Projet appartement études

Éducation

Débourser pour l’avenir

Taux de décrochage scolaire alarmant, jeunes qui ne savent pas parler et écrire en français, système d’éducation sans cesse montré du doigt et remis en question. Derrière ces chiffres et ces débats enflammés se cachent de belles histoires de détermination. Des jeunes qui s’accrochent à l’école. Reflet de Société a rencontré Sophie et Marie-Ève, deux jeunes femmes qui fondent beaucoup d’espoir dans leur éducation.

Dominic Desmarais   Dossiers Éducation, Famille

projet-appartement-etudes-mere-monoparental-education-enfant Sophie descend à la hâte de la voiture. Gênée et pressée, la jeune femme entraîne son garçon par la main. Sourire complice dirigé vers Aline, son ex-intervenante, Sophie ouvre sa demeure. Elle se précipite pour enlever le manteau de son gamin, sort ses jouets et l’installe devant un film pour enfants.

Sophie est prête à partager son histoire, tout en lorgnant le salon où s’amuse son fils. Son bébé qu’elle aurait pu perdre il y a environ un an. La Direction pour la Protection de la Jeunesse (DPJ) lui a retiré son petit. «Il y avait un conflit entre ma mère et moi. Mon jeune vivait dans la violence. Je le laissais, j’étais négligente avec lui.» Sophie, sous ses airs timides, répond sans retenue. À la suite d’un accident, son gamin se fracture le crâne. C’est à ce moment qu’intervient la DPJ. Par souci pour l’enfant, on le retire à sa mère pour le placer en foyer d’accueil.

Sophie décide de suivre sa progéniture. Pendant 10 mois, elle vit dans un appartement avec 4 mères comme elle et une femme enceinte. L’expérience la chamboule. «C’était dégueulasse, laisse-t-elle échapper, encore dégoûtée. Il y avait trop de monde pour l’endroit, la cuisine était toujours bondée. Je voulais partir. Mais il y avait un problème avec mon enfant. Je n’avais jamais préparé un souper, je ne savais pas m’organiser ou encore m’occuper de mon enfant.»

Terminer son secondaire

mere-monoparentale-education-enfant-famille Au foyer, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 18 ans, se prend en main. Elle tremble en voyant les autres mères quitter le foyer, seules, sans leur enfant. Elle fait tout ce que les intervenants lui demandent. Pendant cette période, elle termine son secondaire. Elle passe son temps enfermée dans sa chambre, avec son garçon et ses livres.

Cette année, Sophie se mesure aux études collégiales. Son fils va bien, elle a appris à l’élever. Elle est libérée de la DPJ. Ou presque… «J’ai reçu une bourse de 2500$ pour payer l’école, les livres, la vaisselle, la barrière pour le lit de mon fils…» La jeune femme énumère sa liste d’achats. À 18 ans, à peine sortie d’un séjour de 10 mois en foyer de groupe au sein de la DPJ, avec un enfant en bas âge, Sophie entame une vie d’adulte.

Déjà, elle pense à l’après cégep. Elle se voit aux Hautes Études Commerciales. Avec, comme motivation, son garçon, et comme appui, la bourse de la DPJ qui lui sera remise jusqu’à la fin de ses études.

7 ans en famille d’accueil

Marie-Ève est un autre produit de la DPJ. Malade, sa mère décède avant qu’elle n’atteigne ses 10 ans. Née de père inconnu, sans famille, elle est confiée à l’État. Elle passe 7 ans dans une famille d’accueil avec laquelle elle ne s’entend pas. Des histoires d’abandon, de traitement injuste, de manque de soutien, Marie-Ève en a un sac plein.

Comme cette fois où, hospitalisée pendant deux mois et demi, personne de sa famille d’accueil n’est venu lui rendre visite. Ou sa relation avec sa travailleuse sociale distante. «Elle venait me voir une fois par an. Elle me faisait un plan d’action bon pour l’année, pour s’en débarrasser», raconte-t-elle sans rancœur. À côté d’elle, Aline, son intervenante, opine de la tête. «Marie-Ève a raison de se plaindre, dit-elle avec empathie. Normalement, tu fais un suivi une fois par mois. Tu demeures préoccupé pour ce que tes jeunes vivent.»

Bien malin qui pourrait lire le passé de Marie-Ève en la regardant. Enjouée, cette adolescente de 17 ans s’esclaffe sans arrêt. Les années difficiles semblent derrière elle. Depuis juillet, elle goûte à la liberté dans son nouvel appartement supervisé. Ses quartiers sont situés au deuxième étage, au-dessus des habitations d’une famille d’accueil qui s’assure de son intégration à une vie autonome.

Comme Sophie, elle aussi a reçu une bourse de la DPJ afin de l’aider dans ses études. Depuis le décès de sa mère, elle rêve de devenir infirmière. «Pour aider directement les malades», s’empresse-t-elle de préciser. Ses études l’accaparent à longueur de semaine. Mais Marie-Ève ne rechigne pas. Une nouvelle vie s’offre à elle.

