Vivre sans prothèse

Amputation et réhabilitation

Un membre artificiel pour un amputé

Remplacer un membre manquant par un membre artificiel nous apparaît un incontournable pour l’amputé qui veut recommencer à vivre normalement. Par contre, ce n’est pas automatiquement le scénario qui se présente. Une partie d’entre eux décideront ou se verront dans l’obligation de vivre sans prothèse.

Gabriel Alexandre Gosselin Dossier Santé, Famille, Éducation, Handicap

handicap-amputation-rehabilitation-handicape-amputeQuand une personne récemment amputée de la jambe arrive en réadaptation, on évalue d’abord les forces et les faiblesses physiques du patient. On observe comment il se déplace, s’il est fort physiquement. «Même les capacités cognitives jouent un rôle dès le départ», expliquent Marie-Noëlle Roussin et Julie Paquette, ergothérapeutes à l’hôpital de réadaptation Villa-Medica (HRVM), situé à Montréal.

Cet établissement reçoit en majorité des aînés dont l’amputation est souvent la conséquence de problèmes vasculaires engendrés par de mauvaises habitudes de vie. Ces patients sont les plus susceptibles d’avoir à se débrouiller sans membre artificiel, puisque leur corps entier est souvent en mauvais état.

Pour les handicapés qui ne peuvent pas porter la prothèse, la réadaptation est différente. La première étape consiste à déterminer un substitut à la jambe artificielle : béquilles, marchette ou fauteuil roulant. Puis, le domicile est adapté à l’option choisie, par exemple en installant des rampes à plusieurs endroits dans la maison, ou en déménageant dans un endroit plus sécuritaire.

Tout au long de la réadaptation, des experts conditionnent l’amputé à devenir le plus autonome possible. Les physiothérapeutes l’entraînent pour une meilleure condition du moignon. Ils renforcent le bout de jambe qui reste au patient ou le sensibilisent à avoir les bras plus forts pour ne pas se fatiguer lors de déplacements en chaise roulante. Les ergothérapeutes, eux, initient et habituent le patient aux activités de tous les jours: entrer dans leur voiture, utiliser les toilettes, prendre une douche, cuisiner sur le comptoir, etc.

Changer d’idée

handicap-amputation-jambe-guillaume-theriaultLouis Bourassa, des Amputés de guerre, mentionne que ce sont les limites de la technologie qui parfois empêchent un amputé d’opter pour la prothèse. «Il existe des prothèses pour la hanche, mais elles sont encore inefficaces et peu confortables», donne-t-il en exemple.

Dans le cas d’un bras amputé, la prothèse s’avère souvent moins indispensable. Chez les Amputés de guerre, certains jeunes qui vivent sans prothèse au bras changeront par contre d’idée en cours de route. «L’évolution d’un jeune implique l’affirmation de sa personne et de ses champs d’intérêts. L’adolescent qui veut plaire aux jeunes filles finira par se faire poser un bras artificiel, histoire de présenter un esthétisme plus normal et ne pas attirer l’attention vers le bras incomplet.» Ou, en découvrant une activité qui lui plaît particulièrement, un jeune cherchera à se procurer un bras adapté à son nouveau passe-temps.

C’est précisément dans ce cas que les Amputés de guerre sont importants. Le gouvernement ne paie que pour la prothèse de base. L’organisme fournira du mieux qu’il peut une prothèse adaptée pour l’activité que le jeune veut pratiquer, ou initiera des recherches pour en créer une. Et ces prothèses adaptées vont de celle conçue pour se mouler à la botte de ski alpin, à celle qui sert…à tricoter!

Les Amputés de guerre, c’est quoi?

Les Amputés de guerre forment un organisme qui vient en aide aux Canadiens amputés et âgés de 0 à 18 ans, qui sont regroupés dans le programme «Les Vainqueurs». L’organisme soutient ces «Vainqueurs» moralement et financièrement. «Nous déboursons pour les réparations, les frais de transport et les recherches pour les prothèses adaptées. Le gouvernement paie seulement pour la prothèse de base. Nous envoyons aussi à nos adhérents la documentation sur les nouvelles technologies et les recherches en cours», explique Louis Bourassa, des Amputés de guerre.

Depuis 1946, environ 15 000 jeunes ont eu recours à l’organisme connu pour ses petits porte-clés. Aujourd’hui, le programme «Les Vainqueurs» compte environ 4000 adhérents, et près de 100 nouvelles inscriptions ont lieu chaque année. Et une fois l’âge majeure atteint? «Nous aidons encore financièrement l’amputé qui est devenu adulte. Seulement, il n’est plus compilé aussi précisément qu’auparavant dans les statistiques de l’organisme. Il a cessé de grandir et est donc relayé à des prothésistes pour adultes», précise M. Bourassa.

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Apprendre à vivre avec un handicap

 Amputation et réhabilitation

Un handicap… Quel handicap?

Se faire amputer une jambe: le prélude d’une vie ennuyante de dépendance? Pour Guillaume Thériault, de Québec, c’est plutôt l’inverse. Escalade, hockey sur glace, snowboard… Rien n’est à l’épreuve de ce jeune homme qui s’est fait faucher le pied droit lorsqu’il était encore enfant. Reflet de Société l’a rencontré.

