La théorie des fenêtres brisées, James Wilson

Livre de Colin McGregor LOVE in 3D

Présentation en français de LOVE in 3D

Les petites lumières qui nous réchauffent

Quand l’habit social fait le moine

Début 2012 est décédé James Wilson professeur et philosophe politique timide et tranquille. Expert des quartiers noirs de Chicago, James Wilson était reconnu pour sa théorie des «fenêtres brisées».

Colin McGregor, prison de Cowansville. Dossiers Prison

Selon James Wilson, en négligeant de réparer la fenêtre brisée d’un immeuble, on risque de voir les autres subir bientôt le même sort. Alors, des problèmes vont apparaître dans l’entourage. Des éléments négatifs vont s’emparer de l’édifice. Les crimes vont se multiplier. Prenez soin des petites choses et les grandes vont s’occuper d’elles-mêmes.

La théorie s’applique autant aux individus qu’aux quartiers. Négligez un seul détail et l’ensemble va finir par s’effondrer. Vous pouvez même prévoir quelle rue va mal tourner, seulement en observant l’état des fenêtres sur une période d’un mois, nous dit Wilson. Les apparences comptent.

De la rue à la prison

C’est le cas en prison. Un codétenu de mon bloc cellulaire se laissait aller. Chaque fois qu’il se présentait devant la commission des libérations conditionnelles, une petite manifestation se formait devant la prison. Sa demande de libération fut refusée une douzaine de fois. Après sa dernière tentative ratée, il s’enferma dans sa cellule. Il n’en sortait que pour acheter des chips ou du soda, ou pour se nourrir.

Il laissa pousser sa barbe et cessa de se laver. Il s’asseyait à ma table, à la cafétéria. C’était un jeune homme doux, calme et poli. Nous avons essayé de le faire sortir dans la cour au moins, pour qu’il marche un peu. Mais il se contentait de baisser la tête. Un jour, il mourut d’un arrêt cardiaque dans sa cellule. Alors, on emporta son corps discrètement.

Je subissais du harcèlement, dans mon coin de bloc cellulaire. On me dit que je devais m’installer dans la cellule du jeune homme décédé, si je voulais qu’on me laisse tranquille. Le lendemain matin, on m’y a conduit. Des sacs de chips, de vieux journaux et des boîtes de soda emplissaient tout l’espace jusqu’à la taille. La puanteur était insupportable. La fenêtre qui donnait sur la cour de la prison était fissurée. On me donna des torchons et une bouteille de peroxyde, puis on me demanda de commencer le nettoyage. Je devais rendre cette cellule habitable avant la nuit.

Les murs étaient brisés. Vers l’heure du lunch, j’ai trouvé une famille de souris qui vivait sous un tas de détritus, dans un coin. Au crépuscule, après avoir utilisé 7 bouteilles de peroxyde, je me suis installé dans cette cellule. L’odeur du peroxyde m’a rapidement endormi.

On ne pleura pas la disparition de l’homme mort d’un arrêt cardiaque. Deux semaines plus tard, on lui rappela par interphone son rendez-vous dentaire. Personne n’avait pris soin de rayer son nom.

L’estime de soi en prison

L’estime de soi, dans de telles conditions, demande de sérieux efforts.  En prison, personne ne va intervenir, si vous choisissez de ne plus vous laver et que vous devenez infréquentable. C’est la même chose dans votre quartier. Embellir une clôture nue, faire parler un mur vide est une noble vocation. Le graffiti apporte de la vie au quartier. Cela démontre que les gens accordent de la valeur aux petites choses comme les fenêtres brisées. C’est bon pour le moral, et pour la sécurité publique. Les lieux dont on prend soin sont plus sûrs et plus joyeux. Les gens aussi. La beauté pénètre plus profondément qu’on ne peut le croire.

Avant de mourir, James Wilson, un professeur de Harvard et un homme tranquille, écrivit que ce n’est pas la lumière des «grands phares» qui change le monde, mais plutôt chaque «petite flamme de bougie, projetant des ombres vagues et multiples». Nous pouvons tous être de telles bougies.

Le sens moral de l’homme n’est pas comme la forte lumière d’un phare qui donne à tout ce qu’elle touche des contours bien définis. Vacillante et hésitante, elle ressemble plutôt à la petite flamme d’une chandelle projetant des ombres vagues et multiples, sous les grands vents du pouvoir et de la passion, de l’avidité et de l’idéologie. Mais lorsqu’on l’approche de son cœur et qu’on la protège de ses mains, elle repousse les ténèbres et réchauffe l’âme. – James Q. Wilson.

autres textes de Chroniques d’un prisonnier

    Les livres de Colin McGregor

    Journaliste dans divers médias à travers le pays; Halifax Daily NewsMontreal Daily NewsFinancial Post et rédacteur en chef du Montreal Downtowner. Aujourd’hui, chroniqueur à Reflet de Société, critique littéraire à l’Anglican Montreal, traducteur et auteur aux Éditions TNT et rédacteur en chef du magazine The Social Eyes.

    Parmi ses célèbres articles, il y eut celui dénonçant l’inconstitutionnalité de la loi anti-prostitution de Nouvelle-Écosse en 1986 et qui amena le gouvernement à faire marche arrière. Ou encore en Nouvelle-Écosse, l’utilisation répétée des mêmes cercueils par les services funéraires; scoop qui le propulsa sur la scène nationale des journalistes canadiens.

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    Enjoy our tale of the quest, the human thirst, to find light from within the darkness.

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    Love in 3D. Une traduction de L’Amour en 3 Dimensions.

    teammate roman livre book colin mcgregorTeammates

    Three teenage friends on a college rugby team in the shrinking community of English Montreal – three friends each facing wildly different fates.

