Schizophrénie et maniaco-dépression

Spectacle du Bistro le Ste-Cath (l’ancien Bistro In Vivo) dans Hochelaga-Maisonneuve

Maladie mentale

Quand ton cerveau t’emprisonne

Tous les midis, Jan s’installe avec ses collègues de travail pour partager son repas. La pause permise est d’une heure mais il ne reste jamais plus de 10 minutes. Calmement, il quitte la table pour passer au dessert : une cigarette qu’il fume seul, à l’extérieur.

Annie Mathieu   Dossier Santé mentale , Santé

schizophrenie-maniaco-depression-sante-mentale Âgé de 37 ans, Jan apparaît timide, voire un peu renfermé. Quand on le côtoie régulièrement, on se dit qu’il est tout simplement solitaire. Le diagnostic des psychiatres est plus tranché: il est schizophrène et maniacodépressif.Il tient à discuter chez lui, dans son appartement de la Petite Italie à Montréal. Une fois la porte de son 4 et demi franchie, son univers s’ouvre, comme s’il lui était plus facile, entre ses quatre murs, de tenter d’expliquer l’inexplicable: les caprices d’un cerveau qui ne roule pas comme celui de tout le monde.

Santé mentale, des signes peu visibles

Il ne ménage pas les détails, prêt à démystifier la maladie avec laquelle il cohabite depuis 19 ans. Les préjugés, le manque d’infrastructures dans les hôpitaux et l’image véhiculée dans les médias l’agacent. Chez Jan (nom fictif), les signes sont peu visibles, si ce n’est, comme il l’affirme moqueur, qu’il ne socialise pas à la vitesse de l’éclair. Il tremble aussi un peu des mains, effet secondaire d’un des six médicaments qu’il doit prendre quotidiennement. On est loin du malade mental qu’on imagine et pourtant le cas de Jan est grave.«Je suis diagnostiqué schizo-affectif», affirme-t-il sur le ton de celui qui annonce qu’il a attrapé un rhume. L’effet est voulu. «Pour beaucoup de gens, cette étiquette est honteuse. Ils n’ont pas réalisé que cette maladie en est une comme les autres, comme le diabète. Un point c’est tout.»

Schizophrène et maniaco-dépressif

schizophrene-maniaco-depressif-sante-mentale-desinstitutionalisation «Je suis schizophrène et bipolaire», élabore-t-il. Patiemment, il poursuit son explication : «Il existe plus de 250 variantes de la schizophrénie selon le Diagnostic and Statistical Manual (DSM)», le livre de référence pour les troubles mentaux. Il précise : «Mon cas est très grave». Surtout que sa maladie est jumelée avec des troubles bipolaires, ou maniacodépressifs, d’après l’ancienne terminologie.Les schizophrènes sont généralement isolés et vivent des périodes hors de la réalité, qui à leur apogée, sont appelées psychoses. La solitude extrême est aussi un mal commun chez les schizophrènes. Deux chats adorables, Pouêt et Rigatoni, comblent une partie de la solitude de Jan. Mais les félins ne sortent pas au cinéma ni ne partagent sa vie comme une amoureuse.«Physiquement, il y a aussi des différences, poursuit Jan. Par exemple, mes yeux ont parfois un comportement anarchique. Je ressens aussi moins les différences de température. C’est pourquoi il y a beaucoup d’itinérants malades qui semblent bien supporter le froid», explique-t-il.