Gabriel Alexandre Gosselin   Dossier Santé, Famille, Éducation, Handicap

handicap-amputation-jambe-guillaume-theriault À 6 ans, Guillaume vit dans un appartement, entouré de sa famille. De temps en temps, il tond la pelouse avec le propriétaire de leur logement. L’enfant ramasse aussi les bouteilles vides du coin pour empocher quelques sous.

Alors qu’il est assis sur le tracteur avec le proprio, comme à son habitude, une dame du quartier lui apporte des bouteilles à consigner. Emballé par le présent, il descend rapidement du tracteur et glisse sur le marchepied. Son pied est aspiré par les lames tranchantes. Le mal est fait. Après une tentative des médecins pour lui sauver le pied, les parents de Guillaume se rendent à l’évidence: leur fils aîné doit se faire amputer la jambe droite.

Une enfance comme les autres

Lorsque ce grand gaillard de 21 ans raconte l’événement, il n’évoque ni la douleur ressentie au moment où son pied est déchiqueté, ni la tristesse d’avoir perdu sa jambe. Rieur, Guillaume se souvient plutôt de sa naïveté. «Le lendemain de l’accident, j’étais aux anges parce qu’à l’hôpital, ils avaient Canal Famille, un poste de télévision pour enfants que je n’avais pas à la maison.» Après la délicate opération, sa première réaction est étonnante: «Elle n’est pas si courte que ça ma jambe!»

Petit, ses proches le surnomment «le singe» à cause de son esprit farceur et de la bougeotte qui l’anime. L’enfant turbulent reprend ses habitudes très vite après l’opération. Béquilles sur le guidon, il enfourche son vélo et pédale avec sa seule jambe. À Noël, il déconcerte sa famille qui s’attend à retrouver un enfant traumatisé et abattu. La surprise est générale quand Guillaume s’amuse à montrer son moignon en le déposant sur la table. Un an plus tard, on lui installe une jambe artificielle. Il n’en faut pas plus pour que le garçon rechausse ses patins et saute sans hésiter sur les glaces extérieures de sa municipalité, bâton de hockey à la main.

Parents d’un amputé

handicap-amputation-membre-artificiel-prothese-réadaptation Pour Suzanne, la mère de Guillaume, ce n’est pas l’accident qui a été le pire, mais l’amputation: «En tant que parents, on se demandait comment on allait faire pour qu’il ne se sente pas trop mal.» C’est avec une attitude forte, mais non sans tourments intérieurs, que les parents soutiennent leur fils. Le médecin soupçonne même Suzanne de ne pas être assez émotive. Ce à quoi elle répond sans hésiter: «Il faut passer au travers, docteur. Ça ne servirait à rien de brailler devant lui. Ça ne veut pas dire pour autant que je ne pleure pas le soir, quand je rentre à la maison.»

Pendant sa réhabilitation, Guillaume connaît ses premières frustrations. Au centre de réadaptation, apprendre à marcher avec une prothèse est un défi de taille pour le gamin. C’est son père qui le soutient lorsqu’il se décourage et est prêt à tout abandonner. Pour détourner l’attention de Guillaume, Jacques engage une longue conversation avec son fils, tout en lui faisant monter et descendre des marches. Captivé, Guillaume en oublie ses difficultés et discute avec son père sans geindre un seul instant.

Quand les parents parlent de leur fils, on sent la fierté éprouvée envers celui qui a su s’en tirer sans complexe psychologique ni physique. Ceux-ci ont largement pris part à la réhabilitation de leur fils et à l’acceptation de son membre manquant. Mais lors de l’entrevue, les souvenirs qui surgissent leur permettent de comprendre autre chose: grâce à la joie de vivre et au goût du défi de Guillaume, ils ont eux-mêmes traversé les épreuves beaucoup plus facilement.

Apprendre à se surpasser

Guillaume ne se considère pas comme un handicapé. Intransigeant, il s’emporte lorsqu’il est question de certains de ses semblables: «Je suis dégoûté de voir des gens dans la même situation que moi qui abandonnent avant même d’avoir essayé.» Une mentalité inculquée par ses parents: «On n’a jamais voulu mettre Guillaume dans une « ambiance de handicapé », parce qu’il le serait devenu», affirme tout naturellement sa mère.

Guillaume vit aujourd’hui en appartement et termine ses cours de cégep. Il cumule plusieurs emplois liés aux jeunes et à l’activité physique. L’été, sa passion pour le plein air le transporte dans un camp de vacances où il anime des groupes d’enfants et d’ados. Guillaume pratique tous les sports qui lui plaisent, jambe en moins ou pas: hockey sur glace, snowboard, canot, kayak, escalade, etc.

Les gens qui côtoient Guillaume pour la première fois prennent parfois des jours, voire des semaines à se rendre compte qu’il lui manque une jambe. Il se fait plutôt remarquer par son entrain et par les prouesses qu’il accomplit. Mais lorsque le sujet arrive sur la table, Guillaume désamorce rapidement le malaise autour de son amputation. Grand farceur, il adore jouer des tours avec son membre artificiel. Plusieurs fois, il a scénarisé des accidents où sa jambe se détache d’un coup et fait paniquer ceux qui ne sont pas au courant. Cet humour, que certains perçoivent comme déplacé, Guillaume l’utilise pour libérer le tabou autour de son handicap: «Maintenant, je me rends compte que ma jambe manquante me définit. J’ai grandi avec ça, et je ne l’ai jamais caché», conclut-il, songeur.

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