    This is the story of Bill Putnam, whose downward trajectory we first begin to trace in the late 1970s, and his friends Rudy and Max.

    Teammates, their paths will cross in ways they never dreamt of in the happier days of their youth.

    quebec-suicide-prevention-handbook-anglais-intervention-crise-suicidaireQuebec Suicide Prevention Handbook

    Le suicide dérange. Le suicide touche trop de gens. Comment définir le suicide? Quel est l’ampleur du suicide? Quels sont les éléments déclencheurs du suicide? Quels sont les signes avant-coureurs? Comment intervenir auprès d’une personne suicidaire? Comment survivre au suicide d’un proche?…

    Ce guide est écrit avec simplicité pour que tout le monde puisse s’y retrouver et démystifier ce fléau social. En français. En anglais.

    social-eyes-web Magazine The Social Eyes

    Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009
    4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

    Condamné à mort

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    Sentence et condamnation à vie

    Mourir en prison

    Luc Blain, âgé de 55 ans et condamné à la prison à vie en 1993 pour meurtre, s’est vu condamné à nouveau. Lors d’un examen des poumons à l’hôpital de Sherbrooke, on lui a rendu un verdict de mort. Un cancer rendu à un stade avancé devenu irréversible. Il lui restait moins de 60 jours à vivre. Le choc.

    Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville. Dossiers Prison, Criminalité

    mourir-prison-deces-prisonnier-mort-penitencierDéjà emprisonné, il devait accepter de rendre son dernier soupir entre les murs d’un pénitencier.  Loin de tout ce qu’il chérit, dans un environnement froid et hostile.

    Luc se déplace depuis peu en chaise roulante. Il a commencé à fréquenter la chapelle. Je me suis demandé d’où lui venait ce soudain intérêt pour les « bondieuseries».

    Diagnostic ou jugement de cour?

    Ce changement de comportement a piqué ma curiosité. Je me suis rapproché de lui pour comprendre. Il m’a mis au fait de son diagnostic. Je lui ai demandé de m’accorder une entrevue pour le magazine Reflet de Société.  Il a accepté malgré son état de santé qui ne cesse de péricliter. Depuis l’annonce de cette terrible nouvelle, trente jours sont déjà passés.  Au moment où j’écris ces lignes, il lui reste moins d’un mois à vivre, et lorsque vous lirez ce texte, la mort aura réclamé son dû.

    Je voulais savoir, dans une situation semblable, ce qui pouvait se passer danstetoscope-mort-mourir-en-prison-prisonnier-deces-penitenciers sa tête et dans son cœur. Pour son corps, la réponse est déjà écrite.

    Rencontre avec Pacha

    Engager la conversation avec Luc, alias Pacha, est difficile.  Sa façade extérieure dégage une colère sourde qui bouscule, intimide et effraie. Mais c’était avant… de savoir que toute cette mécanique de défense ne pourrait plus le protéger devant cette implacable fatalité.

    Je lui ai décrit un peu mon travail et le genre de lectorat que nous avons. Je trouvais important qu’il laisse quelque chose d’autre qu’un numéro de dossier derrière lui.  Je l’ai averti que ce texte devait obtenir l’approbation de mon rédacteur et du comité de rédaction.

    Il sait que cet article ne sera publié qu’après sa mort. Il a accepté. Assis sur le coin de mon lit, il m’a indiqué sa seule exigence: envoyer une revue à son frère pour qu’il  la remette à sa fille unique.  Son premier legs s’adresse à sa fille: malgré ses absences durant son incarcération, il n’a jamais cessé de l’aimer de tout son cœur.

    Quelques questions m’ont paru importantes à lui poser mais j’ai respecté au mieux la manière et le langage utilisés.

    Les actes du passé

    sexualite-prison-sexe-prisonnier-pénitencierLuc est souvent revenu sur les regrets de ses actes passés. Plus particulièrement sur le meurtre commis. La victime, vendeur de drogue comme lui, le terrorisait à tel point qu’il en a perdu sa capacité de raisonner; une bagarre qui a dégénéré en meurtre. «C’était lui ou moi.» La réponse s’est exprimée à travers son instinct de survie. Vous pouvez le juger mais pas le condamner, car c’est déjà fait.

    J’ai manqué ma vie. Un constat d’échec: j’ai tout manqué. J’espère que ma fille ne fasse pas des choix pour se faire accepter par les autres. Qu’elle mène une bonne vie, qu’elle trouve sa propre voie. Je n’ai jamais cessé de l’aimer de tout cœur.

    J’espère que les toxicomanes arrêtent tout de suite avant qu’il ne soit trop tard, qu’ils suivent une cure. J’aimerais dire aux jeunes de ne pas toucher à ça, ils vont rater leur vie. Restez vous-mêmes, restez normal.

    Mourir en prison

    J’ose lui demander s’il va mourir en prison. Pacha change rapidement d’attitude, il essaie de se convaincre qu’il sera libéré pour cause humanitaire. La réalité est que plusieurs meurent en prison sans obtenir de libération. Je le lui rappelle avec maladresse. L’administration d’un pénitencier transige avec un ordinateur et non avec un cœur. Je vois très bien dans ses yeux qu’il voudrait être ailleurs. Je ne sais pas quoi répondre…

    Exténué, Pacha est reparti dans sa cellule pour se reposer. Le temps passe si vite quand il en reste si peu.

    Pacha est décédé au milieu d’août 2011. Un reportage que je n’aurais pas pu mettre à terme. Je voulais tout de même prendre ce court instant pour souligner son départ et permettre de lancer son message d’amour à sa fille unique.

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