Multiples thérapies pour un joueur compulsif

Quand le gambling nous envahit

Pour régler ses problèmes de jeu compulsif, Ali a tout tenté. La première fois, en 2006, Ali s’est rendu dans un établissement de Laval pour une thérapie d’un mois, à raison de 2 rencontres par semaine. Il venait de dérober 3400$ à son frère et était prêt à tout pour se faire pardonner.

Dominic Desmarais   Dossier Gambling et jeu compulsif

casino joueur compulsif gambling gambler jeu pathologique loto loterie vidéo poker préventionMais la première tentative ne fut pas la bonne. «Ça n’a rien changé. J’avais encore l’obsession du jeu. Alors j’ai demandé à suivre une thérapie à l’interne pour 3 semaines. J’ai été abstinent pendant 6 mois parce que j’étais alors entouré de ma famille. Il y avait toujours du monde avec moi. On faisait attention à moi.»

Mais l’envie de converser avec les machines vidéopoker est irrésistible. Ali rechute. «Peut-être que je n’ai pas fait tout ce qu’il y avait à faire, comme me tenir éloigné des bars où il y a des machines», reconnaît-il. À cette époque, Ali avait un emploi. Les 6 mois d’attente lui ont permis de se renflouer. «Le jeu est revenu plus fort que jamais. C’était devenu un besoin. Je ne peux pas me l’expliquer…»

gambler jeu compulsif joueur pathologique gambling loterie casino vidéo pokerAbstinence du jeu

Le jeu revient dans la vie d’Ali et ses vilaines habitudes refont surface. En 2007, Ali vole encore son frère. «Je ne suis pas allé tout de suite en thérapie. Je venais de rencontrer une fille. J’ai plutôt déménagé chez elle à La Prairie pour m’éloigner, me changer les idées. Je travaillais 6 jours sur 7 dans la restauration, à Delson. Je m’abstenais. Je ne ressentais pas le besoin d’aller jouer jusqu’à ce que ça aille mal dans le couple. J’ai recommencé à jouer.». Ali dépense tout son argent, ce qui cause encore plus de frictions dans sa relation. Il revient à Montréal moins d’un an plus tard.

À son retour, il décide de consulter un psychiatre à l’hôpital Louis-Hyppolyte Lafontaine. Il en sort déçu. «Ça n’a pas donné grand-chose. Il a tout mis sur ma faute. C’est moi qui voulais aller jouer. Pour lui, ceux qui mettent la faute sur leur enfance, il n’y croit pas. Tu es responsable, tu veux jouer, tu y vas. C’est ta faute.»

gambling jeu compulsif gambler joueur pathologique casino loterie machines vidéos pokerRechute

Ali est bien embêté. Malgré son bon vouloir, le jeu l’obsède toujours. Sa famille décide de l’envoyer vivre en plein désert marocain pendant 7 semaines. «Ils pensaient que ça m’aiderait, un endroit sans machines à sous. Ils pensaient que ça me guérirait. Dans le désert, ce n’était pas la joie. Mais j’ai réussi à oublier le jeu. Mais quand j’ai senti que mon retour était imminent, j’avais hâte d’aller au casino. Je niais, je mentais sur mon envie de jouer, sur le fait que j’allais jouer sitôt rentré.» Le lendemain de son arrivée, Ali ira dans un bar dépenser 750$ dans une machine vidéopoker.

Le jeune homme est bien décidé à trouver un remède à ses problèmes. Il entend parler du centre Dollar Cormier qui offre un an de suivi, à raison d’une rencontre par semaine. Sur les conseils des intervenants, Ali assiste également à des réunions de Gamblers Anonymes (GA). «Mais le jeu était toujours en moi. Parfois, après les rencontres, j’allais jouer. C’est con, mais quand j’allais jouer ces temps-là, je gagnais tout le temps. Quoiqu’on n’est jamais gagnant, à jouer. Parce qu’on finit toujours par en remettre plus que ce qu’on gagne. J’en ai parlé, aux intervenants de Dollar Cormier, que je continuais à jouer. J’avais besoin de plus d’encadrement.»

En 2009, Ali suit une thérapie à l’interne à la Maison Jean Lapointe. «Je voulais un endroit plus solide pour m’encadrer, m’enfermer.» Ali y séjourne 3 semaines avec un suivi de 3 mois par la suite. «Je suis sorti de mes trois semaines cassé en deux. Je me suis débarrassé d’un boulet que je traînais depuis l’enfance. J’y ai appris à pardonner. À me pardonner. Je n’avais pas d’emploi, je me sentais malade.

