par exemple, on se rend compte qu’on n’exige pas la même chose du père en tant que société.

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