Une trousse de départ

Le Projet appartement-études du Centre jeunesse de Montréal veut préparer des jeunes sans familles ni ressources à devenir autonomes, une fois sortis du Centre. Les bénéficiaires reçoivent un trousseau de départ pour leur premier appartement, une première épicerie et une bourse de 2500$ par année pour les étudiants au cégep ou de 1000$ par année pour terminer un secondaire 5. Il y a présentement 8 bénéficiaires. Élaboré par James Crowley, éducateur au Centre jeunesse, le projet est financé par de grandes entreprises Québécoises et des dons de particuliers.

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Casse-tête quotidien

Témoignage

Casse-tête quotidien

Dossier Famille

Le 9 mai 2002, ma vie a pris un virage de 180 degrés. À 23h29 très précisément, une petite fille a déchiré mon ventre, ce morceau de chair élastique qui l’a abritée pendant neuf mois. Sur la balance, ce bébé naissant ne pesait que neuf livres et demie. Pourtant, en le prenant dans mes bras, j’ai senti un poids nettement plus lourd s’abattre sur mes épaules: celui de la monoparentalité.

Murielle ChatelierFemme seule, femme monoparentale

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu avoir une belle grande famille unie. Être entourée de 8 enfants et d’un mari pour m’aider avec toute cette  marmaille, c’était peut-être un idéal un peu fou pour notre époque, mais je le trouvais fort plaisant et amusant. Cependant, étendue seule dans mon lit d’hôpital, enveloppée par la noirceur silencieuse de la nuit, j’ai compris que c’était plutôt une longue solitude qui m’attendait.

Durant mes premières semaines à titre de «mère toute seule», je vaquais à mes occupations un peu comme un automate. Changements de couche, biberons à toutes les 4 heures, stérilisation des tétines, lavage des barboteuses, bavettes et autres mini-vêtements, je faisais ce qu’il y avait à faire, vidée de toute émotion. Dans le fond, j’étais tout simplement hébétée d’en être arrivé à me couper ainsi les ailes à 23 ans.

Le plus dur a justement été d’accepter que mes déplacements seraient désormais très limités. Surtout sans voiture. Quand je devais aller au dépanneur du coin, il fallait que j’amène ma fille, quand je devais me rendre à la pharmacie, il fallait que ma fille vienne avec moi, quand j’avais envie de prendre une marche pour faire le vide, il fallait que ce soit avec ma fille. Jamais rien sans ma fille, quelle que soit la température… Ça n’a pas été long que j’ai commencé à quémander de l’aide un peu partout autour de moi.

De femme autonome à mendiante

Du jour au lendemain, j’ai dû apprendre à piler sur mon orgueil pour m’assurer une meilleure qualité de vie. Parce que mes besoins étaient infinis, quiconque franchissait ma porte se voyait confier une tâche. Lui, devait m’emmener faire mon épicerie, elle, devait garder mon enfant parce que j’avais une course à faire, eux, devaient s’occuper de ma fille un peu parce que j’avais besoin de répit. J’étais si fatiguée, mais obligée de m’occuper de mon enfant quand même, tout le temps, peu importe l’état de mon esprit ou de mon corps.

Étant la seule dans mon entourage immédiat à avoir un enfant, j’ai été rapidement considérée comme une profiteuse. On s’exaspérait d’avoir à me rendre service, on s’impatientait de devoir m’attendre quand je préparais ma fille, on levait les yeux au ciel de me voir arriver avec mon gros siège d’auto et ma poussette… Personne ne comprenait ce que je vivais. Oui, ma vie était un pitoyable théâtre de mille solitudes.

Mendiante, je le suis devenue encore plus quand les difficultés financières sont venues me pourrir la vie. Après mon congé de maternité, il fallait bien que je retourne sur le marché du travail et que je termine mes études. Naturellement, il était impensable de travailler à temps plein. Alors, mes finances sont devenues «partielles» tandis que mes dépenses ne cessaient d’augmenter. Frais de garderie, transport en commun, taxi pour les jours trop froids et trop enneigés, médicaments pour la peau, la liste n’en finissait plus de s’allonger.

C’est quand ma fille a eu deux ans et demie environ que la situation est devenue intenable. Pendant un certain temps, je n’ai pas pu bénéficier du programme de prêts et bourses du ministère de l’Éducation. Avec mon emploi d’à peine une vingtaine d’heures par semaine, je n’arrivais presque plus à nourrir convenablement mon enfant. C’est ensemble que nous avons traversé la période «Chef Boyardee». Et quand est arrivé le jour, qui me hante encore, où le solde de mon compte m’a humiliée dans un restaurant en ne me permettant pas d’offrir un foutu cornet de crème glacée à ma fille, je me suis effondrée.