Le boulet d’Ali

gambling-prevention-jeu-compulsif-joueur-pathologique-gamblerAvec les intervenants de la Maison Jean Lapointe, Ali réalise qu’il a refoulé beaucoup de rage parce qu’il a été élevé en se faisant battre. «J’ai été frappé pour étudier, pour aller à l’épicerie, pour prier. Tout ce que ma famille savait faire, c’est de me battre.»

Ali repense à cette journée où son grand frère l’a sauvagement battu. «J’avais 14 ans. Mon frère avait la trentaine passée. Il m’a battu pendant que mes parents étaient à l’étranger. Il m’a battu de 15h à 21h. Il m’a donné des coups de genoux, il m’a brisé une chaise sur la tête. J’avais le visage tout boursouflé, comme un éléphant. J’ai reçu des coups de ceinture dans le dos. J’étais coupé à vif. Le lendemain, j’étais incapable de m’assoir. J’avais trop mal. Le pire, c’est que je ne l’avais pas vu depuis 8 mois!»

Son frère l’enferme dans la maison et le force à étudier. «Quand il rentrait, il venait me voir en me donnant une violente gifle derrière la tête, me demandant si j’avais bien appris mes leçons. La claque me faisait perdre tout ce que j’avais appris. Alors comme il pensait que je n’avais rien fait de la journée, il en profitait pour me battre. J’ai été élevé en me faisant traiter de bon à rien.» Quand l’histoire vient aux oreilles de sa mère, elle tente de se poser en arbitre. «Peut-être qu’Ali l’a mérité?» Cette phrase est restée gravée dans la mémoire d’Ali. «Je le lui ai souvent reproché. Je l’ai mérité, c’est ça maman? T’étais même pas là, tu ne sais même pas pourquoi il m’a battu.»

Ali envie ses amis, la façon dont ils sont traités par leurs parents. «Moi, on me forçait à apprendre mes tables de multiplication en une journée. Étudier sous la pression, manger sous la pression… Chez moi, c’était toujours ma faute. Ça ne servait à rien que je me défende. C’était une histoire entendue, j’allais quand même manger une volée. Te faire battre sans raison, quoi que tu fasses, il faut le vivre pour savoir comment ça peut affecter psychologiquement un être humain. C’était tellement rough chez nous.»

Il aura fallu bien des thérapies à Ali pour qu’il comprenne la rage qui ne le quitte jamais. Le jeune homme n’a pas encore fait la paix avec son enfance. Mais savoir qu’il a refoulé des traumatismes pourra le guider vers la guérison.

Première parti du témoignage

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Mensonges d’un joueur compulsif

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La vie d’un joueur compulsif

Un joueur compulsif s’arrête-t-il de miser lorsqu’il n’a plus les moyens? Pour Ali, la réponse est non. Le jeu est devenu une obsession qu’il nourrit en volant son entourage. Voici la descente aux enfers d’un homme qui a entraîné sa famille dans sa chute.

Dominic Desmarais   Dossier Gambling et jeu compulsif

gambling-prevention-jeu-compulsif-joueur-pathologiqueAli a perdu 25 000$ en 3 mois dans les machines de vidéo-poker. Pour assouvir sa dépendance, il devient aveugle. Tous les moyens sont bons pour qu’il puisse s’installer devant une machine qui lui murmure à l’oreille qu’elle va combler ses désirs. Malgré le deuil des économies d’une vie, Ali persiste à jouer. Sa vie est toute orientée vers le jeu.

«Je vivais au jour le jour. Je n’avais plus d’argent de côté. J’en empruntais souvent. 300$  à mon frère, 500$ à ma sœur, un autre 400$ à ma mère. Je disais que j’allais le remettre tel jour. Au début, j’y arrivais. Mais ça n’a pas été long avant que je devienne incapable de respecter ma parole.» Bien que la famille connaisse ses problèmes antérieurs de jeu, personne ne songe à lui poser des questions. Et on ne lui fait pas de reproches s’il tarde à rembourser. «Ce n’était pas grave. Par chez nous, on peut remettre l’argent plus tard.»

Le jeune homme peut passer deux jours sans dormir, à alterner entre le casino et ses quarts de travail. «Après ma journée de travail, je passais la nuit au casino pour retourner travailler le matin et ensuite revenir jouer toute la nuit.» Ali a un sursaut. Ces moments qui refont surface lui déplaisent. Il digère encore mal tout ce temps dépensé en vain et est rempli de remords. Il se retient d’éclater en sanglots. Une scène qu’il a jouée mille et une fois depuis toutes ses misères. Pleurer son mal-être, Ali y a goûté.