Désinstitutionalisation et santé mentale

Parenthèse qui le laisse sceptique quant à la désinstitutionalisation des gens atteints de maladie mentale. «Beaucoup se sont retrouvés dans la rue. Ils n’avaient pas, comme moi, de famille pour les soutenir. Ces derniers ne prennent pas la médication requise, ce qui les rend instables. Ceci ne contribue évidemment pas à enrayer les tabous vis-à-vis ces maladies», explique-t-il.Quant à la bipolarité, cette maladie est caractérisée par des sautes d’humeur, de longues périodes de «down», de déprimes intenses suivies de longues périodes de «high» où on se sent invincible. «On peut même penser avoir énormément d’argent et dépenser de grosses sommes au-dessus de nos moyens réels», illustre-t-il.Pour Jan, tout a commencé à l’âge de 17 ans. Une grève étudiante au cégep l’oblige à rattraper le retard accumulé. Le stress monte pour le jeune homme qui étudie en sciences pures. Plutôt que sur les bancs d’école, il termine sa session dans un lit d’hôpital. Il y restera six mois, le temps de se remettre de sa première psychose majeure. «J’ai pété un câble, explique calmement Jan. Je croyais avoir des pouvoirs paranormaux…Quand je marchais à l’extérieur de l’hôpital, je pensais que j’étais radioactif!», se rappelle-t-il, entre deux bouffées de cigarette.Mentalement, l’expérience est épuisante, comme si le cerveau venait de courir un très long marathon. «En sortant de l’hôpital, je n’étais même pas capable de me faire cuire un œuf », poursuit-il. Il est maintenant contraint à prendre quotidiennement des médicaments pour stabiliser son état. «Tu vois ton avenir qui passe tout droit devant toi», explique-t-il, toujours impassible. « Les psychiatres ne te le disent pas directement mais te font comprendre que tu pourras pas faire n’importe quel métier», se rappelle-t-il. L’université est exclue. C’est cette nouvelle réalité qui est la pilule la plus dure à avaler.

Vivre comme tout le monde

Au salon, son diplôme de technicien en informatique sert de décoration sur des murs peu garnis. Il a fallu 8 ans à Jan pour terminer sa scolarité; son rythme de croisière a été ralenti par 4 hospitalisations, 2 psychoses et 3 cours par session. Ses professeurs n’ont jamais été mis au courant et Jan n’aura eu droit à aucun service spécialisé : la maladie mentale n’est pas considérée comme un handicap au même titre que la cécité.Son diplôme, il en est fier. Il fait partie des 40% de gens atteints de maladie mentale qui ont la capacité de travailler. Pourtant, il n’exerce pas un métier au mieux de ses compétences et de ses capacités intellectuelles. Sa technique en informatique n’est d’aucune utilité dans l’exécution de ses tâches quotidiennes. «L’informatique, ce n’était pas pour moi», explique-t-il, résigné à n’être bon qu’en théorie. Son travail actuel –il est commis de bureau– est routinier et exempt de tout stress. Cela lui convient mieux et correspond aux limites qu’il a appris à se fixer.Difficile de croire en discutant avec Jan qu’il éprouve des problèmes qui l’empêchent de fonctionner normalement. Il explique avoir du mal à garder son appartement en ordre. Une femme de ménage payée en partie par le gouvernement l’aide à le garder propre. Après hésitations, il tente une explication peu convaincante : «Si tu es mélangé dans ta tête, c’est dur de faire du ménage.» Puis, voyant la réaction de son interlocuteur, il réessaie : «N’oublie pas que c’est le cerveau qui est affecté». L’argument est de taille, à la hauteur d’un homme qui a consacré beaucoup d’énergie à apprivoiser son handicap.

Autres textes sur Santé mentale

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

L’amour en 3 dimensions.

l-amour-en-3-dimensions-roman-cheminement-humoristique-croissance-personnelleLa relation à soi, aux autres et à notre environnement

Roman de cheminement humoristique. Pour dédramatiser les évènements qui nous ont bouleversés. Pour mieux comprendre notre relation envers soi, notre entourage et notre environnement. Peut être lu pour le plaisir d’un roman ou dans un objectif de croissance personnelle.

L’histoire est une source d’inspiration pour découvrir, d’une façon attrayante et amusante, une nouvelle relation avec soi-même et son environnement. Bonne lecture et bon voyage au pays de Tom.