Vivre de dons

Rampant presque de tristesse, je suis allée gratter à la porte du bureau de l’aide financière de mon université. Je n’avais même pas assez de force pour cogner. Rarement on m’a témoigné cette sollicitude que je réclamais tant pendant cette sombre période. La conseillère qui m’a reçue à son bureau m’a alors insufflé un brin d’espoir. Et aussi ténu fut-il, c’était déjà un grand début pour moi. En plus de me diriger vers des ressources pour les parents étudiants, elle m’a référée à une église qui faisait des dons dans des cas «extrêmes». J’en étais rendue là.

Ainsi, j’ai bénéficié de coupons alimentaires pour faire mon épicerie et d’une somme de 300$ pour mes autres besoins. Je quêtais aussi un peu d’argent à mes proches, me faisais payer des repas au restaurant par mes amis, m’inscrivais dans des bases de données pour recevoir des paniers de Noël. Bref, je tentais tant bien que mal de survivre tout en essayant d’épargner ma fille le plus possible parce que mon moral était au plus bas et qu’elle en subissait, malgré moi, les contrecoups.

Moi qui rêvais autrefois d’être une mère aimante et affectueuse, j’étais devenue, par la force des choses, une mère irritée, soucieuse, les nerfs à fleur de peau. D’ailleurs, c’est tout ce que j’étais. Une mère. Mes besoins de femme n’existaient plus. Où aurais-je pu trouver le temps de penser à prendre soin de moi? Surtout, diminuée à ce point, je n’avais rien d’autre à offrir à un éventuel prétendant que de la détresse, un regard rougi de larmes, un corps à l’abandon et un esprit accablé d’innombrables tourments.

M’en sortir à tout prix

Malgré toutes les épreuves que j’ai dû surmonter, je n’ai jamais pensé à laisser tomber. J’ai terminé mes études universitaires, en me résignant à me séparer de ma fille pendant quelques mois. Faute de gardienne, j’ai souvent dû la trimballer à l’école quand j’avais des travaux d’équipe et j’ai raté la majorité de mes cours. Lors d’une session, il m’est arrivé de ne me présenter qu’à 4 séances de cours sur les 15 prévues au programme. J’ai donc choisi de laisser ma fille partir en voyage avec mes parents. Ce fut une séparation déchirante pour nous.

Toutefois, animée par le désir de débuter dans une carrière qui nous permettrait de vivre décemment avec un seul revenu, j’ai tout de même poursuivi mes efforts. Aujourd’hui, je n’ai pas encore atteint ce but, du moins, tel que je le souhaitais, mais j’ai maintenant l’expérience du pire, c’est relatif, on s’entend, et je sais qu’il y a toujours un espoir à entrevoir. Et aussi, je suis beaucoup mieux outillée qu’autrefois.

Pour moi, être une maman toute seule, c’est avant tout composer avec une grande solitude. C’est pourquoi j’estime qu’être bien entourée est certainement le plus grand privilège dont une mère monoparentale peut bénéficier. Renoncer à tant de libertés pour s’occuper d’un enfant, c’est tout un exploit! Maintenant, ma fille a sept ans et est beaucoup plus autonome. Même si les contraintes sont toujours mon lot quotidien, je m’en accommode très bien. Parce qu’elles viennent avec ma fille. Et rien ne me rend plus heureuse que d’être toujours avec elle.

Ressources – familles monoparentales

Services de soutien pour les mères monoparentales, à Montréal

Centre communautaire Cefedi

1933, rue L.O.David

Montréal, (Québec)

H2E 1K7
Téléphone : 514 384-5330

Centre des Femmes de Pointe-aux-Trembles

12 125, rue Notre-Dame Est, #162
Montréal (Québec)
H1B 2Y9

Téléphone : 514 645-6068
Télécopieur : 514 645-3009

La Petite Maison de la Miséricorde

4401, rue Saint-Hubert

Montréal (Québec)

H2J 2X1

Téléphone : 514 526-2639

Télécopieur : 514 526-5954

La Puce communautaire

3920, rue De Rouen

Montréal (Québec)

H1W 1N3

Téléphone : 514 259-3126

Télécopieur : 514 259-0482

Mères avec pouvoir (MAP) Montréal

2015 A, rue Fullum

Montréal (Québec)

H2K 3N5

Téléphone : 514 282-1882

Illustration : MABI

Reflet de Société, Vol 18, No. 1, Septembre/Octobre 2009, p. 28-29

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Battle breakdance hip hop des meilleurs breakers de Montréal

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Vidéo VHS, compétition de break-dance.

Skywalker, Omegatron, Psycho Red, Silo, Trackmaster, Strike 3, Jayko Superstar, Speedy, Place Pieces (Maximum Efficiency), Tiger, Dj Frank Boulevard, Dj Devious.
Vidéo VHS 25$

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
Par Internet: http://www.editionstnt.com/Video.html
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4

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