Un gambler qui vole son frère

gambling-gambler-jeu-compulsif-joueur-pathologique-loterieLes emprunts sans remboursements ne contentent pas Ali. Il lui faut toujours plus d’argent pour jouer. Il en devient obsédé. Un jour, en l’absence de son frère, il s’infiltre dans sa chambre. «J’ai fouillé. J’ai mis la main sur 3400$. Je me suis mis à courir jusqu’au casino.»

Le lendemain, repentant, Ali obtient l’appui de sa mère qui rembourse la malheureuse victime. «J’ai pleuré, j’ai demandé pardon. Ce n’était pas moi, voler mon frère. Ma famille sait bien que je ne suis pas une mauvaise personne. Que le jeu m’avait changé. J’ai dit que j’allais faire tout ce qu’il fallait. Je me suis brûlé auprès de toute ma famille.» Ali prend du recul sur son récit. «Ça me semble si loin. Mais ça a été un moment tellement difficile», dit-il en retenant ses larmes.

Les stratégies d’un joueur compulsif

Après cet incident, son frère prend la responsabilité de gérer son argent. La prestation de chômage d’Ali, virée en dépôt direct, est versée sur un compte administré par le frangin. Ali est plein d’astuces. Il fait changer le compte sur lequel son chômage est versé. Puis, avec des papiers officiels, il fait croire à son frère que son allocation chômage a été supprimée. «Je lui ai menti pour recevoir le dépôt direct. J’avais de la misère à payer mon loyer. J’avais perdu 20 livres. Je ne mangeais plus. Je ne me nourrissais que du jeu. Et quand je perdais, je me punissais en ne mangeant pas pendant 2 ou 3 jours. Jusqu’à ce que mon corps n’en puisse plus.»

«Une autre fois, mon frère a oublié son portefeuille dans la chambre de bain. Je suis passé après lui pour me laver les mains. J’ai ramassé le portefeuille et les 1800$ qu’il contenait. Je me suis habillé et je suis allé au casino. Mon frère n’a pas arrêté de m’appeler. J’ai fermé mon cellulaire. J’étais parti de l’appartement à 22h, je suis rentré à 8h en pleurant, en m’excusant. Mon frère voulait me sortir de l’appartement. Ma mère m’a encore appuyé. Elle lui a remis l’argent que j’avais volé. Ils m’ont pardonné. En me faisant bien comprendre que c’était la dernière fois.»

Puis, il y a eu cette fois où Ali s’est servi dans les poches de son employeur. «J’ai préparé mon vol pendant des semaines. J’ai trouvé une façon d’ouvrir la porte de son bureau. J’ai attendu le moment propice pour y entrer. Pendant qu’il dînait à la cafétéria, je suis descendu en coup de vent. Je suis entré dans son bureau. J’ai trouvé les clés du coffre-fort sur son bureau. Il y avait quelques centaines de dollars. Mon patron n’a jamais parlé du vol. Il ne m’en a rien dit. J’ai tellement honte. Tout ça par obsession du jeu…»

Ali, de nature enjouée et serviable, complote pour voler son employeur. Ses pensées, son stress, sont dirigés vers le jeu. Et vers les façons qui lui permettront de se sentir apaisé devant sa machine à sou.

Un joueur compulsif arrêté pour vol

Ali n’en finit plus de s’enfoncer. En 2006, Dans un bar où il va jouer de temps à autre, en prévision de ses virées au casino, le jeune homme fait la connaissance d’individus qui lui propose de l’argent facile. 300$ pour qu’il aille les chercher en voiture à un lieu convenu d’avance. «Ils savaient que je perdais beaucoup d’argent, que j’en avais besoin. Au rendez-vous, ils ont embarqué dans ma voiture des choses volées. Ils avaient volé une voiture et la vidaient quand quelqu’un les a vus. La police nous a arrêtés. J’ai été relâché car je n’avais aucun antécédent. Eux étaient en probation pour vol de voiture. Ils ont abusé de ma faiblesse, de ma vulnérabilité. J’étais devenu un criminel pour avoir voulu assouvir mon obsession du jeu.»

Ali est accusé sous 8 chefs. En plaidant coupable, les accusations tombent à trois. Il est passible d’une peine maximale de 10 ans pour vol. Comme il n’a aucun antécédent, il obtient une sentence de 12 mois de probation et 120 heures de travaux communautaires. Mais l’accusation pèse lourd. Elle permet à Immigration Canada d’entamer des procédures d’expulsion car Ali, bien que vivant au Québec depuis 25 ans, n’a pas demandé sa citoyenneté. «L’immigration veut me déporter en Algérie. Je n’ai pas de famille là-bas. J’ai passé plus de la moitié de ma vie ici. Je ne connais rien de l’Algérie. Je sais juste que c’est dangereux. Tout ça m’arrive à cause du jeu. Pour un 300$ que je n’ai même pas eu.»

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