Le livre est disponible au coût de 19,95$. Une co-écriture avec le journaliste Colin McGregor a permis de présenter une version anglophone LOVE in 3D.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 Par Internet:Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Autres livres pouvant vous intéresser:

Santé mentale, l’itinérance et les ressources

Santé mentale, l’itinérance et les ressources

Dossiers ItinéranceSanté mentaleAlcool et drogue

À titre de travailleur de rue, j’accompagne une personne qui a plusieurs problématiques; maniaco-dépressif, alcoolique, toxicomane et suicidaire. Je réussis à amener la personne à accepter une évaluation psychiâtrique à Louis H. Lafontaine. On refuse de suivre la personne. Elle est alcoolique et toxicomane. Qu’elle règle ces deux problèmes avec l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et on verra ensuite pour le suivi psychiâtrique. À l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, ils ne peuvent rien faire. Il faut commencer par Louis H. Lafontaine pour régler ses problèmes de santé mentale! J’ai fait la navette entre ces deux institutions pendant 6 mois avec une personne suicidaire que personne ne voulait. Elle a finalement été admise à Louis H. Lafontaine après qu’elle ait fait une tentative de suicide en passant à travers une fenêtre du deuxième étage!

Un jeune adolescent fait une tentative de suicide. Il se retrouve à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Dès que les symptomes physiques sont sous contrôles, on le laisse partir. Sans aucun suivi ou encadrement. Il pourra voir un psychiâtre dans 6 à 9 mois! Pourtant les risques d’une deuxième tentative sont très grands à court terme.

Ce ne sont que deux exemples de ce que j’ai pu vivre vis-à-vis les institutions pouvant nous aider à accompagner des jeunes. En tant qu’intervenant, notre impuissance ne se vit pas seulement auprès de la personne que nous accompagnons, mais aussi avec les institutions qui devraient nous aider et appuyer notre démarche.

Mon expérience terrain m’amène à questionner notre système de santé. Nous avons trop de spécialistes et pas assez de généralistes. Un bon accompagnement commence par un généraliste, près du terrain, pouvant établir une relation avec la personne. Après avoir identifié les besoins et les ressources pouvant intervenir, ce généraliste doit pouvoir avoir ses portes d’entrée dans les différentes institutions. Les spécialistes ne devraient jamais être en charge de l’intervention, mais être un outil de soutien à ce généraliste. Le généraliste, souvent nommé travailleur de rue, devrait pouvoir accès à l’information concernant la personne aidée et faire parti d’un plan de suivi et d’encadrement.

Trop souvent j’ai fait admettre une personne dans une ressource et, sous le couvert du secret professionnel, on ne me donnait aucune information. Il est arrivé que je laisse mes coordonnés pour que je sois appelé si la personne quittait pour que je puisse l’acceuillir à sa sortie. Malheureusement, on la laissait sortir sans me prévenir avec des conséquences et des effets pervers qui ont mis ces gens en danger.

Notre système de santé a des ratés. Impersonnel, trop de procédures, pas assez de connaissance de la personne qu’on aide… Combien de fois j’aurais pu sauver de l’argent et du temps à tout le monde si l’expérience et la relation que j’avais de la personne suivi était écouté et tenu en compte.

Ce n’est pas un problème d’argent, c’est un problème de vision. Arrêtons de ne voir qu’un problème qui doit être soigné, mais tentons de voir un être humain qui a besoin d’un accompagnement global dans sa vie.

La santé, ça nous concerne tous et nous devrions tous pouvoir faire partie d’une solution globale.

Autres textes sur Toxicomanie

Autres textes sur le Suicide.

autres textes sur alcool  et drogue.

Ce billet, ainsi que toutes les archives du magazine Reflet de Société sont publiés pour vous être offert gracieusement. Pour nous permettre de continuer la publication des textes ainsi que notre intervention auprès des jeunes, dans la mesure où vous en êtes capable, nous vous suggérons de faire un don de 25 sous  par article que vous lisez et que vous avez apprécié.

Merci de votre soutien.

PUBLICITÉ

Guide d’intervention de crise auprès de personnes suicidaires

guide-d-intervention-de-crise-personne-suicidaire-suicide-intervention-prevention-suicide-rates-suicide Le guide d’intervention auprès de personnes suicidaires démystifie le suicide. Il permet d’aider les proches à reconnaître les signes avant-coureur du suicide et de déterminer qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir la personne en crise.

Une section du guide est réservée aux endeuillés par suicide.

Le livre est disponible au coût de 4,95$.
Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Livres.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

%d blogueurs aiment cette page :